cop8logo.jpg (15592 bytes)La Convention sur les zones humides

Affiner le projet de Plan d'action pour la gestion des zones humides africaines

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«Les zones humides : l’eau, la vie et la culture »
8e Session de la Conférence des Parties contractantes à la
Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971)
Valence, Espagne, 18 au 26 novembre 2002

 

Affiner le projet de Plan d'action pour la gestion des zones humides africaines dans le cadre de l'Initiative pour l'environnement du NEPAD
(Valence, Espagne, 18 au 26 novembre 2002)

DOCUMENT DE TRAVAIL
préparé par le Bureau Ramsar

Douze questions importantes à examiner afin d'affiner le Plan d'action pour la mise en œuvre de la Stratégie de gestion des zones humides africaines dans le cadre de l'Initiative pour l'environnement du NEPAD


QUESTION I Défis

1. L'objectif le plus ambitieux du Plan d'action est de montrer le rôle indispensable des zones humides (au sens de la Convention Ramsar) dans le programme du NEPAD.

2. Sur le plan des facteurs internes, il conviendrait que de prendre les mesures suivantes :

a) Assurer un appui politique constant et croissant aux enjeux que représentent les zones humides et les ressources en eau, notamment sous l'angle de la contribution des systèmes naturels aux efforts pour approvisionner les pauvres en eau potable ;

b) Etablir un mode de communication multiple et efficace favorisant de bonnes relations de travail entre les institutions sectorielles chargées d'examiner les questions relatives aux ressources en eau et les problèmes d'environnement ;

c) Améliorer la capacité à collecter, analyser et traiter les informations sur les valeurs et fonctions des zones humides ;

d) Développer et renforcer la capacité à diagnostiquer et traiter les causes profondes de la dégradation des zones humides et des bassins versants :

e) Développer la capacité à déterminer les forces et faiblesses existantes et à édifier un partenariat plus solide entre les institutions :

f) Mobiliser les compétences appropriées et les ressources financières au niveau national pour la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides ;

g) Etablir et renforcer des partenariats efficaces entre les institutions nationales et les organisations locales pour promouvoir des objectifs communs par l'action collective ;

3. Sur le plan des facteurs externes, il conviendrait de prendre les mesures suivantes :

a) Créer des partenariats avec des acteurs internationaux ;

b) Utiliser au mieux les informations scientifiques, les instruments appropriés et les techniques pertinentes offerts par la communauté internationale ;

c) Mobiliser les sources de financement et les compétences par la coopération internationale ;

d) Evaluer le changement climatique, en atténuer les effets et en prévoir les répercussions sur les zones humides et les populations : sécheresse, inondation ;

e) Traiter les problèmes posés par une mondialisation accrue du commerce et ses répercussions sur l'agriculture, la pêche, la forêt et la vie sauvage .

QUESTION II Vision proposée

4. Un environnement sain et productif dans lequel les pays africains et leurs populations aient des zones humides et des bassins versants en bon état, capable de subvenir aux besoins fondamentaux de l'être humain (eau potable, salubrité appropriée, sécurité alimentaire et développement économique).

QUESTION III Actifs essentiels à conserver, à améliorer ou à développer

5. Il conviendrait que soient conservés, améliorés ou développés les deux actifs importants suivants :

5.1 Une intégrité écologique suffisante des écosystèmes des zones humides qui permette l'utilisation optimale et durable des valeurs et fonctions de ces zones ;

5.2 Des infrastructures adaptées qui améliorent et préservent les actifs naturels et permettent l'utilisation durable des valeurs et fonctions des zones humides

QUESTION IV Quelques définitions utiles pour s'accorder sur des questions cruciales

6. Les termes bassin versant, bassin hydrographique, bassin fluvial/lacustre sont utilisés ici au sens de périmètre de convergence de toutes les eaux souterraines ou de drainage. Ainsi, John Wesley Powell, géographe scientifique, définit le bassin versant comme :

" le périmètre, ou système hydrologique délimité, dans lequel toutes choses vivantes sont inextricablement liées par leur cours d'eau commun et où, à mesure que des êtres humains s'installaient, la simple logique exigeait qu'ils s'organisent en communauté "

7. Les bassins versants peuvent comprendre des lacs, des fleuves, des estuaires, des mangroves, de petits cours d'eau et le paysage environnant.

8. Comme on peut le lire dans une publication sur le site web de Lakenet, " Les bassins versants sont de toutes formes et de toutes tailles. Ils traversent des frontières de comté, d'état et de pays. Où que vous soyez, vous êtes dans un bassin versant!".

9. La relation entre l'inventaire, l'évaluation, l'observation et la gestion des zones humides constitue aussi un élément important.

