La
Convention sur les zones humides
Lignes directrices pour lélaboration et lapplication de politiques nationales pour les zones humides -- Études de case
"Lhomme
et les zones humides: un lien vital"
7e Session de la Conférence des Parties contractantes à la
Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971)
San José, Costa Rica, 10 au 18 mai 1999
Lignes directrices pour lélaboration et lapplication de politiques nationales pour les zones humides
Première étude de cas: LE RÔLE DES ORGANISATIONS NON GOUVERNEMENTALES DANS UNE STRATÉGIE NATIONALE DE CONSERVATION DES ZONES HUMIDES
(Joseph Larson, Université du Massachusetts, États-Unis dAmérique)
Aux États-Unis, la conservation des zones humides passe par une combinaison de stratégies publiques et privées: réglementation gouvernementale, acquisition par le gouvernement et par des organisations non gouvernementales privées (ONG), donation de zones humides par des propriétaires privés à des ONG, donation ou vente des droits de mise en valeur par des propriétaires privés, et modification de subsides gouvernementaux. Loccupation des sols est considérée comme une responsabilité incombant au gouvernement détat et au gouvernement local. Les constitutions nationale et des états empêchent les gouvernements dimposer des restrictions à lutilisation de terres en mains privées sans compensation financière. Bien que le gouvernement fédéral et de certains états aient adopté des objectifs «pas de perte nette» pour les zones humides, les restrictions constitutionnelles à la capacité du gouvernement de prescrire des modes particuliers doccupation des sols ont constitué un frein à ladoption dune Politique nationale pour les zones humides.
La plus ancienne stratégie de protection des zones humides existant aux États-Unis est lachat des titres de propriété. Des propriétaires fonciers ont été encouragés à transférer, par acte notarié, leurs droits de mise en valeur des zones humides à des organismes gouvernementaux ou des fonds privés pour la conservation des terres. Grâce à cette méthode, les zones humides restent en mains privées et sont génératrices dimpôts fonciers pour les gouvernements locaux. Toutefois, en les vendant ou en les cédant, le propriétaire foncier transfère définitivement tous ses droits de mise en valeur des zones humides au public ou à des ONG. Très souvent, lacte de transfert comporte des obligations juridiques permanentes de protection contre toute modification future de la politique de lorganisme concerné. Lachat et la donation de zones humides constituent une stratégie capitale pour la protection des zones humides aux États-Unis depuis les années 30 mais ne suffisent pas à préserver les valeurs des zones humides. Aux États-Unis, lacquisition de zones humides par des ONG est lune des principales stratégies utilisées pour garantir leur protection. Quand le gouvernement narrive pas à réagir assez rapidement aux offres dachat de zones humides en mains privées, il est fréquent que des ONG le devancent et acquièrent ces sites. Les ONG peuvent assortir lacte de propriété de clauses permanentes de conservation pour des acheteurs ultérieurs ou encore se réserver des droits de contrôle illimités. La vente ou la donation des droits de mise en valeur se sont imposés dans de nombreuses régions et pourraient jouer un rôle déterminant dans la conservation des zones humides.
La réglementation des zones humides est devenue un instrument privilégié pour la mise en uvre des objectifs nationaux de conservation des zones humides Outre le programme réglementaire, tous les états côtiers ont adopté une réglementation détat des zones humides à marée. Environ 14 états appliquent aujourdhui des réglementations pour les zones humides deau douce. Au niveau local, lapplication et lefficacité des réglementations sont très variables. Il nest par rare que les états dune même région appliquent des programmes réglementaires différents, ce qui complique lintroduction de programmes homogènes sur les bassins versants partagés par plusieurs états. Depuis quil est en place, le programme réglementaire national pour les zones humides se caractérise par le manque duniformité de son application entre les régions. Toutefois, étant donné la capacité restreinte du gouvernement de contrôler lutilisation des terres, les programmes réglementaires sont appelés à continuer à jouer un rôle important aux États-Unis mais présentent probablement un intérêt limité pour dautres pays.
