Convention
sur les zones humides
Lignes directrices pour létude des lois et des institutions
"Lhomme
et les zones humides: un lien vital"
7e Session de la Conférence des Parties contractantes à la
Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971)
San José, Costa Rica, 10 au 18 mai 1999
Lignes directrices pour létude des lois et des institutions en vue de promouvoir la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides
Sommaire
§1.0 Objet dune étude des lois et des institutions
§2.0 Préparer létude des lois et des institutions
2.1 Établir les responsabilités politiques et institutionnelles pour cette étude
§3.0 Létude des lois et des institutions
3.1 Établir une base de références sur les mesures juridiques et institutionnelles pertinentes
§1.0 Objet dune étude des lois et des institutions
1. La Conférence des Parties (COP) à la Convention de Ramsar a adopté des orientations sur les cadres juridiques et institutionnels pertinents pour lutilisation rationnelle [note 1] et la question a été reprise dans le Plan stratégique Ramsar 1997-2002 [note 2]. Ces instruments prient les Parties contractantes délaborer des politiques nationales pour les zones humides afin de soutenir lutilisation rationnelle et de traiter tous les problèmes et activités en rapport avec les zones humides dans le contexte national. Les politiques sur les zones humides peuvent être séparées ou former un élément clairement identifiable dun autre processus de planification (par exemple, plans daction nationaux pour lenvironnement ou stratégies et plans daction nationaux pour la diversité biologique) [note 3].
2. Dans le cadre de ce processus à long terme délaboration des politiques, la Conférence des Parties a demandé précisément à chaque Partie détudier ses cadres juridiques et institutionnels pour veiller à ce quils soient généralement compatibles avec lobligation dutilisation rationnelle. Cette étude devrait porter sur les lois et institutions, non seulement au niveau national mais aussi aux niveaux sous-national et supranational (cest-à-dire, organisations régionales dintégration économique) [note 4]. Les présentes lignes directrices techniques ont pour objet dapporter un appui pratique à la réalisation dune telle étude.
3. Cette étude peut aider les Parties à comprendre comment les lois et les institutions en place contribuent à la conservation et à lutilisation rationnelle ou lentravent. Elle devrait favoriser une approche rationnelle vis-à-vis de la réalisation de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides. Létude a deux objectifs principaux:
- déterminer les mesures juridiques et institutionnelles qui entravent la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides; et
- appuyer lélaboration de mesures juridiques et institutionnelles favorables à la conservation et à lutilisation rationnelle des zones humides.
4. Linformation rassemblée en vue de létude devrait fournir des données utiles pour les rapports nationaux des Parties à la COP [note 5]. Dans toute la mesure du possible, létude devrait se répéter à intervalles réguliers pour sassurer que les lois et institutions restent compatibles avec lobligation dutilisation rationnelle établie par lArticle 3.1 de la Convention.
5. Létude pourrait comporter deux phases principales, organisées en fonction des circonstances particulières de la Partie concernée: (1) une phase préparatoire (voir Section 2.0) et (2) une phase dapplication (voir Section 3.0).
§2.0 Préparer létude des lois et des institutions
§2.1 Établir les responsabilités politiques et institutionnelles pour cette étude
6. La Conférence des Parties contractantes a officiellement approuvé le recours à létude des lois et des institutions comme élément à part entière de la planification de lutilisation rationnelle. En conséquence, les Parties devraient accorder un appui politique de haut niveau à la préparation, à lapplication et à la réalisation de létude.
7. Les Comités nationaux pour les zones humides, les commissions interministérielles et autres organismes de coordination [note 6] pour les questions concernant les zones humides sont particulièrement bien placés pour assumer la responsabilité de létude et la superviser ainsi que pour examiner les recommandations ultérieures de léquipe chargée de létude (voir Section 2.2). Lorsquil nexiste pas dorganismes de ce genre, les Parties pourraient envisager de créer un Comité directeur interagences auquel siégeraient tous les secteurs gouvernementaux pertinents durant létude.