10. Des définitions de travail pour l'inventaire, l'évaluation et l'observation des zones humides ont été élaborées par la 2ème Conférence sur les zones humides et le développement, tenue à Dakar (Sénégal) en 1998, et sont intégrées dans le Cadre Ramsar pour l'inventaire des zones humides (Résolution VIII.xx). Les voici :

Inventaire des zones humides : la collecte et/ou la compilation d'informations essentielles à la gestion des zones humides, y compris la fourniture d'une base d'information pour des activités spécifiques d'évaluation et d'observation.

Evaluation des zones humides : le diagnostic des zones humides et l'identification des menaces pesant sur elles, pour servir de base à la collecte d'informations plus spécifiques grâce aux activités d'observation.

Observation des zones humides : la collecte d'informations spécifiques aux fins de gestion par rapport à des hypothèses établies à partir d'activités d'évaluation, et l'utilisation des résultats de ces activités aux fins de la gestion. La collecte de données chronologiques, qui ne reposent pas sur des hypothèses établies à partir de l'évaluation des zones humides, est désignée ici par le terme de surveillance plutôt qu'observation (se reporter à la Résolution VI.1).

11. L'approche et l'étendue des activités d'inventaire, d'évaluation et de surveillance en tant que composantes distinctes du processus de gestion, diffèrent considérablement, mais elles ne sont pas toujours bien différenciées dans les projets de mise en application.

QUESTION V Principes directeurs

12. Il convient d'envisager les principes directeurs suivants :

12.1 Rechercher des informations exactes et pertinentes susceptibles de favoriser une prise de conscience politique, d'induire un renforcement de l'appui politique et de susciter des engagements politiques et publics sur les questions relatives aux zones humides.

12.2 Se rappeler que par leurs fonctions hydrologiques, les zones humides sont une très importante source d'économies.

12.3 Envisager des méthodes de gestion intégrée des ressources en eau, qui améliorent le rôle des écosystèmes des zones humides en tant que pourvoyeuses en biens et services pour un grand nombre de parties prenantes.

12.4 Créer des partenariats qui informent et associent les populations les plus touchées par les décisions d'aménagement, afin que les objectifs environnementaux soient intégrés aux objectifs sociaux et économiques dont est tributaire la population vivant sur le bassin versant.

12.5 Utiliser, dans la mesure du possible, les données scientifiques, les connaissances locales pertinentes ainsi que les instruments et techniques disponibles localement pour recueillir et traiter les informations et communiquer aux parties prenantes des messages utiles.

12.6 Choisir des activités axées sur des objectifs matériellement possibles et réalistes.

12.7 Prendre en compte les contextes politiques, sociaux et économiques de manière à associer tous les intérêts concernés à l'élaboration et à la mise en œuvre de la stratégie.

12.8 Rechercher un appui politique par une meilleure organisation de la société civile pour conférer une plus grande transparence au processus de prise de décisions et à la gestion financière.

12.9 Envisager d'adopter des mesures propres à clarifier et promouvoir la responsabilité des parties prenantes.

12.10 Utiliser autant que possible les règlements locaux et traditionnels pour promouvoir la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides.

12.11 Utiliser au mieux l'hydrologie pour promouvoir le fonctionnement naturel des écosystèmes des zones humides qui entretiennent la vie.

12.12 Bien combiner les systèmes naturels et les infrastructures pour promouvoir la conservation et l'utilisation durable des zones humides, en étant notamment attentif au rôle qu'elles jouent et en utilisant de manière appropriée leurs importantes fonctions de filtration.

12.13 Accorder une attention particulière à la pollution provenant des zones urbaines, de l'agriculture et de l'industrie.

12.14 Accorder la même attention aux digues et à toutes infrastructures importantes susceptibles de détruire les valeurs hydrologiques des zones humides et des bassins versants.

12.15 Utiliser une approche participative et négociée pour l'attribution des ressources en eau et la mise en place d'infrastructures

QUESTION VI Questions de plus en plus préoccupantes

13. Un certain nombre de questions suscitent une préoccupation croissante dans la région :

13.1 Il est essentiel que tous les acteurs clés aient une vision globale et réaliste de l'importance des fonctions des zones humides et de leur rôle dans le cycle hydrologique, ainsi que des fondements d'une gestion durable des ressources en eau et des zones humides. A cet égard, il est essentiel de bien faire comprendre que les écosystèmes des zones humides sont adaptées au régime hydrologique existant. Les variations spatiales et temporelles de la profondeur d'eau, des modèles d'écoulement et de la qualité de l'eau ainsi que la fréquence et la durée des inondations, sont souvent les facteurs les plus importants déterminant le caractère écologique d'une zone humide. Les zones humides côtières et maritimes sont souvent tributaires des apports en eau douce et en nutrients et sédiments associés en provenance des cours d'eau.

