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Ramsar COP7 DOC. 17.4


COP7's logo"L’homme et les zones humides: un lien vital"
7e Session de la Conférence des Parties contractantes à la
Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971)
San José, Costa Rica, 10 au 18 mai 1999

Ramsar COP7 DOC. 17.4

Séance technique II:
Plans nationaux pour la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides
Document 4

La restauration comme élément de l’aménagement du territoire pour la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides

Hans Skotte Moller
The National Forest and Nature Agency, Haraldsgade 53, DK 2100 Copenhague, Danemark
Courriel: hsm@sns.dk  (ou hans.moller@hilleroed.mail.telia.com)
Télécopie: + 0045 3927 9899. Tél.: + 0045 3947 2000

Les objectifs de ce document sont (i) d’expliquer pourquoi la restauration des zones humides est nécessaire et (ii) de d’offrir des suggestions et des conseils sur la manière dont la restauration et la remise en état peuvent être encouragées à l’échelon national, c’est à dire intégrées dans la planification, la politique et l’administration des pouvoirs publics, à tous les niveaux.

Introduction

1. Depuis quelques années, la restauration d’anciennes zones humides ou de zones humides dégradées connaît un élan dans la plupart des pays du monde. Les exemples vont de l’immense plaine inondable du Logone, au Cameroun, à la minuscule tourbière de Hestur, en Islande, en passant par l’oasis d’Azraq, en Jordanie, et le lac Hula en Israël, le lac Karla en Grèce, les polders de Babina et Cernovca dans le delta du Danube en Roumanie, le delta du Skjern au Danemark, la restauration de certaines zones du marais littoral en Californie et des marécages des Everglades en Floride, sans oublier la restauration des mangroves en Thaïlande, aux Philippines et en Indonésie, les zones humides du fleuve Mary en Australie et le réseau fluvial du Waitaki supérieur en Nouvelle-Zélande, autant de manifestations tangibles du désir de restaurer des écosystèmes humides ayant perdu leurs fonctions et valeurs sous l’effet d’activités de mise en valeur antérieures.

2. Les zones humides sont considérées comme des terrains vagues depuis longtemps et par nombre de cultures. Les efforts grandissants déployés pour les restaurer ou les remettre en état montrent que cette attitude est en train de changer. C’est également ce qui ressort des rapports nationaux soumis par les Parties contractantes pour la COP7: au 10 mars 1999, 75 rapports sur 107 faisaient état d’activités de restauration ou de remise en état de zones humides.

3. Le présent document explique globalement pourquoi la restauration des zones humides est nécessaire et comment elle peut être encouragée et introduite dans les plans nationaux ou infranationaux de conservation et d’utilisation rationnelle des zones humides.

La restauration des zones humides et la Convention de Ramsar

4. Lorsque la Convention de Ramsar a été élaborée et signée par les premiers pays membres en 1971, très peu de zones humides avaient bénéficié d’une restauration. En effet, à cette époque, du fait de l’accélération de la destruction des zones humides, tous les efforts se concentraient sur la conservation des zones humides restantes et sur l’introduction du concept d’utilisation rationnelle. Il n’est donc guère surprenant que la Convention, aujourd’hui âgée de 28 ans, n’ait pas prévu suffisamment d’orientations ou d’obligations pour les Parties contractantes en matière de restauration ou de remise en état des zones humides.

5. Par la suite, la restauration des zones humides fut inscrite à l’ordre du jour des 4e (1990) et 6e (1996) Sessions de la Conférence des Parties contractantes, dont les Recommandations 4.1 (Montreux) et 6.15 (Brisbane) priaient les Etats membres d’envisager la restauration des zones humides et de la promouvoir.

6. La restauration des habitats naturels dégradés (y compris les zones humides) figure dans d’autres conventions, traités et directives internationaux et régionaux -- par exemple, la Convention sur la diversité biologique (Rio, 1992; Article 8f) et les Directives de la CE sur la protection des oiseaux sauvages (1979) et des habitats naturels (1992), la Déclaration conjointe trilatérale sur la conservation de la mer des Wadden (Pays-Bas, Allemagne, Danemark) et le Plan d’action pour la mer Noire.

Restauration et remise en état des zones humides - peut-on renverser la tendance à la disparition des fonctions et des valeurs des zones humides?

