Convention
sur les zones humides
Ramsar COP7 DOC. 17.4
"Lhomme
et les zones humides: un lien vital"
7e Session de la Conférence des Parties contractantes à la
Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971)
San José, Costa Rica, 10 au 18 mai 1999
Ramsar COP7 DOC. 17.4
Séance technique II:
Plans nationaux pour la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides
Document 4
La restauration comme élément de laménagement du territoire pour la conservation et lutilisation rationnelle des zones humides
Hans Skotte Moller
The National Forest and Nature Agency, Haraldsgade 53, DK 2100 Copenhague, Danemark
Courriel: hsm@sns.dk (ou hans.moller@hilleroed.mail.telia.com)
Télécopie: + 0045 3927 9899. Tél.: + 0045 3947 2000
Les objectifs de ce document sont (i) dexpliquer pourquoi la restauration des zones humides est nécessaire et (ii) de doffrir des suggestions et des conseils sur la manière dont la restauration et la remise en état peuvent être encouragées à léchelon national, cest à dire intégrées dans la planification, la politique et ladministration des pouvoirs publics, à tous les niveaux.
Introduction
1. Depuis quelques années, la restauration danciennes zones humides ou de zones humides dégradées connaît un élan dans la plupart des pays du monde. Les exemples vont de limmense plaine inondable du Logone, au Cameroun, à la minuscule tourbière de Hestur, en Islande, en passant par loasis dAzraq, en Jordanie, et le lac Hula en Israël, le lac Karla en Grèce, les polders de Babina et Cernovca dans le delta du Danube en Roumanie, le delta du Skjern au Danemark, la restauration de certaines zones du marais littoral en Californie et des marécages des Everglades en Floride, sans oublier la restauration des mangroves en Thaïlande, aux Philippines et en Indonésie, les zones humides du fleuve Mary en Australie et le réseau fluvial du Waitaki supérieur en Nouvelle-Zélande, autant de manifestations tangibles du désir de restaurer des écosystèmes humides ayant perdu leurs fonctions et valeurs sous leffet dactivités de mise en valeur antérieures.
2. Les zones humides sont considérées comme des terrains vagues depuis longtemps et par nombre de cultures. Les efforts grandissants déployés pour les restaurer ou les remettre en état montrent que cette attitude est en train de changer. Cest également ce qui ressort des rapports nationaux soumis par les Parties contractantes pour la COP7: au 10 mars 1999, 75 rapports sur 107 faisaient état dactivités de restauration ou de remise en état de zones humides.
3. Le présent document explique globalement pourquoi la restauration des zones humides est nécessaire et comment elle peut être encouragée et introduite dans les plans nationaux ou infranationaux de conservation et dutilisation rationnelle des zones humides.
La restauration des zones humides et la Convention de Ramsar
4. Lorsque la Convention de Ramsar a été élaborée et signée par les premiers pays membres en 1971, très peu de zones humides avaient bénéficié dune restauration. En effet, à cette époque, du fait de laccélération de la destruction des zones humides, tous les efforts se concentraient sur la conservation des zones humides restantes et sur lintroduction du concept dutilisation rationnelle. Il nest donc guère surprenant que la Convention, aujourdhui âgée de 28 ans, nait pas prévu suffisamment dorientations ou dobligations pour les Parties contractantes en matière de restauration ou de remise en état des zones humides.
5. Par la suite, la restauration des zones humides fut inscrite à lordre du jour des 4e (1990) et 6e (1996) Sessions de la Conférence des Parties contractantes, dont les Recommandations 4.1 (Montreux) et 6.15 (Brisbane) priaient les Etats membres denvisager la restauration des zones humides et de la promouvoir.
6. La restauration des habitats naturels dégradés (y compris les zones humides) figure dans dautres conventions, traités et directives internationaux et régionaux -- par exemple, la Convention sur la diversité biologique (Rio, 1992; Article 8f) et les Directives de la CE sur la protection des oiseaux sauvages (1979) et des habitats naturels (1992), la Déclaration conjointe trilatérale sur la conservation de la mer des Wadden (Pays-Bas, Allemagne, Danemark) et le Plan daction pour la mer Noire.
Restauration et remise en état des zones humides - peut-on renverser la tendance à la disparition des fonctions et des valeurs des zones humides?
