La
Convention sur les zones humides
Lignes directrices pour . . . la gestion des bassins hydrographiques
"Lhomme
et les zones humides: un lien vital"
7e Session de la Conférence des Parties contractantes à la
Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971)
San José, Costa Rica, 10 au 18 mai 1999
Lignes directrices pour lintégration de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides dans la gestion des bassins hydrographiques
(Annexe à la Résolution VII.18)
Sommaire
Introduction
Cadres institutionnels
Évaluation et amélioration du rôle des zones humides dans la gestion de
leau
Atténuation des impacts des modes doccupation des sols et des
projets de développement sur les zones humides et leur diversité biologique
Maintien du régime naturel de leau pour préserver les zones
humides
Coopération internationale
1. Les zones humides ont un grand nombre de fonctions écologiques et hydrologiques utiles à lhumanité. Il est indéniable que, parmi les plus importantes, il y a leur rôle vis-à-vis de lapprovisionnement en eau, lépuration de leau et la maîtrise des crues. Les zones humides remplissent aussi beaucoup dautres fonctions socio-économiques importantes en tant quhabitats pour les ressources de la pêche et de la sylviculture et sont vitales pour la conservation de la diversité biologique.
2. Les bassins hydrographiques ou bassins versants (espaces situés entre la source et lembouchure dune rivière, alimentant cette rivière et drainés par elle) ainsi que les systèmes marins et côtiers inifluencés par le drainage des bassins hydrographique, sont des unités géographiques importantes dont il faut tenir compte au niveau de la gestion des zones humides et des ressources deau. La mise en valeur rapide et non durable des zones humides et des bassins hydrographiques dans lesquels elles se trouvent est facteur de perturbation pour les cycles hydrologiques naturels avec, bien souvent, pour résultat une fréquence et une gravité accrues des inondations, des sécheresses et de la pollution. La dégradation et la destruction des zones humides et de leur diversité biologique se traduisent par des pertes et coûts économiques et sociaux élevés pour les populations qui vivent dans les bassins hydrographiques concernés. Il est donc essentiel, pour que les zones humides survivent et continuent de fournir des biens et services importants pour les communautés locales, de veiller à prendre des mesures avisées de protection et dattribution de leau.
3. Dans le troisième millénaire, la demande en eau continuera de croître tout comme la pollution. Pour atteindre lobjectif dutilisation durable des ressources deau douce, il convient dadopter, de toute urgence, de nouvelles méthodes de gestion de leau et des bassins hydrographiques. Autrefois, leau et les zones humides étaient généralement placées sous la responsabilité dorganismes différents, qui avaient souvent des objectifs et des modes de fonctionnement très différents. Il en résultait et il en résulte encore des conflits réguliers en matière dutilisation de leau et de gestion des bassins hydrographiques. Malheureusement, dans ces débats, les zones humides nont pas toujours reçu la priorité quelles méritent pour les fonctions importantes quelles remplissent en contribuant à maintenir des systèmes hydrographiques en bon état et productifs.
4. Compte tenu du rôle important que les zones humides peuvent jouer dans la gestion hydrographique, lintégration de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides dans la gestion des bassins hydrographiques préconisée par la Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971) est essentielle si lon veut porter à leur maximum et maintenir les avantages pour les populations humaines.
But des présentes Lignes directrices
5. Les présentes Lignes directrices ont été conçues parce quil nexistait aucune orientation claire dans le cadre de la Convention de Ramsar, alors même que la nécessité dintégrer les zones humides dans la gestion des bassins hydrographiques avait été reconnue par de nombreux gouvernements et de nombreuses institutions mondiales. Les présentes Lignes directrices ont donc pour objet daider les Parties contractantes à réaliser cet objectif.
Orientations contenues dans le texte de la Convention et dans les décisions précédentes de la Conférence des Parties contractantes
6. Les liens dinterdépendance qui existent entre les zones humides, leau et la gestion des bassins hydrographiques sont mis en évidence dans le texte de la Convention sur les zones humides et dans les décisions des Parties contractantes à la Convention réunies lors de conférences triennales. À noter en particulier, que le deuxième paragraphe du préambule de la Convention déclare: «Considérant les fonctions écologiques fondamentales des zones humides en tant que régulateurs du régime des eaux» et que la 6e Session de la Conférence des Parties contractantes (COP6) a confirmé dans la Résolution VI.23 sur Ramsar et leau que les Parties contractantes reconnaissent «limportance des fonctions hydrologiques des zones humides, notamment pour la recharge des eaux souterraines, lamélioration de la qualité de leau et latténuation des crues, ainsi que les liens inextricables qui existent entre les ressources aquatiques et les zones humides» et reconnaissent «la nécessité dune planification à léchelle du bassin fluvial intégrant la gestion des ressources hydrologiques et la conservation des zones humides».
