Convention sur les zones humides
Déclaration sur la situation et les perspectives de la Convention
Convention sur les zones humides
(Ramsar, Iran, 1971)
3e Réunion régionale paneuropéenne
Riga, Lettonie, 3 au 6 Juin 1998
Déclaration sur la situation et les perspectives de la Convention sur les zones humides
Delmar Blasco, Secrétaire général
La Convention sur les zones humides fait de grands progrès. En mars 1996, au moment de la dernière Conférence des Parties, la Convention avait 92 Parties contractantes qui, ensemble, avaient inscrit 777 sites - soit environ 53 millions dhectares - sur la Liste Ramsar des zones humides dimportance internationale. Aujourdhui, deux ans plus tard seulement, le Traité a 110 Parties contractantes et 920 sites couvrant plus de 68 millions dhectares. (Dautres sites ont été désignés par les Parties contractantes mais attendent, pour être officiellement inscrits, que nous ayons reçu la Fiche descriptive Ramsar et/ou la carte requises).
Le secrétariat sait, en outre, quun bon nombre de Parties contractantes, dans toutes les régions, ont entamé les préparatifs de politiques nationales pour les zones humides ou dinstruments équivalents et/ou de plans de gestion pour des sites Ramsar, afin de satisfaire à lobligation qui leur est faite, au titre de la Convention, délaborer et appliquer «leurs plans daménagement de façon à favoriser la conservation des zones humides inscrites sur la Liste et, autant que possible, lutilisation rationnelle des zones humides de leur territoire» (article 3.1). Par ailleurs, la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides sont bien souvent inscrites dans les stratégies nationales pour la diversité biologique que beaucoup de pays préparent pour satisfaire à leurs obligations découlant de la Convention sur la diversité biologique.
Le secrétariat est également heureux de constater les grands progrès réalisés pour appliquer la Convention, dans la plupart des pays dEurope en particulier. Beaucoup de pays de la région ont aussi apporté des contributions additionnelles, en espèces ou en nature, pour faciliter lapplication de la Convention en Europe et dans dautres régions. Nous leur en sommes très reconnaissants et nous attendons avec intérêt les rapports nationaux, dici septembre, pour nous faire une image plus précise des progrès accomplis et des défis quil reste à relever.
Comme vous le savez, la Convention est un instrument utile de la coopération paneuropéenne. Avec ladhésion récente de la Géorgie, du Luxembourg, de Monaco et de lUkraine nous approchons de la représentation totale de la Région Europe et je souhaite vivement que les initiatives bi- et multilatérales relatives à la Convention se multiplient, notamment en ce qui concerne les écosystèmes aquatiques et humides que vos pays ont en partage. Le temps est peut-être venu pour lEurope de se souder en une seule région, dans le contexte dune éventuelle réorganisation des régions Ramsar.
Mon vu le plus cher est aussi que la coopération puisse être intensifiée entre le Bureau Ramsar et les principaux processus et institutions dEurope tels que la Stratégie paneuropéenne de la diversité biologique et paysagère et la Commission européenne.
Sappuyant sur le Plan stratégique pour 1997-2002 et sur les résolutions et recommandations pertinentes, adoptées à la Conférence des Parties de 1996, le secrétariat a mené une politique active pour porter la Convention dans le courant principal du processus de laprès-Rio. Le Chapitre 18 dAction 21 est consacré à la «protection des ressources en eau douce et de leur qualité et des écosystèmes aquatiques». Dans les activités proposées pour tous les États figurent la «conservation et la protection des zones humides (en raison de leur importance écologique et en tant quhabitats pour de nombreuses espèces) compte tenu des facteurs sociaux et économiques» (Chapitre 8, domaine dactivité C, activité e - iii). La Convention de Ramsar est particulièrement bien placée pour contribuer à lapplication de cette activité recommandée par Action 21. Le secrétariat a donc participé activement aux préparatifs de la 6e session de la Commission du développement durable, en avril dernier, dont lun des deux thèmes principaux fut lanalyse des approches stratégiques de la gestion des eaux douces. Suite à ses délibérations, la Commission a rappelé aux gouvernements, entre autres, que la conservation et lutilisation durable des zones humides sont parmi les nombreuses lacunes sur la voie qui mène à lintégration de la mise en valeur, de laménagement, de la protection et de lutilisation des ressources en eau (paragraphe 10 de la Décision sur ce point) et a encouragé les gouvernements, lorsquils élaborent des politiques et programmes de gestion intégrée des ressources en eau, à appliquer les conventions pertinentes en vigueur, notamment la Convention sur les zones humides (paragraphe 14 de la même décision).
