Convention sur les zones humidesRamsar logo

Réunion Régionale Pan-Africaine, Kampala, Uganda, juillet 1998

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Réunion Régionale Pan-Africaine

Kampala, Ouganda, 6-10 Juillet 1998

Introduction

La Réunion Pan-africaine de la Convention sur les Zones Humides (Ramsar, Iran, 1971) a eu comme pays d’accueil l’Ouganda; elle a été organisée conjointement par le Programme National sur les Zones Humides de l’Ouganda, dirigé par Monsieur Paul Mafabi au sein du Ministère des Terres, de l’Eau et de l’Environnement, d’une part, et le Bureau de la Convention basé en Suisse d’autre part. Cette réunion avait pour thème:

"Partenariat pour la Conservation des Zones Humides en Afrique" .

Les objectifs principaux de la réunion étaient: a) examiner la mise en oeuvre de la Convention en Afrique; b) passer en revue les questions essentielles que soulèvent la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides dans la perspective de préparer la 7eme Conférence des Parties Contractantes qui aura lieu au Costa Rica en 1999.

La réunion a été ouverte par Monsieur Henry Kajura, Ministre des Terres, de l’Eau et de l’Environnement de l’Ouganda. Plusieurs autres allocutions ont eu lieu au cours de la cérémonie d’ouverture: Monsieur Paul Mafabi, Coordonnateur du Programme National des Zones Humides de l’Ouganda s’est adressé aux participants au nom de l’Ouganda et du Sénégal, pays représentant l’Afrique au sein du Comité Permanent de la Convention. Le Secrétaire Général de la Convention, Monsieur Delmar Blasco, a quant à lui, dressé un bilan des oeuvres de la Convention avant d’aborder les perspectives d’avenir dans son allocution intitulée "Déclaration sur la situation actuelle et les perspectives d’avenir de la Convention sur les zones humides." Par ailleurs, les représentants des quatre Organisations Partenaires de la Convention ont tour à tour adressé une allocution au nom de l’Union Mondiale pour la Nature (UICN), BirdLife International, Wetlands International et Le Fonds Mondial pour la Nature (WWF).

Plus de 100 délégués provenant de 34 pays africains (Parties contractantes et pays observateurs) ont participé à la réunion, ainsi que des représentants de Parties contractantes d’autres régions, d’organisations intergouvernementales et d’ONG.

En plus des sessions plénières, trois groupes de travail ont été institués pour approfondir les sujets qui seront examinés à la 7eme Conférence des Parties contractantes.

La réunion a été clôturée au nom de l’Ouganda par Monsieur Bagouma Isoké, Secrétaire d’État aux Terres et Député du canton de Buyaga. Au cours de la cérémonie de clôture, les participants et le Secrétaire Général de la Convention ont exprimé leur satisfaction et leurs remerciements au gouvernement et au peuple de l’Ouganda pour l’organisation de la réunion et l’hospitalité offerte à tous les participants. Ils ont également exprimé leur gratitude aux gouvernements de la Suisse et de la Suède pour leur appui financier à l’organisation de la réunion et au gouvernement des Pays Bas pour sa contribution à travers le Programme National sur les Zones humides de l’Ouganda.

Les conclusions et les recommandations qui ont été adoptées par la dernière session plénière de la réunion, intégrant les résultats des travaux de groupes, sont présentées ci-dessous:


Conclusions et Recommandations

Thème 1 . Ramsar et l’eau

Conclusions

1. La nouvelle approche de la Convention consistant à incorporer les questions relatives à la gestion des ressources en eau dans ses secteurs de préoccupation et de travail est approuvée.

2. Étant donné qu’il y a plusieurs autres institutions traitant des questions relatives à l’eau à un niveau international, il serait important que la Convention identifie la niche de ses activités.

3. Tout en reconnaissant la valeur économique de l’eau, il pourrait être nécessaire que la Convention s’intéresse aux autres valeurs de l’eau tout aussi significatives.

4. Dans la plupart des cas, la plus grande menace pour les zones humides est l’utilisation des terres sans considération pour les objectifs de conservation de l’eau, car le déficit foncier accroît les convoitises sur les zones humides, conduisant à leur drainage pour récupérer la terre. Ainsi, lorsque la Convention se penche sur les questions relatives à l’eau, il serait indiqué de le faire dans la perpective plus large de la planification rationnelle de l’utilisation des terres et de l’eau.