13.2 Un exigence essentielle pour la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides consiste à apporter aux zones humides de l'eau de bonne qualité, en quantité suffisante et au bon moment.

13.3 L'attribution des ressources en eau est pour la société un problème important qui va en s'aggravant. La difficulté consiste en particulier à décider quelle quantité d'eau, et de quelle qualité, doit être réservée pour le maintien des écosystèmes par " l'attribution d'un certain débit à l'environnement ", de manière à préserver leur capacité à fournir leur gamme de précieux biens et services naturels, et quelle quantité d'eau peut être allouée à l'agriculture, à l'industrie et aux services domestiques des ménages.

13.4 Pour faciliter cette prise de décision, il est essentiel que les coûts et avantages du maintien des écosystèmes et de leurs fonctions soient quantifiés et comparés avec les coûts et avantages d'autres utilisations de l'eau non tributaires des cours d'eau, ou d'utilisations indirectes, (évaluation économique des zones humides, ainsi que des pertes en zones humides dues aux activités humaines, y compris l'introduction d'espèces envahissantes).

13.5 Aménager les lacs et les fleuves dans l'optique de leur utilisation durable à l'échelle du bassin est l'entreprise la plus ambitieuse pour l'Afrique car elle est coûteuse, complexe et de longe haleine.

13.6 Heureusement, on prend de plus en plus conscience des avantages associés à une approche hydrographique, seul moyen d'identifier les besoins vitaux pour chaque bassin. Cette approche offre un cadre favorable à la création de partenariats et au renforcement du travail d'équipe entre institutions nationales et entre pays confrontés aux mêmes difficultés et partageant les ressources de zones humides communes.

13.7 A cet égard, il est encourageant de noter que dans de nombreuses sous-régions africaines, des organisations nationales et sous-régionales, y compris des organismes chargés de bassins fluviaux/lacustres, passent d'une planification au jour le jour et à court terme à une vision s'inscrivant nettement plus dans le long terme : le Bassin du Nil, le Bassin du Lac Tchad, le Bassin du Niger, le Bassin du fleuve Sénégal, le Bassin du Zambézi, le Bassin de Limpopo, le Bassin du Lac Victoria…

13.8 Il convient, pour chaque bassin, d'évaluer les causes potentielles et actuelles de conflit et les possibilités de partenariat fondée sur des activités de collaboration entre Etats et parties prenantes. En fonction du bassin, ces activités peuvent porter sur différents aspects de la prévention de conflits pour l'eau : intervention croissante de la société civile, formation des communautés et collectivités locales, renforcement et en clarification du rôle des institutions nationales et du mandat des organismes chargés des fleuves et des lacs.

13.9 Les objectifs consistant à faciliter le dialogue entre les institutions nationales et entre les états ou pays utilisant en partage des systèmes hydrographiques, à traiter les problèmes posés par la privatisation et à clarifier les principes et règlements juridiques relatifs à la gestion transfrontière des ressources en eau et des zones humides peuvent également être réalisés par des organismes efficaces chargés de fleuves et de lacs.

13.10 En s'attaquant aux problèmes posés par la mondialisation, il est essentiel, en matière de gestion, de prendre les options appropriées pour que l'Afrique tire profit de la demande croissante des pays développés en " produits d'agriculture biologiques " et autres ressources naturelles : la sauvegarde des écosystèmes sains et productifs, notamment les écosystèmes aquatiques, est le seul moyen pour l'Afrique de tirer profit du marché mondial des produits agricoles, mais aussi du poisson, du miel et même des produits provenant du milieu sauvage.

13.11 Comment accroître les disponibilités en eau potable pour divers groupes d'utilisateurs, en particulier les pauvres ?

13.12 Comment identifier les causes profondes de la dégradation des ressources en eau des lacs, réservoirs, fleuves et zones côtières, et à qui cette tâche doit-elle incomber ?

13.13 Comment s'assurer que les pauvres ne sont pas exclus de dispositifs juridiques et institutionnels ?

13.14 Les questions concernant les espèces envahissantes font peser une menace de plus en plus grave sur les valeurs et fonctions des zones humides qui pourvoient les humains, et surtout les pauvres, en biens et services.

13.15 On observe une urbanisation croissante qui accroît les besoins en eau.

13.16 Nombre des plus grands lacs et réservoirs et des fleuves les plus longs sont de plus en plus utilisés pour alimenter en eau potable les populations, leurs terres agricoles et leur exploitations.

13.17 Redistribuer les ressources en eau entre utilisations concurrentes est un défi de plus en plus difficile à relever en Afrique.