La réglementation des zones humides exige que tout particulier, entreprise privée ou organisme public obtienne une autorisation de la part dun organisme gouvernemental avant de modifier une zone humide, généralement par le drainage ou le remblayage. Le premier programme de restriction lié aux zones humides mis en place aux États-Unis a démarré à léchelon local au Massachusetts lorsque, à la demande de communautés côtières locales, cet état promulgua une réglementation qui mit un terme à la destruction des marais salés cotidaux sur le territoire de létat. Les citoyens de ces collectivités firent valoir que ces marais constituaient des zones dalevinage et de nourrissage pour des crustacés et des poissons de mer à valeur commerciale jouant un rôle important dans léconomie locale. Les tribunaux maintinrent néanmoins cette réglementation sous prétexte de protéger lintérêt public, sans aucune compensation pour les propriétaires des marais salés.
Avec le temps, la protection des habitats importants pour les poissons et les espèces sauvages a commencé à être mieux acceptée sur le plan juridique en tant quobjectif public de réglementation des zones humides aux États-Unis. Les modifications des politiques relatives à la prévention des crues, à lassurances contre les inondations et aux secours en cas de catastrophe commencent aussi à être acceptées. Cette évolution est très prometteuse pour les zones humides de plaines inondables situées dans les grands réseaux fluviaux et incarne des principes applicables partout où les modes dutilisation des plaines inondables perturbent des phénomènes de crue importants et réguliers. Lagriculture étant un facteur historique majeur de destruction des zones humides aux États-Unis, les subventions gouvernementales versées aux agriculteurs pour soutenir certaines cultures et favoriser les pratiques de traitement des sols entravent sérieusement les efforts de protection des zones humides dans ce pays. Les États-Unis vouent une attention croissante à la modification des politiques de subventions agricoles et à lencouragement de pratiques révisées dutilisation des sols, afin de réduire les répercussions défavorables de lagriculture sur la conservation des zones humides.
Deuxième étude de cas: DÉFINIR LES PARTIES PRENANTES À UNE POLITIQUE NATIONALE POUR LES ZONES HUMIDES
(Nadra Nathai-Gyan, Service de la faune et de la flore, gouvernement de la Trinité- et-Tobago)
Bien que considérée comme une obligation majeure liée à lapplication de la Convention de Ramsar au niveau national, à la Trinité-et-Tobago, la préparation dune Politique nationale pour les zones humides a revêtu un caractère urgent en conséquence du débat sur la destruction du marais de Nariva, seul site Ramsar du pays. Plusieurs organisations avaient pris fait et cause pour ce problème dimportance nationale, voire internationale, notamment: (a) le Service de la faune et de la flore, Division de la foresterie (lAutorité administrative Ramsar), (b) le Pointe à Pierre Wildfowl Trust (une ONG qui se consacre aux zones humides), (c) des personnes intéressées, membres dautres ONG environnementales, (d) des groupes dusagers de la région de Nariva et (e) des particuliers sensibilisés. Lutilisation efficace et le soutien de la presse, tant écrite quaudiovisuelle, sont venus compléter ce groupe de personnes intéressées.
Ce processus a abouti à une mobilisation naturelle des parties prenantes par un organisme responsable global, le Comité national pour les zones humides (NWC). Certains organismes et particuliers concernés par le problème du marais de Nariva étaient membres du NWC et purent puiser dans leur expérience et leurs connaissances pour rédiger lavant-projet de Politique nationale pour les zones humides soumis aux intéressés. Certains des principaux intéressés ont dailleurs participé personnellement à la rédaction de ce projet. Il convient de souligner que si lon veut mobiliser les parties prenantes, il importe de disposer dun document de synthèse permettant dorienter les discussions et dobtenir des contributions plus efficaces.
Compte tenu de la définition élargie du terme «intéressé», à savoir, «toute personne intéressée par la question», et afin de rationaliser le processus de mobilisation des intéressés, deux stratégies ont été appliquées. Premièrement, une consultation nationale, visant à capter lattention des intéressés: public, organismes et ministères, ONG, institutions universitaires et principaux groupes dutilisateurs, durant laquelle le projet de Politique a été présenté aux intéressés par des membres du NWC, à la suite de quoi une discussion structurée a eu lieu (des copies ayant été distribuées à chacun avant la séance). Le soutien ministériel, sous la forme dun discours liminaire, a marqué lengagement du gouvernement vis-à-vis de cette entreprise.
