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«Actualités» Ramsar: Marinas/cités lacustres

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«Actualités» Ramsar No 1
Juillet 1998

Marinas/cités lacustres

Introduction

Lorsque nous avons mis en place le forum «Actualités» Ramsar à l’occasion de la Journée mondiale des zones humides, en 1998, nous avons choisi comme premier thème les «marinas/cités lacustres», car l’inquiétude ne cesse de monter devant la disparition accélérée des zones humides au profit de ces projets d’urbanisme qui voient de plus en plus souvent le jour sur les rives des fleuves et dans les estuaires. Les effets à long terme de ces complexes construits au bord de l’eau sur l’ensemble de l’écosystème aquatique sont également source de préoccupation.

En inaugurant les «Actualités», nous déclarions: «Nous essayons de trouver toutes les informations qui peuvent nous aider à découvrir la vérité sur les cités lacustres. Veuillez noter que nous ne demandons ni opinion ni prise de position concernant ces projets d’urbanisme – notre but est de trouver des données scientifiques et non de mener un sondage d’opinion mondial. Nous souhaiterions vivement obtenir des références à des études qui ont fait preuve de rigueur scientifique et adopté un point de vue objectif sur les «pour» et les «contre» des marinas/cités lacustres.» Il convient de lire les résultats que nous avons obtenus à la lumière de cette déclaration.

Depuis six mois, environ 24 références ont été portées à notre attention qui ont un certain rapport avec la construction et le fonctionnement de marinas ou de cités lacustres. Nous remercions tous ceux qui nous ont répondu et nous espérons que la bibliographie aidera d’autres personnes à trouver les références qui leur seront utiles pour approfondir les problèmes liés à ce type de construction.

Qu’avons-nous donc trouvé?

Naturellement, plusieurs études ont examiné les effets de ces «environnements» modifiés ou construits. Dans le texte qui suit, nous présentons leurs conclusions en plus grand détail mais, pour résumer, il semble que lorsque les marinas/cités lacustres ne sont pas conçues de manière à permettre un certain mouvement d’eau, elles peuvent causer des problèmes environnementaux. Des facteurs tels que l’accumulation des matières nutritives dans les canaux et même la direction des vents peuvent avoir une incidence majeure sur la qualité de l’eau qui, à son tour, peut porter préjudice à la diversité biologique et à l’intérêt général de l’aménagement de la marina/cité lacustre et de ses environs. Comme en fait état la présente évaluation, ce sont ces facteurs, parmi beaucoup d’autres, dont il faut tenir compte lors de la conception des marinas/cités lacustres et de la réalisation des études d’impact.

canalestate.jpg (17573 bytes)Il semble que dans certains pays on ait, depuis peu, tendance à éviter de construire des canaux à décharge unique pour adopter des systèmes à décharge double ou multiple et cette tendance mérite d’être encouragée. Si l’objectif principal est de construire un système artificiel destiné aux activités de loisirs, il devrait être avantageux de prévoir un mouvement maximal des eaux pour maintenir la qualité de l’eau.

Il faut aussi rappeler que dans un cas (l’État de Nouvelle-Galles du Sud en Australie), la construction de cités lacustres est purement et simplement interdite pour des raisons environnementales que nous énumérons plus loin. Cette mesure ne semble pas avoir fait d’émules dans d’autres pays (pour autant que nous le sachions) mais elle témoigne d’une certaine prise de conscience des problèmes. Elle met aussi en évidence un autre aspect de la construction des marinas/cités lacustres qui, curieusement, n’est pas envisagé dans les publications portées à notre attention: l’analyse coût-avantages de l’installation d’un réseau de canaux artificiels par rapport au maintien d’un écosystème naturel tel qu’une zone humide en bon état de fonctionnement.