5. Dans beaucoup de pays, les questions relatives aux zones humides ne sont pas traitées par le Ministère chargé de l’eau car la question des zones humides est perçue beaucoup plus comme un problème de conservation de la nature que comme une question relative à l’eau.

6. L’identification de l’institution la plus compétente pour coordonner les préoccupations relatives aux zones humides constitue un choix difficile et cela aussi bien sur le plan technique que politique. Assez souvent, l’institution chargée des questions relatives aux zones humides est beaucoup moins puissante que celle qui se charge des questions relatives à l’eau, rendant ainsi difficile à la première de persuader la deuxième d’adopter une politique commune.

7. Les ministères chargés de l’eau subissent souvent de fortes pressions politiques les obligeant à fournir l’eau à toute la population, ce qui pourrait les amener à négliger les questions des zones humides.

8. Les zones humides ont un caractère multi-sectoriel et ainsi requièrent une approche multi-sectorielle sous la responsabilité d’un comité, ou d’une institution comparable, de niveau élevé dans les institutions gouvernementales.

9. Les vastes étendues de zones humides africaines doivent faire l’objet d’études spécifiques afin d’estimer leurs valeurs socio-économiques, hydrologiques, environnementales et culturelles, sans oublier leur valeur en tant que régulateurs de climat.

10. Les zones humides sont d’une importance mondiale à cause de leur taux élevé d’évaporation qui influence les caractéristiques climatiques et les précipitations non seulement dans leur environnement immédiat mais aussi dans d’autres régions de la planète.

11. La gestion des zones humides doit être intimement liée à la gestion des ressources en eau.

12. Tout en servant d’instrument pour le développement durable, la Convention se doit d’apporter également sa contribution à travers la mise en place d’instruments techniques et scientifiques ayant trait au domaine des zones humides et de l’eau, et pouvant être traduits en outils pratiques d’action au niveau communautaire.

13. Très souvent, les institutions chargées de l’eau ne sont pas équipées pour traiter des complexités d’une approche intégrée de gestion ou de mise en oeuvre des principes de Dublin et des exigences d’Action 21.

14. Les zones humides sont souvent considérées comme des fournisseurs d’eau, mais il faudrait aussi reconnaître ouvertement qu’elles sont aussi des utilisatrices d’eau et en tant que telles, elles nécessitent un flux d’eau minimal. Toutefois, beaucoup reste à faire pour élaborer des méthodologies d’évaluation de ce flux minimal.

15. Dans la plupart des cas, les questions relatives à l’eau ont été traitées par des ingénieurs et ils ont fourni des solutions relevant du génie civil. Un changement de paradigme est ainsi nécessaire dans le domaine de la gestion pour incorporer d’autres perpectives et d’autres options possibles, sur la base de l’approche par écosystèmes. Les ingénieurs hydrauliciens devraient être formés de façon à pouvoir intégrer les valeurs des zones humides dans leur travail.

16. Ramsar devrait contribuer à ce changement en rapport avec les zones humides: elles ne doivent plus être perçues comme des concurrentes pour l’eau mais comme partie intégrante de la solution à travers une approche de gestion intégrée de l’eau.

17. Certains aspects de la nouvelle politique relative à l’eau en Afrique du sud ont été notés. Cette nouvelle politique reconnaît deux droits fondamentaux à l’eau: a) 25 litres par personne et par jour et b) la nécessité pour les écosystèmes de recevoir suffisamment d’eau pour remplir leurs fonctions. Ce dernier aspect est appelé "la réserve écologique".

18. Les activités de développement ont toujours un impact sur les écosystèmes. Dans le domaine de l’eau, les gouvernements ont obligation de fournir de l’eau pour la consommation de leurs populations et pour les activités économiques. Des décisions assez difficiles doivent être prises, qui tranchent entre la consommation et la conservation. Les planificateurs et les décideurs ont besoin de beaucoup plus d’outils pour les assister dans la prise de décisions sur la base de bonnes informations.

Recommandations

19. Le Bureau Ramsar devrait fournir des informations détaillées sur les relations existant entre les buts et les préoccupations de la Convention et ceux d’autres secteurs, y compris les questions relatives à la gestion de l’eau; cela servirait d’outil de sensibilisation des gouvernements, et en particulier les entités responsables d’autres politiques sectorielles.