8. Lorsque les Parties ont un système de gouvernement fédéral ou décentralisé, la responsabilité politique de létude dépendra du palier gouvernemental qui exerce la juridiction sur les zones humides et les ressources des zones humides (y compris les espèces migratrices). Dans plusieurs pays, les autorités nationales et sous-nationales se partagent la juridiction; dans dautres, elle est presque entièrement assumée au niveau sous-national; dans dautres encore, les autorités locales ont de grands pouvoirs en matière de gestion des zones humides et de prise de décisions les concernant.
9. Dans les Parties où la juridiction pour les zones humides est assumée au niveau sous-national, il peut être pertinent que les autorités administratives compétentes de ce niveau mènent leur propre étude. Toutefois, pour garantir la cohérence avec les politiques et lois applicables au niveau national, il serait utile dharmoniser les procédures détude à léchelle nationale.
§2.2 Constitution de léquipe chargée de létude
10. Léquipe chargée de létude est responsable de lexécution de létude et fait rapport à linstitution désignée dans la Section 2.1. Une équipe efficace se caractérise par son engagement, son objectivité, sa grande représentativité et ses compétences étendues.
11. Le choix des membres de léquipe dépendra des circonstances et des capacités particulières de chaque Partie. Dans certains pays, il existe peut-être déjà une équipe chargée de préparer une politique nationale pour les zones humides ou un comité intersectoriel Ramsar/zones humides. Léquipe doit comprendre au moins une personne ayant des compétences juridiques. Les disciplines suivantes pourraient aussi être représentées:
- spécialistes de laménagement et économistes;
- représentation technique assurée par des hydrologues, des biologistes, des écologistes et autres spécialistes;
- représentants du secteur privé et du grand public et notamment, des communautés autochtones et locales [note 7].
Les membres de léquipe devraient avoir une connaissance précise du fonctionnement théorique et pratique des lois et institutions du pays, y compris des lois et institutions coutumières.
§2.3 Définir la méthode détude
12. Léquipe chargé de létude doit définir la méthode de réalisation de létude, en dautres termes la manière dont chaque étape de létude sera entreprise et selon quel calendrier; elle est également chargée dassigner des responsabilités spécifiques aux membres de léquipe et de déterminer le champ daction de létude.
13. Durant la phase préparatoire, il importe que les membres de léquipe aient une compréhension commune, aux fins de létude, du sens de «zone humide» dans le pays concerné [note 8].
14. La Figure 1 présente un exemple de méthode possible de réalisation de létude. Elle décrit létude comme un processus permanent (cyclique) avec trois étapes fondamentales: (1) mise en place dune base de références sur les lois et institutions pertinentes; (2) évaluation de la base de références établie et (3) recommandation sur les changements juridiques et institutionnels nécessaires pour promouvoir la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides.
15. Les Parties peuvent choisir dentamer létude à différentes étapes de ce cycle selon la situation au plan national. Par exemple, certains pays ont déjà une base de références scientifiques, juridiques et institutionnelles parce quils ont élaboré une politique nationale pour les zones humides ou appliquent des obligations intersectorielles de planification découlant de la Convention sur la diversité biologique (1992) ou de la Convention sur la lutte contre la désertification (1994). Dautres pays peuvent avoir mené récemment une étude dans le but de codifier la législation ou de rédiger des statuts modernes sur lenvironnement.
§3.0 Létude des lois et des institutions
16. Une fois la phase préparatoire terminée, léquipe chargée de létude peut réaliser létude des lois et des institutions à laide de la méthodologie choisie. Les sections suivantes décrivent les trois étapes du processus de létude en plus grand détail.
§3.1 Établir une base de références sur les mesures juridiques et institutionnelles pertinentes
17. Lune des responsabilités clés de léquipe chargée de létude consiste à créer une collection ou base de références complète sur les lois et les mesures institutionnelles du pays, en rapport avec les zones humides. Le contenu de la base de références dépendra des circonstances nationales et, en conséquence, chacune est unique.
18. De nombreuses sources de droit différentes peuvent contribuer à la création de la base de références. En général, elles gouvernent les procédures, les décisions et actions des organes publics et les droits et devoirs du secteur privé, des communautés et des individus (voir Figure 2 pour une liste non exhaustive des sources possibles). À lextrémité plus officielle du spectre, les statuts et règlements dapplication fournissent la base juridique des pouvoirs réglementaires, des règles de planification, des dépenses publiques, des mesures fiscales et économiques, des projets ou activités qui peuvent toucher de manière positive ou négative les zones humides. À lautre bout du spectre les lois coutumières peuvent être la principale source de droit, gouvernant les droits et devoirs des communautés autochtones et locales en ce qui concerne les ressources des zones humides.