La Convention de Ramsar - avec les ONG qui sont ses partenaires - joue désormais un rôle actif dans le Partenariat global pour leau animé par la Banque mondiale et lAgence suédoise pour le développement. Le Partenariat a décidé douvrir une fenêtre sur lenvironnement et les écosystèmes afin de compléter les autres fenêtres sur lapprovisionnement en eau et les conditions dhygiène, lirrigation et lénergie hydro-électrique. Ramsar et ses partenaires auront donc la possibilité de soumettre, pour financement, des projets portant sur la gestion intégrée des écosystèmes aquatiques.
Dans le cadre du processus de Rio, Ramsar a noué des relations de travail très étroites avec la Convention sur la diversité biologique. Ceux qui étaient présents, le mois dernier à Bratislava, à la 4e session de la Conférence des Parties à la CDB, ont été témoins de lappui massif accordé par les Parties au Plan de travail conjoint entre les deux Conventions présenté par le Bureau Ramsar. Le Plan a été entériné par la Conférence, tant pour les mesures portant sur les eaux intérieures que vis-à-vis du plan dapplication du Mandat de Djakarta sur la diversité biologique marine et côtière. La 4e session de la Conférence des Parties à la CDB a également donné des instructions complémentaires au Fonds pour lenvironnement mondial et aux Parties contractantes sur le programme du FEM pour les eaux intérieures afin que le Fonds accorde une plus haute priorité au financement des projets en rapport avec les zones humides.
Le secrétariat se propose maintenant dinstaurer une synergie semblable avec la Convention sur la lutte contre la désertification dans loptique de parvenir, si possible, à la signature dun protocole de coopération entre les deux secrétariats au moment de la 2e CdP à la Convention sur la lutte contre la désertification, fin novembre, à Dakar.
La coopération avec le nouveau PNUE qui est en train de voir le jour sous la direction de M. Klaus Töpfer sera lune des prochaines priorités du secrétariat, dautant plus que la Session spéciale du Conseil dadministration du PNUE, réunie il y a quelques jours à Nairobi, a convenu que la coordination des travaux des conventions relatives à lenvironnement et aux ressources en eaux douces ferait lobjet de deux des cinq domaines dactivité dun PNUE réformé.
La publication en trois langues du guide Ramsar à lusage des décideurs et planificateurs sur lévaluation économique des zones humides a connu un tel «succès dédition» que la version anglaise a déjà dû être réimprimée. Jespère que nous poursuivrons nos travaux dans ce domaine important, travaux qui progressent actuellement dans les pays de la Communauté de lAfrique australe pour le développement dans le cadre dun projet conjoint avec le Bureau de lUICN à Harare.
Il est un autre domaine dans lequel nous avons fait des progrès décisifs: celui de la communication. Malgré un personnel très peu nombreux, le secrétariat a réussi à se frayer un chemin dans la communication électronique avec un site Internet et des listes de messagerie électronique dont lutilité est constamment louée. Le contenu, la périodicité et la présentation du Bulletin Ramsar ont été revus et les fiches dinformation sur la Convention ont été réécrites, remodelées dans leur présentation, dotées dune nouvelle identité graphique et distribuées en milliers dexemplaires dans les trois langues officielles. Une version en russe du dossier dinformation est également disponible et nous aurons bientôt une version chinoise et une version arabe. Les Parties contractantes ont été invitées à traduire le dossier dinformation Ramsar dans leurs principales langues nationales et, à cet effet, nous avons offert une aide financière aux pays qui en auraient besoin. À en juger par les manifestations qui, pour la deuxième fois, cette année, ont marqué la Journée mondiale des zones humides, le 2 février, il y a tout lieu de penser quil y a là de grandes possibilités de faire progresser notre cause.
Comme vous le savez, en 1998 nous avons connu une «première» avec la signature du «Projet Danone» dans le contexte duquel, pour la première fois, une grande entreprise commerciale consacre des ressources financières à lapplication dun traité sur lenvironnement. Nous formons le vu que cette expérience ait un effet catalytique et incite le secteur privé à participer à lapplication de Ramsar, tant sur le plan international que national.
Rassemblant plusieurs pays dEurope, dAfrique et du Moyen-Orient, lInitiative pour les zones humides méditerranéennes na cessé de progresser et le nouveau Comité pour les zones humides méditerranéennes sest réuni pour la première fois à Thessalonique, en Grèce, en mars 1998, en présence de 21 pays méditerranéens, dONG et dinstitutions internationales. La deuxième réunion aura lieu, nous lespérons, en Espagne, à Valence, en février 1999.
