Évaluation
économique des zones humides: Guide à lusage des décideurs et planificateurs
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Évaluation
économique des zones humides:
Guide
à lusage des décideurs et planificateurs
Edward B. Barbier, Mike Acreman et Duncan Knowler
Bureau de la Convention de Ramsar, Gland, Suisse, 1997
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Edward B. Barbier et Duncan Knowler sont, respectivement, maître de conférence et associé de recherche au Département déconomie et de gestion de lenvironnement de luniversité de York, Royaume-Uni. Mike Acreman est Conseiller en gestion des eaux douces pour lUICN Union mondiale pour la nature et Chargé des bassins hydrographiques et de la gestion hydro-écologique, Institute of Hydrology, Wallingford, Royaume-Uni. |
Copyright
© Bureau de la Convention de Ramsar, 1997. Publié par le Bureau
de la Convention de Ramsar, Gland, Suisse avec laide financière du ministère
britannique de lEnvironnement et lAgence suédoise de coopération
au développement international.
Préparé en collaboration avec le Département déconomie de lenvironnement et de gestion de lenvironnement de luniversité de York, lInstitute of Hydrology et lUICN Union mondiale pour la nature.
La reproduction de cet ouvrage est autorisée à des fins non commerciales et, notamment, pédagogiques, sans consentement préalable du détenteur des droits dauteur. La reproduction de cet ouvrage à des fins commerciales, notamment en vue de la vente, est interdite sans autorisation écrite préalable du détenteur des droits dauteur.
Citation: Barbier, E.B., Acreman, M.C. et Knowler, D. 1997. Évaluation économique des zones humides: Guide à lusage des décideurs et planificateurs. Bureau de la Convention de Ramsar, Gland, Suisse.
La terminologie géographique employée dans cet ouvrage, de même que sa présentation, ne sont en aucune manière lexpression dune opinion quelconque de la part du Bureau de la Convention de Ramsar en ce qui concerne le statut juridique ou lautorité de quelque État, territoire ou région que ce soit, ou en ce qui concerne la délimitation de leurs frontières.
Les opinions des auteurs, exprimées dans cet ouvrage, ne sont pas nécessairement le reflet de celles du Bureau de la Convention de Ramsar, de luniversité de York, de lInstitute of Hydrology ou de lUICN.
ISBN 2-940073-24-4
Conception couverture: LIV Communications SA, 1110 Morges,
Suisse.
Rédaction et mise en page: Valerie Higgins et Dwight Peck, Bureau Ramsar
Imprimé par: Imprimerie Dupuis SA, 1348 Le Brassus, Suisse.
Titre de lédition originale en anglais: Economic Valuation of Wetlands. Traduction: Danièle Devitre
Disponible à ladresse suivante:Bureau de la Convention de Ramsar, rue Mauverney 28, 1196 Gland, Suisse (Télécopie: ++41 22 999 01 69, Courriel: ramsar@hq.iucn.org) ou Service des publications de lUICN, 219c Huntingdon Road, Cambridge CB3 0DL, Royaume-Uni (Télécopie: ++44 1223 277175, Courriel: info@books.iucn.org)
Table des matières
Remerciements
Préface
Résumé analytique1. Contexte du problème mondial de gestion des zones humides
1.1 Définition des zones humides
1.2 Types de zones humides
1.3 Importance des zones humides
1.4 Disparition des zones humides
1.5 Le rôle de Ramsar dans la conservation des zones humides2.1 Le rôle de lévaluation économique dans le processus décisionnel
2.2 Les valeurs économiques des zones humides
2.3 Pourquoi les décisions de mise en valeur sous-évaluent-elles les ressources et les systèmes des zones humides?
2.4 Lévaluation: quelle importance pour Ramsar?3. Cadre dévaluation des zones humides
3.1 Première étape: définir le problème et la méthode dévaluation
3.2 Deuxième étape: définir la portée et les limites de lévaluation ainsi que les besoins dinformation
3.3 Troisième étape: définir les méthodes dacquisition des données et les techniques requises pour procéder à une évaluation économique4.1 La plaine dinondation dHadejia-Nguru, au Nigéria
4.2 Évaluation des zones humides des prairies dAmérique du Nord: application dun modèle bio-économique
4.3 Évaluation contingente et zones humides au Royaume-Uni
4.4 Évaluation de la capacité de réduction des concentrations dazote des zones humides suédoises
4.5 Évaluation des zones humides côtières dans le Sud-est des États-Unis
4.6 Évaluation et conservation des mangroves en Indonésie
4.7 Conclusions tirées des études de cas5. Comment procéder: planifier et conduire une étude dévaluation
5.1 Réaliser une étude dévaluation, pas à pas
5.2 Ressources nécessaires pour une étude dévaluation
5.3 Léquipe chargée de lévaluation exemples de cahiers des charges
5.4 Facteurs non économiques
5.5 Conservation des espèces rares8. Sources et lectures complémentaires
Annexes
1. Éléments, fonctions et attributs des zones humides et utilisation par lhomme
2. Comparaison entre plusieurs méthodes dévaluation économique
3. Avantages et inconvénients des techniques employées pour réaliser une évaluation économique des zones humides
Cet ouvrage a été financé par le ministère britannique de lEnvironnement et lAgence suédoise de coopération au développement international.
Lidée de cet ouvrage a été conçue par Mike Acreman lorsquil travaillait pour le Programme Zones humides de lUICN (qui fait aujourdhui partie du Groupe de gestion des écosystèmes) dirigé par Jean-Yves Pirot.
Une base de données a été mise sur pied et les premières idées pour le contenu ont été proposées par Michele Beetham, du Département déconomie de lenvironnement et de gestion de lenvironnement de luniversité de York, alors détachée auprès de lUICN.
De nombreux spécialistes ont commenté les différents projets de texte, en particulier le professeur Kerry Turner (Centre for Social and Economic Research on the Global Environment, R.-U.), Torsten Larsson (Agence suédoise de protection de lenvironnement), Robert K. Davis (université dÉtat de lOhio, E.-U.), Vilma Carande (université dÉtat du Colorado, E.-U.), Francis Grey (Agence australienne de conservation de la nature), Maria Zaccagnini (Institut national dagrotechnologie, Argentine), divers membres du personnel de lUICN (Frank Vorhies, en particulier), du Bureau Ramsar, du ministère britannique de lEnvironnement, du Département déconomie de lenvironnement et de gestion de lenvironnement de luniversité de York, R.-U. et de lInstitut dhydrologie, R.-U.
Le professeur Kerry Turner et Gayatri Acharya (Département déconomie de lenvironnement et de gestion de lenvironnement de luniversité de York , R.-U.) ont fourni de nouvelles informations sur les coûts de réalisation dune évaluation.
La réalisation de cet ouvrage par le Bureau Ramsar a été coordonnée par Mireille Katz. La rédaction et la mise en page ont éte effectuée par Valerie Higgins et Dwight Peck, et la traduction de langlais par Danièle Devitre.
Avant-propos
Cette publication contient beaucoup dinformations utiles sur différentes techniques économiques pouvant servir à évaluer les zones humides. On y souligne à quel point il importe de peser les avantages du développement et les dommages que ce développement peut causer aux zones humides.
Résultat dimportants efforts de coopération entre des scientifiques et des économistes, ce guide vise, avant tout, à être pratique et sera, je lespère, étudié avec soin.
Le très honorable Earl Ferrers, ministre dÉtat pour lEnvironnement et le Territoire, Royaume-Uni
1996
De nos jours, la plupart des décisions de planification et de mise en valeur sont prises en fonction de facteurs économiques et, de plus en plus, obéissent aux forces qui sexercent dans un système de libre échange. Si ce nouveau paradigme porte en lui ses propres limites et ses propres risques, il serait utopique de lignorer et de fonder nos efforts en faveur de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides sur des valeurs entièrement différentes. Il faut donc donner une valeur quantitative aux biens et services fournis par les zones humides si lon veut que la conservation lemporte sur toutes les options possibles dutilisation des terres ou de l'eau qui alimente les zones humides.
Pour de nombreux produits tels que le poisson ou le bois duvre, le marché mondial permet de calculer facilement la valeur dune zone humide. La valeur de fonctions telles que lamélioration de la qualité de leau, peut être calculée daprès le coût de construction dune station dépuration qui rendrait le même service. Il est beaucoup plus difficile, en revanche, dévaluer la diversité biologique ou la beauté des zones humides car le marché, pour ce genre de «biens», est beaucoup plus impalpable et parce quil est loin dêtre aisé den faire une évaluation économique avec les méthodes traditionnelles. Un autre grand problème vient de ce que les pays en développement rencontrent des obstacles de taille lorsquils souhaitent sapproprier les avantages mondiaux de la conservation des zones humides tels la diversité biologique (Pearce et Morane, 1994). Il convient, en conséquence, délaborer et daméliorer de nouveaux moyens dappropriation.
Lors de sa réunion, à Brisbane, Australie, en mars 1996, la Conférence des Parties contractantes à la Convention sur les zones humides a approuvé un Plan stratégique qui reconnaît limportance et le caractère urgent des travaux menés dans le domaine de lévaluation économique des zones humides. Selon lobjectif opérationnel 2.4 (Action 2.4.1) du Plan stratégique, la Convention de Ramsar a pour objectif de promouvoir lévaluation économique des avantages et fonctions des zones humides par la diffusion de méthodes dévaluation. Le présent ouvrage a pour ambition de fournir des orientations aux décideurs et aux planificateurs sur le potentiel dévaluation économique des zones humides et sur les moyens dentreprendre des études dévaluation. Comme il nest, naturellement, pas question que les décideurs entreprennent eux-mêmes le travail dévaluation, des orientations sur la préparation dune étude et des esquisses de cahiers des charges pour des conseillers techniques sont également proposées.