7. La Résolution VI.23 demande, en outre, aux Parties contractantes de prendre toute une série de mesures pour encourager lintégration de la gestion de leau et de la conservation des zones humides, y compris létablissement de réseaux de surveillance hydrologique des zones humides, la réalisation détudes sur les systèmes traditionnels de gestion de leau et les méthodes dévaluation économique, de faire participer les Comités nationaux Ramsar et les acteurs locaux à la gestion des bassins hydrographiques, de soutenir la formation pluridisciplinaire et de collaborer avec les organisations actives dans le domaine de leau.
8. LObjectif opérationnel 2.2 du Plan stratégique 1997-2002, approuvé par la COP6, invite instamment les Parties contactantes à «intégrer la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides dans les plans et décisions nationaux, provinciaux et locaux de toutes les Parties contractantes, relatifs à loccupation des sols, à la gestion des eaux souterraines, aux bassins versants/fluviaux et à la zone côtière ainsi que dans toutes les autres mesures de planification et de gestion de lenvironnement».
Cadres institutionnels
Gestion intégrée des bassins hydrographiques
9. La gestion intégrée des ressources deau repose sur le concept suivant: leau est une composante à part entière dun écosystème, une ressource naturelle et un bien économique et social dont la quantité et la qualité déterminent la nature des utilisations (Action 21, Organisation des Nations Unies, 1992). Une source deau fiable, tant en qualité quen quantité, est une condition préalable à la survie de lhumanité et à la pérennité du développement socio-économique. La pénurie deau, la détérioration progressive, la pollution aggravée et le développement infrastructurel sont à lorigine de conflits de plus en plus fréquents portant sur les différentes utilisations de cette ressource. La gestion conçue au niveau du bassin hydrographique est un exemple de mécanisme participatif sappuyant sur des mesures dincitation qui permet de résoudre les conflits et de répartir leau entre des utilisateurs concurrents, y compris les écosystèmes naturels.
10. Une des clés de la gestion intégrée du bassin hydrographique est lintroduction de mécanismes de planification et de gestion de leau et des sols envisagés à léchelle du bassin tout entier. Il importe aussi de tenir compte des besoins écologiques des systèmes marins et côtiers qui sont influencés par le drainage des bassins hydrographiques. La promotion de la gestion intégrée des ressources deau doit se faire en plusieurs étapes. Un des grands problèmes est la division des responsabilités en matière de gestion entre différentes autorités administratives, ce qui entraîne une conception fragmentée de la planification et de la gestion des ressources deau. Il importe de réaliser que la planification et la gestion des ressources deau constituent un processus pluridisciplinaire et doivent, en conséquence, sinscrire dans un cadre de collaboration entre toutes les agences pertinentes au niveau national ainsi quau niveau du bassin hydrographique et les communautés locales.
11. Autre point essentiel: labsence de sensibilisation à la nature intersectorielle des problèmes de leau et à la nécessité dinstaurer un nouveau concept de développement pour intégrer les aspects techniques, économiques, environnementaux, sociaux et juridiques de la gestion de leau. La mise en place dunités administratives de gestion des ressources deau doit coïncider avec les limites des bassins hydrographiques et non avec les frontières politiques. Labsence de législation et de politiques de leau ou leurs lacunes est un autre obstacle à la gestion intégrée du bassin hydrographique et à lutilisation optimale des ressources deau.
12. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section A Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant la gestion intégrée des bassins hydrographiques
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Élaboration et renforcement des politiques et de la législation pour la gestion intégrée des ressources deau
13. Pour passer à la gestion intégrée des ressources deau à léchelle dun bassin hydrographique, il faut avoir lappui dinstruments législatifs et politiques appropriés, notamment dinstruments économiques tels que des politiques de tarification de leau (par ex. «utilisateur-payeur» et «pollueur-payeur»). Les Parties contractantes doivent se doter de législations et politiques nationales opportunes pour permettre et faciliter la planification et la gestion intégrée des ressources deau. Ces textes doivent être harmonisés, le cas échéant, avec des politiques du même ordre, telles que des politiques nationales pour les zones humides, des plans nationaux pour lenvironnement, des stratégies nationales de conservation de la biodiversité, des accords internationaux et des cadres juridiques.