7. La disparition des fonctions et des valeurs des zones humides naturelles sous l’effet des activités humaines est un phénomène récent en terme géologique. Toutefois, il y a 4000 ans que l’homme a commencé, par ses activités, à modifier les caractéristiques des zones humides, qu’il s’agisse d’eaux dormantes, riveraines ou d’écosystèmes côtiers (Mésopotamie, Égypte, Chine, Siam, empire Inca), en introduisant l’irrigation pour que l’agriculture puisse se développer. Dans d’autres grandes régions comme les zones tempérées, subtropicales et tropicales de l’Amérique du Nord, de l’Asie et de l’Europe et certaines parties de l’Afrique, les effets ont commencé à se manifester y a quelques siècles, avec une accélération au 20e siècle, et se sont intensifiés à mesure que l’énergie et les instruments nécessaires pour modifier les écosystèmes saturés d’eau sont devenus plus efficaces et disponibles à l’échelle mondiale.

8. L’expérience des nombreux projets et programmes de restauration et de remise en état réalisés à ce jour révèle qu’il est pratiquement impossible de restaurer des écosystèmes humides exactement dans l’état où ils se trouvaient en termes d’apparence physique, de composition des espèces et de processus écologiques. Cette restauration n’est jamais réalisable à 100%, ce pour trois raisons principales: les zones humides sont des écosystèmes dynamiques; certains attributs particulier des anciennes zones humides subissent des pertes irréversibles une fois que la mise en valeur a eu lieu; faute de descriptions et d’informations de base sur les conditions qui prévalaient à l’origine. Qui plus est, pour des raisons d’ordre économique, politique et/ou pratique, des compromis doivent souvent être faits dans la conception des projets de restauration.

9. De nombreux exemples de projets et de grammes mis en oeuvre ces dernières années attestent néanmoins qu’il est possible de restaurer un certain nombre de fonctions et de valeurs d’une zone humide et que, compte tenu des avantages, il y a beaucoup de bonnes raisons de le faire, notamment le fait que l’on sache aujourd’hui que nombre de ces fonctions sont très bénéfiques pour l’homme.

Pourquoi la restauration est-elle nécessaire ? Quelques bonnes raisons...

10. Il existe plusieurs bonnes raisons de procéder à la restauration et à la remise en état des zones humides dégradées. Ces raisons sont essentiellement les mêmes que pour la conservation des zones humides naturelles - leurs fonctions précieuses et les services qu’elles offrent. Même s’il est souvent difficile, voire impossible de restaurer des zones humides exactement dans l’état où elles étaient avant leur transformation, on compte aujourd’hui de nombreux exemples de projets ayant permis de restaurer un certain nombre au moins de fonctions et de valeurs.

11. Les principales fonctions des zones humides sont (UICN 1990, modifié):

i. La recharge des eaux souterraines

ii. L’évacuation des eaux souterraines

iii. La maîtrise des crues

iv. La stabilisation des littoraux et le contrôle de l’érosion

v. La rétention sédiments/des substances toxiques

vi. La rétention des nutriments

vii. L’exportation de biomasse

viii. La protection contre les tempêtes/coupe-vent

ix. La stabilisation des microclimats

x. Le transport de l’eau

xi. Les loisirs/le tourisme

xii. La protection des ressources en eau douce contre la salinisation.

12. Les zones humides fournissent en outre des produits et des avantages importants tels que:

i. Ressources forestières

ii. Ressources sauvages

iii. Pêche

iv. Ressources fourragères

v. Ressources agricoles

vi. Apport d’eau.

13. Enfin, elles possèdent des attributs essentiels à la conservation de la diversité biologique et nombre d’entre elles recèlent un patrimoine culturel unique.