20. Le Bureau de la Convention devrait promouvoir la réalisation d’études spécifiques sur les questions liées aux zones humides et à l’eau; par exemple la recherche de réponses aux questions suivantes: quelle est la quantité d’eau fournie par les zones humides pour la production alimentaire? quelle est la contribution des zones humides à la régulation des conditions climatiques? Ou, de façon plus générale, quelle est la quantité d’eau douce stockée au sein des zones humides? Ainsi, le Bureau Ramsar, le Groupe d’Évaluation Scientifique et Technique (GEST) et les Autorités Administratives au niveau national devraient mettre à profit les ressources académiques existantes pour promouvoir les liens étroits qui existent entre la conservation des zones humides et la gestion adéquate des ressources en eau.

21. Le Bureau devrait élaborer des lignes directrices sur le rôle, les fonctions et la structure des comités nationaux chargés des zones humides de manière à assister les gouvernements dans l’identification des institutions de coordination sur les questions des zones humides. Cette orientation serait particulièrement utile pour les pays faisant leur entrée à la Convention.

22. Le titre actuel de la Convention revêt un caractère très limité. Il devrait être officiellement changé en "Convention sur les Zones Humides". Une proposition devrait être émise à la prochaine CdP pour amender le traité en conformité avec l’approche actuelle afin de pouvoir traiter de toutes les fonctions, les valeurs et les attributs variés des zones humides. La traduction en français du terme anglophone "wetland" en "zone humide" devrait aussi être remise en question.

23. Le Bureau Ramsar devrait continuer à renforcer ses activités dans le domaine de l’évaluation économique des zones humides, de même que dans le domaine de l’élaboration des outils pour une participation effective des communautés.

24. La Convention devrait davantage mettre en place des outils spécifiques pour encourager les Parties Contractantes à faire un usage beaucoup plus actif de l’article 5 de la Convention qui leur recommande de "se consulter sur le respect des obligations découlant de la Convention particulièrement dans le cas où une zone humide s’étend sur les territoires de plus d’une Partie contractante ou lorsque un système hydrologique est partagé par plusieurs Parties contractantes.

25. Compte tenu du fait que la menace la plus grande qui pèse sur les zones humides résulte de mauvaises pratiques d’utilisation des terres, et cela particulièrement dans les pays en voie de développement, le Bureau Ramsar devrait initier un processus de formulation de lignes directrices au bénéfice des Parties contractantes; ces lignes directrices aideraient à identifier et encourager les pratiques d’utilisation des terres compatibles avec les mesures de conservation et d’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs bassins versants. Ces lignes directrices devraient être basées sur une approche par bassin versant, qui serait appliquée dans le cadre de la planification et de la gestion du territoire à l’échelle nationale.

26. La proposition d’établir un Protocole relatif à l’eau dans le cadre de la Convention devrait être sérieusement envisagée à la prochaine CdP.

27. Concernant les sous-thèmes pour la séance technique "Ramsar et l’eau":

  1. le premier sous-thème devrait inclure le développement de régimes d’eau équilibrés pour les zones humides, les questions relatives à la régulation du climat, la qualité de l’eau, le concept de la "réserve environnementale" en eau et la manière de déterminer cette dernière;
  2. le sous-thème sur la gestion intégrée des bassins fluviaux devrait être intitulé "questions relatives aux zones humides dans une approche de gestion intégrée des bassins fluviaux;"
  3. le sous-thème sur les politiques nationales en matière d’eau devrait être reformulé de la manière suivante: "Les zones humides et la formulation ou la révision des politiques nationales et régionales en matière d’eau".

28. La Convention doit accroître ses relations de travail avec le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, particulièrement dans le secteur des eaux douces.

29. Les comités nationaux Ramsar doivent incorporer les entités qui s’occupent de la gestion des ressources en eau; de même, les institutions qui sont responsables de la mise en oeuvre de la Convention de Ramsar dans chaque pays (appelées communément "Autorités Administratives de Ramsar") doivent participer aux instances nationales qui définissent et appliquent la politique et la législation en matière d’eau, dans l’esprit d’apporter leur contribution active par rapport à la conservation et à l’utilisation durable des zones humides.

30. Les Autorités Administratives doivent posséder un recueil des lois et réglementations relatives à l’eau et un inventaire des fonctions et responsabilités des institutions participant à la réglementation des ressources en eau.

31. Le Groupe d’Évaluation Scientifique et Technique (GEST) devrait analyser en détail les contributions de la Convention à la gestion intégrée des ressources en eau et en particulier étudier la possibilité d’élaborer des "modèles spécifiques de procédure" pour l’intégration de la gestion des zones humides dans la perspective des bassins versants.