7. La disparition des fonctions et des valeurs des zones humides naturelles sous leffet des activités humaines est un phénomène récent en terme géologique. Toutefois, il y a 4000 ans que lhomme a commencé, par ses activités, à modifier les caractéristiques des zones humides, quil sagisse deaux dormantes, riveraines ou décosystèmes côtiers (Mésopotamie, Égypte, Chine, Siam, empire Inca), en introduisant lirrigation pour que lagriculture puisse se développer. Dans dautres grandes régions comme les zones tempérées, subtropicales et tropicales de lAmérique du Nord, de lAsie et de lEurope et certaines parties de lAfrique, les effets ont commencé à se manifester y a quelques siècles, avec une accélération au 20e siècle, et se sont intensifiés à mesure que lénergie et les instruments nécessaires pour modifier les écosystèmes saturés deau sont devenus plus efficaces et disponibles à léchelle mondiale.
8. Lexpérience des nombreux projets et programmes de restauration et de remise en état réalisés à ce jour révèle quil est pratiquement impossible de restaurer des écosystèmes humides exactement dans létat où ils se trouvaient en termes dapparence physique, de composition des espèces et de processus écologiques. Cette restauration nest jamais réalisable à 100%, ce pour trois raisons principales: les zones humides sont des écosystèmes dynamiques; certains attributs particulier des anciennes zones humides subissent des pertes irréversibles une fois que la mise en valeur a eu lieu; faute de descriptions et dinformations de base sur les conditions qui prévalaient à lorigine. Qui plus est, pour des raisons dordre économique, politique et/ou pratique, des compromis doivent souvent être faits dans la conception des projets de restauration.
9. De nombreux exemples de projets et de grammes mis en oeuvre ces dernières années attestent néanmoins quil est possible de restaurer un certain nombre de fonctions et de valeurs dune zone humide et que, compte tenu des avantages, il y a beaucoup de bonnes raisons de le faire, notamment le fait que lon sache aujourdhui que nombre de ces fonctions sont très bénéfiques pour lhomme.
Pourquoi la restauration est-elle nécessaire ? Quelques bonnes raisons...
10. Il existe plusieurs bonnes raisons de procéder à la restauration et à la remise en état des zones humides dégradées. Ces raisons sont essentiellement les mêmes que pour la conservation des zones humides naturelles - leurs fonctions précieuses et les services quelles offrent. Même sil est souvent difficile, voire impossible de restaurer des zones humides exactement dans létat où elles étaient avant leur transformation, on compte aujourdhui de nombreux exemples de projets ayant permis de restaurer un certain nombre au moins de fonctions et de valeurs.
11. Les principales fonctions des zones humides sont (UICN 1990, modifié):
i. La recharge des eaux souterraines
ii. Lévacuation des eaux souterraines
iii. La maîtrise des crues
iv. La stabilisation des littoraux et le contrôle de lérosion
v. La rétention sédiments/des substances toxiques
vi. La rétention des nutriments
vii. Lexportation de biomasse
viii. La protection contre les tempêtes/coupe-vent
ix. La stabilisation des microclimats
x. Le transport de leau
xi. Les loisirs/le tourisme
xii. La protection des ressources en eau douce contre la salinisation.
12. Les zones humides fournissent en outre des produits et des avantages importants tels que:
i. Ressources forestières
ii. Ressources sauvages
iii. Pêche
iv. Ressources fourragères
v. Ressources agricoles
vi. Apport deau.
13. Enfin, elles possèdent des attributs essentiels à la conservation de la diversité biologique et nombre dentre elles recèlent un patrimoine culturel unique.
14. De nombreux projets de restauration sont en cours, visant à restituer aux zones humides leurs fonctions et avantages, à savoir:
i. Restauration des pêcheries et des zones de parcours: plaine inondable du Waza Logone, Cameroun .
ii. Restauration orientée vers la maîtrise des crues: parties inférieures du Rhin, Pays-Bas et Allemagne, et lac Fetzaraoire, Algérie..
iii. Stockage de leau: oasis dAzraq, Jordanie.
iv. Stabilisation des littoraux, protection contre les tempêtes et pêcheries: restauration des mangroves, Malaisie, Thaïlande, Bangladesh, Australie, Philippines, Indonésie, Inde, Viet Nam et Chine.
v. Rétention et élimination des nutriments: programme global de restauration des zones humides au Danemark axé sur lélimination des nitrates afin de réduire leutrophisation du milieu marin, Étang de lOr, lagune côtière, France, lac Hula, Israël.
vi. Protection de ressources en eau douce, en eau souterraine et en sol contre la salinisation : restauration de la lagune de Katarapko et dautres zones humides en Australie, de zones humides côtières au Danemark pour prévenir linfiltration deau salée, du lac Karla en Grèce.
vii. Restauration ou remise en état de zones humides pour améliorer la conservation de la diversité biologique et/ou encourager les loisirs/le tourisme: lacs Hornborga et Draven, Suède, restauration de plaines inondables en Australie, marais des Everglades, Floride, Etats-Unis, système de zones humides de Molentargius, Italie et bien dautres.
ix. Restauration de deltas fluviaux importants en déclin: delta du fleuve Louisiane, Etats-Unis.
