Les zones humides : une solution naturelle pour les changements climatiques

Les zones humides : une solution naturelle pour les changements climatiques

30 janvier 2019

Déclaration de Martha Rojas Urrego
Secrétaire générale de la Convention de Ramsar sur les zones humides

   

« Les zones humides : une solution naturelle pour les changements climatiques »

La science ne saurait être plus claire. Les zones humides sont les puits de carbone les plus efficaces de la planète. 

L’Accord de Paris sur le climat reconnaît que les zones humides limitent la quantité de carbone atmosphérique. Elles sont l’une des solutions naturelles primordiales au défi le plus colossal que nous ayons à relever – faire face aux changements climatiques et maintenir le réchauffement mondial bien en dessous de 2° C. 

Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer la Journée mondiale des zones humides. Le moment est particulièrement propice à la réflexion sur la valeur des zones humides et les moyens d’exploiter le pouvoir naturel de cet écosystème pour enrayer les changements climatiques. 

Prenons, par exemple, les tourbières. Elles couvrent tout juste trois pour cent de la planète mais stockent près du tiers du carbone terrestre. C’est-à-dire deux fois plus que toutes les forêts du monde. 

Les zones humides côtières, telles que les marais salés, les mangroves et les herbiers marins, sont aussi parmi les écosystèmes les plus denses en carbone. 

Récifs coralliens et mangroves absorbent le choc des ondes de tempête et des tsunamis sur le littoral.

A l’intérieur, les zones humides épongent les pluies, réduisant les inondations et retardant l’apparition des sécheresses. Elles sont vitales pour l’adaptation aux changements climatiques et le renforcement de la résilience. 

Pourtant, nous avons perdu plus d’un tiers de nos zones humides en 45 ans seulement. Aujourd’hui, la disparition des zones humides est trois fois plus rapide que celle des forêts.

À 1,5° C les coraux approchent de l’extinction et à 2° C, ils sont voués à une extinction certaine.

La perte et la dégradation des zones humides sont inquiétantes car elles contribuent au réchauffement du climat en transformant ces puits naturels de carbone en sources d’émission.

Le brûlage et le drainage des tourbières est équivalent à un dixième des émissions annuelles de combustibles fossiles et la dégradation des zones humides contribue à près du quart des émissions mondiales de méthane. 

En 2018, les Parties Contractantes à la Convention de Ramsar sur les zones humides ont adopté des mesures pour protéger, restaurer et gérer de manière durable les tourbières et les écosystèmes côtiers – affirmant ainsi le rôle crucial des zones humides dans les efforts d’atténuation des changements climatiques et d’adaptation à leurs effets.  

En restaurant près de 25 pour cent des forêts de mangroves perdues dans deux régions, le Sénégal stockera 500 000 tonnes de CO2 en 20 ans – ce projet protégera aussi 200’000 personnes contre les tempêtes et renforcera la sécurité alimentaire en augmentant la pêche et la production de riz. 

Le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède restaurent activement les tourbières nordiques-baltiques pour réguler les changements climatiques et restaurer la biodiversité. La perte de près de la moitié de ces tourbières produit environ un quart des émissions annuelles de CO2 de la région. 

En Asie, les mangroves au sud de la Thaïlande agissent comme barrière contre les tempêtes. Le bénéfice de cette protection a été chiffré à environ 10’000 dollars par hectare. On restaure les mangroves le long de l’estuaire du fleuve Krabi pour protéger les communautés du littoral contre les tempêtes tropicales. L’Indonésie, quant à elle, restaurera deux millions d’hectares de tourbières pour que les incendies dévastateurs de 2015 et 2016 causés par la sécheresse et le drainage des tourbières ne se reproduisent plus jamais.

Les avantages sont clairs. Ce qu’il faut, c’est plus d’ambition pour généraliser ces initiatives de toute urgence.

Je ne saurais trop encourager les décideurs à inscrire la conservation et la restauration des zones humides dans leurs politiques nationales relatives aux changements climatiques pour atteindre les ambitions de l’Accord de Paris. 

Ensemble, nous pouvons contribuer à inverser la tendance de la perte des zones humides pour continuer de profiter des services vitaux qu’elles procurent à la nature et à l’humanité.

Nous avons les solutions. Ce qui manque est la volonté d’agir. Soyons énergiques face au changement climatique.