13.18 Les prélèvements accrus d'eau dans les lacs, réservoirs et fleuves doivent s'accompagner d'un plus gros effort d'assainissement de base, notamment pour les pauvres.

13.19 La nécessité d'un traitement approprié et d'une évacuation efficace des eaux usées s'impose de plus en plus.

13.20 Le détournement des eaux est une menace croissante à l'intégrité des écosystèmes.

13.21 Il devient urgent de clarifier les rôles et responsabilités des zones urbaines, notamment les municipalités et les exploitants privés, pour le traitement et l'évacuation des déchets, y compris les déchets solides et les eaux usées.

13.22 Les liens importants entre certaines zones humides et les eaux souterraines doivent être dûment pris en compte dans tous les programmes de gestion intégrée des zones humides.

13.23 Les lacs, bassins fluviaux et zones côtières partagés doivent être aménagés conjointement par les pays qui en ont la jouissance en partage.

13.24 Il convient d'entreprendre la restauration des écosystèmes dégradés des zones humides avant qu'ils ne subissent des dommages irréversibles.

13.25 Notre façon de voir devrait évoluer eu égard aux divers biens et services dérivés des zones humides et en fonction des intérêts sociaux et politiques qui déterminent largement les décisions concernant ces zones.

13.26 Il est utile de connaître les divers processus décisionnels pour l'attribution des ressources en eau, ainsi que les outils scientifiques et techniques associés à l'application des méthodes d'attribution.

13.27 Il est également utile de mieux connaître les options pratiques ainsi que les outils de gestion pour une attribution judicieuse des ressources en eau, qui permettra de maintenir les fonctions des écosystèmes des zones humides.

QUESTION 7 Les aspects à ne pas perdre de vue au moment de prendre des options de gestion

14. Les aspects à considérer avant de prendre des options de gestion :

14.1 Les zones humides sont d'importants régulateurs de la quantité et de la qualité d'eau. Différents types de zones humides sont connus pour leur rôle de tampon hydrologique, réduisant les niveaux de crue et les débits de pointe par rétention d'eau en surface et par absorption en nappes aquifères, et réduisant les risques de dommages causés par des inondations en aval. Le maintien de cette fonction naturelle de tampon hydrologique offre aussi davantage de garanties quant aux disponibilités en eaux de ruissellement pendant les saisons sèches - cela peut être extrêmement important pour les populations tributaires d'une agriculture irriguée de subsistance.

14.2 Les écosystèmes des zones humides sont aussi capables d'assimiler quelques déchets biodégradables, offrant d'importantes capacités de traitement pour des substances telles que les excédents de nutrients et de sédiments, et améliorant la qualité de l'eau pour les consommateurs en aval. Quelques zones humides piègent des polluants toxiques tels que les métaux lourds, qui peuvent, le cas échéant, être évacués ultérieurement en vue d'une élimination sans danger. L'intérêt de ces services peut être considérable, car les moyens techniques de régulation hydrométrique et de maintien de la qualité de l'eau sont souvent plus coûteux que les coûts afférents au maintien des fonctions naturelles des écosystèmes des zones humides.

14.3 Les zones humides et les écosystèmes associés régulent également le cycle hydrologique en absorbant de l'eau qu'ils rejettent dans l'atmosphère. Ainsi, dans la forêt pluviale d'Amazonie, 50 % pour cent des pluies proviennent de l'évapotranspiration locale. Si l'on retire le couvert forestier, la zone risque de devenir plus chaude et plus sèche puisque l'eau serait soustraite au cycle végétation-atmosphère. Il peut en résulter, par rétroaction positive, un cycle de désertification, aggravant les pertes de ressources en eau locales. Le recyclage de l'eau par les forêts, y compris les zones humides forestières, est un service précieux pour la régulation du climat local et planétaire et pour le maintien des ressources en eau locales.

14.4 Les pauvres des zones urbaines africaines sont déjà obligés d'acheter de l'eau potable à un prix dix fois plus élevé que dans les pays développés. Si la dégradation des écosystèmes d'eau douce se poursuit, soit les pauvres contracteront davantage de maladies soit il leur faudra acheter de l'eau à des prix nettement plus élevés qu'aujourd'hui.

14.5 Il est urgent d'identifier et d'analyser les problèmes de quantité et de qualité d'eau et leurs incidences sur les sociétés africaines, et de les faire connaître d'une manière qui soit aisément comprise par les dirigeants africains, par tous les responsables et par le public en général.

QUESTION VIII Causes profondes des pertes et dégradations de zones humides

15. Les causes profondes des pertes et dégradations de zones humides, auxquelles il y a lieu de s'attaquer, sont notamment les suivantes :

15.1 Les conflits sont souvent dus au fait que les institutions nationales, au lieu d'œuvrer à la réalisation d'objectifs communs par une action collective et concertée, ne se rejoignent ni sur les objectifs ni sur les priorités.