Il est ressorti clairement de cette consultation nationale que la participation des communautés vivant à proximité des zones humides, pour la plupart largement tributaires des ressources locales, avait été insuffisante. Plusieurs facteurs, notamment socio-économiques, avaient contribué à les tenir à lécart de ce contexte formel. Cest ce qui motiva le NWC à charger certains de ses membres proches de ces communautés à organiser des consultations supplémentaires à léchelon local. Cette proposition fut prise très au sérieux par les personnes concernées et des affiches furent placardées à des emplacements stratégiques au sein des communautés. Ces réunions se sont déroulées de façon informelle: après de simples présentations, les participants furent invités à faire des commentaires, même sils ne leur semblaient avoir quun rapport indirect avec le sujet. Il fut intéressant de constater que les préoccupations exprimées ont contribué à assurer la pertinence des objectifs de la politique.
Lune des principales leçons que lon puisse tirer de cette expérience est que les principaux intéressés doivent pouvoir participer à tous les niveaux, que la nature de leur participation doit être adaptée au contexte particulier, et que tout doit être mis en uvre pour mobiliser un maximum de personnes.
Troisième étude de cas: CONSULTATIONS RELATIVES À LÉLABORATION DUNE POLITIQUE POUR LES ZONES HUMIDES
(Clayton Rubec, Département de lEnvironnement, Gouvernement du Canada)
Le Gouvernement canadien a entamé lélaboration de la Politique fédérale sur la conservation des terres humides début 1987. Il commença par réfléchir à la portée et à la complexité des consultations à prévoir avec les principaux intéressés de lensemble du pays. La première mesure quil prit fut de consulter des organisations non gouvernementales en réunissant un Groupe de travail consultatif national et février 1987, rassemblant 25 représentants dorganisations environnementales nationales et de groupes dutilisateurs de ressources de zones humides tels que trappeurs, agriculteurs et pêcheurs sportifs. Le compte rendu de cette réunion fut ensuite publié et remis directement aux ministres des administrations fédérales et provinciales concernées. La ligne de conduite ainsi établie aida ladministration fédérale à orienter ses consultations. Ensuite, une réunion du Comité canadien sur lutilisation des terres, rassemblant des hauts fonctionnaires des gouvernements à léchelon fédéral, territorial et provincial mit au point un document proposant létablissement de politiques juridictionnelles pour les zones humides, reconnaissant ainsi quun ensemble de politiques était préférable à un document national.
Fin 1987, des fonctionnaires du gouvernement fédéral rédigèrent un avant-projet de Politique fédérale et entamèrent une première série de séances dinformation à lintention du personnel travaillant au siège et dans les bureaux régionaux dEnvironnement Canada, ainsi que de plusieurs organismes fédéraux. Ces séances permirent de réorienter et de remanier lavant-projet de politique, trop long et trop compliqué. Un deuxième projet fut alors préparé, qui servit de base à une procédure de consultation approfondie, de portée nationale. Le gouvernement fédéral reconnut quil pouvait entreprendre trois niveaux de consultations: (i) interministériel, (ii) organisations intergouvernementales et nationales environnementales/intéressées; ou (iii) grand public. Il opta pour la deuxième solution, à savoir, les consultations restreintes, ayant estimé que puisque la Politique se limitait à laménagement du territoire au niveau fédéral et aux régions soumises à la juridiction fédérale, elle ninfluencerait pas directement les décisions sur loccupation des sols prises à léchelon local par les propriétaires fonciers privés. De plus, cette option était moins compliquée et moins coûteuses en termes de déplacements et de temps de travail, et était mieux adaptée aux ressources disponibles pour ces consultations.
