La
Convention sur les zones humides
Lignes directrices pour lélaboration et lapplication de politiques nationales pour les zones humides
"Lhomme
et les zones humides: un lien vital"
7e Session de la Conférence des Parties contractantes à la
Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971)
San José, Costa Rica, 10 au 18 mai 1999
Lignes directrices pour lélaboration et lapplication de politiques nationales pour les zones humides
(Annexe à la Résolution VII.6)
Préparé par Clayton Rubec, avec la contribution de: David Pritchard, Paul Mafabi, Nadra Nathai-Gyan, Bill Phillips, Maryse Mahy, Pauline Lynch-Stewart, Roberta Chew, Gilberto Cintron, Joseph Larson et Sundari Ramakrishna
Table des matières
Préface
I. Planter le décor de la Politique pour les zones humides
II. Élaborer une Politique nationale pour les zones humides
III. Organisation du document directif
IV. Mise en uvre de la Politique
V. Références
Annexe 1: Priorités à respecter dans lélaboration de Politiques
pour les zones humides
Annexe 2: Texte de la Recommandation 6.9 Cadre
délaboration et dapplication de politiques nationales pour les zones
humides
Annexe 3: Résumé des Politiques et Stratégies /Plans daction
nationaux pour les zones humides, par pays ou par région
Études de case
Préface
1. La Politique nationale pour les zones humides est un élément clé de lapplication du concept dutilisation rationnelle de la Convention de Ramsar. Définir, élaborer et appliquer des Politiques nationales encourageant la conservation et la gestion des zones humides demeure toutefois un objectif vague pour nombre de Parties contractantes à la Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971). Cest la raison pour laquelle les auteurs ont décidé de suivre la Recommandation 6.9 adoptée par la 6e Session de la Conférence des Parties contractantes, en mars 1996, à Brisbane, Australie, qui demandait une coopération entre les Parties contractantes, le Bureau Ramsar et dautres partenaires à la préparation dun rapport contenant un cadre délaboration et dapplication des Politiques nationales pour les zones humides.
2. Les Lignes directrices pour lélaboration et lapplication de Politiques nationales pour les zones humides présentées ci-après ont été préparées par une équipe issue du secteur gouvernemental et non gouvernemental possédant une expérience et un savoir-faire en matière délaboration de politiques pour les zones humides. Cette équipe, comprenant des rédacteurs rattachés aux Autorités administratives Ramsar de lAustralie, du Canada, de la Trinité-et-Tobago, de lOuganda et des États-Unis dAmérique, a bénéficié de lappui de plusieurs organismes non gouvernementaux, notamment BirdLife International, lUniversité du Massachusetts et Wetlands International.
3. Parmi les principaux collaborateurs figurent Clayton Rubec (coordonnateur de projet et rédacteur principal), Nadra Nathai-Gyan, Paul Mafabi, David Pritchard et Bill Phillips. Roberta Chew, Gilberto Cintron et Joseph Larson ont proposé des études de cas, basées sur leur expérience aux États-Unis dAmérique, et Sundari Ramakrishna a fait de même, daprès linitiative de la Malaisie en matière de Politique nationale pour les zones humides. Maryse Mahy, du Bureau Ramsar, a fourni des renseignements sur de nombreux documents directifs nationaux, de pays européens surtout. Pauline Lynch-Stewart, du Canada, a fait des suggestions fort utiles et a rédigé la première ébauche de plusieurs chapitres du document. Delmar Blasco, Secrétaire général de la Convention, Michael Smart, Ken Cox du Conseil nord-américain sur la conservation des terres humides (Canada), ainsi que Lyle Glowka, du Centre du droit de lenvironnement de lUICN-Union mondiale pour la nature, figurent parmi les nombreuses personnes qui, grâce à leurs commentaires précieux, ont contribué à lamélioration de ce texte.
4. Les auteurs sont conscients quétant donné lexpérience nationale de plusieurs auteurs, nombre de termes et dexpressions utilisés dans ce document sont particuliers au système gouvernemental du Commonwealth britannique. Nous espérons que les lecteurs plus coutumiers dautres systèmes sauront «lire entre les lignes».
5. Il convient de souligner que le présent document nest pas un modèle pour la rédaction dune Politique nationale pour les zones humides. Il sagit plutôt dun recueil dobservations que les auteurs ont tirées de leur expérience personnelle. Une première ébauche a été faite, à la lumière des expériences jugées les plus édifiantes. Plusieurs avant-projets ont été préparés en 1998, puis soumis pour examen aux participants aux réunions régionales Ramsar panaméricaine, panafricaine, océanienne et panasiatique. Ces réunions ont contribué aux préparatifs de la 7e Session de la Conférence des Parties contractantes à la Convention, à San José, Costa Rica, en mai 1999, où ces Lignes directrices ont été adoptées après discussion en Séance technique II de la session et avec des amendements.
6. Les présentes Lignes directrices devraient se révéler très utiles aux pays qui se sont engagés à remanier leur politique ou leur stratégie nationale pour les zones humides, ou qui prévoient de le faire. Les différents chapitres traitent successivement les questions susceptibles de se poser et les mesures proposées, telles que: préciser lobjet dune telle initiative, prévoir une procédure adaptée, déterminer la présentation du document directif et élaborer des stratégies de mise en uvre et de surveillance continue. Ce document ne sera certainement pas dénué dintérêt pour les pays possédant déjà une ligne de conduite précise en la matière, en ce sens quil pourra compléter les différentes approches nationales ou, grâce à la synthèse dexpériences internationales, les mettre en lumière dans un contexte plus global.
7. Comme indiqué au paragraphe 3, le texte du présent document est complété par sept études de cas sur les sujets suivants: Le rôle des organisations non gouvernementales dans une Stratégie nationale pour la conservation des zones humides, par Joseph Larson de lUniversité du Massachusetts, États-Unis dAmérique; Définir les parties prenantes à une Politique nationale pour les zones humides, par Nadra Nathai-Gyan, de la Trinité-et-Tobago; Consultations relatives à lélaboration dune politique pour les zones humides, par Clayton Rubec, Canada; Les politiques pour les zones humides dans un Etat fédéral, par Bill Phillips, Australie; Examen des politiques sectorielles et de la législation relatives aux zones humides, par Paul Mafabi, Ouganda; Stratégies de conformité, par Roberta Chew et Gilberto Cintron, États-Unis dAmérique; et La Politique pour les zones humides de la Malaisie: processus délaboration et de coordination, par Sundari Ramakrishna, de Wetlands International Asie-Pacifique, Malaisie.
8. Il reste à espérer que les présentes Lignes directrices constitueront une référence qui encouragera toutes les Parties contractantes à la Convention de Ramsar à examiner les politiques et stratégies de leur pays sous un angle national, afin de tirer le meilleur parti possible des avantages et des échanges dexpérience inhérents à lappartenance à la Convention de Ramsar.
§I. PLANTER LE DÉCOR DE LA POLITIQUE POUR LES ZONES HUMIDES
§1.1 Introduction
9. On sait aujourdhui que les zones humides, au même titre que les terres agricoles et les forêts, sont parmi les principaux systèmes entretenant la vie sur notre Planète. Cette prise de conscience a joué un rôle déterminant dans lémergence du soutien mondial et de lengagement politique vis-à-vis du développement durable et de la conservation de lenvironnement, comme en témoignent le Plan stratégique 1997-2002 de la Convention de Ramsar, Sauver la Planète - Stratégie pour lAvenir de la Vie, le rapport de la Commission Brundtland et Action 21. Les zones humides occupent désormais une place de premier plan dans les mesures de conservation des eaux douces intérieures et des écosystèmes côtiers prises au titre de la Convention sur la diversité biologique. Limportance des zones humides dépasse largement leur fonction dhabitat pour de nombreuses espèces végétales et animales menacées dextinction. Elles constituent un élément vital des écosystèmes et des économies à léchelle nationale et mondiale.
10. La gravité de la disparition persistante de zones humides appelle une réorientation de leur gestion. Une part importante des zones humides naturelles situées en zone de peuplement a été transformée, notamment pour lagriculture, lurbanisation, lindustrie et les loisirs. Certaines zones humides ont également été dégradées par des pratiques doccupation des sols qui ont entraîné la destruction de la végétation, la concentration de matières nutritives et de toxines, la sédimentation, ainsi que la turbidité et le bouleversement du régime hydrologique naturel. Les boues de dragage, laquaculture intensive, le déboisement et les précipitations acides perturbent également léquilibre naturel des zones humides.
11. Le prix - économique, social et écologique - de la perturbation des fonctions des zones humides est élevé. Le bouleversement de léquilibre naturel peut détruire des bassins génétiques essentiels pour la médecine et lagriculture, affecter leur capacité naturelle daméliorer la qualité de leau et compromettre leur utilisation à des fins éducatives et récréatives. Le bouleversement des zones humides précieuses doit cesser, la diversité des zones humides restantes doit être conservée et la remise en état, la restauration ou la création de nouvelles zones humides doit, dans la mesure du possible, être tentée. Les obstacles et les solutions envisageables au problème des pertes quantitatives et qualitatives de zones humides sont décrits ci-après.
12. En conséquence, il est essentiel de démontrer limportance cruciale des zones humides et de leur conservation pour le bien-être des citoyens dune nation. La conservation des zones humides est primordiale si lon veut atteindre les objectifs de conservation de la diversité biologique énoncés dans les traités internationaux et remplir les obligations internationales qui en découlent. Les zones humides jouent un rôle clé dans la concrétisation de ces objectifs, comme lillustrent les éléments de la Stratégie mondiale de la conservation décrits ci-après:
- Maintenir les processus écologiques essentiels et les systèmes entretenant la vie: les zones humides remplissent ces fonctions de diverses façons, certaines, en maintenant et en améliorant la qualité de leau, dautres, en ayant un effet régulateur sur le débit des cours deau, atténuant les crues et augmentant le débit en fin dété, et dautres enfin, en contribuant à la recharge des nappes souterraines. Les zones humides jouent en outre un rôle important en tant quaires de nidification et de repos pour les oiseaux migrateurs, en tant que frayères et nurseries pour les poissons et en tant quhabitats de nombreux invertébrés, reptiles, amphibiens et plantes.
- Préserver la diversité génétique: les zones humides jouent un rôle essentiel dans le maintien de populations despèces sauvages en offrant un habitat clé à toute une diversité de plantes et danimaux. Les zones humides abritent près dun tiers des espèces sauvages décrites comme menacées dextinction, menacées ou rares.