19. Linformation permettant détablir la base de références peut déjà être à la disposition de léquipe chargée de létude. Si ce nest pas le cas, il faudra lobtenir: rapports, études, documents de politique et inventaires élaborés dans le cadre dun processus de politique nationale sur les zones humides ou sur lenvironnement peuvent être des sources utiles. Dautres informations utiles peuvent avoir été produites au niveau local en vue du plan daménagement dune zone humide, par exemple.
20. Au moment de létablissement de la base de références, il peut être utile de diviser conceptuellement les sources de droit pertinentes en deux catégories: (1) les mesures juridiques et institutionnelles «relatives aux zones humides» (voir Section 3.1.1) et (2) les mesures juridiques et institutionnelles sectorielles qui touchent directement ou indirectement les zones humides (voir Section 3.1.2).
§3.1.1 Déterminer les mesures juridiques et institutionnelles relatives aux zones humides
21. Les mesures juridiques et institutionnelles relatives aux zones humides sont celles qui favorisent directement la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides, notamment celles qui soutiennent directement lapplication de la Convention de Ramsar. Toutes les Parties disposent de certaines formes de législation et de règlements sur lenvironnement utilisés ou pouvant être utilisés pour soutenir la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides mais très peu dentre elles ont adopté des lois spécifiques aux zones humides. Selon le pays, les mesures dutilisation rationnelle et de conservation peuvent être incorporées dans les lois et règlements nationaux et sous-nationaux sur la protection de lenvironnement, la conservation de la nature, les aires protégées, les études et vérifications dimpact sur lenvironnement, laménagement du territoire, la gestion côtière, la gestion des ressources en eau ou la lutte contre la pollution. Au niveau local, les lois coutumières et les institutions communautaires peuvent être pertinentes.
22. Aux fins danalyse ultérieure, il peut être utile dorganiser cet élément de la base de références selon les quatre catégories énoncées dans les Orientations complémentaires pour lutilisation rationnelle: (1) les mesures générales; (2) les mesures spécifiques à un site; (3) la coordination entre les compétences territoriales et institutionnelles; et (4) les mécanismes de coopération transfrontière et internationale (voir Figure 2). Une liste non exhaustive des mesures juridiques et institutionnelles possibles pourrait comprendre:
a) linstrument juridique adopté pour intégrer la Convention de Ramsar dans le droit national;
b) les mesures juridiques et institutionnelles dapplication générale qui encouragent la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides (réglementaires et non réglementaires) et/ou qui confèrent un statut de protection spéciale aux zones humides;
c) les mesures juridiques et institutionnelles, y compris les lois coutumières spécifiques à des sites qui encouragent la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides et les institutions coutumières compétentes;
d) les mesures juridiques et institutionnelles de gestion intégrée des bassins hydrographiques, bassins versants ou zones côtières; les accords internationaux relatifs aux zones humides, cours deau ou à la faune et à la flore des zones humides que plusieurs pays ont en partage; et
e) les mesures juridiques et institutionnelles pertinentes adoptées en application dautres traités ou instruments supranationaux.
23. Léquipe chargée de létude devrait déterminer quelles institutions et agences ont une responsabilité pratique en matière de conservation et dutilisation rationnelle des zones humides, y compris de questions relatives aux zones humides transfrontières. Dans les Parties où le système de gouvernement est fédéral ou décentralisé, léquipe devrait faire la lumière sur la répartition des compétences territoriales relatives aux zones humides et aux produits des zones humides entre le gouvernement national et les gouvernements sous-nationaux et déterminer sil existe un mécanisme de coordination entre les différents paliers de gouvernement.