Quand la restauration est-elle nécessaire ? Les perspectives globales et au niveau de lécosystème
15. Depuis les années 50, les destructions et les modifications quont subies les zones humides ont été les plus graves de toute lhistoire de lhumanité: canalisation ou endiguement passés et actuels de fleuves et autres cours deau; assèchement et mise en culture de lacs peu profonds, de marais et de tourbières; remblayage, mise en valeur ou destruction, passé et en cours, décosystèmes côtiers par labattage des mangroves, lexploitation des récifs coralliens, etc. Outre les modifications physiques et la destruction de nombreux écosystèmes humides, leutrophisation, lacidification, la pollution chimique et lintroduction despèces envahissantes ont, au fil des dernières décennies, contribué à détériorer de nombreux écosystèmes humides.
16. Seuls quelques écosystèmes humides importants des régions arctiques et antarctiques centrale sont restés relativement vierges: les vastes tourbières des régions sub-arctiques, les systèmes alluviaux de Sibérie, du Canada, de lAmazonie, du Pantanal et quelques zones dAfrique centrale. Pour ces régions, la question de la restauration et de la remise en état demeure largement hors de propos en 1999 (en comparaison avec les besoins de conservation et dutilisation durable des zones humides).
Des inventaires des anciennes zones humides ou des zones humides dégradées sont nécessaires
17. à ce jour, seuls quelques pays ont réussi à dresser linventaire de leurs anciennes zones humides et/ou à évaluer les besoins de restauration ou de remise en état des sites dégradés, à savoir: lAustralie, le Danemark, la Suède, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas et certains Etats des Etats-Unis. A léchelle régionale ou locale, les exemples sont plus nombreux. Toutefois, pour quils soit possible de définir les mesures prioritaires en matière restauration et de mener des actions plus systématiques, cet effort doit être intensifié.
18. Dans la perspective de lamélioration de lécosystème, la nécessité de la restauration est évidente pour de nombreux habitats, mais les analyses globales des avantages fournis et des efforts nécessaires (y compris les aspects socio-économiques et la problématique hommes-femmes) demeurent largement insuffisantes au niveau tant national que régional.
Des zones humides tempérées-tropicales peu profondes deau douce et côtières ont disparu ou ont perdu des fonctions essentielles
19. Il semble que, dans limmédiat, ce soient les écosystèmes deau douce, peu profonds, deaux libres (moins dun mètre de profondeur) et de marais (tourbières, fagnes, marais salants, roselières, mangroves, etc.) qui subissent le plus de pressions, et dont la restauration ou la remise en état ont le plus de chances dêtre bénéfiques aux habitats et aux communautés humaines. La dégradation des fonctions de ces zones humides est largement imputable au fait que, dun point de vue technique, elles ont toujours été plus faciles à mettre en valeur que les écosystèmes humides plus profonds ou plus éloignés. Ce problème est également très significatif dans les écosystèmes côtiers, sous les latitudes tropicales, subtropicales et tempérées.
La restauration des cours deau est nécessaire - une approche globale à léchelle du bassin versant est nécessaire
20. Normalement, les écosystèmes alluviaux sont intégrés aux écosystèmes deaux dormantes adjacents, mais sont subissent divers impacts qui modifient et réduisent leurs fonctions naturelles. On citera par exemple: la canalisation et lendiguement, qui entraînent des destructions graves de zones dalevinage pour les poissons, une rétention des nutriments et une sédimentation. Il convient de souligner que la restauration des zones humides en tant quélément dun écosystème fluvial - surtout si lon peut appliquer des méthodes ou des stratégies couvrant lensemble du bassin versant - est un instrument essentiel et nécessaire pour restaurer des fonctions et des avantages, réduire les risques dinondation en aval, améliorer la qualité de leau et rétablir des communautés végétales ainsi que des populations de poissons et dautres espèces sauvages.