De tout temps, les mots «zones humides» ont évoqué des marécages grouillants de créatures visqueuses, foyers de maladies telles que le paludisme et la schistosomiase. Cest, bien sûr, cette image des zones humides, territoires laissés à labandon, qui a entraîné le drainage et la transformation de ces espaces dans le but daméliorer la santé publique ou pour faire place à lagriculture intensive, à des bassins de pisciculture, à des résidences ou à des usines. Toutefois, depuis quelques années, le public devient sensible au fait que les zones humides naturelles procurent gratuitement de nombreuses fonctions précieuses (atténuation des inondations, recharge de la nappe souterraine, rétention des polluants), de nombreux produits (poisson, combustible, bois duvre, riches sédiments servant à lagriculture des plaines dinondation) et de nombreux attributs (diversité biologique, beauté des paysages qui attirent les touristes, patrimoine culturel et archéologie).
Une tendance à conserver les zones humides se dessine dans les nombreux pays qui ont adopté pour politique dempêcher toute nouvelle perte ou dégradation des zones humides, de veiller à leur utilisation durable et dencourager la recherche en vue de quantifier leurs valeurs. Des mécanismes et institutions internationaux tels que la Convention de Ramsar sur les zones humides, la Convention sur la diversité biologique, la Commission du développement durable (ONU), lOrganisation de coopération et de développement économiques (OCDE), lUICN-Union mondiale pour la nature, Wetlands International et le Fonds mondial pour la nature (WWF) encouragent la recherche, lanalyse et la diffusion dinformations sur lévaluation économique de systèmes naturels, notamment les zones humides. Tous ces organismes sont davis que les décideurs doivent tenir compte de tous les avantages sociaux des écosystèmes naturels ainsi que de ceux des propositions de développement examinées et utiliser toutes les techniques disponibles pour exprimer de façon précise les avantages procurés par les ressources en termes économiques.
Il importe de souligner que lévaluation économique nest pas une panacée, quelle ne représente quun petit élément utile à la prise de décisions, parallèlement à des considérations importantes dordre politique, social et culturel, entre autres. Lobjectif du texte qui suit est daider les planificateurs et les décideurs à acquérir les moyens, grâce à lévaluation économique, de prendre la meilleure voie possible vers un avenir durable.
Delmar
Blasco, Secrétaire général
Bureau de la Convention de Ramsar
Résumé analytique
Lobjectif du présent ouvrage est de fournir une orientation aux décideurs et aux planificateurs sur le potentiel de lévaluation économique des zones humides et sur la manière de conduire une étude dévaluation. Un certain nombre détudes dévaluation économique des zones humides ont déjà été entreprises de par le monde et des économistes ont mis au point des méthodes pour évaluer les aspects moins tangibles de lenvironnement tels que lagrément ou lesthétique. Cependant nul na encore synthétisé, à partir de cette littérature, une vue densemble démontrant lutilité générale de lévaluation économique pour la gestion des zones humides dans le monde entier. Le présent ouvrage décrit en détail les différentes techniques et donne des exemples détudes dévaluation des zones humides tout en proposant des orientations sur la planification et la gestion dune étude et en replaçant les résultats dans un cadre décisionnel plus général.
Les zones humides font partie des écosystèmes les plus productifs de la Terre. Tantôt décrites comme les «reins du paysage» pour les fonctions quelles remplissent dans les cycles hydrologique et chimique et tantôt comme des «supermarchés biologiques» en raison des vastes chaînes trophiques et de la riche diversité biologique quelles entretiennent. Au Chapitre 1, les caractéristiques du système sont groupées en éléments (sol, eau, plantes et animaux) fonctions (cycle des matières nutritives et recharge à la nappe phréatique) et attributs (diversité biologique). Toutefois, de nombreuses zones humides ont été assimilées à des terrains à labandon et drainées ou dégradées. La Convention de Ramsar sur les zones humides dimportance internationale est née de la volonté de promouvoir la conservation des zones humides ainsi que leur utilisation et leur gestion rationnelle.
Le Chapitre 2 explique le rôle de lévaluation dans le processus décisionnel. De nombreuses décisions de mise en valeur sont prises sur une base économique. Fournissant un moyen de mesurer et de comparer les différents avantages des zones humides, lévaluation économique peut, de façon fondamentale, contribuer à améliorer lutilisation rationnelle et la gestion des ressources mondiales en zones humides. On a souvent sous-évalué les zones humides parce que nombre de leurs services écologiques, ressources biologiques et valeurs dagrément ne peuvent être ni achetés ni vendus et sont donc difficiles à chiffrer. Ramsar fournit de nouvelles méthodes dévaluation économique pour démontrer que les zones humides sont précieuses et doivent être conservées et utilisées de façon rationnelle.
Le Chapitre 3 offre un cadre dévaluation permettant destimer les avantages économiques nets de différentes options dutilisation des zones humides. La première étape consiste à déterminer lobjectif ou le problème global puis à choisir la méthode dévaluation économique qui convient à lintérieur de trois grandes catégories: lanalyse dimpact, lévaluation partielle ou lévaluation totale. La deuxième étape appelle la définition de la portée et des limites de lanalyse et de linformation requise pour la méthode dévaluation choisie. La troisième étape nécessite de déterminer les techniques dévaluation et les méthodes dacquisition des données nécessaires à lévaluation économique, y compris toute analyse des impacts distributifs.
Afin daider le décideur à entreprendre une étude dévaluation des zones humides, six exemples sont décrits au Chapitre 4: la plaine dinondation dHadejia-Nguru au Nigéria; les zones humides des prairies dAmérique du Nord; les Norfolk Broads et le Flow Country écossais au Royaume-Uni; la réduction des concentrations dazote par les zones humides en Suède; les zones humides côtières du sud-est des États-Unis et la conservation des mangroves en Indonésie. Ces études de cas démontrent dans la pratique lutilisation, sur le terrain, de différentes méthodes dévaluation, dans différents types de zones humides, à laide de toute une gamme de méthodes dévaluation couvrant des régions géographiques diverses. Bien que lon ne puisse prétendre être exhaustif, plusieurs observations émergent de ces études. Par exemple, limportance dintégrer la démarche écologique et la démarche économique est critique, notamment lorsquon évalue les fonctions écologiques. Cela nécessite des techniques mathématiques plus que complexes mais permet une collaboration permanente entre les économistes et les écologues. Les études démontrent que lévaluation ne doit pas être conçue comme une fin en soi mais être axée sur une question politique qui peut aller de la simple sensibilisation à limportance des zones humides à des choix entre des options permettant datteindre des objectifs politiques déterminés, la protection des zones humides ne représentant quune option, parmi dautres.
Le Chapitre 5 fournit des orientations sur la planification et la conduite dune étude. Il contient un guide en sept paliers (à lintérieur de trois étapes) pour entreprendre une étude: choisir la méthode dévaluation appropriée; définir les limites de la zone humide; identifier les éléments, fonctions et attributs et les classer par ordre de priorité; établir un lien entre les éléments, fonctions et attributs et la valeur dutilisation; identifier et obtenir les informations requises pour lévaluation; quantifier les valeurs économiques; et replacer les valeurs économiques dans le cadre approprié (par exemple lanalyse coût-avantages). Des orientations sont également données sur les ressources nécessaires et lélaboration des cahiers des charges des conseillers techniques à laide de lexemple dune plaine dinondation fictive (du fleuve Zed), en Afrique. En outre, le chapitre met en relief la nécessité de considérer dautres facteurs (politiques, sociaux, historiques ou écologiques), parallèlement à lévaluation économique, lorsquil y a une décision à prendre. Enfin, une méthode différente de prise de décisions est proposée pour les cas où des espèces rares sont en cause.
Le Chapitre 6 contient des recommandations sur les mesures à prendre: entreprendre des études dévaluation économique spécifiques à des sites; garantir une collaboration interdisciplinaire appropriée; assurer la formation et le renforcement des capacités institutionnelles; entreprendre la recherche sur la théorie et la pratique de lévaluation économique; et instaurer des réseaux pour léchange didées et dexpériences sur lapplication des méthodes dévaluation.
Un lexique, une liste de références et une bibliographie suivent le texte principal. Les annexes comprennent des détails sur les différents éléments, fonctions et produits des zones humides; un tableau compare les méthodes dévaluation économique et un autre précise les avantages et les inconvénients des techniques dévaluation économique des zones humides.
1. Contexte du problème mondial de gestion des zones humides
1.1 Définition des zones humides
Vous pataugez dans un marécage, aux fins fonds de la Zambie, enfoncé jusquaux genoux: il ny a pas lombre dun doute, vous êtes bien dans une zone humide. En revanche, cest lorsquon vous demande de définir précisément une zone humide à laide de toutes les connaissances disponibles que surgissent doutes et difficultés devant lincroyable diversité des types de zones humides et la complexité des problèmes rencontrés pour tracer leurs limites. Combien de fois et pendant combien de temps un territoire doit-il être inondé pour quon lappelle «zone humide»? La situation se complique encore du fait que de nombreuses zones humides évoluent avec le temps: au début les eaux sont libres puis elles se comblent de sédiments et se couvrent de végétation pour finalement sassécher. Ce qui est clair, cependant, cest que les zones humides occupent lespace de transition entre un milieu humide en permanence et un milieu généralement sec: elles possèdent des caractéristiques des deux milieux sans pour autant pouvoir être étiquetées, sans ambiguïté, zones aquatiques ou zones terrestres. Cest la présence prolongée de leau qui modifie les sols, les organismes microscopiques quils contiennent et les communautés de plantes et danimaux, de sorte que le fonctionnement de ce milieu est différent de celui dun milieu soit aquatique, soit sec.