14. La mise en valeur, la conservation, ladministration et lutilisation appropriées des bassins hydrographiques dépendent de politiques adéquates, aux niveaux national et sous-national. Il est, en conséquence, impératif que toutes les Parties contractantes élaborent des politiques générales effectives sur les points suivants:
14.1 attribution deau pour le maintien de tous les écosystèmes, y compris les écosystèmes marins et côtiers;
14.2 émission de permis de pompage et dexploitation de leau;
14.3 utilisation domestique et industrielle de leau, traitement des effluents et déversement sans danger des effluents;
14.4 utilisation de leau pour lagriculture, atténuation des effets des grands ouvrages hydrauliques, retour de leau, utilisation réglementée des pesticides et autres produits agrochimiques;
14.5 établissement de normes de qualité de leau pour différentes utilisations;
14.6 règles et règlements concernant le pompage et lexploitation de leau souterraine;
14.7 tarification de leau potable pour la consommation, de leau pour lagriculture et pour lindustrie, etc.;
14.8 conservation des sols et de leau;
14.9 intégration de la conservation de leau et des zones humides dans le programme national de développement socio-économique;
14.10 espèces envahissantes qui ont un impact sur leau.
15. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section B Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant lélaboration et le renforcement de politiques et de législations pour la gestion intégrée des ressources deau
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Mise en place dautorités de gestion des bassins hydrographiques et renforcement de la capacité institutionnelle
16. Les structures institutionnelles en place pour régir lutilisation des sols et de leau devraient aussi permettre la gestion intégrée de chaque bassin hydrographique considéré comme une unité. On peut faire changer radicalement la structure administrative de la gestion des ressources deau en procédant étape par étape. En premier lieu, il faut mettre en place un processus de coopération et de collaboration entre les organismes responsables de la gestion des ressources deau, de la protection de lenvironnement, de lagriculture, etc. Par la suite, les représentants de ces agences aideront à létablissement dune autorité de coordination qui aura la tâche de gérer les ressources deau et les zones humides du bassin hydrographique.
17. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section C Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant la mise en place dautorités de gestion du bassin hydrographique et le renforcement de la capacité institutionnelle
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Participation des acteurs et de la communauté et sensibilisation du public
18. Dans le concept de gestion intégrée du bassin hydrographique un des points importants est que les institutions chargées de laménagement et de la gestion doivent travailler avec et pour la communauté entière des utilisateurs de leau dans le bassin, y compris la faune sauvage et les utilisateurs des zones humides, ainsi que les acteurs pertinents se trouvant hors du bassin hydrographique. Afin de déterminer les besoins et intérêts de tous les utilisateurs de leau, il importe de veiller à obtenir la participation du public à la planification et à la gestion des ressources deau. (Voir aussi Résolution VII.8).
19. Il y a peu de temps encore, dans beaucoup de pays, il était rare que laménagement dun bassin hydrographique et de leau fasse lobjet de consultations. Un tournant a été pris dès linstant où la société civile sest mise à jouer un plus grand rôle et où lexpérience a montré quune collaboration efficace entre les organismes de gestion et la population locale améliore les chances de réussite de plans daménagement efficaces pour le bassin hydrographique. Une consultation du public aux premières heures de lexercice peut également aider à mettre en lumière des utilisations et valeurs des ressources jusqualors inconnues dans le bassin, ainsi que limportance relative des différentes valeurs.
20. La communauté locale peut jouer un rôle important en gérant et surveillant les zones humides et les cours deau. Plusieurs programmes existent déjà qui font participer des groupes communautaires à la gestion des zones humides et des bassins hydrographiques. Par exemple, le Global Rivers Environmental Education Network (GREEN) encourage une approche pédagogique active, fondée sur un modèle pédagogique probant à léchelle du bassin versant (bassin hydrographique). GREEN travaille en collaboration étroite avec des entreprises, des gouvernements, des organisations communautaires et pédagogiques des États-Unis et du Canada et avec les coordonnateurs nationaux GREEN dans 135 pays autour du globe. Le but est de promouvoir et daméliorer les connaissances du public dans le cadre dun réseau mondial déducation qui encourage la gestion durable des bassins hydrographiques. GREEN favorise aussi une éducation communautaire dans le cadre dactivités régionales en partenariat. Pour dautres détails sur cette approche, voir le Programme dinformation de la Convention (Résolution VII.9).
21. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section D Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant la participation des acteurs et de la communauté et la sensibilisation du public (voir aussi Résolutions VII.8 et VII.9)
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Évaluation et renforcement du rôle des zones humides dans la gestion de leau
Fonctions hydrologiques
22. Comme indiqué précédemment, les zones humides ont une foule de fonctions écologiques et hydrologiques: atténuation des impacts des crues, réduction de lérosion, recharge de la nappe deau souterraine et maintien/amélioration de la qualité de leau, entre autres. Les zones humides peuvent être gérées de manière à favoriser la réalisation dune gamme dobjectifs de gestion des ressources deau, par exemple le maintien de lapprovisionnement en eau et de la qualité de leau, la recharge des nappes souterraines, la réduction de lérosion et la protection contre les inondations.
Évaluation des fonctions
23. Afin de maintenir ou de renforcer le rôle des zones humides dans la gestion de leau, il importe avant tout de déterminer et dévaluer les avantages que procure une zone humide particulière en procédant selon les trois étapes suivantes:
23.1 inventaire et description des zones humides (voir Résolution VII.20);
23.2 identification des propriétés et fonctions particulières pouvant jouer un rôle dans la gestion de leau;
23.3 quantification de ces fonctions.
24. Il peut être souhaitable de réaliser des études précises et de longue durée mais il est souvent plus judicieux dappliquer des techniques dévaluation rapide pour déterminer limportance relative et les fonctions des zones humides dun bassin hydrographique donné. Lévaluation fonctionnelle préliminaire prend en considération les caractéristiques physiques et biologiques générales des zones humides pour déduire les fonctions les plus probables dun site. Cette évaluation devrait être menée parallèlement à un premier inventaire des zones humides. Elle nest ni définitive ni quantitative mais établit une échelle relative des zones humides en ce qui concerne des fonctions particulières. Une évaluation fonctionnelle préliminaire permet destimer la capacité des zones humides de satisfaire des besoins spécifiques et notamment de déterminer le rôle éventuel des zones humides vis-à-vis de la maîtrise des crues, de lamélioration de la qualité de leau, de la rétention des sédiments et de la contribution à lalimentation de la nappe phréatique.
25. Parmi les exemples de techniques dévaluation fonctionnelle, on peut citer la Technique dévaluation des zones humides (WET-acronyme anglais de Wetlands Evaluation Technique) et lIndex de capacité fonctionnelle, tous deux utilisés par le Corps dingénieurs de larmée américaine et lAnalyse fonctionnelle des écosystèmes de zones humides européennes, méthode mise au point en Europe. Ces techniques comprennent un certain nombre déléments:
25.1 établissement dune base de données à partir détudes théoriques et sur le terrain;
25.2 procédures dévaluation fonctionnelle comprenant une évaluation quantitative et qualitative, une évaluation de la vulnérabilité aux impacts et une évaluation économique des fonctions;
25.3. procédures de modélisation et de surveillance.
Amélioration des fonctions
26. Une fois que les fonctions sont déterminées, on peut évaluer le rôle que les zones humides pourraient jouer dans la gestion des ressources deau dun bassin hydrographique. Dans le monde entier, de nombreuses études ont montré que, du point de vue coût-efficacité, il est presque toujours plus judicieux de maintenir les zones humides naturelles que de les drainer et de les vouer à dautres utilisations (souvent marginales) puis dessayer dobtenir les mêmes services au moyen douvrages artificiels barrages, digues, stations de traitement des eaux, etc. Dans bien des cas, il est également apparu plus judicieux, du point de vue coût-efficacité, de restaurer ou même de créer des zones humides pour assurer ces fonctions que de construire ces ouvrages coûteux.
27. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section E Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant lévaluation et lamélioration du rôle des zones humides pour la gestion de leau
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Déterminer loffre et la demande deau, maintenant et à lavenir
28. En matière de gestion des bassins hydrographiques il est essentiel de connaître loffre et la demande deau maintenant et à lavenir dans un bassin hydrographique, en tenant compte des impacts possibles des changements climatiques. Les évaluations actuelles et futures de la ressource doivent tenir compte des différentes utilisations de leau par lhomme (pour lirrigation, la production hydro-électrique et lalimentation en eau à des fins domestiques ou industrielles) ainsi que les besoins écologiques en eau dans différentes parties dun bassin hydrographique. En outre, la demande deau ne doit pas être uniquement définie en termes de quantité mais aussi de qualité. Les besoins écologiques en eau sont moins évidents et plus difficiles à quantifier et, en conséquence, souvent ignorés ou sous-estimés dans la demande globale deau. Ignorer ces besoins peut être source de graves problèmes environnementaux et sociaux tels que la disparition de pêcheries ou lintrusion deau salée en aval. Il importe également de garder présent à lesprit que les plus graves dommages pour lenvironnement ne se produisent pas dans des conditions normales mais lors dévénements extrêmes.
29. Les systèmes socio-économiques sont en évolution constante. Il importe donc souvent de préparer toute une série de scénarios de demandes et délaborer des stratégies dutilisation durable souples pouvant être adaptées à différentes conditions. Lidentification et la résolution de graves problèmes relatifs à leau, provenant de la demande déterminée dans les scénarios, va de pair avec lévaluation de la demande deau. Ces problèmes ne doivent pas se limiter aux questions en rapport avec les activités humaines mais comprendre aussi les problèmes écologiques tels que ladaptation à la réduction de loffre deau ou de la qualité deau dans certains écosystèmes.
30. La demande deau est principalement déterminée par les incitations économiques qui encouragent lutilisation de leau et des zones humides. Prévoir des mesures dincitation en faveur dune utilisation écologiquement durable de leau peut atténuer les impacts sur les zones humides. Il est extrêmement important de fixer un prix de leau qui reflète le coût réel de lapprovisionnement en eau et qui encourage une utilisation optimale de leau et de veiller, ce faisant, à ce que lon reconnaisse la valeur économique dautres services des zones humides. Dans un contexte de politique sectorielle, des mesures dincitation en faveur de lutilisation durable des ressources deau douce doivent être fournies. De même, les incitations anti-écologiques ou inéquitables qui encouragent des pratiques non durables doivent être déterminées et éliminées. (Voir Résolution VII.15).
31. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section F Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant lidentification de la demande actuelle et de la demande future en eau
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Atténuer les impacts des projets de mise en valeur des sols et de leau sur les zones humides et leur diversité biologique
Impacts des projets de mise en valeur des sols
32. Presque tous les projets de mise en valeur des sols, parce quils utilisent de leau ou produisent des polluants ont un impact, quel quil soit, sur la quantité et la qualité de leau dans un bassin hydrographique et, partant, un impact sur les zones humides riveraines. Les projets de mise en valeur de leau ont aussi un impact marqué et il en sera question dans la section suivante.
33. Les secteurs dactivités qui ont le plus dimpact sur les rivières et les zones humides sont la foresterie, lagriculture, les mines, lindustrie et lurbanisation. Des pratiques forestières inadaptées, en particulier dans la partie supérieure du bassin hydrographique, peuvent entraîner une aggravation de lérosion des sols et réduire la capacité de rétention deau. Lagriculture peut également être source de plus grande pollution par les produits agrochimiques et les déchets agricoles. Le défrichement pour lagriculture, dans la partie supérieure du bassin et les activités agricoles qui sensuivent peuvent avoir des effets très dommageables sur la qualité de leau et induire des changements importants dans le débit des cours deau en période de crue et en période de sécheresse. Lagriculture de plaine peut entraîner le drainage ou la transformation des zones humides des plaines dinondation et, en conséquence, lappauvrissement de la biodiversité et une perte de fonctions naturelles et davantages. Dans beaucoup de pays en développement, cest principalement pour lirrigation que lon pompe leau dans les rivières.
34. Limpact des activités minières et industrielles se traduit essentiellement par une libération de polluants qui, parfois, sont extrêmement toxiques (par exemple le mercure). En outre, les activités industrielles ou minières peuvent, par des déversements accidentels, mettre rapidement en péril des bassins hydrographiques entiers et toutes les zones humides associées avec leur diversité biologique. Limpact des milieux urbains se traduit par lempiétement sur les zones humides, soit directement soit par des infrastructures associées telles que les routes, les installations portuaires, les ouvrages dadduction deau et de maîtrise des crues. En outre, les populations des zones urbaines exercent une demande accrue sur les ressources et sont des sources directes de pollution.