§3.1.2 Déterminer les mesures institutionnelles et juridiques sectorielles qui touchent directement ou indirectement les zones humides
24. Dans le processus qui conduit à déterminer les mesures institutionnelles et juridiques sectorielles qui touchent directement ou indirectement les zones humides, létape principale consiste, pour léquipe chargée de létude, à déterminer quels facteurs et catégories dactivités [note 9] contribuent à la disparition des fonctions, valeurs et avantages que procurent les zones humides au niveau national. Pour ce faire, léquipe chargée de létude peut sappuyer sur des rapports, études et inventaires scientifiques et politiques existants en vue de déterminer les principales menaces pesant sur les zones humides dans le pays concerné. En labsence de tels documents, il peut être nécessaire de faire établir des études.
25. Les facteurs qui modifient les propriétés naturelles des zones humides peuvent être regroupés en quatre grandes catégories:
a) perte ou dégradation de la zone humide et du paysage;
b) changements dans le régime de leau (par exemple, vélocité, volume, flux saisonnier, eaux souterraines);
c) changements dans la qualité de leau (par exemple, pollution, eutrophisation, sédimentation); et
d) surexploitation ou perturbation des zones humides et des produits des zones humides.
Ces facteurs sont le résultat dactivités anthropiques qui se déroulent tant à lintérieur quà lextérieur des zones humides. Certaines formes dactivités anthropiques (par exemple, le drainage, la pollution ou lempiétement urbain) produisent presque toujours des effets qui portent préjudice aux zones humides, soit individuellement, soit de manière cumulée. Dautres activités (par exemple, la pêche, lagriculture ou lécotourisme) peuvent être compatibles avec lutilisation rationnelle, dans certaines limites, mais peuvent aussi avoir des effets préjudiciables si elles excèdent la capacité de charge du système hydrologique, de la zone côtière ou de la zone humide concernée.
26. Aux fins dune analyse ultérieure de cet élément de la base de références, il est bon de dresser une liste des principaux facteurs associés à la perte et à la dégradation de zones humides publiques et privées sur le territoire national ou au-delà des frontières nationales. Puis, sous chaque chapitre, il convient dénumérer les secteurs responsables des activités qui contribuent à un processus particulier, ainsi que les activités elles-mêmes. Parmi les secteurs concernés, il peut y avoir lagriculture, la sylviculture, la pêche, la santé publique, laménagement territorial, lénergie, lindustrie, les investissements, lexploitation minière, la navigation, le tourisme, le commerce et le transport (voir Figure 2). Linformation rassemblée fournit un fondement technique daprès lequel léquipe peut identifier la base juridique et institutionnelle pour lactivité en cause, établir la corrélation et, ultérieurement, évaluer cette base.
§3.2 Évaluer la base de références
27. Lorsque la base de références est établie (voir Section 3.1), léquipe chargée de létude peut évaluer les mesures juridiques et institutionnelles identifiées dans ses deux éléments. Les étapes clés de la phase dévaluation visent à:
a) évaluer lefficacité des mesures juridiques et institutionnelles existantes relatives aux zones humides, du point de vue de la promotion de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides;
b) analyser comment les mesures juridiques et institutionnelles sectorielles touchent directement ou indirectement les zones humides.
Lévaluation devrait aider léquipe à déterminer les obstacles juridiques et institutionnels à la conservation et à lutilisation rationnelle des zones humides dans le pays. Il est indispensable de déterminer ces obstacles avant que léquipe puisse préparer des recommandations portant sur les changements juridiques et institutionnels nécessaires (voir Section 3.3 ci-après).
28. Léquipe jugera peut-être utile de concevoir un cadre pour lanalyse objective des mesures juridiques et institutionnelles déterminées. Celui-ci pourrait être parallèle au cadre dorganisation suggéré pour les deux éléments de la base de références dans les Sections 3.1.1 et 3.1.2 et pourrait sen inspirer.
29. En commençant cette évaluation, léquipe chargée de létude doit garder présent à lesprit que, traditionnellement, les lois et institutions évoluent au coup par coup, avec peu de coordination intersectorielle et peu de référence aux zones humides. Elle devrait donc être sur ses gardes et ne négliger aucun conflit entre des mesures juridiques et institutionnelles sectorielles et des mesures relatives aux zones humides qui rendrait difficile la mise en uvre de lutilisation rationnelle à léchelle dun pays, lapplication de politiques pour les zones humides dun bon rapport coût-efficacité, la réglementation ou la gestion dactivités qui pourraient être préjudiciables et linstauration de partenariats à long terme avec les propriétaires, les utilisateurs des zones humides, les communautés locales et le secteur privé.