Heureusement, nous avons de laide à portée de la main. En signant la Convention de Ramsar sur les zones humides dimportance internationale (voir sous-paragraphe 1.5) quelque 98 pays ont adopté une définition extrêmement large des «zones humides». Ce sont, aux termes de lArticle 1.1:
«des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou deaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où leau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues deau marine dont la profondeur à marée basse nexcède pas six mètres.»
En outre, la Convention (Article 2.1) précise que les zones humides:
«pourront inclure des zones de rives ou de côtes adjacentes à la zone humide et des îles ou des étendues deau marine dune profondeur supérieure à six mètres à marée basse, entourées par la zone humide.»
La couverture de la Convention sétend donc à des types dhabitats extrêmement divers, y compris les rivières, les eaux côtières peu profondes et même les récifs coralliens sans, toutefois, englober la haute mer.
1.2 Types de zones humides
Chargé de concevoir une classification de la vaste gamme des zones humides comprises dans la définition de Ramsar, Scott (1989) a établi 30 groupes de zones humides naturelles et neuf de zones humides artificielles. Toutefois, pour donner une image plus précise, il est possible de résumer la classification en cinq grands systèmes de zones humides:
les estuaires où les fleuves se jettent dans la mer et où les eaux ne sont ni salées ni douces (par exemple, les deltas, les vasières, les prés salés)
le milieu marin qui nest pas soumis à linfluence fluviale (par exemple, littoraux et récifs coralliens)
le milieu riverain où les sols sont périodiquement inondés par les crues des cours deau (par exemple, les prairies humides, les forêts inondées, les lacs de méandres)
le milieu palustre où lon trouve des eaux plus ou moins permanentes (par exemple, les marécages à papyrus, les marais, les fagnes)
le milieu lacustre où les eaux permanentes sont quasi stagnantes (par exemple, les mares, les lacs de cuvettes, les lacs de cratères volcaniques.
1.3 Importance des zones humides
Cette perception de limportance des zones humides varie à travers le temps. Cest dans les milieux marécageux du Carbonifère, il y a 350 millions dannées, quont été produits et préservés, en grande partie, les combustibles fossiles (charbon et pétrole) dont nous dépendons aujourdhui. Les zones humides qui bordaient certains des plus grands fleuves du monde, le Tigre, lEuphrate, le Niger, le Nil, lIndus et le Mékong, par exemple, ont ensuite été le berceau des grandes civilisations de lhistoire. Ces zones humides étaient sources de poissons et deau potable, alimentaient les pâturages, et servaient au transport. Étroitement associées à la mythologie, à lart et à la religion, elles faisaient partie de lhistoire culturelle des premiers peuples.
À mesure que la connaissance scientifique des zones humides progressait, des biens et services plus subtils se faisaient jour. Les zones humides ont été décrites à la fois comme les «reins du paysage» pour les fonctions quelles remplissent dans les cycles hydrologiques et chimiques et comme des «supermarchés biologiques» en raison des grandes chaînes alimentaires et de la riche diversité biologique quelles entretiennent (Mitsch & Gosselink, 1993).
Les zones humides sont parmi les écosystèmes les plus productifs de la terre. On peut regrouper leurs caractéristiques en éléments, fonctions et attributs. Les éléments du système sont ses caractéristiques biotiques et abiotiques le sol, leau, les plantes et les animaux. Les interactions entre les éléments sexpriment en tant que fonctions et comprennent le cycle des matières nutritives et léchange deau entre la surface et la nappe souterraine, dune part et entre la surface et latmosphère, dautre part. Le système a également des attributs tels que la diversité des espèces.
Les systèmes de zones humides assurent directement les besoins de millions de personnes et fournissent des biens et services aux régions situées en dehors des zones humides. Lhomme cultive les sols des zones humides, il y pêche des poissons pour se nourrir, il y coupe des arbres pour construire, pour se chauffer et faire la cuisine mais aussi des roseaux pour fabriquer des nattes et des toits de chaume. Des activités de loisir telles que lobservation des oiseaux ou la pratique de la voile sont dautres exemples dutilisation directe, tout comme les études scientifiques. Les sols tourbeux préservent en effet des vestiges de peuples anciens et des traces qui intéressent énormément les archéologues.
Lhomme bénéficie non seulement de lutilisation directe des zones humides mais aussi de leurs fonctions et des services quelles offrent. Lorsque les crues recouvrent le lit dune plaine dinondation, leau est temporairement stockée, atténuant ou retardant le niveau de crête. Ceci peut être un avantage pour les populations riveraines vivant en aval. Les zones humides recyclent lazote et améliorent, ce faisant, la qualité de leau en aval. Quant aux zones humides à mangroves, en atténuant lénergie des vagues, elles protègent les communautés côtières. Cest ainsi que lhomme utilise indirectement les fonctions des zones humides. Des ouvrages tels que les barrages, les digues maritimes ou les stations dépuration peuvent aussi remplir ces fonctions, mais ce sont des solutions techniques habituellement plus coûteuses que celles des zones humides naturelles.
Toutes les zones humides ne remplissent toutefois pas ces fonctions hydrologiques de la même manière. Dans certains cas, elles ne les remplissent même pas du tout et ont, parfois, des fonctions qui peuvent aller à lencontre des intérêts de lhomme: certaines zones humides riveraines, par exemple, peuvent favoriser le ruissellement et accroître, de ce fait, le risque dinondation en aval. Il est donc crucial, avant dattribuer une valeur à une zone humide, de quantifier ses fonctions.
Lexistence pure et simple des zones humides peut avoir une importance considérable pour certaines personnes. Ceux qui ont grandi dans une zone humide mais qui sont partis à la ville restent peut-être très attachés à leur région dorigine, même sils ny retournent jamais, parce quelle fait partie de leur patrimoine culturel.
À lAnnexe 1 figurent dautres détails sur les éléments, fonctions et attributs des zones humides tandis que le Chapitre 2 en discute dans un contexte dévaluation économique.
1.4 Disparition des zones humides
Les zones humides sont des systèmes dynamiques perpétuellement en proie à des changements naturels induits par la sédimentation ou le comblement par des matières organiques, la subsidence, la sécheresse, lélévation du niveau des mers. De nombreuses zones humides ne sont que des éléments temporaires du paysage, voués à changer et, finalement, à disparaître, tandis que de nouvelles zones humides se forment ailleurs. Les activités anthropiques, directes et indirectes, ont profondément altéré le rythme de changement des zones humides. Dans une certaine mesure, nous avons créé de nouvelles zones humides en construisant des réservoirs, des canaux et des zones de retenue des crues. Malheureusement, le taux de disparition dépasse largement celui de la création de zones humides.
Lopinion selon laquelle les zones humides sont «de la place perdue», née de lignorance ou de la méconnaissance de limportance des biens et services quelles procurent est à lorigine de la transformation des zones humides au profit de lagriculture intensive, de lindustrie ou de la construction résidentielle. Les aspirations personnelles des agriculteurs ou des promoteurs ont été encouragées par les politiques et les subventions des gouvernements. Outre les mesures directes daménagement du territoire, on a construit des ouvrages de génie fluvial pour détourner leau des zones humides. On pensait, en effet, que cette eau était gaspillée ou que sa valeur était plus faible dans la zone humide que si elle servait à lirrigation du riz en amont. Certains continuent de ne voir, dans les zones humides, quune possibilité dexpansion des terres agricoles pour nourrir une population qui ne cesse de croître, et cette opinion aboutit généralement à la modification du système naturel. Certaines zones humides disparaissent également par suite de la pollution, du déversement de déchets, de lexploitation minière ou de lextraction deau dans la nappe souterraine.
Tableau 1.1: Disparition des zones humides en Europe (CCE,1995)
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(%) disparition des zones humides |
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55 |
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67 |
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57 |
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|
60 |
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66 |
|
|
63 |
Il est difficile de chiffrer lampleur de la disparition des zones humides vu que la superficie mondiale de ces espaces reste incertaine. On dispose, cependant, pour quelques pays, de chiffres qui sont indicateurs de léchelle du problème. Les États-Unis ont perdu environ 87 millions dhectares (54%) de leurs zones humides dorigine (Tiner, 1984), essentiellement transformées pour lagriculture. Le Tableau 1.1 (CCE, 1995) donne le pourcentage de disparition des zones humides pour six pays européens. Au Portugal, le secteur occidental de lAlgarve a été transformé, à environ 70 %, pour le développement agricole et industriel (Pullan, 1988). LUnion européenne a désormais pour politique dempêcher toute nouvelle disparition ou dégradation des zones humides. Aux Philippines, de 1920 à 1980, environ 300.000 hectares (67%) des ressources de mangroves du pays ont disparu (Zamora, 1984).