15.2 Les zones humides peuvent subir l'impact d'activités humaines déployées à l'intérieur de leurs limites et, du fait de l'interconnexion du cycle hydrologique, des activités exercées dans les limites plus vastes du bassin versant.

15.3 La modification par l'homme du régime hydrologique, consistant à prélever de l'eau (notamment dans les nappes souterraines) ou à corriger les débits, peut avoir des répercussions majeures sur l'intégrité des écosystèmes des zones humides.

15.4 L'afflux d'eau insuffisant dans les zones humides, dû aux prélèvements, opérations de stockage et détournements pour l'approvisionnement des ménages, pour l'agriculture, pour l'industrie et pour la production d'énergie hydroélectrique, est l'une des principales causes des pertes et dégradations de zones humides.

15.5 De nombreuses autorités responsables de bassins fluviaux et de nombreux organismes de l'eau ont sous-estimé les valeurs et avantages socio-économiques que présentent les zones humides par le rôle qu'elles jouent dans le maintien du cycle hydrologique, leur productivité (par exemple, comme zone de pêche et comme pâturage) et leur importance sociale (notamment en termes d'héritage culturel).

15.6 Plus grave, nombreux sont ceux qui ne voient dans les zones humides que des concurrents pour la consommation d'eau, à indice élevé d'évaporation, plutôt qu'une composante essentielle de la gestion durable des ressources en eau.

15.7 Le pollution provenant des zones urbaines, de l'agriculture (notamment les pesticides dans les plantations de coton), des déchets industriels et de la pêche au poison, une pratique illégale, compte aussi parmi les principales sources de problèmes.

15.8 L'Afrique utilise encore des pesticides qui ont été interdits sur les marchés des pays développés.

15.9 La déforestation, facteur d'érosion accélérée sur le bassin versant, est l'une des principales causes du déclin de l'eau, en quantité comme en qualité, en particulier dans les lacs.

15.10 L'utilisation de systèmes d'irrigation inadéquats provoquent souvent une salinisation, notamment sur les terres arides.

15.11 L'introduction d'espèces envahissantes est un problème qui ne cesse de s'aggraver.

15.12 Environ 50 pour cent (et même 80 % dans certains pays) de la population humaine vit sur des terres situées à moins de 200 km du littoral, et il en arrive tous les jours davantage.

15.13 De nombreux centres urbains sont situés dans des régions côtières, et certains parmi les plus précieux écosystèmes des zones humides, notamment les estuaires, les lagons, les mangroves et les récifs coralliens, sont également situés dans la zone côtière.

15.14 Toutes ces causes profondes sont liées à l'expansion de schémas mal adaptés d'utilisation des terres, qui sont encouragés par des politiques et des législations improductives.

15.15 L'Agenda 21 affirme qu'une telle intégration doit couvrir tous les types d'étendues d'eau douce, y compris les eaux de surface et les eaux souterraines, et tenir dûment compte de leur gestion quantitative et qualitative et d'autres activités.

15.16 L'Agenda 21 reconnaît aussi que " la fragmentation des responsabilités entre les diverses institutions sectorielles en matière de mise en valeur des ressources en eau s'avère […] un obstacle encore plus grand que prévu [à l'origine] à la promotion d'une gestion intégrée des ressources en eau ".

QUESTION IX Actions prioritaires proposées

16. Ci-après sont indiquées quelques-unes des actions prioritaires à envisager :

16.1 Entreprendre une évaluation économique des zones humides au moins sur un bassin fluvial/lacustre, et en traduire les résultats dans des messages simples appropriés, adressés aux législateurs et à l'ensemble des décideurs, planificateurs, communautés locales, collectivités locales, donateurs, ainsi qu'au public en général.

16.2 Entreprendre une évaluation économique de la perte de zones humides imputable aux activités humaines, notamment à l'introduction d'espèces envahissantes, et en diffuser les résultats par le biais de messages simples appropriés, adressés aux législateurs et à l'ensemble des décideurs, planificateurs, communautés locales, collectivités locales, donateurs, ainsi qu'au public en général.

16.3 Entreprendre l'évaluation de tous les pesticides utilisés en Afrique afin d'appeler les pays à adopter des lois et à prescrire des règlements interdisant la commercialisation et l'utilisation de tous les pesticides déjà interdits par les pays développés.

16.4 Etablir des mécanismes de coordination efficace qui facilitent et encouragent les partenariats permanents entre institutions nationales afin d'atténuer les effets néfastes de la fragmentation des responsabilités entre organismes sectoriels, et de promouvoir l'action collective (organismes responsables pour l'eau potable, pour la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides, pour la gestion des déchets, pour la lutte contre la pollution, pour l'agriculture, pour la navigation).