32. Le GEST devrait définir et développer le concept de "réserve environnementale " en rapport avec les zones humides et le concept de "qualité de la réserve environnementale".

33. Le GEST devrait, en outre, contribuer au développement de concepts de base et de méthodologies pour la détermination de la qualité, de la quantité et du temps nécessaires à l’eau pour maintenir les caractéristiques écologiques des zones humides; ceci pourrait par la suite être utilisé dans le cadre de l’aménagement des ressources en eau en l’appliquant à l’ensemble du bassin versant.

34. La Convention devrait développer une synergie avec les forums existants dans la région africaine, et travaillant dans ce domaine, promouvoir des échanges plus actifs d’expériences et de méthodologies en matière de gestion intégrée des bassins versants.

35. Ramsar devrait accélérer son approche envers la Convention sur la lutte contre la désertification parce que la gestion durable de l’eau en tant que ressource est essentielle à toutes les deux

Thème no.2: Planification Nationale pour la Conservation et l’Utilisation Rationnelle des Zones Humides.

Conclusions

36. Bien que le contexte soit différent dans chaque Partie contractante et État observateur, l’expérience ougandaise d’élaboration d’une Politique Nationale sur les Zones Humides (PNZH) peut servir de modèle en tant que document de travail.

37. Une étape importante dans le processus d’élaboration d’une PNZH est la reconnaissance par le gouvernement de la nécessité de conserver les zones humides. Ceci signifie faire naître la prise de conscience par les décideurs politiques de ce que peuvent offrir les zones humides: autant que possible, cela doit être exprimé en termes financiers - par exemple, conserver une zone humide revient à économiser l’équivalent de ce que coûteraient les travaux de construction d’une installation de traitement d’eaux usagées; ou encore lorsqu’on conserve une zone humide, on peut se passer de la mise en place de mesures onéreuses de prévention des inondations. Il serait aussi utile de signer un moratorium ou une déclaration "d’arrêt des hostilités" par rapport aux grandes interventions sur les écosystèmes de zones humides, suite à laquelle les nouvelles politiques sur les zones humides peuvent être mises en application.

38. Des discussions interministérielles afin de parvenir à une intégration des efforts sont de grande importance: un mécanisme adéquat serait la mise en place d’un comité de coordination composé de tous les ministères directement intéressés, c’est à dire ceux chargés de l’agriculture, des forêts, de la pêche, des mines, de l’eau, de l’énergie, entre autres. Un Comité National sur les Zones Humides, comprenant les représentants de tous les groupes d’intérêts, y compris les ONG, est considéré par plusieurs Parties comme un moyen efficace pour traiter des possibilités et des difficultés d’ordre national. Ce principe pourrait être étendu aux échelles locales et régionales.

39. Il se dégage une nécessité bien exprimée d’intégrer les activités de conservation des zones humides aux activités ayant pour but de tenir les engagements aux autres Conventions, notamment la Convention sur la Diversité Biologique (Plans d’Action Nationaux et Stratégies), et la Convention pour la Lutte Contre la Désertification. Pour ce qui est de la Convention sur la Diversité Biologique, il serait nécessaire d’inclure les questions relatives aux zones humides directement dans les stratégies nationales ou encore en annexe spéciale à ces dernières.

40. Les décideurs ont également besoin de prendre conscience des préoccupations particulières les plus pertinentes concernant les zones humides de leur pays (par exemple, les dommages causés aux zones humides par les opérations de drainage ou les pratiques agricoles non durables). Des visites de décideurs sur des sites à problèmes sont souvent d’une efficacité remarquable. Cela permettra de renforcer la prise de conscience des décideurs. Les efforts de sensibilisation des décideurs au niveau des communautés et des organisations de base ont également tendance à porter des fruits.

41. L’importance de la réalisation d’inventaires est indéniable dans le cadre de la mise en oeuvre des politiques et du suivi de ces politiques. La réalisation des inventaires de zones humides ne doit pas être différée et peut être entreprise au cours du processus de formulation de politique. Un inventaire basé sur les informations existantes peut valablement servir de point de départ.

42. Il est important de remarquer que des séries de données existent ou sont en cours d’élaboration; par exemple, la liste des zones importantes pour les oiseaux, y compris en Afrique, correspond parfaitement aux critères Ramsar pour la sélection des sites.