Durant un semestre (en 1988-1989), 18 réunions furent organisées dans les 12 capitales et autres grandes villes de tout le Canada avec des organismes fédéraux et provinciaux. Une présentation audiovisuelle conçue par des professionnels, résumant la Politique proposée, fut préparée en anglais et en français, ainsi quun dossier type de «questions-réponses». Généralement, deux membres du Groupe de consultation fédéral participèrent à chaque réunion, lun pour animer les présentations et lautre pour consigner par écrit les commentaires et les questions. Pour éviter des déplacements trop onéreux, quelques séances ne furent suivies que par un seul membre du Groupe, notamment dans les régions éloignées du Nord. Des séances de consultation, une correspondance écrite et des entretiens téléphoniques furent menés avec les représentants de 36 organisations non gouvernementales et de 20 associations dutilisateurs de ressources et associations industrielles. Des exposés furent présentés à des réunions fédérales telles que la Conférence annuelle de la Direction générale de la gestion des biens immobiliers du Conseil du Trésor et du Comité interministériel fédéral sur leau. À chaque réunion, du matériel dinformation en deux langues fut distribué à tous les participants. La participation à ces réunions a obligé les membres du Groupe à effectuer de nombreux voyages par avion. Étant donné la complexité de lorganisation sur place, les membres du Groupe durent se faire aider pour trouver des emplacements et des équipements, et pour adresser des invitations au personnel clé des organismes concernés.
Révisé à la lumière des commentaires et des préoccupations exprimés tout au long des consultations sur le deuxième projet, le troisième projet de Politique était prêt début 1990. Un rédacteur de politique professionnel, ayant travaillé pour le Conseil privé, fut engagé pour améliorer ce troisième projet du point de vue du style et de la présentation, avant sa soumission au Cabinet fédéral. Ce projet fut ensuite distribué aux organismes fédéraux susceptibles dêtre affectés par la mise en uvre de la Politique. Les discussions se concentrèrent sur les ressources et les stratégies dapplication et sur la dernière étape, à savoir la rédaction dun projet complémentaire à soumettre au Conseil du Trésor. Le document final de la Politique fut soumis aux départements fédéraux pour un dernier examen dans le cadre dune Initiative environnementale du gouvernement et dun Mémorandum adressé fin 1991 au Cabinet, intitulé le Plan Vert. La politique fut adoptée en décembre 1991 et, après plusieurs consultations interorganisations sur les possibilités de communication, elle fut annoncée publiquement en mars 1992 par le ministre dÉtat chargé de lEnvironnement.
Quatrième étude de cas: LES POLITIQUES POUR LES ZONES HUMIDES DANS UN État fédéral
(Bill Phillips, Bureau Ramsar, ex-membre dEnvironnement Australie)
Dans les pays dotés dun système de gouvernement fédéral, lélaboration dinstruments politiques propres à garantir la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides constitue un véritable défi. Comme dans de nombreux autres États fédéraux, en Australie, ce sont les gouvernements provinciaux qui assument les responsabilités courantes en matière de gestion des terres et des ressources aquatiques. Ainsi, lorsque lAustralie décida de suivre la recommandation de la Convention sur les zones humides demandant aux Parties dadopter une approche coordonnée au niveau national pour lélaboration dune politique relative aux zones humides, elle dut sassurer que toutes les juridictions des états et territoriales, ainsi que le gouvernement (national) du Commonwealth étaient engagés dans ce sens.
Lorsque le Gouvernement national australien lança sa Politique pour les zones humides du gouvernement du Commonwealth dAustralie, à loccasion de la Journée mondiale des zones humides, en 1997, une juridiction provinciale (sur huit) avait déjà mis en place une politique similaire: la Nouvelle-Galles du Sud. Parmi les six stratégies de la politique pour les zones humides du gouvernement fédéral, il en est une qui sintitule «Oeuvrer en partenariat avec les gouvernements des états/territoriaux et locaux» , dont lune des priorités est «duvrer en coopération et en partenariat avec les gouvernements des états/territoriaux pour les aider à élaborer des politiques ou stratégies relatives aux zones humides pour leurs juridictions respectives.»
À partir de ce moment-là, le Gouvernement australien a encouragé et aidé les juridictions des états et territoriales à préparer des politiques pour les zones humides venant compléter celle du gouvernement national. Fin 1997, le gouvernement de lAustralie-Occidentale a adopté une politique détat pour les zones humides. Quant au gouvernement du Victoria, il a adopté une Stratégie détat relative à la diversité biologique, qui comprend une section particulière sur les zones humides. Quatre autres juridictions se trouvent à différents stades de préparation de leur politique, à savoir le Territoire du Nord et les états du Queensland, dAustralie-Méridionale et de Tasmanie. Il reste encore au Territoire de la capitale fédérale à suivre lexemple du gouvernement national et des sept autres juridictions.