- Veiller à lutilisation durable des espèces et des écosystèmes: nombre déconomies locales et provinciales (détats)/territoriales dépendent directement des ressources des zones humides telles que le poisson et la faune sauvage, les plantes et le bois. Les ressources renouvelables associées aux zones humides jouent un rôle central dans léconomie traditionnelle de subsistance des populations aborigènes et autochtones. Les zones humides offrent en outre des possibilités touristiques et récréatives considérables: chasse, pêche, observation des oiseaux et photographie, par exemple.
13. Pour relever le défi de la conservation des zones humides dimportance internationale et nationale, il faut des Politiques nationales globales qui puissent servir de base à une action nationale et de cadre à une coopération internationale et nationale. Ces politiques pour les zones humides peuvent aider les pays à répondre aux besoins des espèces sauvages et dautres ressources biologiques en matière de gestion et dhabitat, tout en répondant aux besoins de la population actuelle et future.
14. Dans le texte de la Convention de Ramsar, adoptée en 1971, lArticle 3.1 stipule: «Les Parties contractantes élaborent et appliquent leurs plans doccupation des sols de façon à favoriser la conservation des zones humides inscrites sur la Liste [des zones humides dimportance internationale] et, autant que possible, lutilisation rationnelle des zones humides de leur territoire.»
15. Parmi les mesures recommandées aux pays qui adhèrent à la Convention sur les zones humides figure la formulation de Politiques nationales favorisant la conservation des zones humides. Nombre dexemples nationaux montrent toutefois que ce processus peut se révéler long et compliqué. La formulation de ces politiques se heurte en effet à des contraintes politiques, juridictionnelles, institutionnelles, juridiques et financières, sans parler des facteurs socio-économiques qui continuent de contribuer à la disparition de zones humides, lors même que le processus délaboration de la politique pour les zones humides est en cours.
16. Il importe de reconnaître que le processus délaboration et dapplication dune politique pour les zones humides au niveau national peut prendre du temps et nécessite des consultations suffisantes pour surmonter des obstacles comme la rareté des ressources financières ou la réticence institutionnelle des organismes gouvernementaux et autres à modifier les habitudes. Pour être généralement efficace, une Politique nationale pour les zones humides doit avoir un vaste champ dapplication et ne doit pas être simplement une politique de protection des espèces sauvages ou être perçue comme telle. Axer une Politique nationale pour les zones humides exclusivement sur les espèces sauvages ne peut quaffaiblir sa valeur aux yeux de la société et de la nation. Lélaboration dune telle Politique constitue en fait une occasion «en or» dencourager la coopération et laction à différents niveaux, et ne nécessite ni inventaire ni information scientifique détaillés.
§1.2 Les possibilités de conservation des zones humides
17. Différentes possibilités sont présentées ci-après pour résoudre les problèmes des zones humides et assurer leur conservation.
Inscrire des objectifs de conservation des zones humides dans les politiques gouvernementales
18. Rares sont les gouvernements fédéraux, provinciaux, détats, territoriaux et municipaux qui reconnaissent limportance de la conservation des zones humides dans leurs politiques et programmes. Labsence dorientation du gouvernement à cet égard se traduit par:
- la destruction persistante et cumulative de zones humides, imputable au fait que les décisions de livrer telle ou telle zone humide à dautres formes doccupation des sols ne sont ni soumises, ni liées aux politiques générales de conservation;
- un manque de responsabilité générale des organismes nationaux et infranationaux chargés de lintendance des ressources naturelles telles que les zones humides;
- la mauvaise image des zones humides avec pour conséquence le fait que les valeurs des zones humides ne retiennent guère lattention lorsque le moment est venu de prendre ou de réviser des décisions relatives à loccupation des sols;
- lencadrement insuffisant des décideurs (organismes fédéraux, provinciaux, détats, territoriaux et municipaux, propriétaires fonciers) appelés à peser le pour et le contre des décisions relatives à loccupation des sols; et
- les moyens insuffisants mis en uvre pour faire respecter les lois et politiques en vigueur.
19. Une Politique nationale pour les zones humides peut aider ces organismes gouvernementaux à établir leur responsabilité à légard de leurs actes ainsi quà modifier leurs politiques sectorielles dans lintérêt des écosystèmes de zones humides.
Améliorer la coordination et la communication au sein des organismes gouvernementaux
20. Dans la plupart des pays, la juridiction relative aux zones humides est répartie entre les différents paliers de gouvernement (fédéral, provincial/détat, territorial et municipal), ainsi quentre différents services et organismes gouvernementaux. Aucun de ces multiples services et organismes, à quel que niveau que ce soit, nest probablement responsable de tous les aspects de la gestion, de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides. La coordination et la communication au sein des gouvernements et entre eux demeurent insuffisantes bien que des efforts aient été déployés à cet égard. Il convient, non pas de désigner un seul organisme pour soccuper des zones humides, mais daméliorer la communication et dappliquer une politique cohérente, suivie par tous les organismes gouvernementaux. Une Politique nationale pour les zones humides peut être un mécanisme efficace pour améliorer et promouvoir la coordination et la communication entre ces différents organismes.
21. Dans bien des pays, les organismes gouvernementaux qui pourraient donner une impulsion aux programmes de conservation des zones humides sont souvent insuffisamment soutenus en termes de ressources humaines et financières. Il se peut aussi quils occupent un rang inférieur dans la hiérarchie gouvernementale et jouissent dune influence limitée, quils doivent en référer à un ou plusieurs ministères plus importants. Le gouvernement a souvent des difficultés à envisager les liens indispensables à lefficacité, tels que la coordination des programmes potentiellement favorables aux zones humides avec les priorités nationales en matière deau, dagriculture et de développement.
Créer davantage dincitations à conserver les zones humides
22. Les programmes incitatifs (gouvernementaux et autres) entrent souvent en conflit avec les efforts de conservation des zones humides. Dans certains pays, les avantages fiscaux (impôts sur le revenu et taxes sur la propriété), les subventions versées pour le drainage ou la construction de digues, ou les quotas de production agricole constituent souvent, pour les agriculteurs, un encouragement financier à mettre en culture les zones humides. Sans ces incitations, les facteurs économiques décourageraient généralement ces transformations. Inversement, rares sont les mesures visant à inciter les propriétaires fonciers à conserver les zones humides à létat naturel. Etant donné que le public tire généralement profit des zones humides, il serait juste que les efforts de conservation soient soutenus par des incitations financées ou commanditées par les pouvoirs publics. La Politique nationale pour les zones humides peut constituer un outil qui encourage la mise en uvre dincitations économiques et sectorielles nouvelles et plus efficaces, et la suppression des facteurs et des incitations négatives responsables du déclin des zones humides.
Encourager une meilleure gestion des zones humides après leur acquisition ou leur maintien
23. Il est fréquent que les organisations non gouvernementales, les communautés locales, les propriétaires fonciers privés et les organismes gouvernementaux aient des difficultés à gérer les zones humides acquises ou maintenues à des fins de conservation. Les taxes sur la propriété et les frais personnels sont souvent élevés, et les administrateurs ont rarement une bonne connaissance des méthodes écologiquement rationnelles permettant de tirer un revenu de lutilisation des zones humides. La gestion à long terme, qui peut être facilitée par la génération de revenu, intéresse de plus en plus les organismes de conservation des zones humides. La Politique nationale pour les zones humides offre la possibilité daborder ces questions et de trouver des solutions.
Améliorer les connaissances et leur application
24. Les informations concernant le statut, le fonctionnement écologique et les valeurs (par exemple, hydrologiques ou économiques) des zones humides sont limitées. Bien que nombre de pays aient amélioré leurs méthodes de classification et dinventaire des zones humides mais la tâche est loin dêtre terminée à léchelle mondiale et il convient de redoubler defforts pour fixer des objectifs quant au nombre et aux types de zones humides nécessaires. La Politique nationale pour les zones humides peut aider à établir les priorités en matière dinformation, et à élaborer une stratégie qui permette dobtenir et dutiliser des informations nécessaires à la gestion des zones humides.
25. La quantification des taux de conversion et de la valeur économique des zones humides demeure insuffisante. Les coûts et les avantages économiques, sociaux et écologiques de la conversion des zones humides sont encore mal compris mais des preuves de plus en plus nombreuses attestent limportance économique aussi bien quécologique et sociale de ces milieux. Lutilisation et la diffusion des connaissances sur les zones humides doivent être améliorées pour influencer les prises de décisions relatives aux modes doccupation des sols. Et même si les lacunes constatées dans la connaissance des zones humides demeurent un obstacle de taille, il faut prendre des mesures de conservation, sans attendre les résultats de la recherche.
26. Dans beaucoup de pays où le développement économique demeure difficile ou dont léconomie se trouve actuellement en transition, les programmes de conservation de lenvironnement se heurtent à des obstacles socio-politiques considérables. La conservation des zones humides ne pourra pas occuper le rang de priorité qui lui revient tant que ses liens avec le bien-être économique et lutilisation durable de leau et des ressources naturelles demeureront flous. Dans les pays frappés par des catastrophes naturelles et des conflits internes ou internationaux, les besoins écologiques ne figurent évidemment pas parmi les priorités des gouvernements.
Une éducation orientée vers le grand public, les décideurs, les propriétaires fonciers et le secteur privé
27. Les programmes déducation sur les zones humides sont insuffisamment soutenus, manquent de substance et ninsistent pas assez sur limportance de la gestion avisée et de lutilisation rationnelle des ressources naturelles. Nombre dexemples nationaux ou infranationaux montrent quun public bien informé adhère plus facilement aux programmes de conservation des zones humides. Cette information passe par des campagnes de sensibilisation du public visant à lui faire comprendre les valeurs, les fonctions et les avantages des zones humides, ainsi que les conséquences de leur destruction persistante.
28. Les propriétaires fonciers doivent apprendre à améliorer la gestion de leurs ressources naturelles renouvelables pour obtenir des avantages économiques durables. Les décideurs doivent comprendre limportance des questions liées aux zones humides, la relation étroite qui existe entre la conservation et le développement économique durable, et apprendre à appliquer les connaissances écologiques à la planification et à la gestion des ressources. Léducation est un processus interactif: les responsables politiques, les hauts fonctionnaires gouvernementaux, les scientifiques et les propriétaires fonciers, ainsi que les usagers des zones humides, peuvent apprendre beaucoup les uns des autres au sujet des zones humides et de leur conservation. Les activités de développement des infrastructures et du tourisme qui présentent le risque daccroître les pressions auxquelles font face les zones humides offrent aussi la possibilité dassocier des parties prenantes importantes à des mesures conçues pour encourager une gestion durable.