La plupart des questions que je viens de mentionner seront examinées, dune manière ou dune autre, à la prochaine Conférence des Parties contractantes au Costa Rica, en mai 1999. Dautres points importants, tels que les propositions du Groupe dévaluation scientifique et technique relatives au texte révisé des Critères didentification des zones humides dimportance internationale et à la définition révisée de «caractéristiques écologiques» et «modification des caractéristiques écologiques», tous les thèmes qui seront traités par les cinq séances techniques de la Conférence et les questions relevant du modus operandi telles que le système des régions Ramsar seront examinés en détail durant la présente réunion. Il est donc inutile que je my attarde maintenant.
Il est toutefois une question que je souhaite aborder avant de conclure: celle du budget de la Convention. Comme vous le savez, à loccasion des deux dernières conférences des Parties, en 1993 et en 1996, le secrétariat a demandé de très fortes augmentations du budget qui étaient nécessaires pour quun secrétariat central soit à même de servir efficacement la Convention. Je suis très reconnaissant aux Parties contractantes qui ont accepté ces augmentations et, en particulier, aux pays dont les contributions ont été le plus touchées. Jai aussi le plaisir de dire aujourdhui que le secrétariat a pu sacquitter de sa tâche avec efficacité tout en respectant son budget. Depuis deux ans nous avons pu non seulement boucler lannée fiscale avec un excédent mais aussi alimenter le Fonds de réserve établi par la 6e session de la Conférence des Parties pour le porter au niveau requis.
Jai donc lintention, sauf imprévu, de ne demander aux Parties quune augmentation minimale du budget pour couvrir laugmentation du coût de la vie en Suisse qui ne devrait pas dépasser 2%.
Je voudrais cependant inviter les Parties contractantes à réfléchir sérieusement à trois questions qui ont un rapport direct avec les ressources financières :
a) la nécessité dinclure, dans le budget central de la Convention, les frais encourus par le secrétariat pour préparer et organiser les sessions triennales de la Conférence des Parties. Ces frais sélèvent à 500 000 francs suisses et, répartis sur trois ans, correspondraient à une augmentation denviron 170 000 francs suisses par an. Cette pratique est courante pour dautres conventions; elle éviterait au secrétariat de devoir négocier cette contribution avec le pays hôte ou avec dautres donateurs lorsque le pays hôte nest pas en mesure de fournir ces ressources;
b) la possibilité daugmenter considérablement la productivité du secrétariat par lengagement, comme proposé à Brisbane, dun «Responsable de laide au développement» qui collaborerait avec les organismes daide multilatérale et bilatérale au développement en vue de trouver des ressources pour les projets en rapport avec les zones humides. Ce poste représenterait une augmentation budgétaire denviron 250 000 francs suisses par an;
c) la nécessité dinstaurer un système dengagement plus ferme et plus significatif à verser des contributions volontaires au Fonds Ramsar de petites subventions car le système actuel de contributions occasionnelles et irrégulières est loin dêtre satisfaisant.
Nous vivons dans une civilisation tournée vers lavenir. Le changement, le changement rapide est une caractéristique importante, si ce nest la plus importante de notre temps. La Convention de Ramsar vit avec son temps: elle change. Après quelque 30 ans dexistence, la nécessité se fait sentir non seulement de changer de pratique mais aussi dapporter quelques modifications au traité lui-même afin quil corresponde mieux à la nouvelle situation des zones humides, tant du point de vue de lapproche des problèmes que des acteurs apparus sur la scène internationale. Cest ainsi que lon a recommandé lélaboration dun protocole sur leau, sous légide de la Convention, lors dune réunion de Ramsar à Pretoria, en février de cette année. Apporter des amendements à la Convention peut sembler complexe et peut-être même risqué; mais ne prendre aucun risque peut aussi être très risqué pour lavenir de la Convention.
Les enjeux restent nombreux mais je suis fermement persuadé que la Convention sur les zones humides, ayant atteint un stade particulièrement favorable de son évolution, est à la hauteur de ces enjeux et quelle a de très bonnes chances de réussir.
Pour plus d'information, veuillez
prendre contact avec: le Bureau de la Convention de Ramsar,
Rue Mauverney 28, CH-1196 Gland, Suisse (Tél. +41 22 999 0170, Fax: +41 22 999
0169, E-mail: ramsar@hq.iucn.org). Posted
le 4 juin 1998 par Dwight Peck, Ramsar.