Tableau 1.2: Menaces principales sur les zones humides en Asie, en Amérique latine et aux Antilles, exprimées en pourcentage des sites (WCMC, 1992).
|
Asie |
Amérique latine et Antilles |
|
| Chasse et nuisances associées |
32 |
30.5 |
| Établissements humains |
27 |
|
| Drainage à des fins agricoles |
23 |
|
| Nuisances des activités récréatives |
11.5 |
|
| Transformation pour développement industriel et urbain |
10.5 |
|
| Pollution |
20 |
|
| Pêche et nuisances associées |
19 |
|
| Coupe de bois et activités forestières commerciales |
17 |
|
| Coupe de bois à usage domestique |
16 |
|
| Dégradation du bassin versant, érosion des sols, sédimentation |
15 |
|
| Transformation en bassins daquaculture ou en salines |
11 |
|
| Détournement de leau |
9 |
|
| Surpâturage du bétail |
9 |
Pour perdre de la valeur, une zone humide ne doit pas nécessairement disparaître complètement. Gamelsrød (1992) a démontré que la production de crevettes dans le banc de Sofala, au Mozambique, est liée au ruissellement de saison humide du Zambèze. La construction de grands barrages le long du fleuve, en atténuant ce ruissellement, a réduit les effectifs des crevettes. Il a calculé que le revenu de la pêche à la crevette pourrait être augmenté de USD10 millions par an si on libérait à bon escient de leau inutilisée du barrage de Cabora Bassa.
Les conséquences de la dégradation des zones humides étant aujourdhui mesurées, de nombreuses tentatives de restauration ont lieu. Lun des moyens adoptés consiste à libérer de leau dun barrage pour inonder à nouveau les plaines dinondation dégradées (Acreman, 1994). Cest le cas de divers fleuves tels que le Sénégal, la Kafue (Zambie), le Logone (Cameroun) et le Phongolo (Afrique du Sud) (Acreman & Hollis, 1996). Néanmoins, il sagit là dexceptions plutôt que de la règle et lon sattend à ce que les pressions de «mise en valeur» des zones humides sintensifient, notamment en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Il est donc plus que jamais nécessaire, par la voix dorganisations telles que lUnion mondiale pour la nature (UICN) et la Convention de Ramsar, de faire connaître les avantages des zones humides pour encourager leur conservation et leur utilisation durable.
1.5 Le rôle de Ramsar dans la conservation des zones humides
La Convention relative aux zones humides dimportance internationale, particulièrement comme habitats des oiseaux deau plus connue sous le nom de Convention de Ramsar, du nom de la ville iranienne où elle fut adoptée en 1971 fut le premier traité intergouvernemental et mondial moderne sur la conservation et lutilisation rationnelle des ressources naturelles.
La Convention de Ramsar a pour mission (Ramsar, 1996): «de favoriser la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides par des mesures prises au plan national et par la coopération internationale comme moyens de parvenir au développement durable dans le monde entier.»
La Convention sert de cadre à la coopération internationale et a vu le jour parce que des voix se sont élevées, dans les années 60, pour mettre en garde contre le déclin grave de populations doiseaux deau (principalement les canards). Elle est entrée en vigueur en 1975 et compte actuellement 104 Parties contractantes qui ont lobligation dentreprendre quatre activités principales:
inscrire des zones humides sur la «Liste des zones humides dimportance internationale» et maintenir leurs caractéristiques écologiques;
élaborer des politiques nationales pour les zones humides, incorporer des considérations relatives à la conservation des zones humides dans leur planification nationale, élaborer des plans de gestion intégrée des bassins versants et, en particulier, adopter et appliquer les lignes directrices relatives à lapplication du concept dutilisation rationnelle, cest-à-dire lutilisation durable des zones humides, au bénéfice de lhumanité, dune façon qui soit compatible avec le maintien des propriétés naturelles de lécosystème;
promouvoir la conservation des zones humides de leur territoire par la création de réserves naturelles et promouvoir la formation en matière de recherche, gestion et surveillance des zones humides;
consulter dautres Parties contractantes en ce qui concerne les zones humides transfrontalières, les systèmes aquatiques partagés, les espèces partagées et laide au développement pour les projets relatifs aux zones humides.
La Convention joue un rôle important en sefforçant dempêcher toute modification qui serait préjudiciable aux zones humides sur le territoire des pays qui sont Parties contractantes à la Convention. Des organisations telles que lUICN et Wetlands International (nouvelle entité formée du Bureau international de recherches sur les oiseaux deau et les zones humides, de lAsian Wetland Bureau et de Wetlands for the Americas) apportent une assistance technique à la Convention, en matière de conservation des zones humides. Parmi les principales réussites, on peut citer:
lhabitat de la spatule Platalea Leucorodia dans le site Ramsar dHortobagy, en Hongrie (1985) a été préservé contre la mise en valeur agricole prévue;
loasis dAzraq, en Jordanie, a bénéficié de son inscription au Registre de Montreux (Liste de sites qui ont connu, sont en train de connaître ou pourraient connaître des changements dans leurs caractéristiques écologiques), de létude des menaces pesant sur la zone humide qui en a résulté et des solutions recommandées ainsi que des subventions obtenues, en conséquence, du Fonds pour lenvironnement mondial (1990);
des projets de développement qui auraient eu un effet préjudiciable sur le site Ramsar de lestuaire de la Swale, au Royaume-Uni (1992) ont été abandonnés;
des plans visant à installer un élevage intensif de porcs dans le bassin versant du lac Cundare ont été abandonnés et un dépôt dordures jouxtant le lac Beeac dans lÉtat de Victoria, en Australie (1993) a été fermé.
La Convention de Ramsar est donc vitale pour la conservation des zones humides à léchelle mondiale.
Pour comprendre pourquoi une évaluation économique peut être importante pour la gestion et la politique relatives aux zones humides, commençons par examiner le rôle de lévaluation dans les décisions portant sur lutilisation des ressources de lenvironnement en général et des zones humides en particulier. Nous estimons que linaptitude à comptabiliser de façon appropriée les valeurs non commercialisables de lenvironnement dans les décisions de développement est souvent une raison essentielle de la disparition et de la transformation excessive des ressources des zones humides. Lévaluation économique, qui offre un moyen de mesurer et de comparer les divers avantages des zones humides, peut être un instrument précieux permettant dappuyer et daméliorer lutilisation rationnelle et la gestion des ressources des zones humides à léchelle mondiale.
2.1 Le rôle de lévaluation économique dans le processus décisionnel
On pourrait définir lévaluation économique comme une tentative dattribuer des valeurs quantitatives aux biens et services fournis par les ressources de lenvironnement que nous puissions, pour ce faire, nous appuyer ou non sur les prix du marché. Toutefois, une telle définition reste incomplète. Il faut donc préciser ce que les économistes entendent par valeur. La valeur économique de tout bien ou service est généralement mesurée daprès ce que nous sommes disposés à payer pour un bien, moins ce quil en coûte pour fournir ce bien. Lorsquune ressource de lenvironnement existe purement et simplement et nous fournit des produits et services sans aucun frais, cest notre disposition à payer seule qui traduit la valeur de la ressource fournissant le bien en question, quil y ait paiement ou non.
Pourquoi, alors, évaluer les ressources naturelles? Parce que nous savons intuitivement que ces ressources peuvent être importantes mais cela ne suffit peut-être pas pour garantir leur utilisation rationnelle. Beaucoup de ressources naturelles sont complexes et multifonctionnelles et la manière dont la myriade de biens et services fournis par ces ressources affecte le bien-être de lhomme nest pas forcément évidente. Dans certains cas, il peut valoir la peine dépuiser ou de dégrader les ressources naturelles; dans dautres, il peut être nécessaire de «saccrocher» à ces ressources. Lévaluation économique est un outil qui aide à prendre les décisions difficiles qui simposent.
La perte de ressources naturelles est un problème économique parce quelle entraîne la disparition, parfois irréversible, de valeurs importantes. Tout choix, toute option préserver la ressource dans son état naturel, la laisser se dégrader ou la transformer pour en faire un autre usage a des conséquences en termes de gain ou perte de valeurs. Ce nest quaprès avoir analysé et évalué correctement les gains et les pertes que lon peut décider de lutilisation dune ressource naturelle et, en fin de compte, de la mesure dans laquelle le taux de disparition actuel des ressources est «excessif». Cela suppose de peser soigneusement toutes les valeurs gagnées et perdues dans le cadre de chaque option dutilisation des ressources.
Conserver une région dans son état naturel entraîne par exemple, des coûts directs de protection pour établir une aire protégée et, dans un pays en développement, cela peut comprendre les salaires des gardes et des guides pour protéger et maintenir la région et, éventuellement, le coût détablissement dune «zone tampon» pour les communautés locales des environs. Si lon choisit la protection, les options de développement sont sacrifiées et les avantages du développement auxquels on renonce sont des coûts additionnels qui viennent se greffer sur celui de la protection. Ces coûts sont faciles à déterminer et comprennent souvent les produits commercialisables et le revenu sacrifié (le revenu de la pêche, de lagriculture de subsistance, dans le cas des zones humides). Il nest donc guère surprenant que les gouvernements et les bailleurs de fonds considèrent généralement les coûts totaux cest-à-dire les coûts directs plus les avantages du développement auxquels on renonce de la protection lorsquils choisissent de préserver une ressource dans son état naturel ou de la gérer.
La même méthode devrait être adoptée pour évaluer les options de mise en valeur des ressources naturelles. Si la ressource doit, par exemple, être transformée pour un autre usage ce ne sont pas seulement les coûts directs de la transformation quil faut inclure dans le coût de loption de développement, mais aussi les valeurs sacrifiées que la ressource transformée ne peut plus offrir. Cela peut comprendre la disparition dimportantes fonctions écologiques et, dans le cas de systèmes complexes tels que les zones humides, de nombreuses ressources biologiques et valeurs dagrément également. Malheureusement, beaucoup de ces valeurs des ressources, naturelles ou gérées, ne peuvent être ni achetées ni vendues sur les marchés et sont donc généralement ignorées dans les décisions de mise en valeur privées et publiques.