29. Une Politique nationale pour les zones humides constitue une occasion unique détablir conjointement les priorités et les mécanismes susceptibles de sensibiliser davantage les citoyens aux ressources des zones humides.
Encourager la participation des organisations non gouvernementales et des communautés locales
30. Les gouvernements reconnaissent insuffisamment les compétences et les efforts des organisations non gouvernementales (ONG) et des communautés locales en matière dappels de fonds, de même que le potentiel de ces groupes à contribuer à la conservation des zones humides et à lélaboration des politiques y relatives. Ces organisations et ces communautés locales sont souvent bien placées pour récolter des fonds auprès du public intéressé et offrir des contributions en nature pour couvrir les frais de la conservation des zones humides. Elles peuvent devenir des partenaires efficaces du gouvernement dans lexécution de projets de conservation des zones humides, notamment en ce qui concerne la surveillance continue et le gardiennage, à léchelle tant locale que nationale. Les frais généraux de ces organisations et communautés locales sont généralement inférieurs à ceux des gouvernements Les ONG crédibles et les groupes communautaires sont souvent à même de mobiliser, auprès du public, le soutien nécessaire pour franchir les barrages politiques et bureaucratiques. (Première étude de cas, États-Unis dAmérique).
§1.3 Politique relative à lutilisation rationnelle et aux zones humides: contexte historique de la Convention
31. Le Concept dutilisation rationnelle est devenu un trait distinctif de la Convention sur les zones humides. Lutilisation rationnelle a été envisagée à lArticle 3.1 de la Convention, aux termes duquel les Parties contractantes «formulent et appliquent leurs plans daménagement de façon à favoriser la conservation des zones humides inscrites sur la Liste et, autant que possible, lutilisation rationnelle des zones humides de leur territoire». Lutilisation rationnelle est devenue lun des concepts de la Convention les plus exaltants à mettre en pratique. Cest la raison pour laquelle la Convention de Ramsar a formulé des Lignes directrices et des Orientations complémentaires pour aider les Parties contractantes à appliquer ce concept.
32. Le concept d«utilisation rationnelle» sapplique non seulement aux sites inscrits sur la Liste Ramsar mais à toutes les zones humides sur le territoire des Parties contractantes. Les Lignes directrices relatives à lutilisation rationnelle des zones humides ont été adoptées à la Troisième Session de la Conférence des Parties contractantes (COP3) au Canada, en 1987. La Recommandation 3.3 recommande aux Parties contractantes dadopter la définition de lutilisation rationnelle et à appliquer les Lignes directrices contenues dans lannexe à cette Recommandation.
33. Les Lignes directrices formulées par la Convention ont aidé de nombreuses Parties contractantes à élaborer leur Politique nationale pour les zones humides. Elles soulignent la nécessité daméliorer les dispositions relatives aux institutions et à lorganisation, de répondre aux besoins législatifs et politiques, daméliorer les connaissances sur les zones humides et de mieux faire apprécier leurs valeurs, de dresser un inventaire national des zones humides et dévaluer leur statut, didentifier les priorités des programmes et délaborer des plans daction pour des sites particuliers dans le cadre dune Politique nationale pour les zones humides.
34. Lors de la Quatrième Session de la Conférence des Parties contractantes tenue en Suisse en 1990, les Parties ont adopté les Lignes directrices pour lapplication du concept dutilisation rationnelle, contenues dans la Recommandation 4.10 (qui remplaçait la Recommandation 3.3), confirmant à nouveau que le concept dutilisation rationnelle englobe tous les aspects de la conservation des zones humides. Cette recommandation indique que les Politiques nationales relatives aux zones humides doivent, autant que possible, tenir compte de tous les problèmes et de toutes les activités qui concernent les zones humides au niveau national. Cinq catégories de mesures au niveau national (décrites en détail à lAnnexe 1) ont été proposées:
a) amélioration des mécanismes organisationnels et institutionnels;
b) examen de la législation et des politiques en vigueur et futures touchant la conservation des zones humides;
c) amélioration de la sensibilisation aux fonctions et valeurs des zones humides ainsi que de la connaissance à ce sujet;
d) inventaire et évaluation économique des zones humides en vue de fixer les priorités de gestion pour chaque site;
e) mise en uvre de mesures spécifiques à chaque site, par exemple: mécanismes de protection juridique et restauration de lhabitat.
35. Que des Politiques nationales relatives aux zones humides fussent en préparation ou non, les Lignes directrices demandaient daccorder immédiatement lattention à certaines mesures, au niveau national, pour faciliter lélaboration de Politiques nationales pour les zones humides et pour éviter de retarder la mise en uvre pratique de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides. Comme prévu, les Parties contractantes choisissent les mesures en fonction de leurs priorités et de leurs besoins. Certaines appliquent des mesures institutionnelles, législatives ou éducatives et commencent en même temps des inventaires ou des travaux scientifiques. Les Parties contractantes qui souhaitent favoriser lutilisation rationnelle des zones humides sans attendre lélaboration de Politiques nationales à ce sujet ont été priées:
i) de déterminer les questions qui nécessitent une attention prioritaire;
ii) dagir pour trouver une solution à une ou plusieurs de ces questions;
iii) didentifier les zones humides où il est urgent dagir;
iv) de prendre les mesures nécessaires dans une ou plusieurs de ces zones humides, selon le schéma développé sous la rubrique «Mesures prioritaires dans des zones humides particulières».
36. Ainsi, depuis quelle existe et, en particulier, depuis 12 ans, la Convention encourage lutilisation rationnelle des ressources des zones humides, contribuant ainsi aux objectifs de développement durable de chaque pays. Le concept dutilisation rationnelle sapplique tant à la formulation et à lapplication de politiques globales pour les zones humides, quà lutilisation rationnelle de zones humides particulières. Ces activités font partie intégrante du développement durable.
37. Toutefois, comme la reconnu le Rapport de lAtelier sur lutilisation rationnelle présenté à la COP3, lélaboration de Politiques nationales relatives aux zones humides peut être un processus de longue haleine. Notant que les contraintes politiques et nationales constituent des obstacles importants à la formulation de telles politiques, la COP4 a recommandé à toutes les Parties contractantes de se doter, à long terme, de Politiques nationales globales pour les zones humides, formulées de la manière la plus appropriée aux institutions nationales et au contexte national.
38. En 1993, la Cinquième Session de la Conférence des Parties contractantes (COP5) à Kushiro, Japon, sest interrogée sur la raison pour laquelle certains Etats membres navaient pas adopté de Politique nationale relative aux zones humides et sur les moyens dintégrer de telles politiques dans les Politiques nationales sur lenvironnement ou les stratégies nationales de conservation. La COP5 a, en outre, constaté que les facteurs économiques et sociaux étaient la cause principale de la perte de zones humides et a demandé quen conséquence, ils soient au cur des Politiques nationales pour les zones humides.
39. À la Sixième Session de la Conférence des Parties contractantes (COP6) à Brisbane, Australie, en 1996, la Convention a adopté le Plan stratégique 1997-2002. Conformément aux décisions des sessions précédentes, lObjectif opérationnel 2.1 du Plan stratégique demande de réviser et, au besoin, de modifier la législation nationale ou supranationale, les institutions et les pratiques de toutes les Parties contractantes afin de garantir lapplication effective des Lignes directrices sur lutilisation rationnelle. Il invite chaque Partie contractante à réaliser cet objectif en révisant la législation et les pratiques en vigueur sur son territoire et en indiquant, dans le rapport national adressé à la session suivante de la Conférence des Parties contractantes, comment les Lignes directrices sont appliquées.
40. De plus, en 1996, chaque Partie contractante a été priée dencourager des efforts accrus visant à élaborer une Politique nationale pour les zones humides, que ce soit séparément ou en tant que composante clairement identifiable dautres initiatives nationales de planification de la conservation telles que les Plans daction nationaux pour lenvironnement, les stratégies nationales de la diversité biologique ou les stratégies nationales de conservation. La Recommandation 6.9 de la COP6 (voir Annexe 2) estime quil est nécessaire de préparer un Cadre délaboration et dapplication de Politiques nationales pour les zones humides comportant des exemples et des illustrations, à lusage des Parties contractantes qui nont pas encore de politique de ce type. Cette Recommandation demande des exemples et illustrations appuyés sur de telles politiques et charge le Bureau Ramsar de coordonner des tâches particulières liées à la production de lignes directrices pour lélaboration et lapplication de Politiques nationales pour les zones humides.
§1.4 Pourquoi faut-il des politiques pour les zones humides?
41. Il est rare que les zones humides soient explicitement couvertes, à léchelon national, par dautres politiques de gestion des ressources naturelles existantes (eau, forêts, sols, agriculture ou dautres secteurs). La formulation dune déclaration de principe et/ou dune stratégie unique ou «indépendante» sur les zones humides peut constituer une étape décisive vers la reconnaissance des problèmes des zones humides et une solution ciblée. Une politique unique pour les zones humides offre une occasion de reconnaître les zones humides comme des écosystèmes appelant des méthodes de gestion et de conservation différentes, qui ne soient pas dissimulées par dautres objectifs de gestion sectoriels.
42. Les politiques ou stratégies relatives aux zones humides sont très souvent des composantes de Politiques nationales sur le développement durable, leau et autres politiques environnementales sectorielles. Les messages concernant les zones humides sont alors diffus et noyés dans des objectifs plus généraux. Dans de nombreux pays, il est fréquent que le personnel restreint des organismes de gestion , confronté à toutes sortes de demandes et attentes nouvelles, nait pas le temps de soccuper des engagements liés aux zones humides, une situation forcément préjudiciable à la réalisation des objectifs de conservation des zones humides, quels quils soient.
43. Une politique unique, indépendante, pour les zones humides attire lattention sur les problèmes des zones humides, notamment des législateurs et du public. Elle permet dénoncer clairement les buts et objectifs à atteindre pour ces écosystèmes, de préciser les responsabilités du gouvernement et les engagement quil doit remplir.
§1.5 Quest-ce quune politique pour les zones humides?
44. Il importe de préciser clairement ce quest une «politique» et surtout, ce quelle nest pas. On définit la politique comme étant un «recueil de principes indiquant une activité ou une orientation voulue et acceptable à une organisation ou un gouvernement.» On dit aussi quune politique «est comme un éléphant, on la reconnaît lorsquon la voit mais elle est difficile à définir». Quoi quil en soit, toute politique doit être considérée comme un énoncé des considérations qui orienteront tant les décisions rationnelles que laction. Cest dans le sens de cette définition que les lignes directrices présentées ci-après, relatives à lélaboration et à lapplication des Politiques nationales pour les zones humides conformément à la Convention sur les zones humides, sont proposées.