16.5 Etablir des institutions efficaces ayant la capacité de s'atteler à ces questions écologiques, sociales et économiques préoccupantes.

16.6 Etablir une gestion transparente des zones humides et des bassins versants par le biais d'accords juridiques et en faisant respecter les lois afin de combattre la corruption et de renforcer la confiance entre les parties prenantes.

16.7 Etablir une classification utile et pertinente de toutes les zones humides dans chaque pays et dans chaque région biogéographique afin de faciliter l'identification des zones humides d'un importance capitale pour l'eau potable, pour la sécurité alimentaire (irrigation et/ou pêches), pour le pastoralisme, pour le développement du tourisme et la conservation de la faune, pour l'industrie, pour la production d'énergie, pour les transports, etc.

16.8 Entreprendre des inventaires et évaluations utiles des zones humides en accordant une attention toute particulière à leurs ressources et aux possibilités d'obtenir des résultats écologiques tangibles grâce à une connaissance approfondie des conditions prévalant dans les bassins et des menaces pesant sur eux.

16.9 Les questions cruciales devant faire l'objet d'une planification après qu'auront été effectués les inventaires et évaluations des zones humides sont notamment les suivantes : les sources d'eau potable, y compris les eaux souterraines prioritaires, ainsi que les habitats importants en raison de leur biodiversité.

16.10 Identifier et décrire les écosystèmes d'eau douce critiques, indispensables au plan local, national et international.

16.11 Elaborer et mettre en œuvre des programmes spécifiques face aux menaces que font peser sur les zones humide les utilisations directes les plus patentes, qu'il s'agisse d'en exploiter les services en tant que sources d'eau potable, d'hygiène, d'irrigation ou en tant que facteur de production d'énergie, élément de protection contre les inondations ou ressource pour l'activité industrielle.

16.12 Identifier les types de zones humides les plus vulnérables, tels que les lacs et les réservoirs, très sensibles à la pollution, à l'eutrophication et aux espèces envahissantes, afin d'adopter des mesures spécifiques pour leur conservation et leur utilisation durable.

16.13 Utiliser l'approche hydrographique, identifier et élaborer des modèles de gestion qui répondent aux problèmes prioritaires.

16.14 Instituer des organismes chargés des fleuves et des lacs, avec un mandat clairement défini, des compétences appropriées et des ressources financières suffisantes, ou renforcer les organismes existants.

16.15 Définir les rôles et responsabilités des principales parties prenantes en fonction de leurs intérêts et de leurs compétences afin de faciliter la mise en œuvre des options retenues en matière de gestion.

16.16 Identifier et mettre en œuvre des mesures appropriées de rééquilibrage pour empêcher le déclin des zones humides critiques pour l'humanité et la nature, avant que leur dégradation ne devienne irréversible (incitations efficaces).

16.17 Identifier les pratiques irrationnelles dans les zones humides critiques, définir clairement et appliquer les droits d'utilisation de l'eau censés protéger les fonctions et valeurs de ces zones : par exemple, procéder aux analyses nécessaires des zones humides particulièrement menacées afin de relever toute contamination de poissons et autres produits susceptible d'avoir des effets à long terme sur la santé et les fonctions reproductives de l'être humain.

16.18 Chaque fois que c'est possible, définir les normes qualitatives de l'eau, fixer un règlement réaliste et adopter des incitations positives pour en protéger les utilisations vitales comme la consommation d'eau potable. Les critères descriptifs à utiliser pour expliquer les impacts sur les zones humides dont il n'est pas possible de rendre compte pleinement par des critères numériques, notamment les activités susceptibles d'avoir des effets sur les aspects physiques et/ou biologiques plutôt que sur les caractéristiques chimiques. S'agissant des sources d'eau potables très menacées, notamment les lacs, les réservoirs et les eaux souterraines, il conviendrait d'utiliser des critères numériques pour fixer les normes applicables concernant l'indice de toxicité des contaminants et la dose de contaminant ingérée par la consommation d'eau ou de poisson.

16.19 Instituer une coordination des efforts entre les institutions nationales et entre les états ou pays, pour le transport des déchets.

16.20 Utiliser des techniques de surveillance comportant des mesures de bio-indicateurs qui renseignent sur la qualité de l'eau.

16.21 Dresser une liste évolutive des zones humides menacées, notamment celles qui reçoivent des déchets industriels et urbains contenant des produits chimiques toxiques ou des métaux toxiques tels que le mercure et le cadmium, ainsi que des polluants organiques persistants (POP), dans un effort de sensibilisation, de création de partenariats et de recherche de solutions pratiques applicables aux causes profondes des problèmes concernés.