43. Les PNZH n’ont généralement pas force de loi et il sera nécessaire, pour une mise en oeuvre effective, de traduire les principes fondamentaux de ces politiques en instruments juridiques. Les bases juridiques seront différentes d’un pays à un autre: l’une des approches consiste à lier les sites Ramsar à la législation relative aux aires protégées, mais on ne doit pas perdre de vue que la Convention exige des Parties contractantes d’appliquer les principes de l’utilisation rationnelle sur toutes les zones humides de leurs territoires; d’autres mesures seront nécessaires pour y parvenir.

44. Une nouvelle législation sur les zones humides pourrait ne pas être nécessaire; une révision de la législation en vigueur couplée avec l’identification et la définition de moyens susceptibles d’adapter la législation existante aux nouveaux besoins pourraient être tout aussi efficaces, tout en évitant les risques de découragement.

45. Un problème crucial demeure le manque de ressources humaines. La formation a un rôle important à jouer. Les Parties contractantes, le Bureau, la communauté des bailleurs de fonds et les autres institutions, devraient prêter une attention particulière à la nécessité de satisfaire les besoins en ressources humaines pour s’occuper des questions de conservation des zones humides des pays africains.

46. La "formation des formateurs" serait un moyen très efficace de renforcer les capacités locales avec un minimum d’efforts.

47. Les Parties contractantes devraient envisager de fournir au Bureau une liste d’experts nationaux en matière de zones humides qui pourraient coopérer, par exemple, avec le Groupe d’Évaluation Scientifique et Technique (GEST) et le Comité Permanent. Ceci pourrait s’avérer particulièrement utile lorsque les experts techniques provenant des Services de l’État sont sujets à de fréquents changements de postes de travail.

48. Un problème particulier quant à l’utilisation rationnelle des zones humides est celui posé par les activités des sociétés multinationales conduisant à la pollution, y compris la pollution des mangroves par le pétrole, et la destruction des forêts dans les bassins versants des zones humides. Il a aussi été noté que l’on doit continuer à rappeler le principe selon lequel " le pollueur paie". De préférence, les actions de développement dans ces zones sensibles devraient être toujours précédées d’Études d’Impact Environnemental (EIE) avec des mesures de mitigation partout où cela est nécessaire.

49. Les principes de l’utilisation rationnelle en matière de conservation et d’aménagement des zones humides peuvent être mis en application de manière plus effective lorsqu’il existe une utilisation durable des produits des zones humides au bénéfice des communautés locales. Les Parties Contractantes sont ainsi exhortées à promouvoir la participation réelle des communautés dans les actions de conservation et d’utilisation rationnelle des zones humides à travers le développement de mesures incitatives et le partage des avantages de la bonne gestion entre tous les groupes d’intérêts.

50. En rapport avec les débats relatifs à l’utilisation rationnelle, il a été noté que la restauration et la réhabilitation des zones humides ont souvent un rôle important à jouer. Dans ce cadre, un instrument utile est le "Wetland Fix" ("La réhabilitation des zones humides"), une série de six guides de terrain élaborés en Afrique du sud et disponibles sur demande.

51. L’utilisation rationnelle des sites Ramsar pourrait être facilitée par l’élaboration d’un plan de gestion pour chaque site, qui pourrait être intégré au processus de planification nationale pour le développement, dans la mesure où cela est approprié.

Recommandations

52. Toutes les Parties contractantes et les États observateurs devraient s’efforcer de lancer le processus de développement des Politiques Nationales sur les Zones Humides (PNZH). La Convention devrait encourager ses partenaires ONG et d’autres donateurs à fournir un appui financier et technique pour la préparation de telles politiques.

53. Les Parties contractantes sont priées de créer des Comités nationaux sur les Zones Humides, impliquant les ONG et d’autres représentants de la société civile compétents en la matière. Le Bureau Ramsar devrait élaborer des lignes directrices sur les Comités nationaux pour les zones humides.

54. Les Parties contractantes devraient créer des réseaux de communication nationaux, régionaux et internationaux qui feront bon usage des nouvelles technologies.

55. Le Bureau est prié d’étudier avec les Parties contractantes la possibilité d’inclure une liste des points focaux en Afrique dans sa base de donnés d’experts en zones humides. L’objectif visé est de permettre au GEST et à d’autres experts techniques de Ramsar, qui pourraient enquêter sur une question donnée, dans un pays donné, de pouvoir contacter la personne qu’il faut, particulièrement là où le personnel des Services de l’État est très instable.

56. Le Bureau, les ONG partenaires de Ramsar et la communauté internationale sont instamment priés de soutenir les Parties contractantes africaines dans leurs efforts de développement des capacités et de recherche de financement, particulièrement en ce qui concerne la préparation de plans de gestion des zones humides.