21. Là aussi, on enregistre un nombre croissant dexemples pratiques de restauration de cours deau, mais peu de stratégies globales à léchelon national et régional, ou au niveau de lensemble dun bassin versant. De nouveaux exemples régionaux de restauration et de remise en état pour décosystèmes alluviaux entiers (y compris, en principe, le bassin versant) sont fournis par la Convention sur le Danube, qui sera adoptée par les 12 Etats européens du bassin versant du Danube, et par le Plan daction stratégique pour la restauration et la protection de la mer Noire (1996), qui insiste aussi sur la nécessité de restaurer les zones humides adjacentes.
22. Il est recommandé dintensifier les efforts visant à élaborer des plans de gestion pour les bassins fluviaux, lorsque les besoins de restauration et de remise en état sont également dûment pris en compte, et de prendre en considération les zones humides anciennes ou dégradées comme faisant partie intégrante du bassin versant dans son ensemble. Les Everglades en Floride (46 000 km²) aux Etats-Unis et la plaine inondable du Logone (8000 km²) au Cameroun sont des exemples très édifiants de grands projets de restauration incluant la majeure partie ou lintégralité des principaux bassins hydrographiques. Autre exemple, le Kenya, qui vient dadopter une approche au niveau de lensemble du bassin versant, y compris la lutte contre lérosion au moyen du boisement.
Comment encourager la restauration et la remise en état à léchelle nationale et régionale ?
23. Les rapports nationaux pour la période de 1996 à 1998 préparés pour la 7e Session de la Conférence des Parties contractantes à la Convention de Ramsar révèlent que la majorité des Parties contractantes considèrent la restauration et la remise en état des zones humides comme prioritaires. Dans la plupart des pays, le niveau dactivité est relativement faible ou se trouve encore au stade initial, avec quelques projets pilote, rares et sporadiques, planifiés ou mis en oeuvre. Seule une poignée dEtats membres a élaboré des stratégies ou des plans daction pour encourager la restauration et la remise en état à léchelle nationale2 ou régionale. Certaines de ces expériences pourraient servir dexemple à dautres pays.
Comment lancer le processus ou le stimuler: projets pilote, inventaires, participation du public.
24. Au premier stade, les projets pilote de restauration, souvent lancés par des ONG et/ou des populations locales, peuvent - surtout sils sont mis en oeuvre avec succès - encourager les décideurs et lopinion publique à soutenir lélaboration dautres stratégies de restauration.
25. Pour garantir le succès des projets pilotes (et de ceux qui les suivront!), il convient dobserver un certain nombre de critères, notamment en tenant dûment compte des aspects écologiques, des conséquences et des intérêts de toutes les parties prenantes, ainsi que des aspects économiques et autres (voir encadré 1).
26. Un outil précieux pour la sélection les sites nécessitant une restauration ou une remise en état est linventaire national ou régional des zones humides ayant fait lobjet dune mise en valeur et dégradées, incluant des orientations sur les possibilités et sur les buts de la restauration et de la remise en état. De tels inventaires peuvent être réalisés par des instituts de recherche, des universités et autres institutions similaires, si possible avec le soutien et en coopération avec les autorités nationales et régionales de gestion des ressources naturelles. à ce jour, seuls quelques pays (par exemple lAustralie, le Danemark, la Suède, la Nouvelle-Zélande et les Pays-Bas) ont réalisé de tels inventaires. Dans les pays en développement, ces inventaires être soutenus par des partenaires bilatéraux ou multilatéraux, dans le cadre de programmes daide à la conservation.
27. Dans tous les cas, il importe dassocier la population et des parties prenantes locales dès le premier stade du processus et de privilégier leurs idées et leurs propositions. Il peut néanmoins arriver que des politiques et des intérêts nationaux soient incompatibles avec des idées et des points de vue locaux.
Mettre au point des stratégies et des plans daction - un préalable important
28. Les stratégies et les plans daction plus globaux, axés sur la restauration de zones humides couvrant lensemble dun pays, dun État ou dune région, contribuent largement à la reconnaissance et à lacceptation politiques de la restauration et de la remise en état, et à leur prise en compte dans la législation et dans les plans doccupation des sols. De plus, il faut savoir quil est très souvent plus facile dobtenir un financement pour des projets ou des programmes lorsque ceux-ci sont effectivement intégrés dans de tels plans (adoptés).
29. Les stratégies et les plans daction peuvent être élaborés par les comités nationaux pour les zones humides (appuyés par des instituts de recherche, des organisations gouvernementales et des ONG, ainsi que des secrétariats dotés de ressources suffisantes), mais il est important quils sappuient sur des études et des analyses pluridisciplinaires approfondies, révélant les conséquences, les avantages et les inconvénients.