La valeur marchande des ressources naturelles transformées pour un usage commercial ne reflète pas nécessairement la perte davantages pour lenvironnement. Les décisions de mise en valeur ont donc souvent un parti pris favorable aux utilisations des ressources naturelles qui fournissent des produits commercialisables. Cette incapacité de mieux tenir compte du coût économique de transformation ou de dégradation des ressources naturelles est un des principaux facteurs responsables de la conception de politiques de développement inopportunes et, partant, de la transformation et de lexploitation excessive des ressources naturelles. Cette incapacité étant endémique dans les décisions publiques et privées relatives à lutilisation des ressources naturelles en particulier des ressources des zones humides il importe dévaluer avec plus de précision les avantages économiques nets qui découlent de différentes utilisations des zones humides.
Lévaluation économique nest quun volet des efforts déployés pour améliorer la gestion des ressources naturelles telles que les zones humides. Lorsquils choisissent la meilleure utilisation possible des zones humides, les décideurs doivent également tenir compte de nombreux intérêts concurrentiels. Lévaluation économique peut éclairer ces décisions de gestion mais uniquement dans le cas où les décideurs ont conscience des objectifs généraux et des limites de lévaluation.
Lobjectif principal de lévaluation appliquée en vue daider à prendre les décisions de gestion qui conviennent aux zones humides vise, généralement, à déterminer la rentabilité globale des diverses utilisations concurrentielles des ressources des zones humides. En dautres termes, cela suppose que les ressources des zones humides devraient se voir assigner les utilisations qui apportent un gain global net à la société mesuré par évaluation, daprès les avantages économiques de chaque utilisation moins ses coûts. Qui, en réalité, gagne ou perd à telle ou telle utilisation dune zone humide nentre pas en ligne de compte dans le critère de rentabilité globale. Toute utilisation dune zone humide montrant un avantage net important pourrait donc être jugée hautement souhaitable dun point de vue de rentabilité même si les bénéficiaires principaux ne sont pas nécessairement ceux qui portent le fardeau des coûts de lutilisation. Dans ce cas, cette utilisation particulière de la zone humide est peut-être rentable mais peut aussi avoir des conséquences distributives défavorables graves. Il importe donc souvent dévaluer de nombreux investissements ou de nombreuses politiques de gestion proposées pour les zones humides, non seulement du point de vue de leur rentabilité mais aussi de leurs conséquences distributives.
Lévaluation économique nest pas la panacée pour les décideurs qui ont un choix difficile à faire en matière de gestion des ressources des zones humides. Trop souvent, leur décision concernant la stratégie de gestion dune zone humide, quil sagisse de la transformer ou de la conserver, est déjà prise. Ils souhaitent simplement que lévaluation économique confirme leur choix a posteriori. Il va sans dire quen de telles circonstances, lévaluation ne contribue guère au processus décisionnel et na pratiquement aucune raison dêtre. À lautre extrême, certains décideurs demandent parfois limpossible à une évaluation économique. Lun des facteurs qui rendent particulièrement difficile lévaluation dun système écologique complexe tel quune zone humide, est la pénurie dinformations sur les processus écologiques et hydrologiques importants qui sous-tendent les diverses valeurs des zones humides. Si cette information fait défaut ce qui est souvent le cas pour de nombreuses valeurs de lenvironnement non commercialisées que lon peut juger utile dévaluer cest aux analystes chargés de lévaluation de prouver quils sont capables dévaluer de façon réaliste les avantages clés de lenvironnement. Dans ces conditions, les décideurs doivent comprendre que lévaluation, ne saurait donner une estimation réaliste des valeurs de lenvironnement non commercialisables du moins sans un investissement supplémentaire de temps, de ressources et defforts en faveur de la recherche scientifique et économique.
En fin de compte, lévaluation économique se préoccupe de laffectation des ressources des zones humides de telle sorte que le bien-être de lhomme puisse être amélioré. En conséquence, les divers avantages environnementaux des zones humides sont mesurés du point de vue de leur aptitude à fournir des biens et services importants pour lhumanité. Daucuns diront, sans doute, que certains systèmes de zones humides, ainsi que les ressources vivantes quils contiennent, peuvent avoir une valeur «supérieure» supplémentaire qui leur est propre, au-delà de ce quils peuvent apporter pour satisfaire les préférences ou les besoins des hommes. Vue sous cet angle, la protection des ressources des zones humides est une question dobligation morale plutôt que daffectation rentable ou même équitable. Dautres motivations peuvent pousser à gérer les zones humides de telle ou telle manière, notamment des considérations dordre politique, auquel cas, les valeurs économiques ne représentent quun élément de la prise de décisions, parmi dautres tout aussi importants. Le présent ouvrage a pour ambition dencourager les planificateurs et les décideurs à accorder une plus large place à lévaluation économique dans le processus décisionnel.
2.2 Les valeurs économiques des zones humides
Pour que les chercheurs évaluent les utilisations des zones humides et que les décideurs les prennent en compte lorsquils arrêtent une politique affectant les zones humides, il faut un cadre qui permette de déterminer et de regrouper les valeurs. Le concept de valeur économique totale (VET) joue ce rôle et il est de plus en plus communément admis quil sagit du cadre le plus approprié. En termes simples, lévaluation économique totale fait la différence entre les valeurs dusage et les valeurs de non-usage, ces dernières ayant trait aux valeurs actuelles ou futures (potentielles) associées à la ressource en question. Elles reposent simplement sur son existence permanente, indépendamment de lusage qui en est fait (Pearce et Warford, 1993). Dordinaire, les valeurs dusage supposent une certaine «interaction» entre lhomme et la ressource. Tel nest pas le cas pour les valeurs de non-usage. Le Tableau 2.1 illustre lensemble du cadre dévaluation économique tel quil est appliqué aux zones humides.
Les valeurs dusage ont été regroupées selon quelles sont directes ou indirectes. Dans le premier cas, il sagit des usages qui nous sont les plus familiers: la pêche, la récolte de bois de feu et lutilisation des zones humides pour les loisirs, etc. (voir Tableau 2.1). Les usages directs des zones humides peuvent comprendre des activités commerciales et non commerciales, certaines de ces dernières étant souvent essentielles pour les besoins de subsistance des populations locales, dans les pays en développement ainsi que pour le sport et les loisirs, dans les pays développés. Les utilisations commerciales peuvent être importantes tant pour le marché intérieur que pour les marchés internationaux. En général, la valeur des produits (et services) commercialisables des zones humides est plus facile à mesurer que la valeur des usages directs non commerciaux et de subsistance. Cest une des raisons pour lesquelles les décideurs sabstiennent bien souvent de tenir compte des utilisations informelles et des usages de subsistance non commerciaux des zones humides lorsquils prennent des décisions portant sur la mise en valeur.
En revanche, diverses fonctions écologiques régulatrices des zones humides peuvent avoir des valeurs dusage indirect importantes qui proviennent de lappui ou de la protection quelles assurent à des activités économiques qui, elles, ont une valeur directement mesurable. La valeur dusage indirect dune fonction écologique est liée au changement de la valeur de production ou de consommation de lactivité ou de la propriété quelle protège ou soutient. Toutefois, cette contribution nétant ni commercialisée, ni financièrement rétribuée et nétant quindirectement liée aux activités économiques, les valeurs dusage indirect sont difficiles à quantifier et généralement ignorées dans les décisions relatives à la gestion des zones humides.
Tableau 2.2: Classification de la valeur économique totale des zones humides
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VALEURS DUSAGE |
VALEURS DE NON-USAGE |
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Valeur dusage direct |
Valeur dusage indirect |
Valeur doption et quasi-option |
Valeur dexistence |
| poisson
agriculture bois de feu loisirs transport prélèvement despèces sauvages tourbe/énergie |
rétention matières
nutritives
maîtrise des crues protection contre tempêtes recharge nappe souterraine contribution aux activités hors de lécosystème stabilisation micro-climatique stabilisation littoral, etc. |
usages futurs potentiels
(usages directs et indirects)
valeur future de linformation |
diversité biologique
culture, patrimoine valeur dhéritage |
Source: adapté de Barbier (1989b, 1993, 1994) et Scodari (1990)
Les fonctions de protection contre les tempêtes et de stabilisation des littoraux, par exemple, peuvent avoir une valeur dusage indirect en atténuant les dommages aux propriétés. Or, des systèmes de zones humides côtières ou riveraines sont souvent drainés pour faire place à la construction de propriétés sur le front de mer. On sait que les systèmes de mangroves servent décloseries et de nurseries pour les crevettes et les poissons qui sont essentiels à la pêche côtière et marine et cependant ces habitats importants disparaissent rapidement dans de nombreuses régions et font place à laquaculture, en particulier aux élevages de crevettes. Les plaines dinondation naturelles peuvent recharger la nappe phréatique qui entretient lagriculture de zone aride et les pâturages et sert à bien dautres usages domestiques, voire même industriels. Cependant, beaucoup de ces plaines dinondation sont menacées par des barrages et autres ouvrages détournant leau damont pour lirrigation et la distribution deau.