57. Le Bureau est par ailleurs prié d’envisager la tenue d’ateliers nationaux à l’intention de décideurs à tous les niveaux, y compris les législateurs, dans chaque Partie contractante, afin de leur faire prendre conscience des questions essentielles liées à la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides. Un exemple serait d’inviter les ministres à une séance de deux jours au commencement d’une future Conférence des Parties contractantes (CdP), à l’instar de ce qui a été fait à la dernière CdP de la Convention sur la Diversité Biologique et permettre ainsi leur sensibilisation.

58. Le Bureau devrait envisager l’organisation d’un stage de formation sur la Gestion des Zones Humides dans chaque sous-région africaine, à l’instar du stage bien connu et régulièrement organisé aux Pays-Bas.

Thème 3. La participation des communautés locales à tous les niveaux.

Conclusions

59. Partout où cela est possible, la valeur de l’utilisation durable pour les populations locales doit être démontrée en termes pratiques, de façon à ce que celles-ci prennent l’initiative et fassent des propositions assurant ainsi une plus grande efficacité. A cet égard, les populations locales doivent être considérées comme des partenaires à tous les niveaux et tout programme sur les zones humides devrait prendre en compte leurs intérêts et leur initiatives.

60. Il est également reconnu que les communautés locales ont beaucoup à apprendre au personnel technique et il est nécessaire de mettre l’accent sur la double nature du processus (parler aussi bien qu’écouter) et incorporer le meilleur des pratiques traditionnelles aux connaissances techniques et scientifiques les plus récentes.

61. A cet égard, les Parties contractantes doivent reconnaître le rôle prépondérant que jouent les communautés locales en tant que garants de la diversité biologique qui existe dans les zones humides et explorer les voies et moyens de protéger les droits de ces communautés sur leurs connaissances traditionnelles, tout en produisant une documentation sur ces connaissances.

62. Les techniciens qui souhaitent obtenir le maximum de résultats avec les communautés locales devraient envisager de vivre et de travailler aux côtés de celles-ci pour mériter leur confiance et leur compréhension, et de travailler avec les systèmes et institutions existants, au lieu d’introduire des changements sans discernement. Dans le cadre de ce processus, il serait très utile d’identifier et d’approcher les hommes et les femmes les plus influents des communautés locales pour les convaincre du bien fondé du message de la conservation et de l’utilisation rationnelle, afin qu’à leur tour ils arrivent à convaincre d’autres.

63. Des systèmes qui garantissent que les revenus (tel que les recettes provenant de la vente des tickets d’entrée dans les aires protégées) soient partagés avec les communautés locales font que ces communautés perçoivent la valeur du travail qu’elles peuvent entreprendre pour assurer le futur de ces sites. Cela devrait permettre d’assurer, de manière volontaire, une meilleure protection des sites et de leurs ressources.

64. Une des voies de canalisation des recettes vers les communautés locales consiste à promouvoir des activités génératrices d’emplois et à développer des industries à faible impact environnemental, à partir desquelles les communautés peuvent tirer des bénéfices ou même acquérir des droits de propriété.

65. D’autres méthodes encourageant la prise en charge de la zone humide doivent être explorées, y compris l’inclusion des membres des communautés locales au sein des comités de gestion des sites Ramsar. Il est important de prendre en considération non seulement les habitants des villages locaux dont l’attention pourrait d’ailleurs être focalisée sur des questions n’ayant aucun lien avec les zones humides, mais surtout s’occuper des véritables utilisateurs des zones humides, y compris les pêcheurs ainsi que les exploitants des plantes aquatiques.

66. Les groupements de professionnels locaux, tels ceux de pêcheurs et éleveurs, ont souvent une longue expérience de l’utilisation rationnelle des zones humides et il existe beaucoup d’exemples où l’Etat n’a besoin d’intervenir que pour s’assurer de la bonne marche des choses, par exemple assurer la prévention d’une pêche excessive.

67. Dans la plupart des cas, l’optimisation des cultures sur les zones humides serait une possibilité beaucoup plus réaliste que l’introduction de nouvelles cultures.

Recommandations

68. Les Parties Contractantes sont priées d’utiliser les méthodes existantes et d’innover dans le travail avec les communautés locales, en s’intéressant à la fois aux hommes et aux femmes de ces communautés et en se mettant à l’écoute tout en transmettant l’information. Ainsi, il sera possible d’allier le meilleur des méthodes traditionnelles à celui des méthodes modernes pour assurer la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides. A cet effet, le rôle de médiateur des ONG doit être mis en valeur et promu.