16.22 Adopter des cadres juridiques appropriés, y compris des mécanismes chargés de faire respecter les lois, qui prescrivent et garantissent la protection des écosystèmes aquatiques contre la pollution et la dégradation imputables aux activités de développement et d'aquaculture, aux engins de pêche dont l'utilisation est interdite et aux pratiques de pêche illicites telles que l'emploi de poison ou de dynamite.

16.23 Adopter et appliquer des stratégies nationales et sous-régionales cohérentes et intégrées qui empêchent et/ou combattent l'invasion d'espèces exotiques ou la prolifération d'espèces indigènes qui dégradent les écosystèmes aquatiques.

16.24 Identifier les lacs critiques qui font vivre d'importantes populations humaines, et prescrire des dispositions juridiques spécifiques pour la protection de la santé et de la biodiversité de ces lacs : ainsi, selon une étude récente rendue publique sur le site web Lakenet, le Lac Manzala, le plus grand lac du delta du Nil, produit 30 pour cent du poisson d'Egypte et fait vivre 120.000 pêcheurs. Le Lac Malawi/Nyasa/Niassa en Afrique du Sud-est abrite 640 espèces de poisson, dont plus de 600 n'existent nulle part ailleurs. Les activités de pêche dans le Lac Malawi fournissent 50 pour cent des protéines animales du Malawi.

QUESTION X Options de gestion proposées

17. Ci-après sont énumérées les options de gestion à envisager :

17.1 Adoption de nouveaux concepts et de nouvelles méthodes fondés sur des combinaisons plus étroites des connaissances de plus en plus vastes des systèmes naturels et des connaissances et techniques évolutives d'ingénierie pour l'aménagement des zones humides et des bassins versants.

17.2 Application de l'approche écosystémique à l'échelle des bassins dans la lutte en faveur d'une eau propre et saine pour la population, en s'assurant que l'eau que boivent les pauvres est potable et en stoppant le processus de destruction des lacs, des fleuves et des cours d'eau sous l'effet de la pollution.

17.3 Application de l'approche dite Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) par le biais de partenariats plus nombreux et élargis entre les institutions chargées de la gestion des ressources en eau, les institutions chargées de l'environnement et celles qui s'occupent de l'agriculture, mais aussi de la pêche, de l'aquaculture et de l'élevage, ainsi que les exploitants privés concernés.

17.4 Application de l'approche dite Gestion intégrée des zones côtières (GIZC) par le biais d'un partenariat élargi et permanent entre les institutions chargées de la gestion des ressources en eau, les institutions chargées de l'environnement et celles qui s'occupent de l'agriculture, mais aussi de la pêche, de l'aquaculture et de l'élevage, ainsi que les exploitants privés concernés.

17.5 Application de la Gestion intégrée des bassins fluviaux et des zones côtières (ICARM), qui est une combinaison de GIRE et de GIZC. La Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE, axée sur la mise en valeur des ressources en eau par la réalisation d'infrastructures) est complémentaire de la Gestion intégrée des bassins fluviaux (GIBF, axée sur le maintien des systèmes hydrologiques naturels) et est apparue en tant que stratégie proposée par l'Agenda 21, au chapitre 18, pour la mise en œuvre des principes de Dublin.

17.6 Adoption d'une approche où l'unité de gestion prend en compte le débit des eaux de surface et la zone d'alimentation en eaux souterraines chaque fois que les eaux de surface contribuent à l'alimentation des eaux souterraines, ou inversement.

17.7 Utiliser la dynamique du partenariat entre institutions compétentes pour évaluer et traiter les problèmes difficiles posés par les espèces envahissantes, par la pollution des étendues d'eau et des aquifères, ou par la dégradation des bassins versants.

17.8 Apporter une attention toute particulière aux sources d'eau potable (lacs, réservoirs, zones de protection des têtes de puits) lorsque le risque d'une contamination de l'eau potable est particulièrement préoccupant.

17.9 Veiller tout particulièrement à recouvrir les zones d'alimentation et observer attentivement les effets de l'action anthropique sur les eaux de surface et les aquifères associés lorsque la préoccupation première doit être la protection d'un aquifère.

17.10 Evaluer et surveiller la vie aquatique pour déterminer le degré de pollution et les risques pour la vie humaine, afin d'inverser la tendance.

QUESTION XI Aspects économiques cruciaux

18. Ci-après sont énumérés certains aspects économiques cruciaux à prendre en considération :

18.1 La capacité des systèmes naturels africains à pourvoir les populations africaines en biens et services dont elles sont toutes tributaires, est en déclin, et il est urgent de prendre les mesures propres à inverser cette tendance.