14. De nombreux projets de restauration sont en cours, visant à restituer aux zones humides leurs fonctions et avantages, à savoir:

i. Restauration des pêcheries et des zones de parcours: plaine inondable du Waza Logone, Cameroun .

ii. Restauration orientée vers la maîtrise des crues: parties inférieures du Rhin, Pays-Bas et Allemagne, et lac Fetzaraoire, Algérie..

iii. Stockage de l’eau: oasis d’Azraq, Jordanie.

iv. Stabilisation des littoraux, protection contre les tempêtes et pêcheries: restauration des mangroves, Malaisie, Thaïlande, Bangladesh, Australie, Philippines, Indonésie, Inde, Viet Nam et Chine.

v. Rétention et élimination des nutriments: programme global de restauration des zones humides au Danemark axé sur l’élimination des nitrates afin de réduire l’eutrophisation du milieu marin, Étang de l’Or, lagune côtière, France, lac Hula, Israël.

vi. Protection de ressources en eau douce, en eau souterraine et en sol contre la salinisation : restauration de la lagune de Katarapko et d’autres zones humides en Australie, de zones humides côtières au Danemark pour prévenir l’infiltration d’eau salée, du lac Karla en Grèce.

vii. Restauration ou remise en état de zones humides pour améliorer la conservation de la diversité biologique et/ou encourager les loisirs/le tourisme: lacs Hornborga et Draven, Suède, restauration de plaines inondables en Australie, marais des Everglades, Floride, Etats-Unis, système de zones humides de Molentargius, Italie et bien d’autres.

ix. Restauration de deltas fluviaux importants en déclin: delta du fleuve Louisiane, Etats-Unis.

Quand la restauration est-elle nécessaire ? Les perspectives globales et au niveau de l’écosystème

15. Depuis les années 50, les destructions et les modifications qu’ont subies les zones humides ont été les plus graves de toute l’histoire de l’humanité: canalisation ou endiguement passés et actuels de fleuves et autres cours d’eau; assèchement et mise en culture de lacs peu profonds, de marais et de tourbières; remblayage, mise en valeur ou destruction, passé et en cours, d’écosystèmes côtiers par l’abattage des mangroves, l’exploitation des récifs coralliens, etc. Outre les modifications physiques et la destruction de nombreux écosystèmes humides, l’eutrophisation, l’acidification, la pollution chimique et l’introduction d’espèces envahissantes ont, au fil des dernières décennies, contribué à détériorer de nombreux écosystèmes humides.

16. Seuls quelques écosystèmes humides importants des régions arctiques et antarctiques centrale sont restés relativement vierges: les vastes tourbières des régions sub-arctiques, les systèmes alluviaux de Sibérie, du Canada, de l’Amazonie, du Pantanal et quelques zones d’Afrique centrale. Pour ces régions, la question de la restauration et de la remise en état demeure largement hors de propos en 1999 (en comparaison avec les besoins de conservation et d’utilisation durable des zones humides).

Des inventaires des anciennes zones humides ou des zones humides dégradées sont nécessaires

17. à ce jour, seuls quelques pays ont réussi à dresser l’inventaire de leurs anciennes zones humides et/ou à évaluer les besoins de restauration ou de remise en état des sites dégradés, à savoir: l’Australie, le Danemark, la Suède, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas et certains Etats des Etats-Unis. A l’échelle régionale ou locale, les exemples sont plus nombreux. Toutefois, pour qu’ils soit possible de définir les mesures prioritaires en matière restauration et de mener des actions plus systématiques, cet effort doit être intensifié.

18. Dans la perspective de l’amélioration de l’écosystème, la nécessité de la restauration est évidente pour de nombreux habitats, mais les analyses globales des avantages fournis et des efforts nécessaires (y compris les aspects socio-économiques et la problématique hommes-femmes) demeurent largement insuffisantes au niveau tant national que régional.

Des zones humides tempérées-tropicales peu profondes d’eau douce et côtières ont disparu ou ont perdu des fonctions essentielles

19. Il semble que, dans l’immédiat, ce soient les écosystèmes d’eau douce, peu profonds, d’eaux libres (moins d’un mètre de profondeur) et de marais (tourbières, fagnes, marais salants, roselières, mangroves, etc.) qui subissent le plus de pressions, et dont la restauration ou la remise en état ont le plus de chances d’être bénéfiques aux habitats et aux communautés humaines. La dégradation des fonctions de ces zones humides est largement imputable au fait que, d’un point de vue technique, elles ont toujours été plus faciles à mettre en valeur que les écosystèmes humides plus profonds ou plus éloignés. Ce problème est également très significatif dans les écosystèmes côtiers, sous les latitudes tropicales, subtropicales et tempérées.