Thème 4: Outils pour évaluer et reconnaître les valeurs des zones humides

Conclusions

69. Les zones humides ont des fonctions écologiques, biologiques et hydrologiques qui peuvent être classées en attributs primaires et secondaires. Les valeurs primaires sont en général en dehors du système de marché et ne peuvent être mesurées qu’indirectement. Ces valeurs comprennent, entre autres éléments, les fonctions hydrologiques assurées par les zones humides telles que la réduction des dégâts des inondations, la filtration de la vase, l’approvisionnement en eau etc. Les valeurs secondaires font partie du système de marché et peuvent ainsi être directement mesurées. Les valeurs des zones humides pour le tourisme et pour l’alimentation en sont deux exemples.

Ces fonctions peuvent être exprimées en termes économiques et en valeurs sociales et culturelles. Différents outils ont été développés et continuent à évoluer pour l’estimation et la reconnaissance de ces valeurs. L’évaluation économique des zones humides a pour but de s’assurer que leur réelle valeur sociale est prise en compte dans le processus de prise de décision.

70. Au sein des deux grandes catégories, plusieurs paramètres ont été identifiés afin de déterminer des outils de mesures des valeurs des zones humides. Ceux-ci comprennent :

71. Les paramètres écologiques et biologiques peuvent être établis en procédant à un inventaire des ressources, identifiant aussi bien les espèces indicatrices que les espèces endémiques et définissant le dégré de menace; ainsi, les espèces menacées peuvent être identifiées et répertoriées. La richesse en espèces doit également être identifiée.

72. Les paramètres hydrologiques doivent englober les outils standards tels que la conception des modèles, les simulations et la collecte habituelle de données hydro-météorologiques (sur la pluviométrie ainsi que sur les eaux de surface et les systèmes d’eaux souterraines).

73. Les outils économiques comprennent: la recherche économique (exemple, la recherche sur les marchés); le suivi et l’évaluation; des techniques variées d’estimation de la valeur économique des zones humides (par exemple, les publications de Ramsar) y compris des analyses coûts/bénéfices des zones humides, et des prix de référence; les coûts de substitution des produits et services des zones humides; la valeur marchande des valeurs secondaires des zones humides; et le coût des opérations de restauration des fonctions écologiques perdues.

74. Les valeurs sociales et culturelles peuvent être estimées à l’aide d’outils comme l’Estimation rurale participative (ERP), l’utilisation d’agents de vulgarisation, la recherche sociale ainsi que le suivi et l’évaluation.

75. La prévision de l’impact environnemental et social de la perte des zones humides serait un outil important pour convaincre les Parties de prendre des mesures pour améliorer l’état des zones humides en situation de stress ou pour renverser les tendances qui mettent les zones humides en danger.

76. La prévision de l’impact social sur les zones humides peut être utilisée comme moyen d’atténuer les conséquences négatives. Bien que la prévision de l’impact social de la perte d’une zone humide soit une question complexe, certains outils ont été développés pour l’entreprendre et ceux-ci comprennent:

77. Certains des impacts sociaux probables résultant de la perte des zones humides concernent la perte de moyens d’existence, le changement de mode de vie (exemple, quitter la pêche pour l’agriculture), le changement de modes d’utilisation de la terre et l’apparition de réfugiés écologiques. Ceci conduit à une perte de revenu et de moyens d’existence.

Recommandations

78. La Convention et ses Parties contractantes devraient entreprendre des projets et programmes dans les domaines suivants:

79. Estimer le niveau de menace pesant sur les zones humides et dresser la liste des espèces menacées;

80. Entreprendre la recherche économique (exemple recherche sur les marchés) afin d’évaluer et d’effectuer le suivi des valeurs des zones humides;

81. Déterminer les coûts de substitution des produits et services des zones humides, la valeur marchande des zones humides ainsi que le coût des opérations de restauration des fonctions écologiques perdues;

82. Organiser les décideurs pour leur permettre d’agir sur l’impact social de la perte de zones humides, d’améliorer l’état des zones humides en situation de stress ou de renverser les tendances qui mettent les zones humides en danger.

83. Entreprendre des programmes d’évaluation économique ainsi que des études d’impact environnemental pour estimer les impacts écologiques, économiques et sociaux résultant de la perte de zones humides afin de renforcer la prise de conscience des décideurs sur la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides.