Encadré 1. Critères de sélection des sites à restaurer A. Le projet se justifie-t-il?
B. Le projet est-il réalisable?
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30. Il importe, par conséquence, de couvrir non seulement les aspects biologiques et hydrologiques, mais aussi les aspects économiques, socio-économiques et culturels. Il sera donc souvent utile, à un stade précoce, détablir des comités directeurs ou consultatifs à composition élargie pour soccuper de la phase des travaux avec des représentants des autorités gouvernementales et régionales, e la communauté scientifique, des organisations de propriétaires et dutilisateurs des terres, du secteur privé, des ONG ("vertes" et autres), etc.
31. Il peut arriver que des stratégies et des plans daction naient pas une approche globale de la restauration et de la remise en état (à léchelle dune région ou dun pays) mais une approche thématique, privilégiant une seule ou quelques fonctions et valeurs, telles que maîtrise des crues, réduction de la pollution ou conservation de la diversité biologique.
32. Les exemples de plans daction ou dinitiatives de restauration et de remise en état à léchelle dun pays sont nombreux, par exemple, Pays-Bas, France, Danemark, Nouvelle-Zélande et Etats-Unis (plan daction pour une eau salubre). Certains pays mettent en uvre des plans daction pour des habitats particuliers, par exemple, au Canada pour les tourbières excavées et, en Suède, chaulage de lacs et cours deau affectés par la pollution acide pour neutraliser leau et maintenir les populations de poissons et dautres espèces.
Intégrer des stratégies et des plan daction dans les politiques nationales et régionales: aménagement du territoire, législation et financement
33. A ce jour, seuls trois pays, dont le Danemark et les Pays-Bas, ont intégré des stratégies et des plans daction de restauration des zones humides dans leur planification nationale et régionale daménagement du territoire. Une telle intégration peut être encouragée par la diffusion dinformations sur les valeurs des zones humides en général ou spécifiquement liées aux grands projets de restauration et de remise en état, plus visibles, qui sont mis en oeuvre. Ainsi, la diffusion de linformation devrait être une activité intégrée durant toute la phase de mise en uvre, et couvrir tout le cycle du projet (planification et préparation, participation des intéressés locaux, réalisation pratique des travaux de construction, cérémonies dinauguration en présence de personnalités et résultats des programmes de surveillance ultérieurs).
34. Lintégration de la restauration et de la remise en état dans la planification de laménagement du territoire et la législation nationale peut également être encouragée par des visites de sites organisées pour les décideurs, ainsi que par des échanges dinformations à loccasion de visites de zones restaurées à létranger et/ou dans des pays voisins ayant agi dans le sens de cette intégration). Les comités nationaux pour les zones humides ou dautres organismes consultatifs similaires, rassemblant des représentants des ministères clés, peuvent également être bien qualifiés pour encourager un tel processus et agir. Des stratégies nationales fondées sur des lignes directrices adoptées à un niveau institutionnel, définissant la superficie des anciennes zones humides ou des zones humides dégradées à restaurer dans des délais précis peuvent aussi encourager des plans dactions concrets.
35. La plupart des pays nont aujourdhui quune législation "défensive" qui protège les zones humides existantes et les sites Ramsar. Rares sont ceux qui ont modifié leur législation et privilégié la remise en état des ressources naturelles, par exemple en les améliorant de telle sorte quelles fassent partie de la clause objective de la législation sur la protection de la nature (par exemple Danemark) ou qui ont intégré la restauration dans des plans daction pour les ressources en eau (par exemple Etats-Unis). Une telle attitude aide aussi à obtenir des fonds disponibles pour dautres activités.
36. Il convient de noter que beaucoup de pays ont réussi à lancer des activités de remise en état (projets pilote) même si elles sont encore au stade expérimental. Souvent, la réussite dun projet de restauration incite le public à sintéresser aux zones humides et à participer plus activement aux activités de conservation.
37. Le financement des activités de restauration et de remise en état peut venir de diverses sources, telles que: taxes publiques, droits particuliers versés par certains groupes spécialement intéressé par le sujet (par exemple, chasseurs, pêcheurs à la ligne ou naturalistes), secteur privé et industries qui exploitent des zones humides ou en dépendent. Les pays en développement peuvent aussi obtenir des fonds auprès de programmes dassistance bi-et multilatéraux orientés à la fois vers la conservation et lutilisation durable des zones humides et sur le secteur de leau au sens large. A cet égard, il importe détudier les possibilités quoffrent les divers programmes daide internationaux (par exemple, FEM et banques régionales de développement) pour la restauration et la remise en état des zones humides.