Il serait bon que la recherche soit approfondie dans ce domaine pour aider les décideurs locaux à prendre des décisions qui sont parfois difficiles. Prenons un exemple hypothétique: un gouvernement local doit décider d’autoriser ou non la transformation d’une zone humide estuarienne en marina/cité lacustre. Il devra tenir compte, d’un côté, des avantages économiques locaux, tant à court (emplois pour la population locale) qu’à long terme (expansion du commerce pour les entreprises locales) et, de l’autre côté, du coût de la disparition d’un site de reproduction du poisson, qui contribue à maintenir la qualité de l’eau dans la région et attire le tourisme en raison de sa beauté naturelle. À long terme, il se peut aussi que l’état de la marina/cité lacustre se détériore, notamment si elle est mal conçue et, dans ce cas, le coût de la réparation du système incombera à tous les contribuables locaux et pas seulement aux résidents qui jouissent des installations de la marina/cité lacustre - et encore moins sans doute aux touristes qui profitent temporairement de ces équipements.

Lorsque, comme cela semble se produire dans certaines régions, plusieurs marinas/cités lacustres sont construites à proximité les unes des autres, il serait intéressant de connaître la «capacité de charge» de l’écosystème estuarien typique – vient-il un moment où il y a simplement trop de canaux pour que les processus écologiques au sens large puissent perdurer? Sommes-nous, en fait, en train de détruire le capital naturel sur lequel les marinas/cités lacustres ont été construites?

Globalement, le choix de ce premier thème des «Actualités» Ramsar a démontré qu’il existe une somme de connaissances spécialisées en la matière qui peut, désormais, être mise à la disposition des décideurs pour les aider à prendre des décisions éclairées. À moins d’être soigneusement conçus pour tenir compte du contexte local et des stratégies d’entretien à long terme, ces complexes artificiels peuvent poser des problèmes. Il semble, en outre, qu’il y ait un besoin urgent de mener des études pour évaluer les coûts et les avantages généraux de la construction des marinas/cités lacustres.

Qu’est-ce qu’une «marina/cité lacustre»?

La terminologie variant de pays en pays, il est bon d’expliquer avec précision ce que nous entendons par «marina/cité lacustre» dans la présente évaluation. Il s’agit de complexes de résidences, centres de loisirs et ports de plaisance construits au bord de l’eau, sur des canaux artificiels. On en trouve de nombreux exemples aux États-Unis, en Asie, en Australie et, dans une moindre mesure, en Afrique du Sud, aux Antilles et dans les îles du Pacifique. En général, elles se trouvent à l’intérieur ou à proximité de zones humides, le long de fleuves, d’estuaires, de baies côtières et de littoraux. Les cités lacustres typiques ont recours à des techniques de construction qui consistent à creuser et remblayer, en apportant des matériaux de remblayage pour surélever certaines parties du terrain et atténuer ainsi les risques d’inondation.

Comment les marinas/cités lacustres affectent-elles l’environnement?

Sous ce thème des «Actualités», nous avons déterminé un certain nombre de préoccupations relatives à la construction et au fonctionnement des marinas/cités lacustres.

En Australie, le gouvernement de l’État de Nouvelle-Galles du Sud a adopté la politique de planification de l’environnement No 50 qui interdit la construction de cités lacustres. Dans cette politique, il est dit que ces projets peuvent avoir des incidences défavorables sur l’environnement et notamment, selon les circonstances:

Les marinas/cités lacustres construites le long de rivières, d’estuaires, de baies côtières et de littoraux ont une morphologie typique. Comme le déclarent Maxted, Eskin et Weisberg (1997): «Les baies côtières de l’Atlantique perdent progressivement leur profondeur à mesure que l’on se déplace des eaux libres peu profondes (moins de deux mètres) vers les vasières intertidales et les zones humides qui bordent le littoral. Les canaux sans issue sont un non-sens par rapport aux caractéristiques physiques des estuaires naturels.» Maxted et al. (1997) ajoutent «les marinas/cités lacustres sont souvent draguées jusqu’à une profondeur supérieure à celle de l’estuaire voisin ce qui crée un seuil interdisant l’échange des marées. Les canaux sont généralement longs et étroits, de largeur et de profondeur uniformes et n’ont qu’une seule issue. Pour toutes ces raisons, l’eau stagne dans les canaux et l’on ne peut que constater la mauvaise qualité de l’eau et des sédiments», sans oublier un appauvrissement de la communauté biologique.