La restauration des cours d’eau est nécessaire - une approche globale à l’échelle du bassin versant est nécessaire

20. Normalement, les écosystèmes alluviaux sont intégrés aux écosystèmes d’eaux dormantes adjacents, mais sont subissent divers impacts qui modifient et réduisent leurs fonctions naturelles. On citera par exemple: la canalisation et l’endiguement, qui entraînent des destructions graves de zones d’alevinage pour les poissons, une rétention des nutriments et une sédimentation. Il convient de souligner que la restauration des zones humides en tant qu’élément d’un écosystème fluvial - surtout si l’on peut appliquer des méthodes ou des stratégies couvrant l’ensemble du bassin versant - est un instrument essentiel et nécessaire pour restaurer des fonctions et des avantages, réduire les risques d’inondation en aval, améliorer la qualité de l’eau et rétablir des communautés végétales ainsi que des populations de poissons et d’autres espèces sauvages.

21. Là aussi, on enregistre un nombre croissant d’exemples pratiques de restauration de cours d’eau, mais peu de stratégies globales à l’échelon national et régional, ou au niveau de l’ensemble d’un bassin versant. De nouveaux exemples régionaux de restauration et de remise en état pour d’écosystèmes alluviaux entiers (y compris, en principe, le bassin versant) sont fournis par la Convention sur le Danube, qui sera adoptée par les 12 Etats européens du bassin versant du Danube, et par le Plan d’action stratégique pour la restauration et la protection de la mer Noire (1996), qui insiste aussi sur la nécessité de restaurer les zones humides adjacentes.

22. Il est recommandé d’intensifier les efforts visant à élaborer des plans de gestion pour les bassins fluviaux, lorsque les besoins de restauration et de remise en état sont également dûment pris en compte, et de prendre en considération les zones humides anciennes ou dégradées comme faisant partie intégrante du bassin versant dans son ensemble. Les Everglades en Floride (46 000 km²) aux Etats-Unis et la plaine inondable du Logone (8000 km²) au Cameroun sont des exemples très édifiants de grands projets de restauration incluant la majeure partie ou l’intégralité des principaux bassins hydrographiques. Autre exemple, le Kenya, qui vient d’adopter une approche au niveau de l’ensemble du bassin versant, y compris la lutte contre l’érosion au moyen du boisement.

Comment encourager la restauration et la remise en état à l’échelle nationale et régionale ?

23. Les rapports nationaux pour la période de 1996 à 1998 préparés pour la 7e Session de la Conférence des Parties contractantes à la Convention de Ramsar révèlent que la majorité des Parties contractantes considèrent la restauration et la remise en état des zones humides comme prioritaires. Dans la plupart des pays, le niveau d’activité est relativement faible ou se trouve encore au stade initial, avec quelques projets pilote, rares et sporadiques, planifiés ou mis en oeuvre. Seule une poignée d’Etats membres a élaboré des stratégies ou des plans d’action pour encourager la restauration et la remise en état à l’échelle nationale2 ou régionale. Certaines de ces expériences pourraient servir d’exemple à d’autres pays.

Comment lancer le processus ou le stimuler: projets pilote, inventaires, participation du public.

24. Au premier stade, les projets pilote de restauration, souvent lancés par des ONG et/ou des populations locales, peuvent - surtout s’ils sont mis en oeuvre avec succès - encourager les décideurs et l’opinion publique à soutenir l’élaboration d’autres stratégies de restauration.

25. Pour garantir le succès des projets pilotes (et de ceux qui les suivront!), il convient d’observer un certain nombre de critères, notamment en tenant dûment compte des aspects écologiques, des conséquences et des intérêts de toutes les parties prenantes, ainsi que des aspects économiques et autres (voir encadré 1).

26. Un outil précieux pour la sélection les sites nécessitant une restauration ou une remise en état est l’inventaire national ou régional des zones humides ayant fait l’objet d’une mise en valeur et dégradées, incluant des orientations sur les possibilités et sur les buts de la restauration et de la remise en état. De tels inventaires peuvent être réalisés par des instituts de recherche, des universités et autres institutions similaires, si possible avec le soutien et en coopération avec les autorités nationales et régionales de gestion des ressources naturelles. à ce jour, seuls quelques pays (par exemple l’Australie, le Danemark, la Suède, la Nouvelle-Zélande et les Pays-Bas) ont réalisé de tels inventaires. Dans les pays en développement, ces inventaires être soutenus par des partenaires bilatéraux ou multilatéraux, dans le cadre de programmes d’aide à la conservation.