Lexemple australien permet de tirer plusieurs enseignements. Il a été important que le gouvernement du Commonwealth montre la voie aux gouvernements provinciaux en promulguant sa propre politique pour les zones humides. Cette dernière sert de modèle en raison des nombreux sujets quelle couvre. Autre fait tout aussi important: le gouvernement du Commonwealth a consulté les gouvernements provinciaux tout au long de lélaboration de sa propre politique. Ce fait est reconnu dans le texte relatif au travail en association avec ces juridictions.
Une fois que la Politique du Commonwealth relative aux zones humides fut adoptée, le processus visant à encourager les autres juridictions à faire de même démarra, utilisant des moyens aussi bien politiques que financiers. LAustralie possède un Conseil des ministres de lEnvironnement (gouvernement du Commonwealth et gouvernements provinciaux), qui se réunit régulièrement pour discuter et décider des actions concertées. Cette instance sest entendue sur la nécessité délaborer un cadre complémentaire de politiques pour les zones humides. Un groupe de travail traitant de la mise en uvre de la Convention sur les zones humides est chargé de rechercher une approche nationale convenue.
Le gouvernement du Commonwealth a également mis en place un vaste programme de financement pour la conservation de la diversité biologique et la gestion des ressources naturelles (le Natural Heritage Trust). Ce programme permet dallouer des fonds pour lexécution de projets communautaires et pour lélaboration de politiques prioritaires et autres activités menées dans le cadre des juridictions provinciales. Au titre de ce programme, le gouvernement du Commonwealth apporte une aide financière aux huit gouvernements provinciaux pour des projets en faveur des zones humides, y compris, dans certains cas, lélaboration de leurs propres politiques pour les zones humides. Cette méthode de financement coopérative aide à accélérer la processus délaboration des politiques tout en offrant aux juridictions provinciales des ressources nécessaires qui leur permettent de renforcer leurs capacités et daméliorer leurs connaissances afin de gérer plus judicieusement leurs zones humides.
Cinquième étude de cas : EXAMEN DES POLITIQUES SECTORIELLES ET DE LA LÉGISLATION RELATIVE AUX ZONES HUMIDES
(Paul Mafabi, Programme national pour les zones humides, gouvernement de lOuganda)
Il nest pas rare que plusieurs politiques influencent, directement ou indirectement, la gestion des zones humides. Dans nombre dinstitutions et dorganisations, la conservation et la gestion des zones humides est une responsabilité partagée. Il importe donc que lélaboration dune Politique nationale pour les zones humides tienne compte des réussites, des échecs et de la pertinence de ces politiques sectorielles pour éviter de faire double emploi. De même, les Politiques nationales pour les zones humides devraient tenir compte de la législation existante en matière de zones humides afin déviter toute incompatibilité.
Lexamen des politiques et de la législation en vigueur peut être facilité par létablissement dun Comité interministériel chargé dorienter la formulation de la politique et de veiller à ce que les questions intéressant les différents ministères et leurs institutions soient dûment exprimées et intégrées dans la Politique nationale pour les zones humides.
En Ouganda, une série détudes a été spécifiquement commandée sur la législation en vigueur. Ces études ont révélé quil nexistait pratiquement pas de législation concernant directement les zones humides en tant quentité, si ce nest une référence aux marais (un seul type de zone humide) dans le Public Lands Act et le Public Health Act ( Loi sur les terres domaniales et Loi sur la santé publique). Ces études ont également révélé que lapplication de ces lois était insuffisante pour garantir la conservation des zones humides et elles ont joué un rôle déterminant dans la préparation de lavant-projet de Politique nationale pour les zones humides de lOuganda.