La valeur doption est une catégorie spéciale qui intervient lorsquon na aucune certitude quant à la future demande dune ressource et/ou à la disponibilité future de cette ressource dans la zone humide. Dans la plupart des cas, le meilleur moyen dintégrer les valeurs doption dans lanalyse consiste à déterminer la différence entre lévaluation a priori et a posteriori [note 1]. Si lon na aucune certitude quant à la valeur future dune zone humide, mais que lon estime quelle pourrait être élevée et que lexploitation et la transformation en cours pourraient être irréversibles, on peut alors retirer une valeur de quasi-option en remettant à plus tard les activités de développement. La valeur de quasi-option est tout simplement la valeur escomptée de linformation quon obtiendra du fait de surseoir à lexploitation et à la transformation de la zone humide aujourdhui. Pour de nombreux économistes, la valeur de quasi-option nest pas un élément distinct de lavantage mais oblige lanalyste à tenir dûment compte des conséquences dun gain dinformation supplémentaire [note 2].
Par ailleurs, il existe des personnes qui, bien quelles nutilisent pas actuellement les zones humides, souhaitent, néanmoins, les voir préservées «pour elles-mêmes». Cette valeur «intrinsèque» est souvent dénommée valeur dexistence. Il sagit dune sorte de valeur de non-usage extrêmement difficile à mesurer car les valeurs dexistence supposent que lon effectue une évaluation subjective sans rapport aucun avec sa propre utilisation ou celle dautrui, que ce soit maintenant ou à lavenir. Un autre sous-groupe des valeurs de non-usage ou de protection est la valeur dhéritage dans le cadre de laquelle on attribue une grande valeur à la conservation des zones humides pour les générations futures. Les valeurs dhéritage peuvent avoir une importance particulièrement élevée pour les populations locales qui utilisent une zone humide et qui souhaitent voir la zone humide et le mode de vie qui a évolué en harmonie avec elle transmis à leurs héritiers et aux générations futures en général. Il nexiste que peu détudes des valeurs de non-usage en rapport avec les zones humides (voir létude de cas sur les Norfolk Broads, au Royaume-Uni, au paragraphe 4.3). Cependant, les campagnes menées par des groupes environnementaux européens et nord-américains pour obtenir des fonds en faveur de la conservation des zones humides tropicales donnent une idée de leur importance [note 3]. Ainsi, il y a quelques années, la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB) du Royaume-Uni a recueilli £500.000 (USD 800.000) dans le cadre dune campagne ponctuelle, par courrier, pour aider à sauver les zones humides dHadejia-Nguru dans le nord du Nigéria, en Afrique de lOuest [note 4].
2.3 Pourquoi les décisions de mise en valeur sous-évaluent-elles les ressources et les systèmes de zones humides?
En résumé, par la nature même des valeurs qui leur sont associées les ressources des zones humides sont particulièrement sujettes à de mauvaises décisions daffectation. Multifonctionnelles par excellence, les zones humides non seulement nous fournissent un certain nombre de produits importants (par ex., du poisson, du bois de feu, des animaux et des plantes sauvages) mais ont, en outre, un nombre exceptionnellement étendu de fonctions écologiques qui soutiennent lactivité économique. Bon nombre de ces services ne sont pas commercialisés: ils ne sont ni achetés ni vendus mais leur contribution à lactivité économique est indirecte et donc essentiellement non reconnue. Les ressources des zones humides tropicales, par exemple, ont de nombreuses utilisations de subsistance qui ne sont pas commercialisées. Il sensuit que les décisions de développement nen tiennent bien souvent aucun compte.
Certains des services écologiques, certaines des ressources biologiques et des valeurs dagrément que procurent les zones humides méritent dêtre assimilés à ce que les économistes appellent un bien public: il est pratiquement impossible de commercialiser le service, même si cétait souhaitable [note 5]. Lorsquune zone humide entretient une diversité biologique précieuse, toute personne peut bénéficier de ce service et aucune ne peut en être exclue. En loccurrence, il est extrêmement difficile de faire payer pour le service en question car, que lon paie ou non, on peut toujours profiter de lavantage et il en résulte que les services des zones humides sont probablement sous-évalués.
Certaines des difficultés découlant de cette qualité de bien public seraient négligeables si lon pouvait jouir simultanément de tous les avantages des zones humides sans quil y ait le moindre conflit entre les diverses utilisations. Le cumul de toutes les valeurs dusage possibles, dans le cas où les utilisations multiples ne seraient pas conflictuelles, conduirait sûrement à reconnaître limportance de la conservation dune zone humide à létat naturel ou semi-naturel. Toutefois, les nombreuses utilisations des zones humides, sont propices au conflit et appellent à faire un choix, même lorsque la zone humide est maintenue dans un état plus ou moins naturel (Turner, 1991). Il peut, par exemple, être impossible de gérer une zone humide pour les loisirs ou la pêche commerciale si on lutilise, simultanément, pour le traitement des eaux usées. Et même si cette dernière utilisation a plus de valeur, sa nature non commercialisable et sa qualité de bien public font que sa valeur ne sera probablement pas automatiquement reflétée dans les décisions de marché. Si, en raison de la politique publique, ce sont des individus sensibles aux signaux du marché qui déterminent les utilisations des zones humides situation de «libre échange» il est peu probable que la zone humide soit affectée au traitement des eaux usées. La «sous-estimation» dun service écologique essentiel qui en résulte peut donc, une fois encore, conduire à une utilisation inopportune de la zone humide.
Une zone humide et ses ressources peuvent également être sous-évaluées et donc mal utilisées en raison du régime foncier qui gouverne laccès à la zone humide et son usage. Sil y a accès libre aucune règle nest applicable et lutilisation des ressources peut être ouverte à tous et non réglementée. En revanche, des dispositions informelles et traditionnelles peuvent gouverner lutilisation des ressources qui sont alors considérées communales ou biens communs. Enfin, les ressources dune zone humide peuvent être sous régime de propriété dÉtat ou privée (Bromley, 1989). Chaque type de droit foncier peut déterminer des conditions dexploitation des ressources extrêmement différentes. Les ressources auxquelles laccès est libre sont, par exemple, souvent exploitées à lexcès de telle sorte que les valeurs dutilisation observées peuvent être très faibles. En conséquence, si les tentatives dévaluation des ressources naturelles se fondent sur des observations simples des taux dutilisation actuels et ne tiennent pas compte du contexte institutionnel, il y a risque de sous-évaluation. Ce point est particulièrement important si les dispositions institutionnelles changent de façon informelle comme, par exemple, lorsque des régimes autochtones de biens communs sont réactivés après une période de dormance ou lorsquun changement est inhérent à un projet ou programme affectant une zone humide, par exemple, lorsquun territoire est soudainement privatisé ou nationalisé.
Sous-évaluer les zones humides peut être grave lorsque la conversion pure et simple de la zone humide est en jeu. De la mise en valeur ou de la conversion dune zone humide résultent généralement des produits commercialisables tandis que le maintien à létat naturel de la même zone humide ou la décision de la gérer aboutit généralement à la protection de biens et services non commercialisables [note 6]. Une telle dichotomie conduit généralement à choisir loption de mise en valeur cest-à-dire la transformation pour lagriculture, la pisciculture et la construction de propriétés commerciales ou résidentielles généralement considérée comme lutilisation la plus rentable des zones humides. Et comme le gouvernement retire de telles activités un revenu additionnel, il nest guère surprenant que les décideurs se prononcent aussi pour la conversion des zones humides à des utilisations «commerciales».
Lexploitation et la conversion dune zone humide nont dailleurs pas toujours pour objectif premier de produire des revenus mais il est clair que des activités telles que lagriculture, laquaculture et le développement immobilier appelant une conversion sont généralement considérées comme importantes pour le développement économique et la croissance régionale. Elles sont étroitement liées avec dautres secteurs, en particulier la manufacture et la construction et peuvent être sources demplois dans des régions qui nont que peu dautres choix. Ce sont là, pour les planificateurs et les décideurs de bien des pays, des arguments incontournables qui les incitent à donner la préférence à la transformation des zones humides aux dépens dautres valeurs. Par ailleurs, les fonctions écologiques non commercialisées et les valeurs dagrément des zones humides naturelles ou gérées sont peut être peu créatrices davantages et se substituent même parfois à des activités génératrices demplois (par exemple, traitement des eaux usées, maîtrise des crues et protection contre les tempêtes) ou nécessitent des investissements supplémentaires en ressources publiques rares (par ex. équipement touristique et routes aménagées pour les loisirs). Certaines zones humides peuvent aussi avoir des effets défavorables sur les régions environnantes en entretenant, notamment, des agents pathogènes tels que les moustiques vecteurs du paludisme, effets que lon a tendance à reconnaître tout en ignorant des fonctions dappui indirect.
En résumé, cest la sous-évaluation des ressources et fonctions des zones humides qui est lune des principales raisons de la mauvaise affectation des systèmes de zones humides. Ces systèmes sont souvent transformés ou affectés à des activités dexploitation apportant des gains et revenus commerciaux immédiats. Lévaluation économique peut fournir aux décideurs des informations vitales sur les coûts et avantages dautres options dutilisation des zones humides qui, sans évaluation, ne seraient même pas prises en compte dans les décisions de mise en valeur. Au Chapitre 3, nous présentons un cadre général dévaluation en vue daider les décideurs à estimer les avantages économiques nets des autres options dutilisation des zones humides.
2.4 Lévaluation: quelle importance pour Ramsar?
Lun des concepts fondamentaux de la Convention de Ramsar est que les zones humides sont précieuses. Or, pour garantir leur conservation, il faut démontrer la valeur des zones humides et, dans certains cas, prouver quelles ont plus de valeur que les autres utilisations proposées pour le site lui-même ou pour leau qui les alimente. Dans cet esprit, les Parties contractantes sont priées de décrire les valeurs sociales et concrètes des sites quelles inscrivent sur la Liste des zones humides dimportance internationale afin de justifier cette inscription.