27. Dans tous les cas, il importe d’associer la population et des parties prenantes locales dès le premier stade du processus et de privilégier leurs idées et leurs propositions. Il peut néanmoins arriver que des politiques et des intérêts nationaux soient incompatibles avec des idées et des points de vue locaux.

Mettre au point des stratégies et des plans d’action - un préalable important

28. Les stratégies et les plans d’action plus globaux, axés sur la restauration de zones humides couvrant l’ensemble d’un pays, d’un État ou d’une région, contribuent largement à la reconnaissance et à l’acceptation politiques de la restauration et de la remise en état, et à leur prise en compte dans la législation et dans les plans d’occupation des sols. De plus, il faut savoir qu’il est très souvent plus facile d’obtenir un financement pour des projets ou des programmes lorsque ceux-ci sont effectivement intégrés dans de tels plans (adoptés).

29. Les stratégies et les plans d’action peuvent être élaborés par les comités nationaux pour les zones humides (appuyés par des instituts de recherche, des organisations gouvernementales et des ONG, ainsi que des secrétariats dotés de ressources suffisantes), mais il est important qu’ils s’appuient sur des études et des analyses pluridisciplinaires approfondies, révélant les conséquences, les avantages et les inconvénients.

Encadré 1. Critères de sélection des sites à restaurer

A. Le projet se justifie-t-il?

i. La restauration et à la remise en état présentent-elles des avantages écologiques, tels que l’amélioration de l’apport et de la qualité de l’eau (réduction de l’eutrophisation, préservation des ressources en eau douce, conservation de la diversité biologique, amélioration de la gestion des "ressources humides", maîtrise des crues ?).

ii. Les aspects économiques du projet - dépenses relativement faibles, par exemple faible coût des travaux techniques et des compensations versées aux utilisateurs et aux propriétaires des terres - devraient être prioritaires. Les aspects coût-efficacité sont importants.

iii .Quelles possibilités, avantages ou inconvénients l’aire restaurée offrira-t-elle à la population locale et à la région? (Conditions sanitaires, ressources de base - eau et nourriture, possibilités accrues en matière de loisirs et d’écotourisme, etc.)

iv. La valeur esthétique est-elle accrue? Possibilités pédagogiques (écologie des zones humides, gestion durable des ressources).

v. Y a-t-il des aspects liés au patrimoine culture, tels que la conservation de sites antiques?

vi. Le projet peut-il aider à remplir des obligations internationales liées à la conservation et à l’utilisation durable des zones humides?

B. Le projet est-il réalisable?

i. Les aspects écologiques du projet: état actuel de la région et mise en valeur prévue des habitants futurs dans la perspective des communautés et des espèces végétales et animales, de la qualité de l’eau, de l’hydrologie et de la géomorphologie.

ii. Le statut actuel du site en termes d’occupation des sols. La situation différera en fonction du pays (en développement, développé ou à l’économie en transition) et des objectifs de restauration et de remise en état, mais des terres marginales peu rentables dans les conditions actuelles sont une cible envisageable.

iii. La réalisation du projet présente-t-elle un intérêt régional et local? Toutes les parties prenantes ont-elles été identifiées? Les conséquences socio-économiques sont-elles connues et prises en compte?

iv. Le projet est-il techniquement possible? Par exemple, nécessitera-t-il des équipements et des méthodes de restauration qui ne sont pas disponibles?

30. Il importe, par conséquence, de couvrir non seulement les aspects biologiques et hydrologiques, mais aussi les aspects économiques, socio-économiques et culturels. Il sera donc souvent utile, à un stade précoce, d’établir des comités directeurs ou consultatifs à composition élargie pour s’occuper de la phase des travaux avec des représentants des autorités gouvernementales et régionales, e la communauté scientifique, des organisations de propriétaires et d’utilisateurs des terres, du secteur privé, des ONG ("vertes" et autres), etc.