Bien quinsuffisante en tant que telle, la législation constitue une excellent base pour une politique spécifique. Intégrer des questions liées aux zones humides dans une législation sectorielle ne présente un intérêt que dans la mesure où ces questions ont un rapport avec le secteur concerné, et ne reflète pas nécessairement la nature intersectorielle des zones humides. Le fait de mettre la législation avant ou à la place de la politique pour les zones humides pourrait être mal perçu en Ouganda car, par le passé, la législation était souvent destinée à limiter les activités humaines mais ne comportait que peu dincitations à la conservation des zones humides, voire aucune.
La révision législative est également importante parce quelle aide à identifier les aspects négatifs des politiques affectant les zones humides et les mesures qui simposent pour y remédier. Cela permet de sassurer que les nouvelles lois ne sont pas incompatibles avec des lois en place ou leur application. Cette révision facilite en outre la détermination du mandat des institutions exerçant des responsabilités en matière de gestion des zones humides.
Une fois la Politique adoptée en Ouganda, il apparut impératif de mettre en place une législation pour soutenir lapplication de cette politique. Cette législation pouvait revêtir la forme dun loi distincte telle quune loi votée par le parlement, ou sinscrire dans un cadre législatif ou réglementaire sur lenvironnement. Le Conseil des ministres de lOuganda a approuvé des lignes directrices pour la préparation dune législation portant sur la mise en uvre de la Politique nationale pour les zones humides. Simultanément, le gouvernement formulait une Politique nationale pour lenvironnement., à la suite de quoi des dispositions relatives à la protection des zones humides étaient intégrées dans le document intitulé National Environment Statute. Il reste encore à établir des réglementations détaillées à léchelon national, ainsi que des ordonnances et des règlements appropriés, respectivement au niveau du district et au niveau local.
Sixième étude de cas : STRATÉGIES DE CONFORMITÉ
(Roberta Chew, Département dÉtat, et Gilberto Cintron, Fish and Wildlife Service, gouvernement des États-Unis dAmérique)
Aux États-Unis, près de la moitié des 89 millions dhectares de zones humides qui, selon des estimations, couvraient autrefois la superficie des 48 premiers états, a été détruite depuis le 18e siècle. Bien que le rythme de destruction se soit considérablement ralenti depuis quelques années, les États-Unis continuent denregistrer une perte nette denviron 40 000 hectares de zones humides par an. Notre approche des zones humides a évolué au fil des ans grâce à un éventail de lois autorisant divers organismes fédéraux à réglementer les activités privées et gouvernementales menées dans les régions qui comprennent des zones humides.
Plus de 25 lois fédérales relatives aux zones humides ont été promulguées depuis 1899. La première fut le Rivers et Harbors Act (Loi sur les cours deau et les ports) de 1899, qui oblige à obtenir une autorisation du Army Corps of Engineers (Génie militaire) pour le dragage, le remblayage et autres activités susceptibles dobstruer des voies navigables, y compris les zones humides. Généralement, ces lois couvrent (1) la réglementation des activités menées dans des régions désignées en tant que zones humides; (2) lacquisition de zones humides par lachat ou une servitude de protection interdisant certaines activités comme le drainage et le remblayage; (3) la restauration de zones humides endommagées ou la création de nouvelles zones humides; et (4) des freins à la modification des zones humides ou des incitations à les protéger dans leur état naturel. Malgré, ou peut-être, à cause des nombreuses lois et de la participation de 36 organismes fédéraux, il fallut attendre la fin des années 70 pour que des mesures soient prises afin de mieux coordonner les efforts fédéraux en faveur des zones humides. Le Président Carter a pris deux décrets-lois pour ordonner aux organismes fédéraux dagir. Le premier leur ordonne de réduire au minimum la destruction des zones humides, de préserver et daccroître les avantages des zones humides en assumant leurs responsabilités lorsquils acquièrent ou cèdent des terres fédérales, déviter de favoriser les nouvelles constructions dans les régions de zones humides, et les oriente dans lexécution de programmes affectant lutilisation des terres, y compris les mesures de planification, de réglementation et dautorisation relatives à leau et aux autres ressources associées. Le deuxième décret-loi porte sur la gestion des plaines dinondation.