Évaluer et atténuer les impacts
35. Il importe de surveiller et de contrôler limpact des modes doccupation des sols sur les réseaux fluviaux et zones humides associées, par lintermédiaire de règlements et de lignes directrices intégrés sur la sylviculture, lagriculture, les mines ou la gestion des déchets urbains. De la mise en uvre de telles lignes directrices résultent souvent des avantages pour les utilisateurs des terres eux-mêmes par exemple, le reboisement et de bonnes pratiques forestières favorisent le rendement à long terme du bois duvre; de meilleures pratiques agricoles réduisent lérosion des sols et favorisent la rétention de leau en période sèche; une meilleure gestion des déchets améliore la qualité de la vie et la santé des citadins. Toutefois, il est généralement nécessaire de mettre en place un mécanisme approprié de surveillance et dexécution pour veiller à lapplication effective des règlements.
36. Différents mécanismes peuvent permettre datténuer les impacts de nouvelles activités de mise en valeur sur lenvironnement. Le premier est lévaluation et zonage environnementaux, dans le cadre duquel on étudie les modes doccupation des sols et les ressources naturelles du bassin hydrographique pour établir un plan doccupation des sols qui organise le zonage des activités en veillant à éviter des impacts importants sur dautres zones ou sur le réseau hydrographique ou les zones humides. Certaines activités peuvent également être réglementées dans une zone donnée afin de garantir la durabilité.
37. La deuxième mesure sapplique davantage à de nouveaux projets de développement. Il sagit de létude dimpact sur lenvironnement (EIE). Une EIE procure un cadre dévaluation des conséquences des différentes options de développement sur lenvironnement (y compris les zones humides). (Voir Résolution VII.16).
38. Le troisième mécanisme, lanalyse coût-avantages (ACA), est un instrument de calcul de limpact net dun projet sur le bien-être économique dune société obtenu en mesurant tous les coûts et avantages du projet. Bien que la plupart des résultats dACA puissent être exprimés en termes monétaires, certains coûts, tels que ceux qui résultent du déplacement de populations et de la perte despèces des zones humides peuvent être difficiles à exprimer ainsi. Un processus décisionnel digne de ce nom requiert une analyse des coûts et avantages économiques, sociaux et environnementaux des plans de gestion de leau, au moyen dEIE et dACA.
39. Il importe que les procédures mentionnées ci-dessus soient confiées à des équipes pluridisciplinaires et que lon sefforce de faire participer tous les acteurs, dès le début de létude.
40. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section G Lignes directrices pour aider les Parties contractantes à atténuer les impacts des projets de mise en valeur des sols sur les zones humides et leur diversité biologique
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Atténuer les impacts des projets de mise en valeur de leau
41. Les projets de mise en valeur de leau ont généralement pour but de modifier le cours naturel de leau dans un bassin hydrographique à des fins telles que le stockage de leau en période de sécheresse, la prévention des inondations, le transfert de leau vers des régions agricoles irriguées, ladduction deau pour les besoins industriels et domestiques, lamélioration de la navigation et la production délectricité. De tels projets supposent, fréquemment, la construction de structures telles que des barrages, des canaux de diversion, la canalisation de rivières, des digues de protection contre les inondations, etc. Beaucoup de ces projets, en modifiant les conditions naturelles qui ont permis aux zones humides de sinstaller, ont un effet dommageable important sur les zones humides et la diversité biologique associée.
42. Certains des plus graves impacts de ces projets sont: la réduction du débit des rivières, le blocage des voies de migration pour les poissons migrateurs et dautres espèces aquatiques, laugmentation de la pollution de leau, la perturbation de la périodicité des crues naturelles qui assurent le maintien des zones humides; la réduction des sédiments et autres matières nutritives dans les zones humides de plaine dinondation, le drainage ou linondation permanente de zones humides riveraines et la salinisation deaux de surface et souterraines.
