Du Forum Ramsar

Nouvelles de l’Oasis d’Azraq, Jordanie

(Entré au Forum Ramsar le 14 février 1998)  (English version)


Bonjour à tous!

Voici quelques nouvelles des activités en cours et prévues dans la Réserve des zones humides d’Azraq (Jordanie) ainsi qu’un bref historique. Confronté à de nombreux problèmes communs aux zones humides des régions arides, Azraq est sans aucun doute l’un des sites Ramsar à la plus mauvaise réputation. De grands efforts ont cependant été déployés pour restaurer les valeurs naturelles du site et un certain nombre de projets intéressants sont prévus. J’aimerais votre avis (ou des propositions d’aide!). Merci.

Salutations,

Des

Des Callaghan
Conseiller en gestion des zones humides


Restaurer une oasis du désert: progrès et projets pour la Réserve des zones humides d’Azraq (Jordanie)

En plein cœur du désert syrien, la Réserve des zones humides d’Azraq était, il n’y a pas si longtemps, une oasis époustouflante, pratiquement sans rivale au monde. Toutefois, avec la surexploitation des eaux souterraines, la majeure partie du site a été gravement dégradée, au détriment de la vie sauvage et de la population. Un programme financé par le FEM/PNUD a été inauguré en 1994: son but principal est de restaurer et d’améliorer les valeurs biologiques et culturelles de la Réserve. Le présent message résume les réalisations présentes et les projets pour l’avenir.

Les valeurs d’autrefois   Il y a peu de temps encore, deux sources artésiennes déversaient continuellement des eaux abondantes dans la Réserve des zones humides d’Azraq, créant une riche mosaïque de mares peu profondes et de marécages s’étendant sur 800 hectares. C’était la seule masse d’eau permanente dans un périmètre de 12 000 kilomètres carrés de désert et, en 1922, le colonel R. Meinertzhagen la décrivait comme «un vrai paradis … ayant toutes les caractéristiques d’une île». De nombreuses expéditions internationales s’intéressèrent par la suite au site qui devint rapidement l’une des zones humides les plus célèbres du monde. L’oasis était importante pour sa faune sauvage qui comptait des espèces extrêmement diverses et abondantes. Les oiseaux d’eau étaient particulièrement remarquables car on y trouvait pas moins de 21 espèces en effectifs d’importance internationale. Azraq est également le seul endroit au monde où l’on trouve le poisson appelé cynolébias d’Azraq (Aphanius sirhani) ainsi que deux plantes, découvertes récemment, qui pourraient être nouvelles pour la science.

La zone humide est également un foyer de développement humain. La première occupation date au moins de l’âge de pierre (250 000 ans av. J.-C.) et aurait été favorisée par la présence permanente d’eau provenant des sources. La zone humide aurait aussi joué un rôle pivot dans le développement des systèmes nomades et pastoraux du désert environnant. Elle était une source importante d’eau mais aussi d’autres ressources naturelles. On y coupait des plantes (Arundo, Phragmites et Typha) pour fabriquer des tapis et des paniers, mais qui servaient aussi de fourrage et de chaume pour les toits. Dans les mares, on pratiquait l’aquaculture et les marais fournissaient un fourrage de bonne qualité pour le bétail.

L’importance du site fut officiellement reconnue en 1977 lorsque la Réserve des zones humides d’Azraq fut créée et inscrite sur la Liste Ramsar des zones humides d’importance internationale. Malheureusement, peu après, la dégradation du site s’accélérait.

DÉGRADATION  Les deux sources qui déversaient leur eau dans la réserve étaient elles-mêmes alimentées par une nappe souterraine fortement surexploitée. Depuis 1983, le volume d’eau pompé dans la nappe est, chaque année, supérieur au taux de recharge naturel annuel et en 1996, il était deux fois plus élevé. Environ 50% de l’eau est pompée pour alimenter Amman et Zarqa tandis que le reste sert localement à l’irrigation. Dans les années 80, la restitution d’eau par les sources qui alimentaient la réserve a décru brutalement jusqu’à ce qu’en juin 1992, les deux sources tarissent et la zone humide s’assèche totalement. Par la suite, le sol tourbeux s’assécha et des feux souterrains à combustion lente commencèrent à se répandre à travers tout le site. Le niveau de la nappe souterraine continue de baisser au rythme de 0,5 à 1 mètre par an et la salinisation augmente. En dépit de cela, le pompage reste excessif à cause de la pénurie d’eau qui règne en Jordanie.

La dégradation des zones humides d’Azraq a suscité des inquiétudes exprimées à la troisième Conférence des Parties contractantes à la Convention de Ramsar, à Regina, au Canada, en mai-juin 1987. En mars 1990, une mission chargée de mener une procédure Ramsar de surveillance continue a visité l’oasis et discuté de la situation avec les ministres et les fonctionnaires jordaniens, les représentants d’ONG et la population locale. Le rapport qui suivit, contenait 13 recommandations spécifiques. En outre, la Stratégie nationale jordanienne pour l’environnement, publiée en 1991, énonçait la remise en état des zones humides d’Azraq comme l’une des plus hautes priorités nationales pour la conservation des espèces sauvages et des habitats.