En 1989, le Président Bush a établi lobjectif national «pas de perte nette de zones humides» et créé le premier Groupe détude interinstitutionnel sur les zones humides (Inter-Agency Task Force on Wetlands), relevant du Groupe de travail du Conseil de politique intérieure sur lEnvironnement, lÉnergie et les Ressources naturelles (Domestic Policy Councils Working Group on Environment, Energy, and Natural Resources), quil a chargé détudier les moyens datteindre lobjectif national «pas de perte nette de zones humides». Le mandat de ce Groupe détude était le suivant: (1) donner des orientations claires aux organismes fédéraux pour le renforcement, lapplication et lobservation de la protection, du maintien et de la restauration des zones humides, (2) coordonner la participation des organismes concernés à la réalisation de lobjectif national «pas de perte nette», et (3) évaluer la mise en uvre de lobjectif «pas de perte nette» par les gouvernements aux niveaux fédéral, des états et local, afin de déterminer les mesures supplémentaires éventuellement nécessaires. En 1993, lAdministration Clinton a publié un plan pour les zones humides qui énonçait lobjectif provisoire «pas de perte globale nette» pour les zones humides restantes du pays et un objectif à long terme, à savoir, lamélioration quantitative et qualitative des zones humides du pays. Dans le Clean Water Action Plan (Plan daction pour une eau salubre) de 1998, lAdministration annonça une stratégie visant à obtenir un gain net allant jusquà 40 000 hectares de zones humides par année, à partir de 2005. Actuellement, un Groupe de travail interinstitutions sur la Politique fédérale pour les zones humides (White House Wetlands Working Group) se concentre sur les préoccupations relatives à la politique fédérale pour les zones humides. Il sest engagé à réduire la dépendance du gouvernement fédéral vis-à-vis du programme réglementaire comme moyen principal de protéger les ressources des zones humides et à obtenir un accroissement à long terme de la superficie des zones humides en privilégiant les programmes non réglementaires. Un Décret-loi de juin 1998 ordonne aux organismes fédéraux dutiliser leurs programmes et activités pour protéger les récifs coralliens du pays.
La réglementation des zones humides et son application continueront à jouer un rôle important dans la stratégie globale de conservation des zones humides aux Etats-Unis à mesure que lefficacité renforcée des programmes continuera de limiter les pertes. Pour parvenir à un accroissement net de la superficie des zones humides, il importera de renforcer la coopération avec les propriétaires fonciers et les collectivités, afin dencourager et de soutenir la restauration et la remise en état des zones humides, tout en veillant à ce que le programme réglementaire aboutisse à des pertes nettes globales égales à zéro. Les initiatives fédérales visant à restaurer les zones humides, ainsi que les progrès enregistrés au niveau des États, des communautés autochtones, des collectivités locales et du secteur privé sont un élément essentiel de la stratégie. Pour atteindre lobjectif «gains nets en zones humides», il conviendra également de renforcer les partenariats entre les programmes fédéraux et les initiatives non fédérales.
Septième étude de cas: LA POLITIQUE DE LA MALAISIE POUR LES ZONES HUMIDES: PROCESSUS DÉLABORATION ET DE COORDINATION
(Sundari Ramakrishna, Wetlands International Asie-Pacifique, Malaisie)
La Malaisie, qui a adhéré à la Convention de Ramsar en 1994, a reçu des subventions de cette dernière en 1995 pour laider à élaborer sa Politique nationale pour les zones humides. Le processus délaboration est supervisé par le Comité national Ramsar, présidé par le Secrétaire général du ministère des Sciences, de la Technologie et de lEnvironnement (MOSTE); ce Comité réunit des représentants des organismes fédéraux et dÉtat, des universités et des organismes de recherche concernés, ainsi que de Wetlands International Asie-Pacifique (WIAP).