18.2 Les communications sont défaillantes quant à l'impact réel des politiques laxistes et des législations inopérantes sur la capacité des systèmes naturels à fournir des biens et services.

18.3 Le mauvais fonctionnement des marchés est l'une des causes profondes des pertes d'habitats.

18.4 Les rivières, lacs, plaines inondables, estuaires et mangroves sont presque les seules sources de protéines accessibles aux pauvres et les actifs les plus précieux assurant la subsistance et le développement économique de toutes les populations pauvres (jusqu'à 80 pour cent de la population de nombreux pays africains).

18.5 La pêche intérieure est particulièrement importante pour la sécurité alimentaire dans la mesure où elle constitue l'une des sources de protéines les moins coûteuses pour de nombreux pays africains, encore que les autres utilisations des zones humides soient également importantes.

18.6 Les décisions de développement qui affectent les fleuves, les lacs, les plaines inondables et les mangroves sont souvent prises sur la base d'informations inexactes ou incomplètes concernant la contribution économique du fonctionnement naturel de ces écosystèmes aux moyens de subsistance ruraux.

18.7 Les approvisionnements en eau et en énergie qui dépendent de la conservation des zones humides et des infrastructures appropriées sont une question cruciale à examiner.

18.8 L'élaboration d'options de gestion qui garantissent la sécurité alimentaire et environnementale requiert davantage de collaboration entre spécialistes agricoles et experts de l'environnement, en particulier les administrateurs de zones humides.

18.9 Il importe de savoir que le choix de certaines options de gestion peut induire un transfert de biens d'un secteur défavorisé de la société (population pauvre) vers un segment social comparativement privilégié, de sorte que les pauvres deviennent plus pauvres encore.

18.10 Il importe de savoir que le choix de certaines options de gestion peut induire un transfert de biens d'un pays (en aval) vers un autre (en amont).

18.11 L'identification des options de gestion pour les ressources en eau ne devrait pas entraîner un transfert de biens de groupes vulnérables vers des groupes privilégiés, car il est établi que l'un des principaux objectifs de l'Initiative pour l'environnement doit être de combattre la pauvreté et de contribuer au développement social et économique de l'Afrique.

18.12 Zones humides, Ressources en eau et Villes : question cruciale à traiter dans le cadre du Plan d'action du NEPAD.

18.13 Les programmes éducatifs et de sensibilisation mis en œuvre avec la participation de journalistes peuvent apporter un éclairage supplémentaire aux actions prioritaires pour lesquelles les dirigeants africains doivent opter.

18.14 La privatisation des services d'approvisionnement en eau entraîne un baisse de qualité de l'eau et une augmentation de son prix dans certains pays africains, et cette tendance donne lieu à des activités dirigées contre la privatisation.

18.15 Une plus large implication des parlementaires dans les questions relatives aux zones humides et aux ressources en eau peut encourager une révision des lois pertinentes et des institutions chargées de la gestion de ces zones et de ces ressources.

QUESTION XII Approches sociales et politiques

19. Il convient de prendre les approches suivantes en considération:

19.1 Dans toute approche sociale, économique et politique, s'assurer que le public cible comprenne que l'approche écosytémique n'est pas axée sur les points chauds de la biodiversité et sur les espèces menacées, mais plutôt sur le maintien de la capacité d'écosystèmes entiers (fleuves, lacs, lagons, estuaires, mangroves et autres écosystèmes aquatiques) à produire des biens et services pour le bien-être des hommes.

19.2 Sensibiliser la société civile et le public en général afin que les citoyens utilisent leur vote pour élire des gens qui s'intéressent à l'environnement et aux problèmes de l'eau, et plus particulièrement à celui de l'eau potable pour les pauvres.

19.3 Appeler l'attention de tous les élus, car ils ont le pouvoir de protéger les ressources en eau et les écosystèmes des zones humides.

19.4 Attirer l'attention des chefs traditionnels, des collectivités locales, des organismes communautaires locaux et des ONG locales sur la nécessité d'utiliser une combinaison de systèmes hydrologiques naturels et de procédés techniques simples pour alimenter les pauvres en eau potable.

19.5 Attirer l'attention des organisations internationales et de la communauté de donateurs sur des applications de l'hydrologie plus intéressantes pour la purification et la distribution de l'eau aux divers utilisateurs.


Pour tout renseignement, contactez: Bureau de la Convention de Ramsar, Rue Mauverney 28, CH-1196 Gland, Suisse (Tél. +41 22 999 0170, fax +41 22 999 0169, e-mail ramsar@ramsar.org ). Publié le 11 novembre 2002, Dwight Peck, Ramsar.