45. Lexpression «Politique nationale pour les zones humides» a été utilisée ailleurs dans le sens de «Plan national pour les zones humides» ou de «Stratégie nationale pour les zones humides». Il est impossible détablir une distinction claire entre tous ces termes et den assurer une utilisation normalisée en français, en anglais, en espagnol ou dans dautres langues. Toutefois, les auteurs du présent document ont essayé de traduire un concept communément accepté pour ce qui est de lidée de «politique». Dans ce document, le concept de «politique» renvoie généralement à une déclaration clairement publiée par un gouvernement national ou infranational, comprenant souvent des objectifs, des calendriers et des engagements mesurables, ainsi que des budgets. Dans certains cas, un «plan» ou une «stratégie» ne correspond pas à cette référence, donnant une vision des intentions du gouvernement, avec une énumération dactivités potentielles et de partenariats qui peut exiger une définition supplémentaire de délais et de budgets particuliers ainsi que des engagements mesurables. Les politiques, stratégies et plans nationaux pour les zones humides sont tous reconnus comme étant dimportance cruciale; nous navons nullement lintention de minimiser leffort quexige leur mise en uvre ni de décréter quels termes ou quelles définitions sont les plus appropriés.
46. Les auteurs reconnaissent quune utilisation précise et une définition commune des termes «politique», «plan» et «stratégie» pour les zone humides font défaut. En essayant de se faire une idée générale des Politiques nationales pour les zones humides, les auteurs ont en effet constaté que nombre dorganismes et de gouvernements utilisent ces termes de façon interchangeable.
47. Il semble que lon associe communément une politique à un document, et il est certainement pratique de la concevoir sous une forme aussi pratique. Il pourrait aussi se révéler utile denvisager lélaboration des politiques comme un processus, supposant lédification dun consensus et incluant des idées et des engagements, une mise en uvre, une responsabilité et un examen. On peut concevoir une politique comme le plus haut niveau dune hiérarchie. Cest un mécanisme qui permet à une administration de capter la volonté ou le mandat du public sur une question, en y ajoutant sa propre vision. Ensuite, il est possible quun corps législatif national ou le gouvernement intervienne en dépassant le cadre de cette politique et en recourant à la législation. Un organisme dexécution peut aussi aborder une politique par le biais de stratégies et de programmes daction.
48. Les politiques tirent leur efficacité et leur légitimité de nombreuses sources. Elles peuvent être approuvées soit par le gouvernement dans son ensemble, soit par un ministre. Il faut savoir que lapprobation au niveau politique ne garantit pas le succès «en pratique». Il arrive souvent que la force dune politique réside essentiellement dans la procédure délaboration appliquée, surtout lorsquil sagit de questions générales concernant des groupes dintérêts très divers.
49. La politique est le reflet dune attitude, exprime des principes souhaités, émet des intentions (souvent sous forme de buts et objectifs), révèle les choix qui ont été faits quant aux orientations stratégiques, traduit un engagement, propose un axe de consensus, exprime des préoccupations, offre des conseils et établit clairement les rôles et les responsabilités.
50. Il est sous-entendu quune Politique nationale pour les zones humides a une portée nationale mais quelle peut être élaborée simultanément ou successivement à plusieurs niveaux de gouvernement. En Australie et au Canada, par exemple, le gouvernement fédéral, ainsi que les gouvernements des états (ou provinces) fédérés ont élaboré des politiques de conservation des zones humides. Cela reflète la nature fédérale de ces deux pays, où lautorité constitutionnelle pour la gestion des ressources naturelles (y compris la gestion des zones humides) est répartie entre les différents niveaux de gouvernement..
51. Dans certains pays, une politique peut être adoptée officiellement, selon une procédure adéquate, par le gouvernement fédéral à un niveau (par exemple Conseil des ministres) susceptible dengager toutes les forces gouvernementales concernées à lappliquer. Cela nest pas forcément le cas dans les États fédéraux qui ont une juridiction constitutionnelle partagée. Un gouvernement fédéral peut exprimer son engagement vis-à-vis de la conservation des zones humides par le biais dune politique fédérale. Une telle politique ne sappliquera toutefois quaux autorités fédérales et aux domaines soumis au contrôle fédéral. La mesure dans laquelle elle est appliquée et ne constitue pas simplement un bon exemple ou une orientation non contraignante à lintention des juridictions infranationales (par exemple, gouvernements provinciaux, des états, municipaux) dépendra du contexte de chaque pays.
52. Une Politique nationale pour les zones humides servira de cadre permettant de tirer des conclusions claires concernant les mesures requises (sans pour autant prescrire de mesures détaillées) et de déterminer le résultat final escompté. Il faut quune politique fasse ressortir clairement que les choses serait très différentes en son absence et quelle démontre en quoi elle représente véritablement un plus. Si elle se veut lexpression même de la Politique nationale en matière de zones humides, elle peut être brève et revêtir simplement la forme dun «cadre». La profondeur nest pas essentielle mais une politique doit couvrir le plus complètement possible les principaux secteurs politiques affectant les zones humides (cest donc la portée qui compte), même si la juridiction de certains dentre eux dépasse lorganisme initiateur de la politique, comme par exemple lautorité juridictionnelle pour la gestion de ressources naturelles telles que leau, le plan de développement, la lutte contre la pollution, léducation et les affaires étrangères.
§1.6 Examen du statut des politiques pour les zones humides par Région Ramsar
53. Un document sur le statut des politiques pour les zones humides dans les Parties Ramsar a été présenté à la COP6 (Rubec 1996). Ce document sarticule autour des sept Régions Ramsar qui comptaient alors 92 pays. Aujourdhui (avril 1999), la Convention compte 114 Parties contractantes.
54. Le document présenté par Rubec établissait une distinction entre les rapports sur lélaboration de «politiques pour les zones humides» indépendantes et les rapports sur les «stratégies et plans pour les zones humides», sinspirant de la terminologie utilisée par les Parties contractantes dans leurs rapports nationaux. Lauteur estimait que cette distinction était importante, son expérience nationale lui ayant révélé quune «politique» séparée est plus souvent lexpression de lengagement du gouvernement, avec des objectifs, des calendriers, des budgets et une structure dapplication clairement définis. En revanche, lauteur avait le sentiment que les «plans et stratégies» se réfèrent plus fréquemment à un processus de longue haleine, sans engagement immédiat à passer à laction, avec un ensemble de buts moins précis.
55. On constate souvent une confusion dans lutilisation de ces termes par différents gouvernements nationaux et organisations. Il convient donc de tempérer lanalyse présentée ici (voir Tableau 1), sachant que la décision de classer une initiative nationale relative aux zones humides dans la catégorie «politique» ou «stratégie/plan» est aussi imprécise que les sources dinformation utilisées pour obtenir des chiffres. Les auteurs nont aucune intention de suggérer quune initiative nationale est meilleure ou moins élaborée ou appropriée quune autre.
56. Le texte de Rubec se fondait sur des renseignements tirés des rapports régionaux préparés pour la Réunion de 1995 du Comité permanent de la Convention de Ramsar et sur les Rapports nationaux préparés pour la COP6, tenue en Australie en mars 1996. Il a été mis à jour sur la base des informations contenues dans les Rapports nationaux remis pour la COP7 (Costa Rica, mai 1999) et mis à disposition sur le site internet du Bureau Ramsar (Bureau Ramsar 1998c).
57. En avril 1999, 44 Parties contractantes sur 114 avaient annoncé quelles avaient commencé à élaborer ou à appliquer une Politique nationale pour les zones humides. La majorité (39) indiquaient également quelles étaient en train délaborer, parallèlement, un Plan daction national ou une Stratégie nationale pour les zones humides, intégré(e) à dautres mécanismes ou indépendant(e). Ces initiatives sont réparties dans lensemble des sept Régions Ramsar. Seules 12 Parties contractantes Ramsar ont indiqué quune telle politique avait été adoptée par le gouvernement. En outre, six Parties contractantes ont indiqué quune Politique nationale pour les zones humides était actuellement sous forme de projet, et 26 ont signalé quune telle politique était à lexamen ou proposée. Plusieurs pays, comme le Cambodge, qui ne sont pas encore Parties contractantes, préparent des programmes nationaux pour les zones humides. Quelque 70 Parties contractantes nont pas encore indiqué quelles prévoyaient de se doter dune Politique nationale pour les zones humides.
58. Plusieurs pays, notamment ceux qui ont une constitution de type Commonwealth ou fédéral, comme lAustralie, la Belgique, le Canada, les États-Unis et le Pakistan, ont aussi annoncé des politiques ou des stratégies pour les zones humides à lexamen ou en voie délaboration au niveau infranational. Cela reflète lautorité constitutionnelle partagée qui existe dans ces pays en matière de conservation des zones humides, tant au niveau national quinfranational (par exemple état ou province). Dans certains cas, aucune initiative nest à prévoir au niveau national car les zones humides sont placées sous juridiction infranationale. Un certain nombre de ces politiques ou stratégies infranationales sont mentionnées à lAnnexe 3.
59. Dans létude réalisée pour la COP7, les stratégies ou plans daction nationaux pour les zones humides ont été traités séparément des Politiques nationales pour les zones humides. En mai 1999, environ 50 Parties contractantes indiquaient avoir adopté des stratégies nationales ou plans daction nationaux pour les zones humides, dont 12 sous forme de projet; dans 39 autres Parties contractantes , une telle initiative est à létude ou proposée. Les sept Régions Ramsar sont concernées. Seules 13 Parties contractantes nont signalé aucune mesure prise pour élaborer une stratégie nationale ou un plan daction national. Ainsi, la majorité des Parties contractantes Ramsar est en train de prendre des mesures pour appliquer des programmes nationaux pour la conservation des zones humides, indépendamment ou en complément de Politiques nationales pour les zones humides.
60. Lanalyse présentée à la COP6 (Rubec 1996) constitue la première tentative visant à rassembler des informations sur les politiques relatives aux zones humides dans le cadre de la Convention. Un examen des Procès-verbaux, de la COP3 à la COP6, et des rapports nationaux destinés à la COP7 fait ressortir que des progrès considérables ont été réalisés à léchelle mondiale depuis ladoption de la Convention, en 1971. Cette tendance devrait se poursuivre au-delà de la COP7.
61. Le Tableau 1 résume la situation pour ce qui est de lélaboration et de ladoption de politiques ou de stratégies et plans daction nationaux pour les zones humides entre 1987 et avril 1999. Ce tableau a été préparé à la lumière dun examen de documents de conférence résumant les politiques et stratégies nationales pour les zones humides telles quelles ont été rapportées par chaque pays pour tous les aspects de lapplication de la Convention (Bureau Ramsar 1987, 1990, 1993, 1998a, 1998c; Smart 1993; Rubec 1996).