30. Dans le cadre de lévaluation, léquipe devrait également essayer de repérer dautres mesures institutionnelles et juridiques qui entravent les efforts de conservation et dutilisation rationnelle des zones humides. Il sagit notamment:
a) de politiques, de lois, de priorités fiscales et institutionnelles en conflit;
b) de lois sur les zones humides faibles ou incomplètes (par exemple, exclusion des zones humides côtières, aucune sauvegarde juridique concernant lapprovisionnement en eau, en qualité et en quantité pertinentes);
c) de régimes fonciers et dutilisation des ressources qui sapent lutilisation rationnelle;
d) dune mauvaise conception ou dun mauvais fonctionnement des organes administratifs chargés des zones humides;
e) de la répartition des compétences territoriales qui impose parfois des contraintes à la gestion, au niveau de lécosystème, de bassins hydrographiques ou de régions côtières;
f) de labsence de procédures de surveillance, de mesures dapplication et de mesures correctives efficaces;
g) de labsence de dispositions pour compenser les pertes de biotopes et de fonctions des zones humides.
Les lacunes, le double emploi et les incohérences sont importants pour lévaluation et devraient être décrits dans létude.
§3.2.1 Évaluer lefficacité des mesures juridiques et institutionnelles existantes, relatives aux zones humides, pour la promotion de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides
31. Léquipe chargée de létude doit évaluer lefficacité des mesures juridiques et institutionnelles existantes, relatives aux zones humides, pour assurer la promotion, la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides. La conservation et lutilisation rationnelle peuvent être encouragées de diverses manières, mais les Parties contractantes ont mis laccent sur limportance fondamentale de mesures juridiques, politiques, institutionnelles et dorganisation pertinentes. Léquipe chargée de létude pourrait prendre les Lignes directrices sur lutilisation rationnelle comme point de départ pour évaluer les mesures juridiques et institutionnelles existantes dans le pays. Elle pourrait aussi élaborer des indicateurs defficacité adaptés aux circonstances nationales. Une liste non exhaustive des points à examiner est présentée dans les paragraphes 32 à 35 qui suivent.
32. Les points à prendre en considération dans le cas de mesures générales peuvent comprendre:
a) La définition juridique des zones humides ou le champ daction des mesures institutionnelles et juridiques relatives aux zones humides sont-ils suffisamment larges pour sappliquer à toutes les catégories de zones humides couvertes par la Convention de Ramsar?
b) Est-il possible, dans le cadre des lois daménagement du territoire (nationales, provinciales ou locales) de conférer un statut de protection aux zones humides et de limiter le développement urbain, industriel et de loisirs qui pourrait porter préjudice aux fonctions, valeurs et avantages fournis par les zones humides, y compris dans un contexte transfrontière?
c) Les principes, normes et techniques applicables aux activités socio-économiques, notamment les études dimpact sur lenvironnement, favorisent-ils le maintien des fonctions, des valeurs et avantages des zones humides et contiennent-ils des principes de précaution?
d) Existe-t-il une base juridique pour encourager les mesures positives de conservation et de sauvegarde qui seraient prises par les propriétaires des zones humides, les utilisateurs et les organisations non gouvernementales (par exemple, contrats, dédommagement pour la conservation ou mesures fiscales)?
e) Lorsque le développement suppose une perte ou une dégradation des zones humides existe-t-il une obligation juridique de fournir des compensations notamment monétaires, cohérentes avec le principe pollueur-payeur?
f) Le droit civil ou administratif prévoit-il des mesures correctives applicables aux Parties intéressées lorsque des zones humides sont détruites ou endommagées illégalement?
g) Lorsque la perte ou la dégradation dune zone humide constitue un délit, les procédures de sanction sont-elles adéquates et les pénalités sont-elles fixées à un niveau raisonnable?