Évaluation et atténuation
43. Dans un certain nombre de cas, on a établi que les pertes économiques et sociales résultant de la dégradation des zones humides situées dans la partie inférieure du bassin versant dépassent de beaucoup les avantages obtenus grâce au projet de mise en valeur de leau lui-même. Différentes méthodes ont été mises au point pour aider à déterminer les coûts environnementaux et sociaux potentiels consécutifs à des activités de développement. Ces méthodes comprennent les EIE, les ACA, lévaluation des impacts sociaux (EIS) et lévaluation rurale participative. (Voir Résolution VII.16)
44. Toutefois, plusieurs de ces procédures dévaluation ne sappliquent pas facilement à des projets de mise en valeur de leau ou à la prévision dimpacts dans des écosystèmes complexes de cours deau et de zones humides. Depuis quelques années, des procédures spécifiques ont été mises au point pour les projets concernant les zones humides et la ressource en eau, par exemple le EIA Scoping Manual for Tropical Wetlands de Howe et al. et le Manual on Integrating Freshwater Ecosystem Function and Services with Water Development Projects de la Banque interaméricaine de développement (sous presse). Les zones humides et la diversité biologique associée qui risquent dêtre affectées sont souvent importantes pour toute une gamme dutilisateurs locaux. Il importe, en conséquence, quun mécanisme de consultation des acteurs soit mis en place dès le début du cycle du projet.
45. Comme nous le disions dans la section précédente, les zones humides naturelles jouent souvent un rôle important dans la gestion des cours deau. Elles peuvent souvent être remises en état ou restaurées et fournissent alors des solutions de substitution pour des options généralement plus coûteuses dinfrastructure de maîtrise des crues, de recharge de la nappe souterraine et damélioration de la qualité de leau. Les solutions de substitution pour les programmes dapprovisionnement en eau pour lirrigation et à usage industriel et domestique comprennent léconomie deau, son traitement et son recyclage et la mise au point de cultures ou dindustries de substitution pour correspondre à la disponibilité naturelle de leau.
46. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section H Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant la réduction de limpact des projets de mise en valeur de leau sur les zones humides
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Maintien du régime naturel de leau pour préserver les zones humides
47. Les écosystèmes des zones humides dépendent du maintien du régime naturel de leau - débit, quantité et qualité, température et périodicité - pour conserver leur diversité biologique, leurs fonctions et leurs valeurs. Le régime naturel de leau peut être considéré comme la variable la plus importante pour lintégrité écologique décosystèmes de zones humides riveraines. La construction douvrages qui entravent lécoulement de leau et de canaux qui détournent leau de la plaine dinondation plus vite que cela ne se produirait à létat naturel entraînent la dégradation des zones humides naturelles et, en fin de compte, la perte des services quelles procurent. Face à ces préoccupations, plusieurs pays ont promulgué des lois et élaboré des lignes directrices afin de garantir une attribution adéquate deau pour maintenir les écosystèmes naturels des zones humides.
48. Lorsque des changements structurels sont nécessaires, les projets de mise en valeur de leau qui nécessitent la modification du régime naturel de leau devraient respecter les lignes directrices suivantes afin de protéger ou de restaurer les écosystèmes des zones humides.
49. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section I Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant le maintien du régime naturel de leau pour préserver les zones humides
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Protection et restauration des zones humides et de leur biodiversité dans le contexte de la gestion du bassin hydrographique
50. La protection et la restauration des zones humides est une stratégie importante pour chaque bassin hydrographique non seulement parce que les zones humides fournissent des services qui peuvent aider à la gestion de leau, mais aussi parce que ce sont des écosystèmes dimportance critique qui méritent dêtre protégés et restaurés en soi. (Voir aussi Résolution VII.17).
51. Beaucoup despèces dépendant des zones humides, notamment les poissons et les amphibiens, ont besoin de mesures de gestion dans le contexte du bassin hydrographique pour pouvoir survivre. Dans la plupart des pays, la protection des habitats et de la faune sauvage a lieu dans le contexte administratif et non dans le contexte du bassin hydrographique. En conséquence, les mesures de protection prises pour un site ou une espèce donnée peuvent être anéanties par des activités qui ont lieu ailleurs dans le bassin hydrographique et qui, par exemple, empêchent la migration des poissons ou lalimentation en eau de la zone humide. La restauration de zones humides dégradées est lune des options les plus importantes à disposition pour renverser la tendance à lappauvrissement de la diversité biologique dans les bassins hydrographiques.
52. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section J Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant la protection et la restauration des zones humides et de leur biodiversité
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Questions particulières en rapport avec les bassins hydrographiques et les systèmes de zones humides partagés
53. Lorsquun bassin hydrographique est partagé entre une Partie contractante ou plus, lArticle 5 de la Convention de Ramsar indique clairement que les Parties concernées sont censées coopérer à la gestion des ressources en question. (Voir Résolution VII.19).