Quelques lignes directrices pour garantir le succès de la restauration des zones humides
38. En conclusion, nous vous proposons un résumé des lignes directrices susceptibles de garantir le succès de la restauration et de la remise en état des zones humides. Elle ne conviennent pas à toutes les situations et il convient de rappeler que le projets de restauration et de remise en état sont souvent à la fois onéreux et lourds, et quils ne remplacent que rarement la conservation des zones humides naturelles encore intactes ou légèrement modifiées. La nécessité de restaurer les valeurs dégradées des écosystèmes humides existe toutefois dans de nombreux pays et régions.
Encadré 2: Lignes directrices garantir le succès de la restauration et de la remise en état des zones humides i. Des plans et des lois sur la protection et lutilisation durable de la nature et de lenvironnement, et sur la gestion de leau devraient être élaborés, comportant des obligations ou (du moins) des possibilités de restauration des zones humides. Cela peut aussi encourager lattribution de fonds à des fins de restauration. ii. Des objectifs multiples, comme la conservation de la diversité biologique, la fourniture de ressources alimentaires fiables, lapport en eau douce, lépuration des eaux, le contrôle des crues et les loisirs accroissent souvent la durabilité des avantages globaux dun projet de restauration. iii. Toutes les parties prenantes doivent être identifiées à un stade précoce. La réalisation dun projet dépend de la coopération entre les propriétaires et/ou les utilisateurs des terres, les pouvoirs publics et les politiciens à différents niveaux, les consultants techniques et scientifiques et les organisations non gouvernementales. iv. De nombreux projets doivent être soumis à une enquête préalable et une étude dimpact sur lenvironnement approfondies avant leur mise en uvre. v. Les projets pilotes couronnés de succès peuvent servir dexemple et de modèle. vi. Une information "grand public" non spécialisée, sur les effets et les conséquences avant, pendant et après lexécution des projets est importante. vii. Les investissement et les changements devraient être durables à long terme et non pas apporter des résultats temporaires. Des plans de conservation et de gestion des zones restaurées devraient être adoptés à un stade précoce. viii. Des coûts peu élevés devraient être recherchés pour la phase de reconstruction. ix. Lentretien futur des sites restaurés ne devrait entraîner que des frais dexploitation faibles ou nuls. Dans certains cas, il sera même possible de tirer des recettes/avantages des zones restaurées. x. Le suivi des effets et la diffusion dinformations sur les résultats sont recommandés. |
Conclusion
39. Les activités de restauration et de remise en état des zones humides se sont généralisées depuis quelques années et ont été officialisées dans plusieurs pays. Certains pays ont même été jusquà établir des objectifs de restauration. Parmi ces exemples figurent les Etats-Unis, qui se sont fixés pour but de parvenir à un gain net de 40 000 ha de zones humides par an dici à 2005, et le Danemark, qui vise un gain net de 3000 ha par an dici à 2003. Il nest pas étonnant que les activités de restauration et de remise en état se soient surtout développées dans les pays qui ont perdu le plus de zone humides naturelles en termes relatifs et qui possèdent le plus de ressources pour mettre en uvre des activités et des programmes onéreux.
40. Les rapports nationaux soumis par les Parties contractantes à la COP7 révèlent toutefois quune majorité dEtats membre ont inscrit la restauration et la remise en état de leurs zones humides au nombre des priorités nationales. De nombreuses activités pilote ont été lancées ces dernières années et plusieurs pays, y compris des pays en développement, ont lintention de lancer des projets et des programmes de restauration et de remise en état ces prochaines années. Cela ne fait quaccentuer la nécessité de disposer de ressources supplémentaires dans ce domaine, y compris des recommandations, des lignes directrices et des stratégies dans le cadre de la Convention de Ramsar.
41. En conclusion, il faut savoir que les zones humides sont peut-être le premier écosystème important que lhumanité, à une échelle planétaire, va essayer de restaurer et de remettre en état pour compenser les destructions et la mauvaise gestion infligées aux ressources naturelles dans le passé.
Pour tout renseignement, contactez: Bureau de la
Convention de Ramsar, Rue Mauverney 28, CH-1196 Gland, Suisse (Tél. +41 22 999
0170, fax +41 22 999 0169, e-mail ramsar@ramsar.org
). Traduit de l'anglais par Catherine Lokschin. Publié le 14 avril
1999, Dwight Peck, Ramsar.