Durant la phase initiale, nombre dexemples de politiques pour les zones humides dautres pays ont été examinés et étudiés. Un expert canadien en politique pour les zones humides a été invité en Malaisie pour faire un exposé à la réunion du Comité national Ramsar sur lélaboration de la Politique fédérale sur la conservation des terres humides du Canada. Des questions pertinentes ont été soulevées concernant les trois régimes de propriété des zones humides: fédéral, provincial et privé. Une procédure et un cadre délaboration ont été proposés, qui ont reçu laval du Comité. Un groupe détude a été créé, rassemblant des représentants des ministères de lAgriculture, de la Foresterie, de lIrrigation et du Drainage, des Pêches, de la faune et des Parcs nationaux, et de lEnvironnement, ainsi que de lInstitut de recherche forestière de Malaisie, de lUnité de Planification économique, du Cabinet du Procureur général, de lUniversité nationale de Malaisie, du MOSTE et de WIAP. Ce groupe détude était chargé de préparer un document de base et un projet de politique, ainsi que de participer à la révision de ce projet au fur et à mesure de son évolution.
Le document de base a été distribué aux principaux organismes des états et fédéraux compétents (la Malaisie compte 13 états). Un Groupe de travail national sur lélaboration du cadre de Politique nationale pour les zones humides a été organisé par WIAP et le MOSTE en avril 1996, notamment dans le but de susciter des réflexions et des réactions au document de base afin de pouvoir laméliorer. Ce document comportait trois chapitres: (a) Justification dune Politique pour les zones humides, (b) Exposé des objectifs, et (c) Stratégies et Plans daction pour chacune des stratégies proposées. Toutes les recommandations émises par ce groupe de travail ont été incorporées dans le document de base. Des groupes de travail consultatifs ont ensuite été organisés dans plusieurs états de la Malaisie qui avaient été faiblement représentés au sein du Groupe de travail national. Les conclusions de ces groupes de travail consultatifs ont été prises en compte dans le document de base, qui a ensuite été remanié par le Groupe détude.
En juillet 1997, un Comité de rédaction a été créé pour élaborer une Politique à la lumière du document de base. Le Secrétaire général du MOSTE a chargé le Directeur de lInstitut de recherche forestière de Malaisie (FRIM) de diriger le Comité. Ce dernier était composé de représentants du FRIM, du MOSTE, de lUnité fédérale de planification économique, du ministère de lIrrigation et du Drainage, du ministère de lEnvironnement, de lUniversité nationale de Malaisie et de WIAP. Le Comité sest réuni à cinq reprises, entre juillet 1997 et mai 1998, pour formuler la Politique. Cest ainsi que le document prit forme, amélioré par lexpérience des membres qui avaient participé à la formulation de la Politique nationale pour la diversité biologique de la Malaisie (lancée en mars 1998). En juin 1998, le projet de Politique a été soumis au Secrétaire général du MOSTE pour examen.
Sur recommandation du Comité national, le MOSTE fut invité à organiser un Groupe de travail national final pour discuter du projet de Politique, ce qui fut fait en collaboration avec le WIAP, en novembre 1998. Le projet de Politique avait été distribué à lavance aux organismes fédéraux gouvernementaux, aux divers services de planification économique des états, ainsi quaux ONG, afin de leur donner le temps de préparer leurs commentaires. Les participants firent de nombreux commentaires et suggestions sur la définition de "zones humides", la justification de la Politique, les fonctions et avantages des zones humides, les principales menaces pesant sur les zones humides, ladministration des zones humides, le cadre législatif;, lénoncé des objectifs, les principes directeurs, les stratégies et les plans daction appropriés et enfin, sur un lexique. Tous les commentaires devaient être transmis par écrit au Secrétariat avant fin décembre 1998.
Quelle sera la suite des événements? Le Comité de rédaction va se réunir début 1999 pour incorporer tous les commentaires dans le document final, lequel sera envoyé à tous les intéressés, notamment aux services de planification économique des états. Sil obtient leur aval, le document sera ensuite soumis à lapprobation du MOSTE. Le ministre des Sciences, de la Technologie et de lEnvironnement soumettra ensuite la «National Politique sur les zones humides» au Cabinet pour approbation. Il reste à espérer que cela se fera dans un proche avenir.
Pour
tout renseignement, contactez: Bureau de la Convention de Ramsar,
Rue Mauverney 28, CH-1196 Gland, Suisse (Tél. +41 22 999 0170, fax +41 22 999
0169, e-mail
).
Publié le 15 octobre 1999, Dwight Peck, Ramsar.