PREMIÈRES ACTIVITÉS DE RESTAURATION   En 1992, le gouvernement de la Jordanie soumit au Fonds pour l’environnement mondial (FEM) un projet triennal dont le but principal était la remise en état et la gestion de la Réserve des zones humides d’Azraq. Le projet fut approuvé et les travaux commencèrent en janvier 1994 avec le recrutement de quatre employés et l’organisation de patrouilles quotidiennes dans la réserve pour lutter contre le pâturage illicite et les incendies. Un poste de garde fut construit sur les lieux que l’on débarrassa d’une grande quantité d’ordures. Le grand événement fut, en juin 1994, le retour de l’eau dans les zones humides. Pompée dans un champ de puits gouvernemental au nord du site, son volume correspond actuellement à environ 1,5 million de mètres cubes par an (environ 10% de l’apport d’origine). Une nouvelle clôture a été érigée sur le périmètre, entre 1994 et 1995, et les herbivores errants sont maintenus à distance. Des communautés de zone humide se sont rapidement établies, mais les roseaux (Phragmites) ont rapidement dominé l’espace (l’absence de pâturage favorise leur croissance).

Deux mares reliques formées par les sources ont été draguées et agrandies et un plan de gestion du site a été mis au point en 1996. En outre, en 1997 a commencé la construction d’un centre d’accueil des visiteurs qui devrait ouvrir ses portes à l’automne de 1998.

ACTIVITÉS ACTUELLES ET PRÉVUES En 1996, un projet d’évaluation indépendant a mis en relief la nécessité de trouver d’autres ressources financières pour consolider les réalisations et financer de nouvelles activités ainsi que des activités non prévues. Une nouvelle demande a été présentée au FEM et, en janvier 1997, le projet a été prorogé de deux ans. Les objectifs principaux sont les suivants: (i) augmenter la part des avantages qui revient aux communautés locales; (ii) améliorer et agrandir la zone gérée des eaux disponibles et le prélèvement d’eau à l’intérieur et autour de la réserve; (iii) élaborer des activités de recherche et de surveillance relatives à la remise en état de la réserve; (iv) mettre sur pied un programme de sensibilisation du public; et (v) réviser en conséquence le plan de gestion de la réserve.

Toutes ces activités sont en voie d’élaboration et l’on prévoit que la réserve sera ouverte et fonctionnera pleinement avant la fin de 1998. Récemment, un responsable communautaire a été nommé et chargé d’élaborer des programmes d’éducation et de sensibilisation dans la réserve et pour la communauté locale. Le but des programmes est de mettre en évidence l’importance des zones humides d’Azraq et la nécessité d’utiliser l’eau de façon rationnelle. Les activités principales sont notamment: (i) collaborer avec les écoles locales afin de mettre au point des programmes d’éducation aux zones humides et des clubs nature; (ii) rétablir l’artisanat traditionnel (c’est-à-dire la vannerie) dans la communauté locale en utilisant le centre d’accueil de la réserve comme local d’exposition et de vente des articles; et (iii) mettre sur pied des groupes locaux de conservation tels que les «Amis d’Azraq».

L’aménagement des biotopes de zone humide actuels sera beaucoup amélioré en 1998. Il aura notamment pour objectif de restaurer les eaux libres et les communautés basses de marais qui sont pratiquement absentes du site en raison de la prédominance des roseaux. Ces communautés étaient essentielles au maintien de l’abondance et de la diversité des espèces dans la réserve, notamment des oiseaux d’eau tels que les échassiers et les canards barboteurs. Des postes d’observation seront construits dans la zone humide ainsi qu’un sentier nature. En outre, une évaluation des sources potentielles d’eau pour la réserve est en voie de réalisation. Parmi les options, on peut citer le pompage dans les nappes souterraine et dans les cours d’eau saisonniers (oueds) proches du site, le recyclage des eaux usées domestiques locales et le pompage à partir d’un lac saisonnier proche du site.

La recherche et la surveillance en sont à leurs balbutiements. Un écologiste sera bientôt employé dans la réserve et un atelier sera convoqué en février 1998 pour discuter des priorités. Les activités essentielles pourraient comprendre des études de groupes d’organismes mal connus (par exemple, insectes et plantes aquatiques), des travaux de recherche hydrologique pour améliorer la gestion de l’eau, des travaux de recherche sur la biologie de conservation d’espèces clés et des études expérimentales de l’impact du pâturage sur les communautés de zones humides.

Nous prévoyons, à court terme, d’avoir une réserve où seront restaurées bien des valeurs biologiques et culturelles des anciennes zones humides et qui offrira des valeurs nouvelles, par exemple, du point de vue de l’éducation, du tourisme ou de l’économie locale. Ce n’est pas simple, mais ce projet est vital si l’on veut que les générations futures profitent des nombreux avantages de la Réserve des zones humides d’Azraq.

FINANCEMENT FUTUR La réussite de la réserve, à long terme, est tributaire d’un financement adéquat car les fonds apportés par le FEM/PNUD seront épuisés en décembre 1998. Toute idée sur une éventuelle source de financement pour l’une quelconque des activités mentionnées ci-dessus serait vivement appréciée. N’hésitez pas à nous contacter.

CONTACT  Des Calaghan, Wetland Management Advisor, Royal Society for the Conservation of Nature, P.O. Box 6354, Amman, 11183, Jordanie. Téléphone: +837931 ou 837932; télécopie: +847411; courriel:   rscn@nets.com.jo

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