Les Parties contractantes sont aussi dans lobligation de préparer des études dimpact sur lenvironnement avant de donner le feu vert à des projets qui pourraient affecter les zones humides et de prêter tout particulièrement attention au maintien des valeurs des zones humides. Pour soutenir les Parties contractantes dans cette entreprise, la Convention a lintention, dans le cadre de lapplication de son Plan stratégique pour 1997-2002, de promouvoir lélaboration, la diffusion aussi large que possible et lapplication de documents fournissant des orientations sur lévaluation économique des biens et services des zones humides.
Le présent document apporte donc des orientations spécifiques sur les techniques dévaluation économique et lutilisation des études dévaluation dans les politiques nationales pour les zones humides, les plans régionaux, les études dimpact sur lenvironnement et la gestion des bassins versants.
3. Cadre dévaluation des zones humides
Dans ce chapitre, nous présentons un cadre général dévaluation des avantages économiques nets dautres utilisations possibles des zones humides [note 7]. Lidéal serait daboutir à une évaluation économique de tous les avantages et coûts associés à chaque option dutilisation des zones humides que lon se propose détudier. La méthode présentée ici correspond à la technique économique de lanalyse coût-avantages. Les limitations des données restreignant cependant souvent la capacité de lanalyste dévaluer de nombreuses fonctions et ressources naturelles, la méthode dévaluation devra être adaptée aux circonstances afin de livrer la meilleure information possible à lappui de la prise de décisions. LAnnexe 2 présente dautres méthodes dévaluation, notamment les analyses coût-efficacité et les analyses multicritères.
Une méthode nest pas discutée à lAnnexe 2, celle de la norme minimale de sécurité (NMS) qui est opportune lorsque le sort de ressources de zone humide particulièrement exceptionnelles est en jeu et quil convient de conseiller la prudence pour éviter des pertes graves et irréversibles pour la société (voir Cadre 3.1).
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Cadre 3.1: Application du principe de précaution aux décisions de gestion des zones humides Lorsquil y a incertitude à propos de décisions conduisant à la disparition de ressources ou dattributs uniques tels que la diversité biologique, il peut être souhaitable dutiliser des méthodes autres que lanalyse coût-avantages habituelle. Les décisions doivent tenir compte de nos incertitudes quant aux coûts et avantages potentiels, soit de lutilisation, soit de la conversion dune zone humide. Certes, cette information pourrait être acquise au fil du temps mais elle nexiste pas pour linstant et des décisions importantes entraînant la conversion ou la conservation de ressources de zones humides uniques doivent être prises dans lintérim. Dans de telles circonstances, la préférence donnée à une décision hostile au risque (qui privilégie la prudence) conduit à lapplication du principe de précaution. En fait, lapplication dune telle règle décisionnelle en matière de gestion suppose que la société est prête à payer une «prime» pour la conservation de ressources dont la valeur exacte nest peut-être pas encore connue ou appréciée tout comme des individus recherchent la protection dune assurance. Dans ce cas, la société peut souhaiter prendre des mesures pour préserver dimportantes ressources des zones humides à condition que le coût (ou «la prime») ne soit pas trop élevé. Déterminer la limite nest pas facile et fait probablement intervenir la notion de moindre coût. Lapplication du principe de précaution va de soi dans le contexte daccords internationaux tels que le Protocole de Montréal relatif aux substances qui pourraient appauvrir la couche dozone ou la Déclaration de la troisième Conférence ministérielle sur la mer du Nord en ce qui concerne lélimination de substances potentiellement toxiques (ORiordan et Cameron, 1994). Largument en faveur de lapplication du principe de précaution repose sur un dilemme: nous ignorons, actuellement, les risques et lampleur des disparitions qui pourraient résulter du fait de ne pas appliquer ce principe. Nous pouvons imaginer quelles seront importantes et que nous pourrions nous priver dimportants avantages ou encourir des pertes graves si nous ne conservons pas les ressources de zones humides clés. Il sensuit que le fardeau de la preuve doit incomber à ceux qui objecteraient à des mesures de conservation assurant la sécurité de zones humides importantes. Présenté de la sorte, nous pourrions considérer que les coûts de substitution attachés aux décisions de surseoir à la conversion de zones humides uniques ou de linterdire, font partie de la prime dassurance que nous sommes prêts à payer pour conserver ces zones humides pour lavenir. Lorsque nous ignorons si la conversion dune zone humide entraînera des pertes ou quelle sera lampleur de ces pertes, il convient de remplacer ou de compléter la méthode normalisée danalyse coût-avantages par dautres méthodes dévaluation (Tisdell, 1990). Une des méthodes qui correspond le mieux au principe de précaution est celle de la norme minimale de sécurité imaginée par Ciriacy-Wantrup (1952). À lorigine, le terme sappliquait à une stratégie de conservation valable pour les espèces sauvages qui ne pouvaient se reconstituer au-dessous dun seuil critique de population (population minimale viable). Le but était de garantir que la population minimale au moins serait maintenue tant que le coût nen serait pas intolérable. Cette méthode peut également sappliquer à des ressources uniques de zone humide en particulier si on lassocie à lanalyse coût-avantages conventionnelle (Tisdell, 1990). La NMS est généralement présentée comme une technique décisionnelle qui fait appel à la théorie du jeu et sadapte facilement à des situations dans lesquelles on ignore les probabilités de gains et de pertes (Bishop, 1978, Ready et Bishop, 1991). La théorie du jeu fournit donc un cadre utile danalyse des problèmes de zones humides absolument uniques. |
De toute évidence, lapplication de la NMS ne se justifie pas pour tous les problèmes de gestion des zones humides mais, lorsque cest le cas, les analystes peuvent modifier en conséquence la méthode normalisée danalyse coût-avantages. Quelle que soit la méthode choisie, une démarche pluridisciplinaire simpose à presque toutes les étapes de lévaluation et devrait tout particulièrement faire appel à la collaboration entre économistes et écologues. La Figure 3.1 résume le cadre global dévaluation économique des zones humides [note 8].
Ce processus dévaluation comprend trois étapes danalyse:
Première étape Définir le problème et choisir la méthode dévaluation économique appropriée.
Deuxième étape Définir la portée et les limites de lanalyse et linformation requise de la méthode dévaluation choisie.
Troisième étape Définir les méthodes de collecte des données et les techniques requises pour lévaluation économique, notamment pour toute analyse des conséquences distributives.
La première étape est nécessaire pour déterminer la bonne méthode à appliquer aux zones humides que lon se propose dévaluer. La deuxième vise à déterminer les besoins dinformation qui permettront de mener à bien la méthode dévaluation choisie. Et la troisième porte sur le choix de méthodes dévaluation et de techniques dévaluation économique appropriées.
Figure 3.1: Cadre de réalisation dune évaluation économique des zones humides

Source: adapté de IIED (1994)
À la fin des trois étapes de lanalyse, on devrait disposer dune évaluation économique des zones humides indiquant aux décideurs si loption visée est la bonne.
Bien que les trois étapes de lanalyse aient lair dêtre séquentielles impression qui ressort aussi de la Figure 3.1 en réalité, lévaluation devrait suivre un processus itératif ou réactif. Cest-à-dire quà toute étape de lanalyse, il peut être nécessaire de retourner à une étape précédente afin de réviser le processus dévaluation, daméliorer lanalyse, daffiner les besoins dinformation, etc. Plusieurs retours en arrière peuvent être nécessaires avant que lévaluation économique ne trouve sa conclusion positive.
Lobjectif du processus en trois étapes présenté dans la Figure 3.1 est une évaluation économique des valeurs des zones humides. Toutes les valeurs obtenues devraient refléter la véritable «disposition à payer» de la société pour les avantages en question. Pour cela, il faudra déterminer la véritable valeur économique des avantages qui sont généralement non commercialisés et ajuster les prix du marché de certains biens et services des zones humides pour tenir compte des distorsions causées par les politiques gouvernementales ou les imperfections du marché. Dans certains cas, cependant, les contraintes liées aux données et aux ressources peuvent limiter lanalyse à une évaluation financière. Seuls les biens et services commercialisés peuvent être évalués par lutilisation des prix du marché «non ajustés». Dans les deux cas, il est courant dactualiser les valeurs annuelles par rapport à un chiffre correspondant à la valeur actuelle. Lanalyste devra choisir un taux dactualisation (voir Cadre 3.2). Lorsquil est impossible de déterminer les valeurs financières ou économiques lanalyse peut se borner à une simple évaluation matérielle des changements intervenus dans les biens et services fournis par les zones humides ou dans tout impact sur lenvironnement.