Selon le US Geological Survey (1996), les mesures prises pour maîtriser l’écoulement de l’eau dans les bassins de drainage sont à l’origine de problèmes de gestion de l’eau et de graves préoccupations, notamment :

Parmi les autres effets observés sur l’environnement, il y a la mortalité soudaine des poissons dans les marinas et les milieux proches de la côte, que l’on impute généralement aux faibles niveaux d’oxygène, conséquence de l’absence de mouvement d’eau et de la pollution. La perturbation (drainage ou défrichement pour le développement) des sols acides riches en sulfates peut libérer de l’acide sulfurique qui libère à son tour l’aluminium, toxique pour les poissons et responsable de plusieurs cas de mortalité des poissons, par exemple en Nouvelle-Galles du Sud, en Australie.

Thématique des études

Si l’on en juge par les références qui nous ont été signalées, les effets des marinas/cités lacustres sur les conditions écologiques des estuaires voisins ont fait l’objet de plusieurs études (voir ci-après). L’évaluation quantitative des dynamiques complexes des fluides dans des systèmes de faible altitude occupe une place primordiale. Le US Geological Survey et le South Florida Ecosystem Programme préparent un modèle informatique pour simuler l’écoulement et analyser le transport chimique entre les canaux et les zones humides. Une note technique de la National Oceanic and Atmospheric Association examine comment des paramètres mécaniques tels que le positionnement des marinas/cités lacustres dans l’alignement des vents d’été dominants et l’élimination des canaux sans issue peuvent améliorer l’état écologique des sites. D’autres études portent sur la biologie, le necton (animaux nageant dans les profondeurs moyennes d’une mer ou d’un lac) et les communautés benthiques (Baca, Dingman et Lankford, 1988; Maxted et al., 1997; Morton, 1989, 1992; Smith, Hawes et Duque-Portugal, 1995; Weis et Weis, 1994).

Ce que l’on a trouvé – brièvement

Dans son étude, Morton examine les conditions hydrologiques et la faune ichtyologique d’un estuaire profondément modifié. Le sédiment a été analysé et une colonne d’eau stratifiée, correspondant aux valeurs de saturation en oxygène, a été mise en évidence. Trois études examinent tout particulièrement la contamination des sédiments par des hydrocarbures aromatiques polynucléaires, le cuivre et le tributylétain (TBT), communément associée aux ports de plaisance (McGee, 1995; Texas Water Commission, 1993 et Weis, 1994), car cette forme de contamination a des répercussions sur la communauté biologique. Les résultats indiquent une communauté benthique appauvrie, dominée par des oligochètes dont beaucoup sont considérés comme tolérants à la pollution. Les auteurs concluent que le problème n’est pas seulement dû à la pollution mais aussi à la conception qui entraîne les problèmes de circulation mentionnés ci-après.

Maxted et al. (1997) comparent l’état biologique des canaux à l’état de l’eau dans les baies côtières environnantes. Ils ont découvert que la richesse en espèces, l’abondance, la biomasse et l’indice de diversité Shannon-Weaver pour les macro-invertébrés benthiques sont considérablement plus faibles dans les canaux que dans les baies côtières. Baca et al. (1988) étaient déjà parvenus aux mêmes résultats et avaient suggéré que la diversité et la richesse des espèces déclinent à mesure que l’on progresse vers l’extrémité des canaux.

D’autres études mettent en évidence un déclin de la richesse des espèces, de l’abondance et de la biomasse pendant les mois d’été, estimant que cela vient principalement de l’appauvrissement en oxygène résultant d’une combinaison de

On a découvert que, durant l’été, les conditions étaient anoxiques dans certains canaux. Smith et al. (1995) étudient la variabilité spatiale du necton dans une cité lacustre de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie et mettent en évidence «une variation importante entre l’extrémité et le canal principal ainsi qu’entre différents points du complexe.» Toutefois, leurs résultats ne laissent pas entrevoir d’appauvrissement de la communauté benthique tel que l’on constaté les auteurs d’autres études. Des comparaisons ont également été réalisées à l’aide de mesures très diverses de la qualité de l’eau et des sédiments afin d’obtenir une évaluation complète des conditions écologiques. Le tracé, selon Maxted et al. (1997) de canaux artificiels, linéaires, sans issue, creusés plus profondément que l’estuaire adjacent, entraîne une mauvaise évacuation et une mauvaise circulation de l’eau et, partant, une mauvaise qualité de l’eau, une mauvaise qualité des sédiments et un appauvrissement de la communauté biologique.