54. La déclaration publiée au deuxième Forum de leau, à Paris, en mars 1998 souligne que les pays riverains doivent partager une vision de la gestion efficace et de la protection effective des ressources deau quils ont en commun. Pour parvenir à ce résultat, on pourrait, par exemple établir des commissions internationales des cours deau, créées par plusieurs États riverains pour faciliter la consultation et la coordination générale.
55. Les pays qui partagent un bassin de drainage sont invités à organiser des rencontres spécifiques et fréquentes afin déchanger de linformation sur la ressource en eau et sa gestion. Voici quelques options:
55.1 établir des réseaux de surveillance et déchange des données sur la qualité et la quantité de leau dans le bassin;
55.2 conduire une analyse conjointe de linformation sur la quantité et le type de leau utilisé à différentes fins dans chaque pays;
55.3 échanger des informations sur les mesures de protection des eaux souterraines, du bassin versant supérieur et des zones humides;
55.4 échanger des informations sur les mécanismes structurels et non structurels de régulation du débit de leau pour la navigation et la prévention des inondations.
56. Le but devrait être de préparer des rapports techniques sur le bassin hydrographique, contenant des informations sur les besoins des habitants de chaque secteur du bassin ainsi que sur les problèmes actuels et potentiels dans certains secteurs du bassin hydrographique qui nécessitent des solutions appliquées séparément ou conjointement.
57. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section K Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant la gestion de bassins hydrographiques et de systèmes de zones humides partagés
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Partenariat avec des conventions, organisations et initiatives pertinentes
58. Afin dadopter une approche efficace pour promouvoir lintégration de la conservation et de lutilisation rationnelle des zones humides dans la gestion des bassins hydrographiques, il importe que les Parties contractantes à la Convention de Ramsar aient conscience et tiennent compte des activités connexes qui ont lieu dans le cadre dautres conventions, organisations et initiatives internationales.
59. Lutilisation durable de leau douce est citée comme élément dimportance critique dans Action 21 et, à ce titre, a fait lobjet dune série de réunions sous les auspices de la Commission du développement durable (ONU) et dautres institutions de lONU. Trois autres initiatives internationales sont à mentionner:
59.1. la création du Partenariat global pour leau pour servir de cadre à la coordination des efforts de promotion de la gestion intégrée de la ressource en eau, en particulier dans les pays en développement;
59.2. la mise au point de la Vision pour leau, la vie et lenvironnement dans le cadre de la Commission mondiale de leau, sous les auspices du Conseil mondial de leau; et
59.3. la création par la Banque mondiale et lUICN-Union mondiale pour la nature de la Commission mondiale sur les barrages.
60. Il importe que les présentes lignes directrices, entre autres, et activités dans le cadre de la Convention de Ramsar établissent des liens et contribuent aux autres initiatives de niveau international.
61. Les conventions et les accords les plus pertinents en ce qui concerne les présentes lignes directrices au niveau mondial sont les suivants:
61.1 la Convention sur la diversité biologique (CDB) qui a identifié la conservation de la biodiversité des eaux intérieures comme une priorité particulière. La COP4 de la CDB a adopté un programme de travail conjoint avec la Convention de Ramsar pour traiter cette question;
61.2. la Convention sur le droit relatif aux utilisations des cours deau internationaux à des fins autres que la navigation (New York, 21 mai 1997: pas encore en vigueur) qui demande aux États déviter, déliminer et datténuer les dommages importants causés aux autres États du cours deau et établit des règles précises en ce qui concerne les changements dans les utilisations dautres cours deau internationaux. Les questions couvertes comprennent les EIE, la consultation, la protection conjointe décosystèmes des cours deau, la lutte contre la pollution, lintroduction despèces étrangères, la prévention de lérosion, lenvasement et lintrusion deaux salées; et
61.3. le Programme daction mondial pour la protection du milieu marin contre des activités terrestres.
62. Aux niveaux régional et du bassin hydrographique, il existe plus de 200 accords qui fournissent une base pour la coopération en matière de gestion des ressources deau partagées.
63. Les lignes directrices suivantes sont à noter:
Section L Lignes directrices pour les Parties contractantes concernant les partenariats avec les conventions, organisations et initiatives pertinentes
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Pour
tout renseignement, contactez: Bureau de la Convention de Ramsar,
Rue Mauverney 28, CH-1196 Gland, Suisse (Tél. +41 22 999 0170, fax +41 22 999
0169, e-mail
).
Publié le 2 août 1999, Dwight Peck, Ramsar.