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Cadre 3.2: Temps et actualisation en évaluation économique Lorsque des économistes évaluent les avantages et les coûts qui sétendent au-delà dune durée donnée, ils ont deux méthodes à disposition. La première tient compte du fait que les individus nont pas la même perception des avantages et coûts futurs et des avantages et coûts immédiats. En général, on peut observer que nous préférons différer les coûts et recevoir les avantages le plus vite possible (pour une critique de cette méthode, voir Price (1993)). Cest ce que lon appelle la préférence de temps. Cette situation est reproduite par les institutions financières qui doivent payer des intérêts sur les dépôts, cest-à-dire rendre au particulier une somme plus élevée à une date ultérieure afin de pouvoir utiliser les fonds dans lintérim. Pour tenir compte de la préférence de temps dans les études dévaluation et analyses coût-avantages, les économistes appliquent un taux dactualisation de façon à pondérer les avantages et les coûts qui se produisent dans des périodes de temps différentes, à linstar du versement dintérêts sur un compte bancaire. Étant donné que nous préférons disposer tout de suite dune somme dargent plutôt que dattendre pour la recevoir nous pondérons plus fortement les valeurs actuelles que celles qui correspondent à des périodes futures. Pour cela, nous utilisons un facteur dactualisation qui tient compte du taux dactualisation choisi. Pondérer une série davantages ou de coûts et en faire la somme conduit à obtenir la valeur actuelle. Après avoir calculé les valeurs actuelles des avantages et coûts, nous prenons normalement la différence entre les deux, cest-à-dire la valeur actuelle nette, comme indicateur de la viabilité économique dun projet. La deuxième méthode consiste à observer le coût de substitution du capital investi dans un projet, cest-à-dire les profits qui auraient pu être obtenus en investissant ce capital dans la meilleure option suivante. Ces profits sacrifiés représentent le coût du capital investi dans le projet et, pour quun projet soit viable, les bénéfices nets (cest-à-dire les bénéfices moins les coûts) de notre projet doivent au moins égaler les bénéfices sacrifiés. Ainsi, lorsque nous pondérons les avantages et les coûts sur différentes périodes de temps, nous nous servons du coût de substitution du capital à notre taux dactualisation pour avoir une idée de ce que le projet devrait apporter en avantages pour être un investissement attrayant. Le choix dun taux dactualisation est matière à controverse et dépend, en partie, de la méthode choisie: préférence de temps ou coût de substitution du capital. Certains chercheurs sont davis que le taux dactualisation doit être élevé car beaucoup de projets causent des dommages à lenvironnement et doivent être pénalisés tandis que dautres prétendent que, pour tenir compte des considérations de durabilité et des intérêts des générations futures, il ne faudrait pas appliquer de taux dactualisation du tout. Les effets des projets sur lenvironnement sont nombreux et différents ce qui laisse supposer que le choix approprié dun taux dactualisation peut aussi varier considérablement selon les circonstances. Or, il est généralement préférable dutiliser un taux unique afin de garantir la cohérence et de permettre la comparaison entre différents projets mais si lon choisit un taux unique, limpact global de taux dactualisation élevés ou faibles sur lenvironnement devient alors ambigu. En effet, un taux dactualisation élevé dissuade les projets dommageables pour lenvironnement et fait diminuer le taux global dinvestissement et, partant, le taux dutilisation des ressources naturelles au risque de pondérer plus fortement la consommation des générations actuelles que celle des générations futures (Pearce, Markandya et Barber, 1989). Pour toutes ces raisons, on saccorde à penser quil convient de ne procéder à aucun ajustement du taux dactualisation utilisé pour lensemble de léconomie lorsquon évalue des valeurs pour lenvironnement et dappliquer dautres techniques qui tiennent compte de toutes les conditions particulières associées aux avantages et coûts pour lenvironnement (Markandya et Pearce, 1988). |
Dans la discussion qui suit, les trois étapes de lévaluation sont illustrées dans lhypothèse où lévaluation économique complète est lobjectif ultime.
3.1 Première étape: définir le problème et la méthode dévaluation
La première étape du processus dévaluation consiste à déterminer lobjectif ou le problème général. Comme indiqué dans la Figure 3.1, le type de méthode dévaluation économique choisi dépendra directement du problème rencontré par lanalyste.
Trois grandes catégories de questions sont particulièrement pertinentes pour lanalyse économique des zones humides. Une méthode spécifique dévaluation économique correspond à chacun des trois objectifs dévaluation. Comme on le voit à la Figure 3.1. Il sagit de:
Une analyse dimpact évaluation des dommages infligés à la zone humide par un impact extérieur spécifique sur lenvironnement (par ex. marée noire sur une zone humide côtière)
une évaluation partielle évaluation de deux autre options dutilisation pour la zone humide au moins (par ex. faut-il détourner leau de la zone humide pour dautres usages ou convertir/mettre en valeur une partie de la zone humide au dépens dautres utilisations)
une évaluation totale évaluation des contributions économiques totales, ou avantages nets, du système de zone humide pour la société (par ex. pour la comptabilité du revenu national ou pour déterminer la valeur en tant quaire protégée).
Lavantage dun tel cadre est sa souplesse. Les données et lanalyse peuvent être adaptées aux besoins spécifiques des décideurs. Il est peut-être inutile, par exemple, dévaluer dautres utilisations des terres si le but est de déterminer limpact extérieur dune activité spécifique. De même, il nest peut-être pas nécessaire destimer la valeur économique totale des zones humides pour toutes les utilisations potentielles si les décideurs souhaitent comparer les coûts et avantages relatifs dun nombre limité de propositions pouvant se substituer les unes aux autres.
Avant de considérer les étapes 2 et 3 du processus dévaluation, il convient dexpliquer brièvement ce quimplique chacune des méthodes dévaluation mentionnées ci-dessous.
Analyse dimpact
La première méthode lanalyse dimpact convient particulièrement à des situations où la perturbation dune zone humide particulière a des conséquences spécifiques sur lenvironnement [note 9]. Prenons par exemple des déversements de pétrole qui polluent régulièrement une zone humide estuarienne et affectent tant la production de poissons que la qualité de leau. Les coûts de cette activité correspondent à la perte des valeurs de la zone humide suite aux dommages causés à lécosystème et à ses ressources. Ces dommages seraient la somme entre la perte de bénéfices de production nets (cest-à-dire les bénéfices économiques de la production moins les coûts) à cause des impacts des marées noires sur la pêche et la perte de bénéfices nets pour lenvironnement en raison dune qualité amoindrie de leau alimentant les zones humides et les établissements du voisinage et assurant le fonctionnement général de lécosystème. Ainsi, en évaluant ces pertes, nous obtenons une estimation de la production nette et des avantages environnementaux nets des zones humides détruits par les marées noires. Le coût total de cet impact, du point de vue des dommages causés à la zone humide correspond aux bénéfices nets sacrifiés.
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Cadre 3.3: Exemples danalyse dimpact appliquée à lévaluation économique Dixon et Hufschmidt (1986) et Dixon et al. (1988) illustrent lapplication de lanalyse dimpact en déterminant le rapport coût-efficacité de différentes options de traitement des eaux usées dune centrale géothermique sur lîle de Leyte, aux Philippines. Dans ce cas, il sagissait de décider du moyen délimination des eaux usées de la centrale qui protégerait lenvironnement dans le meilleur rapport coût-efficacité. Pour certaines des options, on a quantifié le coût des impacts sur lenvironnement du point de vue de la perte de pêcheries marines et de production de riz. Il a été impossible de chiffrer dautres coûts environnementaux tels que la perte dénergie, la perte de production de la pêche en rivière, les effets sur la santé et les impacts sur les agréments. Par exemple, lanalyse a montré que les coûts environnementaux quantifiables de rejet des déchets non traités dans le fleuve Bao ou dans le fleuve Mahiao étaient très élevés, représentant 41% et 35% du total des coûts mesurables de ces options, respectivement. Les deux options risquaient également de contaminer gravement lécosystème marin avec des effets inconnus et non quantifiables. Compte tenu des impacts quantifiables et inquantifiables sur lenvironnement, la solution qui visait à réinjecter les eaux usées dans la source géothermique semblait la plus attrayante. Lanalyse dimpact a également été appliquée à létude des programmes et politiques agricoles qui pourraient avoir des effets non désirables sur les zones humides. Plusieurs études ont examiné le rôle des prix de soutien à lagriculture ou des investissements dinfrastructure publique vis-à-vis de la perte des valeurs économiques des zones humides dAmérique du Nord (van Kooten, 1993; Stavins et Jaffe, 1990). Ces politiques peuvent avoir pour objet dencourager une expansion de la surface cultivée mais ne tiennent souvent aucun compte des valeurs des zones humides sacrifiées. Si lon tenait compte de ces valeurs, les avantages nets du programme gouvernemental seraient plus faibles que prévu. Paradoxalement, de nombreux gouvernements apportent une aide aux agriculteurs pour quils préservent des habitats de zone humide importants tout en poursuivant leur politique de subvention au drainage des zones humides. Van Kooten, par exemple, montre que pour compenser limpact de la politique de subvention à lagriculture du Gouvernement canadien dans les zones humides des prairies, il faudrait que les agriculteurs des prairies reçoivent une incitation de 55 dollars canadiens (US$ 45) pour 4000 m2(a) (prix de 1988). En fait, le Gouvernement versait à lépoque 30 dollars canadiens (US$ 24) pour 4000 m2, au maximum, comme incitation à préserver les zones humides. En labsence de subventions agricoles, une incitation beaucoup plus faible aurait suffit pour encourager la conservation de ces zones humides privées. (a) NDT: Dans le texte original, la mesure de référence employée est lacre qui équivaut à environ 4000 m2. Nous utiliserons 4000 m2 tout au long de louvrage. |
Ce qui ressort surtout de lanalyse dimpact, cest que lexploitation pétrolière impose des coûts extérieurs sur le système de la zone humide. Ces coûts extérieurs doivent être comparés aux bénéfices nets obtenus par tout nouveau développement des activités pétrolières. Ce nest donc quen étudiant et en évaluant les pertes extérieures dues à la détérioration de la qualité de leau et de la production halieutique dans les zones humides que nous pouvons arriver à une véritable mesure des bénéfices nets des activités pétrolières (voir Cadre 3.5). Et même lorsque les bénéfices nets du développement dépassent les coû