62. Au cours de cette période, le nombre de pays ayant officiellement adopté une Politique nationale pour les zones humides est passé de zéro à 12 tandis que 23 autres pays ont entamé ou envisagent une telle politique. Toujours dans cette période, le nombre de pays qui ont annoncé avoir terminé une stratégie ou un plan daction national de conservation des zones humides est passé de quatre à 50.
63. En 1987, cinq Parties contractantes seulement avaient indiqué être actives, dune façon ou dune autre, en matière de politique, stratégie ou plan daction national pour les zones humides; en avril 1999, ce chiffre est passé à 101 Parties contractantes. Nombre dentre elles sont comprises dans les 44 pays ayant indiqué des progrès en avril 1999 concernant lélaboration ou ladoption dune Politique nationale séparée pour les zones humides. Le nombre de Parties contractantes engagées dans ce sens devrait continue de saccroître au-delà de la COP7.
Tableau 1: État des Politiques nationales pour les zones humides (PNZ) et des Stratégies nationales (SNZ) ou Plans daction pour les zones humides (PAZ)
État des PNZ et SNZ/PAZ 1987 Regina COP3
1990 Montreux COP4
1993 Kushiro COP5
1996 Brisbane COP6
1999 San José COP7
Politiques nationales pour les zones humides (a) adoptée 0
0
3
6
12
(b) à létat de projet 0
1
6
8
6
(c) à létude ou proposée n.d.
1
6
13
26
(d) pas encore annoncée 17
43
36
65
70
Stratégie nationale/Plan daction national pour les zones humides (a) adopté(e) 4
9
9
35
50
(b) à létat de projet 1
1
4
12
12
(c) à létude ou proposé(e) n.d.
n.d.
5
8
39
(d) pas encore annoncé(e) 12
35
33
36
13
Nombre de Rapports nationaux remis 17 sur 35
45 sur 60
51 sur 76
92 sur 92
107 sur 114
Sources: Bureau Ramsar (1987, 1990, 1993, 1998a, 1998c); Rubec (1996); Smart (1993). n.d = non documenté.
§1.7 Relation entre politique et utilisation rationnelle
64. Lutilisation rationnelle des zones humides est un concept applicable à tous les niveaux. Cest donc un principe directeur qui aide à faire des choix concernant des mesures particulières à prendre sur le terrain ainsi que des orientations stratégiques au niveau politique. Lutilisation rationnelle permet de vérifier la conformité de chaque point clé dune Politique nationale pour les zones humides avec les définitions adoptées au titre de la Convention sur les zones humides.
65. En adhérant à la Convention, un pays accepte en principe lobligation de promouvoir , autant que possible, lutilisation rationnelle des zones humides de son territoire (Article 3.1 de la Convention). Cet engagement constitue donc automatiquement sa politique minimale en la matière. Une Politique nationale pour les zones humides peut affiner la ligne de conduite adoptée par un pays donné pour poursuivre ce but, conformément à sa propre situation. Elle peut, bien entendu, constituer une norme plus rigoureuse que la norme commune adoptée au titre de la Convention sur les zones humides (mais en aucun cas moins rigoureuse).
66. Une Politique nationale pour les zones humides constitue donc un outil parmi tous ceux que proposent les Lignes directrices pour la mise en uvre du concept dutilisation rationnelle et les Orientations complémentaires pour lapplication du concept dutilisation rationnelle de la Convention et ne saurait être considérée comme une mesure primordiale ou comme la seule mesure nécessaire, dans un programme dutilisation rationnelle, pour assurer la conservation des zones humides.
§1.8 Niveau dapprobation/dadoption de la Politique nationale pour les zones humides
67. De nombreux facteurs déterminent ce qui constitue le niveau le plus efficace ou souhaitable dadoption ou dapprobation dune Politique nationale pour les zones humides (ou dune initiative infranationale). Idéalement, la politique devrait être adoptée par le Conseil des ministres, au niveau national. Dans certains cas, cela signifie quelle est (ou devrait être) adoptée dans le cadre de la législation nationale ou par le biais dun amendement constitutionnel. Cette procédure ne convient cependant pas nécessairement aux pays dans lesquels, lorsquil y a un changement de régime, la continuité des politiques gouvernementales suit une procédure type. Des pays tels que le Royaume-Uni ou les États-Unis utilisent simultanément toute une gamme doutils législatifs et politiques. Aucune loi nationale spécifique aux zones humides et couvrant toutes les juridictions ny est applicable. Dans les petits pays où la situation juridictionnelle est moins complexe, une loi nationale sur les zones humides peut toutefois constituer un outil très approprié. Il importe par conséquent de prévoir une certaine souplesse quant à lutilisation des outils législatifs.
68. Dans certains pays, il arrive que ce qui nest pas inscrit dans la législation nationale soit négligé ou ignoré par les gouvernements qui se succèdent. Ladoption de la politique par décret du conseil des ministres ou du gouvernement pourrait par conséquent être envisagée comme un niveau minimum de reconnaissance et dapprobation par le gouvernement.
§II. ÉLABORER UNE POLITIQUE NATIONALE POUR LES ZONES HUMIDES
69. Les Chapitres II et IV des présentes lignes directrices explorent les points et les mesures à considérer, dabord dans lélaboration et ensuite, dans la mise en uvre dune Politique nationale pour les zones humides. La Figure 1 présente, sous forme de graphique très général , quelques mesures, en deux étapes, qui aboutissent à ladoption et à lapplication dune Politique nationale pour les zones humides: 1ère étape Elaboration de la politique; et 2e étape Adoption et mise en uvre de la politique.
§2.1 Établir un organisme responsable
70. Il faut quun organisme dirige lélaboration et la mise en uvre dune Politique nationale pour les zones humides. Dans un premier temps, la formulation dune déclaration exposant la perspective nationale en matière de zones humides, la planification de réunions de travail et, le moment voulu, la rédaction proprement dite dune politique ou dune stratégie exigent une coordination et des ressources (par exemple, disponibilité de personnel, secrétariat, frais de déplacement).
71. Un organisme gouvernemental national devrait être chargé de coordonner et faciliter la phase délaboration, en coopération avec les autorités régionales ou locales compétentes. Dans bien des cas, il convient denvisager demblée la participation du secteur non gouvernemental et privé aux étapes de la planification. Il peut arriver quune organisation non gouvernementale nationale ou internationale soit mandatée par le gouvernement pour faciliter ce processus.
72. Lorganisation chargée de diriger lélaboration ne dirige pas forcément la phase de mise en uvre, cette décision dépendant dans une large mesure des résultats des consultations nationales et de la volonté du gouvernement.
§2.2 Réflexions sur la création dun Comité national pour les zones humides
73. Au fil de ses sessions, la Convention sur les zones humides a donné des orientations concernant létablissement dun Comité national pour les zones humides, appelé ou non à contribuer directement à la mise en uvre des objectifs de la Convention dans un contexte national. Dans certains pays, un tel Comité a constitué un instrument efficace pour aider le gouvernement à élaborer une Politique nationale pour les zones humides.
74. On citera lexemple de la Trinité-et-Tobago, où un Comité national pour les zones humides a grandement facilité les discussions, dans le contexte national, sur le projet de Politique nationale pour les zones humides durant plusieurs années. Les représentants de divers secteurs (gouvernemental, pédagogique, non gouvernemental et industriel) ont été invités par le gouvernement à siéger comme organe consultatif pour la rédaction du texte et les consultations sur une Politique nationale. La présence de spécialistes de plusieurs disciplines parmi les membres triés sur le volet de ce Comité, a largement facilité lélaboration de la Politique nationale (Pritchard 1997).
75. Le Comité national devrait se composer de représentants de lensemble des juridictions (par exemple, gouvernement régional, provincial, détat ou municipal) et du gouvernement fédéral, responsables, au niveau de leur juridiction, de laménagement du territoire et de la politique y relative. Linclusion dun ou plusieurs hauts représentants du gouvernement peut aider à promouvoir la politique au sein du système gouvernemental.
Figure 1: Organigramme des principales mesures délaboration et de mise en uvre dune Politique nationale pour les zones humides
1ère étape: Élaboration dune politique |
2e étape: Adoption et mise en uvre de la politique |
Initiatives préparatoires Constitution dune équipe de rédaction Création dun Comité consultatif pour les zones humides Préparation de document(s) de base et Enoncé de la perspective nationale Distribution des documents et de lEnoncé de la perspective nationale Étude de la législation Consultations interministérielles Élaboration dun projet de politique Consultations ciblées et ateliers nationaux et locaux Consultations intergouvernementales Révision des projets de politique Consultations supplémentaires interinstitutions Rédaction de la version finale de la politique |
Examen interdépartemental Préparation du plan et budget de mise en uvre Préparation du document ministériel Présentation à lorganisme central/au Conseil du Trésor Approbation ministérielle/gouvernementale Annonce publique Mise en uvre du plan de travail Création dun organisme national dexécution/responsable Définition du rôle permanent du Comité national pour les zones humides Élaboration de lignes directrices sur la mise en uvre Harmonisation avec dautres politiques Élaboration dun programme de formation pour les organismes concernés Application ou révision de la législation |
76. Le Comité national pour les zones humides pourrait aussi comprendre des représentants dorganisations non gouvernementales et dautres intérêts tels que lindustrie si le gouvernement national lestime nécessaire à la réussite de lentreprise. Un Comité national dont les membres représentent un large éventail de disciplines et de compétences spécialisées peut se révéler dune grande utilité, notamment pour léquipe de rédaction. En participant plus activement à la coordination des échanges dinformation, des programmes, de la politique et de la recherche, ainsi quà la coopération à cet égard, un tel Comité serait en prise plus directe avec les questions relatives aux zones humides nationales. Les résultats dun atelier de consultation nationale (voir 2.7, plus haut) peuvent orienter le Comité national sur le cadre à envisager pour une politique sur les zones humides.
77. Il arrive quun Comité national pour les zones humides soit créé à la suite de ladoption dune Politique nationale pour les zones humides ou de lapplication de programmes nationaux généraux sur les zones humides. Dans son rôle consultatif, un tel comité peut aider le(s) gouvernement(s) à gérer les ressources des zones humides de la nation en concevant et en mettant en uvre des initiatives scientifiques, politiques et de gestion axées sur les zones humides.