31. Il peut arriver que des stratégies et des plans d’action n’aient pas une approche globale de la restauration et de la remise en état (à l’échelle d’une région ou d’un pays) mais une approche thématique, privilégiant une seule ou quelques fonctions et valeurs, telles que maîtrise des crues, réduction de la pollution ou conservation de la diversité biologique.

32. Les exemples de plans d’action ou d’initiatives de restauration et de remise en état à l’échelle d’un pays sont nombreux, par exemple, Pays-Bas, France, Danemark, Nouvelle-Zélande et Etats-Unis (plan d’action pour une eau salubre). Certains pays mettent en œuvre des plans d’action pour des habitats particuliers, par exemple, au Canada pour les tourbières excavées et, en Suède, chaulage de lacs et cours d’eau affectés par la pollution acide pour neutraliser l’eau et maintenir les populations de poissons et d’autres espèces.

Intégrer des stratégies et des plan d’action dans les politiques nationales et régionales: aménagement du territoire, législation et financement

33. A ce jour, seuls trois pays, dont le Danemark et les Pays-Bas, ont intégré des stratégies et des plans d’action de restauration des zones humides dans leur planification nationale et régionale d’aménagement du territoire. Une telle intégration peut être encouragée par la diffusion d’informations sur les valeurs des zones humides en général ou spécifiquement liées aux grands projets de restauration et de remise en état, plus visibles, qui sont mis en oeuvre. Ainsi, la diffusion de l’information devrait être une activité intégrée durant toute la phase de mise en œuvre, et couvrir tout le cycle du projet (planification et préparation, participation des intéressés locaux, réalisation pratique des travaux de construction, cérémonies d’inauguration en présence de personnalités et résultats des programmes de surveillance ultérieurs).

34. L’intégration de la restauration et de la remise en état dans la planification de l’aménagement du territoire et la législation nationale peut également être encouragée par des visites de sites organisées pour les décideurs, ainsi que par des échanges d’informations à l’occasion de visites de zones restaurées à l’étranger et/ou dans des pays voisins ayant agi dans le sens de cette intégration). Les comités nationaux pour les zones humides ou d’autres organismes consultatifs similaires, rassemblant des représentants des ministères clés, peuvent également être bien qualifiés pour encourager un tel processus et agir. Des stratégies nationales fondées sur des lignes directrices adoptées à un niveau institutionnel, définissant la superficie des anciennes zones humides ou des zones humides dégradées à restaurer dans des délais précis peuvent aussi encourager des plans d’actions concrets.

35. La plupart des pays n’ont aujourd’hui qu’une législation "défensive" qui protège les zones humides existantes et les sites Ramsar. Rares sont ceux qui ont modifié leur législation et privilégié la remise en état des ressources naturelles, par exemple en les améliorant de telle sorte qu’elles fassent partie de la clause objective de la législation sur la protection de la nature (par exemple Danemark) ou qui ont intégré la restauration dans des plans d’action pour les ressources en eau (par exemple Etats-Unis). Une telle attitude aide aussi à obtenir des fonds disponibles pour d’autres activités.

36. Il convient de noter que beaucoup de pays ont réussi à lancer des activités de remise en état (projets pilote) même si elles sont encore au stade expérimental. Souvent, la réussite d’un projet de restauration incite le public à s’intéresser aux zones humides et à participer plus activement aux activités de conservation.

37. Le financement des activités de restauration et de remise en état peut venir de diverses sources, telles que: taxes publiques, droits particuliers versés par certains groupes spécialement intéressé par le sujet (par exemple, chasseurs, pêcheurs à la ligne ou naturalistes), secteur privé et industries qui exploitent des zones humides ou en dépendent. Les pays en développement peuvent aussi obtenir des fonds auprès de programmes d’assistance bi-et multilatéraux orientés à la fois vers la conservation et l’utilisation durable des zones humides et sur le secteur de l’eau au sens large. A cet égard, il importe d’étudier les possibilités qu’offrent les divers programmes d’aide internationaux (par exemple, FEM et banques régionales de développement) pour la restauration et la remise en état des zones humides.