84. Ces outils devraient être développés en plus de ceux qui existent et devraient être diffusés pour être mis en service..

Thème V: Cadre de Coopération Régionale et Internationale

Conclusions

85. Examinant ce sujet, la réunion a noté que des cadres pour la coopération régionale et internationale tels que conventions, accords et protocoles existent dans la région. Des exemples de cadres existants basés sur de tels conventions, accords et protocoles et qui pourraient être utilisés pour faire avancer la mise en oeuvre de la Convention sont cités ci-dessous:

86. Des ONG internationales comme l’UICN, le WWF et des institutions internationales de financement comme le FME peuvent être impliqués pour promouvoir la coopération régionale et internationale.

87. Là où les accords régionaux n’abordent pas les questions relatives à Ramsar, leur portée devrait être élargie pour englober ces questions et faciliter ainsi les alliances.

88. Les cadres de coopération régionale et internationale devraient inclure des initiatives aussi bien au niveau stratégique qu’à celui des projets. C’est le cas par exemple du Programme Environnemental du Lac Victoria et de Rift Valley (Afrique de l’Est).

89. Il a été demandé que la Réunion Pan-Africaine de la Convention de Ramsar soit institutionnalisée pour assurer des échanges continus de points de vue et d’expériences.

90. Les mécanismes de coordination sous-régionale doivent être reliés aux mécanismes internationaux afin de faciliter la coordination verticale et horizontale ainsi que la coopération dans le cadre de la mise en oeuvre de la Convention.

91. La coopération entre Ramsar et d’autres Conventions telles que celles sur la Diversité Biologique, sur la Désertification et avec les organisations partenaires au niveaux régional et international produirait de la synergie dans le système.

92. Les connaissances et les expériences pourraient être échangées entre pays, particulièrement à l’échelle régionale à travers des activités comme la formation sur le terrain, le partage des résultats de la recherche et les échanges de personnel.

93. Les démarches pour le jumelage de sites Ramsar à caractéristiques comparables comme ceux de Niomy en Gambie et de Saloum au Sénégal ou ceux des Lacs de l’Est et de l’Ouest de la Rift Valley sont à encourager pour promouvoir la coopération.

Mobilisation de l’appui financier pour la mise en oeuvre de la Convention de Ramsar

94. Les préalables à la mobilisation des fonds pour la conservation des zones humides comprennent entre autres éléments: la formulation de politiques, le cadre juridique, les stratégies de renforcement de la prise de conscience du public et l’engagement politique. Il a également été reconnu que les services de consultants experts, spécialistes de la publicité, peuvent être utilisés à bon escient.

95. Les bailleurs de fonds et les partenaires doivent être impliqués dans la préparation des programmes et projets dès le stade initial.

Lignes directrices pour la coopération internationale

96. Il a été porté à la connaissance de la réunion que le Secrétariat de la Convention a déjà produit un manuel. Il a été ainsi reconnu que le Secrétariat devrait développer, au sein de ce manuel, des lignes directrices pour la coopération internationale en matière de conservation et de gestion des zones humides.

97. Le Secrétariat devrait rendre visite aux pays non-encore Parties contractantes à la Convention afin de les convaincre de devenir Parties contractantes.

Recommandations

98. Que Ramsar entreprenne une étude sur les cadres de coopération régionale et internationale existants dans l’optique d’identifier des organes et institutions sous-régionales avec lesquelles il faut coopérer dans le cadre de la mise en oeuvre de la Convention.

99. Que les Réunions Pan-Africaines de Ramsar soient institutionnalisées au sien de l’Instrument Ramsar afin d’assurer des échanges continus de points de vue et d’expériences.

100. Que le Secrétariat mette en place des réseaux pour les échanges de données sur la recherche, la formation et le personnel.

101. Que le Secrétariat facilite les démarches pour le jumelage entre sites de caractéristiques comparables.

102. Que le Secrétariat assiste les Parties contractantes dans le processus de mobilisation de fonds pour la mise en oeuvre de la Convention.

103. Que le Secrétariat développe, au sein de son manuel, des lignes directrices pour la coopération régionale et internationale.


Pour plus d'information, veuillez prendre contact avec: le Bureau de la Convention de Ramsar, Rue Mauverney 28, CH-1196 Gland, Suisse (Tél. +41 22 999 0170, Fax: +41 22 999 0169, E-mail: ). Publié le 6 septembre 1998, Dwight Peck, Ramsar.

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