78. Quelle intervienne avant ou après ladoption de la Politique, la création dun Comité national pour les zones humides est une mesure gouvernementale astucieuse qui permet de mobiliser un maximum de secteurs et de parties prenantes. Le Comité peut en effet largement contribuer à éviter les conflits inhérents à la conservation des zones humides ou à les résoudre.
§2.3 Enoncé de la perspective nationale et document de base
79. Durant le processus dédification dun consensus national sur la nécessité dune politique ou de stratégies pour les zones humides, on sest rendu compte quil était utile de préparer un bref énoncé de la perspective nationale avant de lancer la consultation nationale sur un projet de politique. Un exemple de document de perspective en matière de zones humides, inspiré de celui qui avait été proposé au Canada (Conseil nord-américain de conservation des zones humides, Canada 1998), est présenté à la Figure 2. Un tel exposé exprime les préoccupations gouvernementales et les intérêts nationaux liés à la conservation des zones humides, et peut offrir une piste de réflexion pour les discussions des séances de consultation ou dun atelier national.
80. Un document de base détaillé, sur la portée et le statut des zones humides nationales constitue un outil précieux pour les discussions nationales sur une politique ou une stratégie pour les zones humides. Ce document peut inclure les sujets suivants:
a) fonctions et valeurs des zones humides pour le pays;
b) types de zones humides et ressources des zones humides du pays;
c) historique des utilisations et des impacts du développement sur les zones humides;
d) étude de linventaire existant et des statistiques sur les pertes de zones humides;
e) examen des relations entre les zones humides et dautres questions liées à la gestion sectorielle des ressources;
f) résumé des responsabilités législatives et gouvernementales vis-à-vis des zones humides;
g) examen des possibilités délaboration, de partenariats et de soutien pour le programme;
h) valeur des zones humides pour lenvironnement et lhomme, avec quantification des valeurs économiques.
81. Le document de base peut inclure une définition préliminaire des buts, objectifs, principes et orientations stratégiques potentiels dune Politique nationale pour les zones humides. Il aura une diffusion aussi large que possible et servira doutil pédagogique et de communication. Il comportera si possible de nombreux graphiques et photographies et pourra être élaboré de concert avec des éducateurs et des organisations environnementales de tous le pays.
Figure 2: Exemple dénoncé de la perspective nationale en matière de conservation des zones humides Vision: Les secteurs gouvernemental, non gouvernemental et privé uvreront de concert à la conservation à long terme décosystèmes de zones humides en vue de leur utilisation rationnelle par les espèces sauvages et la population de la nation. Pour concrétiser cette perspective, six objectifs ont été fixés. Objectif 1. Appliquer des politiques globales de conservation des zones humides Toutes les juridictions du pays doivent élaborer et appliquer des politiques et des stratégies de conservation et de gestion des zones humides. Les industries utilisatrices de ressources doivent élaborer et appliquer des politiques de gestion des zones humides. Les politiques gouvernementales relatives à lutilisation des sols et de leau doivent comprendre des objectifs de conservation des zones humides. Une Conférence nationale sur les zones humides doit être convoquée pour évaluer et examiner les objectifs nationaux de conservation des zones humides. Objectif 2. Améliorer la coopération avec les juridictions nationale et internationales Établir un Comité national pour les zones humides doté dun mandat élargi pour encourager la coopération axée sur la conservation des types, des ressources et de la diversité biologique des zones humides dans toutes les régions du pays. Établir des échanges nationaux et internationaux de connaissances, de savoir-faire et dexpériences. Soutenir les initiatives et les traités internationaux sur la conservation de lenvironnement (par ex. Convention sur les zones humides, Convention sur la diversité biologique) et les programmes de lUICN-Union mondiale pour la nature et de Wetlands International. Objectif 3. Assurer la gestion des données sur les zones humides Instaurer une méthode nationale normalisée de classification et dinventaire des zones humides, ainsi que dintégration des données y relatives. Mener une étude nationale périodique sur le statut et les tendances des zones humides. Établir des protocoles nationaux normalisés pour la description des fonctions et valeurs de la diversité biologique des écosystèmes de zones humides. Établir une banque de données nationale complète sur lemplacement et le statut des zones humides. Objectif 4. Promouvoir une science efficace des zones humides Fixer des priorités nationales pour la recherche scientifique sur les zones humides, révisées périodiquement. Rassembler des organismes scientifiques, des chercheurs et des administrateurs de zones humides au sein dun réseau national de communication efficace, pour atteindre les objectifs de gestion et de politique. Organiser régulièrement des symposiums et des ateliers scientifiques nationaux et régionaux sur les zones humides. Établir des programmes catalytiques pour promouvoir les recherches nationales et régionales prioritaires sur les zones humides, ainsi que des centres dexpertise. Créer des bourses nationales pour les zones humides afin dencourager des recherches scientifiques, socio-économiques et technologiques novatrices sur les questions relatives aux zones humides importantes pour les citoyens. Soutenir une recherche efficace sur les zones humides, compatible avec les priorités et initiatives nationales de conservation de la diversité biologique, des sols et des eaux sensibles du pays. Objectif 5. Réaliser la conservation des zones humides à léchelon local Soutenir des programmes pour préserver les habitats de zones humides dans toutes les régions du pays. Établir ou élargir un réseau national de zones humides protégées dans des parcs, aires naturelles, sanctuaires doiseaux migrateurs et zones de nature sauvage, nationaux, provinciaux, détat, territoriaux et régionaux. Établir des zones humides prioritaires pour des objectifs de conservation ciblée dans lensemble du pays. Objectif 6. Sensibiliser le public à la valeur des zones humides Établir un programme national exhaustif déducation et de sensibilisation aux zones humides appliquant des technologies novatrices, de concert avec tous les gouvernements, et les secteurs non gouvernemental et privé. Mettre en valeur les fonctions et valeurs économiques, sociales et bénéfiques que les écosystèmes de zones humides apportent à la société. |
§2.4 Définir les zones humides au niveau national
82. Le terme «zones humides» devrait être défini aussi clairement que possible, en utilisant soit la définition de la Convention sur les zones humides, soit une définition adaptée au pays. La définition contenue dans le texte de la Convention est la suivante: «des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou deaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où leau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues deau marine dont la profondeur à marée basse nexcède pas six mètres» et pouvant «inclure des zones de rives ou de côtes adjacentes à la zone humide et des îles ou des étendues deau marine dune profondeur supérieure à six mètres à marée basse, entourées par la zone humide». (Articles 1.1 et 2.1)
83. «Zone humides» est un terme collectif qui se réfère aux étendues humides en permanence ou par intermittence, aux eaux peu profondes et aux régions de contact entre la terre et leau. Les zones humides se trouvent dans tous les types deau, quelle soit douce ou salée, et se caractérisent, à létat naturel, par une flore, des sols et une faune généralement adaptés aux conditions dhumidité.
84. Lorsquil existe une définition des zones humides adoptée à léchelle nationale, qui repose sur des connaissances scientifiques nationales fiables, il convient de lutiliser. Une telle définition est particulièrement utile lorsquelle est associée à un système national de classification des zones humides offrant une source de référence détaillée pour les inventaires et les programmes de conservation des zones humides. Le Système de Classification des types de zones humides de la Convention de Ramsar constitue une source de référence générale précieuse en labsence dun système national plus détaillé.
85. Dans des pays tels que les États-Unis, la Norvège ou le Canada, il existe depuis longtemps des définitions des zones humides qui sont souvent inscrites dans la législation et la politique. Généralement, ces définitions sont compatibles avec la définition générale établie par la Convention et constituent la base des programmes de ces pays pour les zones humides. Il arrive quelles diffèrent de la définition Ramsar pour ce qui est des limites exactes des zones humides, notamment en milieu marin et côtier. Ces systèmes de classification nationaux contribuent largement à la souplesse de la Convention de Ramsar. Les différences ne constituent pas une limite; il suffit de les reconnaître et de faire en sorte que les organismes de gestion en aient connaissance.
86. Des exemples de différences entre définitions nationales des zones humides et entre ces définitions et celle de la Convention, sont présentés ci-après. Cette liste est tout sauf exhaustive.
a) Limites de profondeur de leau pour les systèmes de zones humide la Convention stipule une profondeur de six mètres tandis que certains pays limitent les zones humides en eaux peu profondes, surtout dans les zones marines, à deux mètres à marée basse;
b) Limites pour définir la présence deau sur une base annuelle le nombre de jours par année durant lesquels leau est présente à la surface dune zone humide est utilisé par certains pays comme outil de diagnostic. La Convention ne donne pas dorientation à cet égard mais certains pays précisent spécifiquement 7,14 ou un nombre indéterminé mais mesurable de jours durant lesquels on peu observer de leau libre dune profondeur minimale;
(c) Profondeur des matières organiques dans la définition des tourbières 30, 40 et 100 cm figurent parmi les normes adoptées à léchelle mondiale et nationale pour assurer une compatibilité des données avec les études pédologiques nationales. La Convention ne fournit aucune précision à ce sujet.
§2.5 Définir les parties prenantes
87. Dans toute initiative de Politique nationale pour les zones humides, il est essentiel de définir qui est touché ou pourrait être concerné par la formulation, la discussion et la mise en uvre dune telle politique, afin dassocier aux consultations tous les groupes personnellement intéressés ou capables de rendre le produit final aussi efficace et pratique que possible. Il sagit notamment des organismes, institutions et groupes intéressés ou touchés par la Politique nationale pour les zones humides, tels que services gouvernementaux, organisations non gouvernementales et gouvernements locaux, léventail des parties prenantes variant considérablement dun pays à lautre (Deuxième étude de cas Trinité-et-Tobago).
§2.6 Entamer des consultations nationales
88. La portée des consultations nationales qui précèdent une Politique nationale pour les zones humides varie dun pays à lautre. Lorganisme responsable doit la définir en fonction des parties prenantes, du temps disponible, des déplacements nécessaires et de la complexité de la tâche. Dans un État fédéral, par exemple, la juridiction relative à la gestion des zones humides ne relève pas forcément du gouvernement national mais parfois dun niveau de gouvernement inférieur. Dans un grand pays, les organismes chargés de ces consultations auront de plus grands déplacements à prévoir pour mobiliser la participation voulue.
89. Il peut être utile dorganiser un atelier national des parties prenantes à la Politique nationale pour les zones humides (voir 2.7), rassemblant les représentants des principaux organismes gouvernementaux et non gouvernementaux, du monde des affaires, des populations aborigènes ou autochtones, des communautés locales et des particuliers concernés. Un tel atelier vise à mobiliser une participation active et facilite également la création dun réseau de partenaires dûment informés qui diffuseront la Politique et ses propositions. Ces personnes peuvent ensuite organiser et mener des consultations locales, notamment au niveau communautaire. Dans un tel contexte, la consultation nationale peut, dans une certaine mesure, faire office datelier de formation.