Techniques proposées pour atténuer les éventuels effets défavorables

Parmi les méthodes qui pourraient permettre d’améliorer la qualité de l’eau, il a été proposé de relier les canaux «en une boucle, avec des masses d’eau naturelles» (Baca, 1988). La National Oceanic and Atmospheric Administration, dans sa note technique NMFS-SEFC-268, recommande de concevoir le creusement des canaux dans le but de maintenir une oxygénation adéquate, en éliminant les canaux sans issue, en positionnant les canaux pour qu’il y ait un mélange turbulent maximal des eaux sous l’influence des vents d’été dominants et en veillant à ce que leur profondeur ne dépasse pas celle des bayous voisins. Ces mesures, conclut l’étude, amélioreraient la circulation et préserveraient la qualité de l’eau, essentielle à la faune qui dépend de l’estuaire. Maxted et al. (1997) proposent des solutions semblables, à savoir: placer les marinas/cités lacustres près de zones à marées et renforcer le raccordement afin de favoriser l’évacuation de l’eau tout en donnant certaines formes aux canaux (par exemple, faible rapport longueur: largeur et angles arrondis).

Avant d’appliquer des techniques d’atténuation des problèmes de faible concentration en oxygène qui sont fréquents dans les marinas, il importe de bien connaître le système (c’est-à-dire sa charge en matières nutritives) ainsi que les mesures d’atténuation à long terme et à court terme. L’utilisation d’aérateurs pour prévenir la mortalité des poissons se révèle une méthode viable à court terme mais la solution, à long terme, consisterait à mieux concevoir la circulation dès le début du projet. Parmi les autres solutions, on note la réduction des sources de contaminants, l’utilisation de «bandes tampons» qui pourraient absorber les contaminants et l’augmentation du nombre de stations de pompage des eaux usées.

Selon Creagh (1993), l’acidité liée à la perturbation des sols acides riches en sulfates peut être neutralisée, dans une certaine mesure, par l’apport de fines particules de chaux. Le lessivage des substances chimiques toxiques peut être freiné, dans certains cas, par la mise en place de bandes tampons et de bassins de rétention. Selon le type d’aménagement pouvant perturber un sol de cette nature, il existe différentes autres techniques d’atténuation. Toutefois, la destruction de l’environnement qui risque de résulter de la contamination acide ne saurait être sous-estimée.

Où en est la technologie aujourd’hui?

Aujourd’hui, nous manquons encore cruellement d’études scientifiques rigoureuses de longue haleine. Selon Smith et al. (1995), nous n’avons que très peu d’informations sur la faune et la flore des marinas/cités lacustres qui puissent nous permettre d’évaluer les effets de ces aménagements. Ils énoncent les raisons suivantes:

Smith et al. (1995) recommandent soit de mener une étude pilote, soit de répéter l’échantillonnage en plusieurs points à l’intérieur d’un même site, en échantillonnant quatre points au moins dans chaque site et en menant un échantillonnage en fonction du temps. On pourrait ainsi améliorer les prévisions concernant l’écologie aquatique des marinas/cités lacustres et, de ce fait, améliorer la gestion des effets des activités humaines sur les estuaires.


Bibliographie


Le présent rapport a été rédigé par Robin Reilly, chercheur bénévole auprès du Bureau Ramsar, avec l’aide de Bill Phillips, grâce à des informations et références soumises au Bureau durant les six premiers mois de 1998. La petite introduction de début a été préparée par Bill Phillips, Secrétaire général adjoint du Bureau Ramsar.


write.gif (533 bytes)Pour tout renseignement, contactez: Bureau de la Convention de Ramsar, Rue Mauverney 28, CH-1196 Gland, Suisse (Tél. +41 22 999 0170, fax +41 22 999 0169, e-mail ). Translated from the English original by Danièle Devitre.  Publié le 23 septembre 1998, Dwight Peck, Ramsar.

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