Quelques lignes directrices pour garantir le succès de la restauration des zones humides

38. En conclusion, nous vous proposons un résumé des lignes directrices susceptibles de garantir le succès de la restauration et de la remise en état des zones humides. Elle ne conviennent pas à toutes les situations et il convient de rappeler que le projets de restauration et de remise en état sont souvent à la fois onéreux et lourds, et qu’ils ne remplacent que rarement la conservation des zones humides naturelles encore intactes ou légèrement modifiées. La nécessité de restaurer les valeurs dégradées des écosystèmes humides existe toutefois dans de nombreux pays et régions.

Encadré 2: Lignes directrices garantir le succès de la restauration et de la remise en état des zones humides

i. Des plans et des lois sur la protection et l’utilisation durable de la nature et de l’environnement, et sur la gestion de l’eau devraient être élaborés, comportant des obligations ou (du moins) des possibilités de restauration des zones humides. Cela peut aussi encourager l’attribution de fonds à des fins de restauration.

ii. Des objectifs multiples, comme la conservation de la diversité biologique, la fourniture de ressources alimentaires fiables, l’apport en eau douce, l’épuration des eaux, le contrôle des crues et les loisirs accroissent souvent la durabilité des avantages globaux d’un projet de restauration.

iii. Toutes les parties prenantes doivent être identifiées à un stade précoce. La réalisation d’un projet dépend de la coopération entre les propriétaires et/ou les utilisateurs des terres, les pouvoirs publics et les politiciens à différents niveaux, les consultants techniques et scientifiques et les organisations non gouvernementales.

iv. De nombreux projets doivent être soumis à une enquête préalable et une étude d’impact sur l’environnement approfondies avant leur mise en œuvre.

v. Les projets pilotes couronnés de succès peuvent servir d’exemple et de modèle.

vi. Une information "grand public" non spécialisée, sur les effets et les conséquences avant, pendant et après l’exécution des projets est importante.

vii. Les investissement et les changements devraient être durables à long terme et non pas apporter des résultats temporaires. Des plans de conservation et de gestion des zones restaurées devraient être adoptés à un stade précoce.

viii. Des coûts peu élevés devraient être recherchés pour la phase de reconstruction.

ix. L’entretien futur des sites restaurés ne devrait entraîner que des frais d’exploitation faibles ou nuls. Dans certains cas, il sera même possible de tirer des recettes/avantages des zones restaurées.

x. Le suivi des effets et la diffusion d’informations sur les résultats sont recommandés.

Conclusion

39. Les activités de restauration et de remise en état des zones humides se sont généralisées depuis quelques années et ont été officialisées dans plusieurs pays. Certains pays ont même été jusqu’à établir des objectifs de restauration. Parmi ces exemples figurent les Etats-Unis, qui se sont fixés pour but de parvenir à un gain net de 40 000 ha de zones humides par an d’ici à 2005, et le Danemark, qui vise un gain net de 3000 ha par an d’ici à 2003. Il n’est pas étonnant que les activités de restauration et de remise en état se soient surtout développées dans les pays qui ont perdu le plus de zone humides naturelles en termes relatifs et qui possèdent le plus de ressources pour mettre en œuvre des activités et des programmes onéreux.

40. Les rapports nationaux soumis par les Parties contractantes à la COP7 révèlent toutefois qu’une majorité d’Etats membre ont inscrit la restauration et la remise en état de leurs zones humides au nombre des priorités nationales. De nombreuses activités pilote ont été lancées ces dernières années et plusieurs pays, y compris des pays en développement, ont l’intention de lancer des projets et des programmes de restauration et de remise en état ces prochaines années. Cela ne fait qu’accentuer la nécessité de disposer de ressources supplémentaires dans ce domaine, y compris des recommandations, des lignes directrices et des stratégies dans le cadre de la Convention de Ramsar.

41. En conclusion, il faut savoir que les zones humides sont peut-être le premier écosystème important que l’humanité, à une échelle planétaire, va essayer de restaurer et de remettre en état pour compenser les destructions et la mauvaise gestion infligées aux ressources naturelles dans le passé.


Pour tout renseignement, contactez: Bureau de la Convention de Ramsar, Rue Mauverney 28, CH-1196 Gland, Suisse (Tél. +41 22 999 0170, fax +41 22 999 0169, e-mail ramsar@ramsar.org ). Traduit de l'anglais par Catherine Lokschin. Publié le 14 avril 1999, Dwight Peck, Ramsar.

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