90. Les consultations directes peuvent aussi passer par un certain nombre de réunions plus restreintes, menées à léchelon local ou avec des organisations ou des groupes ciblés, pour lesquelles on pourra prévoir une présentation audiovisuelle type et la distribution de documents. Ces réunions «en face-à-face» sont souvent essentielles pour les consultations interministérielles et intergouvernementales ainsi que pour les consultations avec les principales organisations gouvernementales et non gouvernementales concernées.
91. Les contacts indirects, qui ne passent ni par des visites ni par des réunions locales, peuvent exiger un matériel identique mais se faire par téléphone ou par courrier. Un suivi plus intense est indispensable pour obtenir des réponses mais le coût global est inférieur en termes de déplacements et de travail.
92. Les consultations interministérielles avec les organismes gouvernementaux potentiellement affectés ou influents sont très importantes à ce stade. Elles peuvent débuter par une correspondance entre ministres et une invitation adressée à leur département pour obtenir leur participation active.
93. Une consultation publique peut exiger des programmes dinformation sophistiqués et souvent très onéreux passant par les médias. De plus, la réussite de ce type de consultation exige une préparation logistique détaillée, des déplacements nombreux et un niveau suffisant de compétences techniques. Toutefois, dans nombre de juridictions, une consultation publique est inévitable car elle est exigée par la loi avant lintroduction de nouvelles initiatives gouvernementales. Une consultation publique peut nécessiter différents types de matériel imprimé et électronique et de nombreuses réunions publiques potentiellement difficiles.
94. Pour que les consultations portent leurs fruits, il est essentiel de trouver un juste équilibre en faisant des suggestions ouvertes suffisamment tôt, et de donner aux personnes et aux organismes consultés le sens des responsabilités et de la propriété (notamment en évitant de les mettre devant le fait accompli), tout en leur offrent des informations sérieuses leur permettant de bien saisir les diverses conséquences des options politiques.
95. Il est utile de décrire le projet dans ses grandes lignes afin de définir lampleur du processus et dorienter les discussions. Il peut se révéler utile de répéter lexercice, par exemple en prévoyant des projets de texte successifs, mais dans des limites raisonnables, afin que le processus soit rentable et trouve une conclusion! (Troisième étude de cas Canada)
§2.7 Organiser des ateliers nationaux et locaux sur la Politique pour les zones humides
96. Dans plusieurs pays, des ateliers rassemblant les principaux intéressés se sont révélés très utiles pour parvenir à un consensus concernant la Politique nationale pour les zones humides. Leur but peut être de parvenir à une compréhension commune des questions liées à la conservation et à la gestion des zones humides, didentifier les obstacles et les problèmes y relatifs et de proposer des solutions. Ces ateliers peuvent se tenir à plusieurs niveaux. Dans certains cas, des réunions locales et informelles seront indispensables, les membres des petites communautés étant souvent intimidés par les réunions centralisées plus importantes, ou ne pouvant pas sy rendre. Dans dautres cas, il conviendra plutôt dorganiser une réunion de travail plus formelle.
97. Lobjectif est dorienter la formulation des concepts et loptique globale dune Politique pour les zones humides. Il sagit aussi doffrir un forum pédagogique, durant lequel on discutera de la conception du matériel à prévoir en fonction du niveau et de la complexité des questions, ainsi que des intérêts et des compétences des participants, du niveau local au niveau national. Ces ateliers visent à aider le(s) gouvernement(s) du pays à rédiger et mettre en uvre une politique efficace pour les zones humides dans leurs juridictions respectives. Les atouts de ce type dateliers sont examinés ci-après.
98. Lintérêt du gouvernement fédéral ou national et son engagement à diriger lélaboration dune Politique nationale pour les zones humides (ou, dans certains pays, un ensemble de politiques «état par état») peuvent donner un élan considérable à un tel atelier. Des orientations doivent être données sur la formulation des prises de position et latelier peut jouer un rôle important à cet égard, compte tenu du large éventail dorganisations gouvernementales et/ou non gouvernementales et de groupes dintérêts quil rassemble.
99. Une autre fonction dun tel atelier consiste à offrir un centre de liaison pour les discussions sur les questions doccupation des sols et autres sujets dintérêt communautaire liés aux ressources des zones humides. Dans un contexte national, ces discussions peuvent se dérouler entre le gouvernement national, lindustrie, des organisations non gouvernementales nationales, et dautres niveaux de gouvernement, provincial et détat. À léchelon local, latelier peut rassembler des représentants des organisations communautaires et du gouvernement local, en coopération avec un organisme national. Les consultations peuvent être menées par un Comité national pour les zones humides (voir 2.2, ci-dessus).
§2.8 Créer un Groupe de rédaction de la Politique pour les zones humides
100. Lorganisme responsable désigné doit assumer la rédaction des avant-projets de la Politique et des autres documents de consultation et dinformation. On établira un groupe restreint de personnes connaissant bien le sujet, possédant les ressources nécessaires pour produire un rapport et les compétences rédactionnelles voulues. Certaines dentre elles pourront aussi mener le dialogue avec les principaux intéressés et les groupes de consultation. Ce groupe pourra sappuyer sur dautres organismes et secteurs qui mettront temporairement à sa disposition un certain nombre de collaborateurs pour laider à établir un Groupe de rédaction. Le travail se fera à la lumière des résultats des consultations nationales. Le mandat du Groupe de rédaction prendra fin lorsque la rédaction de la Politique sera achevée. Certaines personnes seront appelées à faire de nombreux déplacements à travers le pays et ne rencontreront les autres membres du Groupe quà loccasion des réunions périodiques. Il faut savoir que des déplacement trop nombreux reviennent cher et peuvent devenir une charge pour les personnes concernées. Le large éventail de compétences et de connaissances scientifiques, politiques et décisionnelles des membres du Groupe sera très utile à la préparation de lavant-projet de Politique.
101. Il serait utile quun membre au moins du Groupe de rédaction ait travaillé pour un organisme de ladministration centrale, et connaisse parfaitement les rouages propres au(x) service(s) administratif(s) chargé(s) de diriger lopération.
§2.9 Sassurer un appui politique pour les étapes suivantes
102. À chaque étape (cest-à-dire les principaux avant-projets), on pourra mettre à profit linteraction avec des hauts fonctionnaires gouvernementaux ainsi que la publication de communiqués de presse au niveau du ministre, du premier ministre ou du président, pour démontrer que le gouvernement soutient la procédure en cours et, au bout du compte, son adoption. Les communiqués de presse ou les discours politique du ministre ou du chef de gouvernement (premier ministre, etc.) sont autant doutils qui permettent de faire savoir que le gouvernement sengage à mener à terme lélaboration de la Politique et à la soutenir financièrement si elle convient, ce dans un délai fixé à lavance.
103. Tout au long de ce processus, le ministre responsable de lélaboration de la Politique devrait entretenir des contacts réguliers avec les autres ministres, ainsi que leurs départements et leurs services. Ses collaborateurs devraient sattacher à les tenir informés et faire en sorte quils les soutiennent, afin de garantir la bonne diffusion du document jusquau niveau du Conseil des ministres. Pour que la politique soit adoptée, il est essentiel de tenir compte, le plus vite possible, des préoccupations exprimées par les ministres durant ces consultations.
§2.10 Calendrier
104. Comme indiqué plus haut, le facteur temps est important dans lélaboration dune politique pour les zones humides. Toutes les étapes du processus nécessitent une compréhension et un engagement raisonnables en termes de temps. Il convient, dès le début, de prévoir et de planifier judicieusement le temps que le personnel devra consacrer pour mener ce processus à terme. On établira à cet effet (en prévoyant une mise à jour régulière) un organigramme détaillé pour la rédaction, ainsi que pour les réunions et les consultations interorganisations à prévoir jusquà lannonce prévue de la Politique par le gouvernement.
105. Une fois adoptée, il faut encore prévoir du temps pour lintroduction de la Politique, qui ne doit pas devenir un document statique et dépassé. Une clause régularisée portant sur la révision et la réhomologation peut faciliter la mise à jour et lapport de nouveau matériel à la Politique. La mise en uvre de la Politique doit donc suivre un plan de travail et un calendrier précis des mesures à prendre et des résultats escomptés.
§2.11 Achever les consultations et préparer des projets de politique supplémentaires
106. À chaque fois quun nouveau projet de Politique est terminé, une série limitée de consultations peut se révéler utile ou être juridiquement requise. Ces projets successifs seront ou non soumis au public et/ou aux organismes non gouvernementaux pour examen. Dautres consultations avec les ministères concernés et des secteurs ayant émis des préoccupations sont également à prévoir. De nouvelles versions du texte devront être élaborées à la lumière de ces consultations, de conseils juridiques et des réponses aux orientations et aux vux du gouvernement.
§2.12 Formuler un mémorandum à ladresse du Conseil des ministres
107. Une fois que toutes les consultations avec les autres ministères sont terminées, le système gouvernemental du pays concerné décidera de la suite à donner. Dans certains pays, il conviendra dadresser un mémorandum officiel au Conseil des ministres, un livre blanc ou dautres documents, en respectant le mode de présentation officiel; ce document sera entériné par tous les ministres, en concertation avec des experts confirmés et des administrateurs de leurs départements respectifs. Ladoption par le parlement, la promulgation dune nouvelle législation ou la création dun amendement constitutionnel sont autant de formes dapprobation au niveau national, qui varient selon le système national de gouvernement. Manuvrer avec précaution au niveau politique permettra déviter les conflits lors de lexamen ultime par le Conseil des ministres et facilitera ladoption du document, le couronnement dun effort qui aura parfois duré plusieurs années.
§2.13 Approbation du gouvernement, annonce officielle
108. Une fois que le Conseil des ministres (ou le président) a donné son approbation, lorganisme responsable peut envisager des stratégies de communication pour lannonce publique de la Politique par le gouvernement, par exemple en organisant une manifestation à cet effet. Il sagit aussi de prévoir un nombre suffisant de copies pour distribution à court et à long terme, des communiqués et des conférences de presse, des entretiens à la radio et la télévision, des articles dans la presse à grande diffusion et des réunions avec un certain nombre de partenaires en vue de la mise en uvre de la Politique. Tout ce matériel de communication doit être concis, facile à comprendre et bien présenté.