33. Les points à considérer en ce qui concerne certains sites spécifiques pourraient comprendre:
a) Le statut juridique conféré aux sites Ramsar et aux réserves naturelles de zones humides est-il suffisant pour garantir la conservation et lutilisation rationnelle?
b) Est-il possible de classer et de gérer, au niveau juridique et institutionnel, des zones humides côtières protégées même si elles comprennent une partie terrestre et une partie marine?
c) Lorsque les zones humides sont classées en aires protégées, la législation autorise-t-elle laccès et lutilisation par les communautés locales et autochtones lorsque cette mesure est compatible avec la conservation et lutilisation rationnelle du site en question?
d) La législation favorise-t-elle les lois, pratiques, systèmes fonciers et institutions coutumiers des communautés locales et autochtones lorsquils encouragent lutilisation durable des ressources des zones humides?
e) Les utilisateurs des zones humides, notamment les communautés locales et autochtones, et dautres parties prenantes ont-ils le droit à linformation, à la représentation et à la participation à la gestion du site?
f) La législation soutient-elle lélaboration et lapplication de plans de gestion de la zone humide?
g) Existe-t-il une obligation juridique de consulter les organes de gestion des zones humides en ce qui concerne des activités extérieures qui pourraient porter préjudice à une zone humide?
34. Les points à considérer à propos de la coordination entre les compétences territoriales et institutionnelles pourraient comprendre:
a) Existe-t-il des procédures de coordination horizontale (intersectorielle) entre les autorités administratives des zones humides et les départements et agences sectoriels pertinents?
b) Existe-t-il des procédures de coordination verticale de la conservation et de lutilisation rationnelle entre les différents paliers de gouvernement, notamment dans les pays ayant un système fédéral ou décentralisé de gouvernement?
c) Quelles mesures ont été prises, le cas échéant, pour promouvoir une cohérence entre les plans, politiques et programmes sectoriels et les obligations relatives à lutilisation rationnelle (durable)?
d) Quelles mesures juridiques et institutionnelles ont été prises pour coordonner et intégrer la gestion des systèmes aquatiques intérieurs, bassins hydrographiques, bassins versants) et des zones côtières?
e) Des mesures juridiques et institutionnelles ont-elles été prises pour faire participer les parties prenantes aux décisions et à lélaboration des plans dutilisation rationnelle des zones humides?
f) Les autorités administratives nationales ou sous-nationales ont-elles les pouvoirs adéquats et les ressources humaines, techniques et financières nécessaires pour appliquer les programmes de conservation et dutilisation rationnelle des zones humides?
35. Les points à considérer, du point de vue de la coopération transfrontière et internationale pourraient comprendre:
a) Existe-t-il une base juridique et institutionnelle pour la gestion coordonnée de zones humides partagées, de cours deau internationaux ou de flore et faune des zones humides se trouvant sur le territoire de plusieurs pays voisins? Si cest le cas, lefficacité de la coordination institutionnelle et des programmes de gestion conjointe pourrait-elle être renforcée ou élargie à lavenir?
b) Des mesures ont-elles été prises dans le cadre dautres accords internationaux sur lenvironnement pour développer la coopération bilatérale ou multilatérale? Si oui, pourraient-elles servir de base pour renforcer laction internationale coordonnée à propos de questions relatives aux zones humides et aux ressources en eau?
c) Y a-t-il des procédures en place pour garantir que les investissements étrangers et nationaux et les programmes daide ou de coopération au développement ne soutiennent pas des activités qui pourraient porter préjudice aux zones humides et qui ne sont pas pleinement compatibles avec lobligation dutilisation rationnelle?
§3.2.2 Analyser comment les mesures juridiques et institutionnelles sectorielles touchent directement ou indirectement les zones humides
36. Les mesures juridiques et institutionnelles sectorielles qui soutiennent les facteurs et activités décrits dans la Section 3.1.2 font obstacle à lapplication efficace des obligations découlant de Ramsar. Après avoir déterminé les facteurs et catégories dactivités qui menacent les zones humides dun pays et la base juridique et institutionnelle, léquipe chargée de létude devra étudier dans quelle mesure ces facteurs et activités entraînent la disparition des zones humides.
37. Léquipe chargée de létude pourrait être guidée par les questions suivantes:
a) Quelles dispositions vont directement à lencontre de lutilisation rationnelle (par exemple, le drainage obligatoire des zones humides ou des incitations fiscales et financières à la transformation des zones humides)?
b) Quelles mesures favorisent indirectement la disparition et la dégradation des zones humides, notamment par lintermédiaire dincitations perverses telles que des subventions au développement des ceintures côtières ou des plaines dinondation?
c) Les utilisateurs des zones humides, les promoteurs et les pollueurs sont-ils tenus de défrayer les coûts de la disparition ou de la dégradation dune zone humide ou dapporter des compensations?
d) Les activités qui pourraient porter directement ou indirectement préjudice aux zones humides sont-elles soumises à des évaluations dimpact sur lenvironnement et les considérations relatives aux zones humides sont-elles inscrites dans le processus dévaluation?
e) Les lois et règlements (y compris en ce qui concerne les EIE) exemptent-ils certaines catégories dactivités qui portent préjudice aux zones humides et aux systèmes hydrologiques?
f) Y a-t-il des procédures de surveillance, dapplication et de correction disponibles?
§3.3 Recommander les changements juridiques et institutionnels nécessaires pour promouvoir la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides
38. Lorsque léquipe chargée de létude aura déterminé les forces et les faiblesses du cadre juridique et institutionnel du pays, elle pourrait envisager au moins trois formes de recommandations comme résultat de létude.
39. Premièrement, et en priorité, léquipe chargée de létude devrait recommander des moyens pour que les mesures institutionnelles et juridiques qui contribuent à la disparition des zones humides soient mises en conformité avec les objectifs de conservation et dutilisation rationnelle. En cas dimpossibilité, léquipe chargée de létude devrait recommander labrogation de ces mesures. Lorsque ce nest pas possible à court terme, tout devrait être fait pour réduire progressivement limpact de ces mesures.
40. Deuxièmement, léquipe chargée de létude devrait déterminer et recommander des moyens dapplication plus efficace des mesures juridiques et institutionnelles existantes sans quil soit nécessaire dadopter de nouvelles lois ou de nouveaux règlements.
41. Troisièmement, léquipe chargée de létude devrait déterminer les points sur lesquels les lois et institutions devraient être améliorées ou consolidées ou les domaines où il convient délaborer de nouveaux instruments législatifs ou économiques, et établir un ordre de priorité.
Figure 1: Réalisation dune étude des lois et des institutions
Figure 2:Établir une base de références sur les mesures juridiques et institutionnelles pertinentes

1. Lignes directrices relatives à lutilisation rationnelle des zones humides (Recommandation 3.3); Lignes directrices pour la mise en uvre du concept dutilisation rationnelle (Recommandation 4.10); Orientations complémentaires pour lapplication du concept dutilisation rationnelle (Résolution 5.6).
2. Adopté à la 6e Session de la Conférence, Brisbane, 1996.
3. Voir Lignes directrices pour lélaboration et dapplication des politiques nationales pour les zones humides (Résolution VII.6).
4. Objectif opérationnel 2.1, Plan stratégique.
5. LAction 2.1.1 du Plan stratégique Ramsar demande aux Parties de faire rapport sur lapplication des Lignes directrices sur lutilisation rationnelle.
6. La mise en place de tels organismes est recommandée à la Section I.1.2, Orientations complémentaires pour lutilisation rationnelle.
7. Voir paragraphe 12, Lignes directrices pour la mise en uvre et le renforcement de la participation des communautés locales et des populations autochtone à la gestion des zones humides (Résolution VII.8).
8. Certains pays nont pas de définition juridique convenue des zones humides. La définition générale donnée par la Convention (Article 2.1) sapplique aux zones humides continentales et côtières: "étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou deaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où leau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues deau marine dont la profondeur à marée basse nexcède pas six mètres".
9. À noter que la Convention sur la diversité biologique demande aux Parties de déterminer et de réglementer ou de gérer les processus et catégories dactivités qui ont une influence défavorable sur la diversité biologique (article 7).
Pour
tout renseignement, contactez: Bureau de la Convention de Ramsar,
Rue Mauverney 28, CH-1196 Gland, Suisse (Tél. +41 22 999 0170, fax +41 22 999
0169, e-mail
).
Publié le 25 juillet 1999, Dwight Peck, Ramsar.