§III. ORGANISATION DU DOCUMENT DIRECTIF
§3.1 Les différentes rubriques du document de la Politique
109. Une Politique nationale pour les zones humides peut contenir certaines (ou la totalité) des rubriques suivantes:
- Rappel des faits - contexte historique, récapitulatif des mesures prises;
- Avant-propos - comment en est-on arrivé là et pourquoi, lengagement du Gouvernement;
- Vue densemble - un aperçu des ressources des zones humides nationales et de leurs valeurs économiques/sociales et écologiques;
- Rôle du gouvernement national - dans le contexte de la juridiction constitutionnelle et des autorités de planification;
- Rôle des partenariats - avec dautres niveaux de gouvernement, des organisations non gouvernementales et le secteur privé;
- Définitions - des zones humides et des termes utilisés;
- But de la Politique - bref et compatible avec les objectifs de développement durable et de conservation de la diversité biologique;
- Principes directeurs - par exemple, reconnaissance des parties prenantes et aspirations du gouvernement, besoins des populations locales et des propriétaires fonciers, préoccupations mondiales et besoins locaux;
- Objectifs particuliers - cinq objectifs constitue un nombre raisonnable;
- Stratégies politiques - 10 à 15 stratégies suivies par des lignes daction, adaptées aux besoins nationaux.
§3.2 But(s) et principes
110. La Politique comportera un ou plusieurs exposé(s) simple(s) et concis de buts et de principes compatibles avec les autres Politiques nationales et le contexte culturel. Nombre de politiques pour les zones humides élaborées à ce jour présentent un tel exposé. Le libellé varie dun pays à lautre mais sarticule autour de deux thèmes: la garantie dune utilisation durable des zones humides nationales pour le bien des générations actuelles et futures et limportance de leur conservation pour le bien-être écologique et économique de la nation.
111. Quant aux principes, il sagit essentiellement de déclarations dengagement précisant la façon dont le gouvernement envisage ses responsabilités à légard de la mise en uvre de la Politique nationale pour les zones humides, conformément à la juridiction constitutionnelle et aux pratiques culturelles du pays. Il convient de prévoir huit à dix principes rédigés de façon aussi concise que possible. Lun de ces principes pourra être le fait quaucune mesure gouvernementale appliquée par le truchement de cette Politique ne portera atteinte aux droits des gouvernements provinciaux ou des états de la nation et que ces mesures garantiront une collaboration avec eux. On pourra prévoir un principe similaire concernant les populations aborigènes ou autochtones et les collectivités locales. Les principes peuvent faire état des liens existant entre la Politique et lengagement du gouvernement vis-à-vis du développement durable, de lenvironnement ou de la conservation de la diversité biologique.
§3.3 Les objectifs dune Politique nationale pour les zones humides
112. Souvent appelés à devenir «limage de marque» de la Politique, ces objectifs devront sarticuler autour de plusieurs concepts clés. On pourra prévoir une liste dobjectifs (on en compte cinq à dix dans plusieurs Politiques nationales pour les zones humides adoptées à ce jour), sachant quils seront tous dégale importance dans lannonce de la Politique. Cependant, la mise en uvre pratique de la Politique pourra faire apparaître quun ou deux seulement de ces objectifs suscitent réellement lattention du public. Par exemple, lannonce par le Canada de sa politique fédérale relative aux zones humides, en 1992, contenait sept objectifs axés sur le maintien des fonctions des zones humides, les plans doccupation des sols en rapport avec les zones humides, une perte «zéro» pour les fonctions des zones humides situées sur les terres fédérales, lamélioration et la remise en état des zones humides, la protection des sites dimportance nationale, latténuation des impacts de toutes les activités fédérales sur toutes les zones humides du pays, et lutilisation rationnelle des ressources des zones humides. En fin de compte, laspect le plus remarqué de cette Politique fut incontestablement lobjectif de «perte zéro».
113. Lors de lélaboration dune Politique nationale pour les zones humides, les objectifs ci-après seront envisagés:
- Veiller à ce quune Politique nationale pour les zones humides ainsi que tout programme formulé à ce titre soient liés à dautres politiques relatives aux sols, à leau, à lair, à la conservation des espèces sauvages ainsi quau développement économique, afin de garantir lutilisation rationnelle des zones humides du pays et de remplir les engagements internationaux en matière de conservation des zones humides.
- Promouvoir les mesures visant à enrayer la destruction des zones humides nationales et encourager leur remise en état, tout en préservant leur intégrité et leur diversité génétique et en veillant à ce que la jouissance et lutilisation économique des zones humides soient durables.
114. Un atelier rassemblant les principaux intéressés (voir 2.7, plus haut) permettra détudier les moyens de promouvoir ces objectifs et de les mettre en pratique aux différents niveaux de gouvernement - fédéral, provincial (détat), territorial et municipal - en appliquant une série de stratégies de mise en uvre.
§3.4 Stratégies de mise en uvre de la Politique
115. La Politique devrait comprendre des stratégies de mise en uvre spécifiques, privilégiant des domaines clés représentatifs des priorités gouvernementales tout en encourageant un degré de coopération et de participation suffisant de la part dautres groupes dintérêts. Une stratégie peut couvrir différents thèmes, comme le montre la liste ci-après, qui est loin dêtre exhaustive et ne constitue quun cadre général.
116. Il conviendra dapprofondir les liens entre ces stratégies et dautres initiatives de Politiques nationales concernant leau, la diversité biologique et le développement durable. Certaines Politiques nationales pour les zones humides incluront des thèmes qui ne figurent pas sur la liste présentée ci-dessous. Le paragraphe 3.5 examine différents thèmes choisis par quelques gouvernements pour leur Politique nationale relative aux zones humides. La discussion ci-après porte sur une sélection de huit thèmes parmi tous les thèmes possibles qui peuvent être inclus dans une Politique nationale.
I. Créer des objectifs communs pour la conservation des zones humides en élaborant et en coordonnant les politiques fédérales, provinciales (détats), territoriales et municipales relatives aux zones humides; et relier ces dernières à dautres politiques sur les sols, leau, lair, la conservation des espèces sauvages, et le développement économique pour que la conservation des zones humides fasse partie intégrante dun plan national global daménagement du territoire.
Reconnaître que les zones humides sont constituées à la fois de terre et deau.
Préciser les responsabilités juridictionnelles et juridiques du gouvernement (à tous les niveaux) à légard des zones humides, notamment de type intertidal et marin.
Associer les initiatives gouvernementales et les politiques ou lignes directrices existantes (par exemple, politique agricole fédérale, provinciale et détat, politique sur les habitats des poissons, sur la gestion des oiseaux deau et des limicoles, accords sur la foresterie et le secteur agro-alimentaire) à la conservation des zones humides.
Établir, au sein de chaque province, état ou territoire, une procédure ou des voies de communication afin que les recommandations politiques puissent être traduites pour tous les organismes participant à la prise de décision sur loccupation des sols au niveau local.
Inciter tous les états, provinces et territoires à élaborer une politique ou une stratégie globale de conservation des zones humides.
Faire en sorte que la conservation des zones humides fasse partie intégrante des stratégies nationales de conservation (par exemple protection des eaux et diversité biologique).
Mettre au point des pratiques exemplaires et des directives concrètes pour la gestion des zones humides bénéficiant dun statut de protection.
Tirer un meilleur parti des accords relatifs à la conservation et au développement durable, ainsi que des modèles de politique pour les zones humides établis par dautres pays, en tirant des exemples du Concept Ramsar dutilisation rationnelle.
II. Améliorer la coordination et la communication entre les organismes gouvernementaux et non gouvernementaux.
Désigner, au niveau national (et, sil convient, aux niveaux provincial, des états et territorial), des organismes responsables ayant un mandat général pour la gestion des ressources naturelles, pour orchestrer la coordination et la communication concernant les zones humides.
Mettre au point une méthode structurelle pour la mise en uvre coordonnée de programmes nationaux sur les zones humides susceptibles dencourager des actions concrètes en faveur des zones humides, par exemple, par le truchement dun Secrétariat ou dun Comité national pour les zones humides.
Établir un forum de communication national sur la conservation des zones humides afin de systématiser les références ainsi que les données écologiques sur les zones humides, et établir un centre déchange dinformation.
III. Reconnaître et encourager le rôle et les efforts des communautés locales et des organisations non gouvernementales en matière de conservation des zones humides; les communautés locales et les ONG de toutes disciplines peuvent jouer un rôle important dans lélaboration et la mise en uvre de programmes de conservation des zones humides.
Fournir à ces groupes des ressources financières pour les aider à élaborer des politiques et/ou programmes venant sinscrire dans une stratégie de conservation des zones humides.
Faciliter toute initiative dappel de fonds en faveur de la conservation des zones humides.
Promouvoir les projets menés en partenariat avec des communautés locales et des organisations non gouvernementales locales, nationales et internationales compétentes en matière de zones humides.
Faciliter le rôle du secteur privé dans la gestion avisée, non réglementaire et librement consentie des ressources des zones humides et en tant que partenaire dans les projets de conservation menés avec des communautés locales, le gouvernement local et des ONG de lenvironnement.
IV. Coordonner et rationaliser les programmes gouvernementaux afin de réduire au minimum leurs effets défavorables sur les zones humides et dencourager la conservation des zones humides; et créer des programmes incitant les propriétaires fonciers et les organismes de conservation à maintenir les zones humides dans leur état naturel.
Identifier tous les programmes gouvernementaux qui ont un impact sur les zones humides et évaluer leur influence sur les zones humides et les zones agricoles et forestières.
Mettre laccent sur lutilisation rationnelle des ressources naturelles des zones humides et les avantages économiques quelles procurent aux propriétaires fonciers, en faisant participer ces derniers à la conservation des zones humides.
Supprimer les programmes dincitation financés par le gouvernement qui entraînent lendiguement, le drainage ou le remblayage inutiles de zones humides.
Veiller à ce que des études dimpact sur lenvironnement soient réalisées pour les grands projets gouvernementaux et non gouvernementaux.
Envisager des dégrèvements fiscaux en faveur des zones humides protégées, notamment par une action volontaire, au niveau local, des propriétaires fonciers; et par le biais de programmes fédéraux, provinciaux, détat et municipaux inspirés dexemples réussis dans dautres juridictions.
Développer lutilisation de mécanismes juridiques non contraignants, notamment les accords de conservation passés avec les propriétaires fonciers, pour des sites particuliers.
Évaluer les obligations légales et les répercussions en terme de compensation versée aux propriétaires fonciers, sur le maintien de zones humides en différentes localités.
V. Garantir une gestion et un entretien adéquats des zones humides protégées après leur désignation, acquisition et/ou maintien.