Étude de cas zones humides et tourisme: États-Unis - Le Parc National des Everglades

L’écosystème des grandes Everglades occupe une place vitale dans l’économie de l’État de Floride, aux États-Unis. C’est en effet la principale source d’eau pour tous les besoins d’une grande partie du sud de l’État. L’écosystème couvre environ 4,6 millions d’hectares et l’on y trouve des modes d’occupation des sols très divers, notamment : agriculture, loisirs, conservation, commerces de détail, industrie, édifices résidentiels et besoins généraux de la communauté. Le Parc national des Everglades, qui couvre environ 622 000 hectares, est situé à l’extrémité sud de ce vaste écosystème. 

États-Unis, Le Parc National des Everglades
National Park Service Photo © Rodney Cammauf

Conscients de l’importance de cet écosystème, le gouvernement de l’État et le Gouvernement fédéral ont établi un plan exhaustif de restauration des Everglades (Comprehensive Everglades Restoration Plan-CERP) pour lutter contre le déclin de l’état général de l’écosystème. Il s’agit du plus vaste projet de restauration des zones humides jamais entrepris au monde. Composé de plus de 60 éléments, il faudra plus de 30 ans pour le réaliser, pour un coût estimé à USD 10,9 milliards. Le CERP a reçu l’aval du Congrès des États-Unis en 2000. Chaque année, le gouvernement de l’État et le Gouvernement fédéral établissent la priorité parmi les projets du CERP et demandent un financement pour la poursuite du programme. Face aux budgets qui se resserrent et aux priorités concurrentes, c’est un défi qu’il faut relever chaque année.

La gestion des flux d’eau dans l’écosystème est extrêmement complexe car il s’agit d’un système compartimenté, mis en place dans les années 1940, pour assurer la protection contre les inondations, l’alimentation en eau et des avantages limités pour l’environnement. À cause de ce système compartimenté, il est actuellement extrêmement difficile de fournir la quantité d’eau voulue, de la qualité voulue, à l’endroit voulu et au moment voulu. Ainsi, il est impossible d’augmenter les flux dans le Parc national des Everglades en raison de la présence d’une route principale qui agit comme un barrage et de l’absence d’infrastructures pour stocker efficacement les eaux de pluie puis les redistribuer vers des secteurs du système qui pourraient en avoir besoin en période de sécheresse. Actuellement, pour gérer le régime de l’eau dans l’écosystème des Everglades tout entier, il faut maintenir un niveau précis dans le lac Okeechobee, ce qui peut obliger à injecter des quantités d’eau douce dans les estuaires, le long du littoral, et entraîner la mort de poissons et d’autres problèmes. Visiblement, gérer ce système peut conduire à faire des compromis difficiles.

Le CERP fournit un cadre et un guide pour la restauration, la protection et la préservation des ressources en eau de la Floride centrale et méridionale, y compris des Everglades. L’objectif du CERP est de créer une Floride du Sud durable en restaurant l’écosystème, en garantissant des apports fiables en eau propre et en assurant la protection contre les inondations. La majeure partie des nouvelles eaux captées et stockées sera consacrée à la restauration de l’environnement et à la revitalisation d’un écosystème moribond. Le reste bénéficiera aux villes et à l’agriculture, grâce à un approvisionnement en eau amélioré pour l’économie de la Floride du Sud. Le plan porte en lui d’importants avantages aussi bien environnementaux qu’économiques : il assurera notamment la protection contre les inondations et l’entretien de la région et du Parc national des Everglades, en tant que destination majeure pour le tourisme national et international.

États-Unis, Le Parc National des Everglades
National Park Service Photo

Le tourisme occupe une place importante dans l’économie de la Floride du Sud et les Everglades y contribuent de façon considérable. Un rapport du Service du Parc national (SPN) indique qu’en 2010, 915 538 visiteurs ont dépensé USD 135 494 000 dans le Parc national des Everglades et dans les communautés voisines du parc. Cette somme a permis de soutenir 1956 emplois dans la région. Parmi ses éléments, le CERP compte un plan magistral pour les loisirs, conçu pour fournir des activités de loisirs compatibles avec les objectifs de restauration du projet.

Le Parc national des Everglades est la plus grande réserve de nature sauvage subtropicale classée du continent nord-américain. Il contient un mélange considérable d’écosystèmes subtropicaux terrestres et marins, caractéristiques de l’écosystème des grandes Everglades et comprenant des marais d’eau douce, des forêts sempervirentes tropicales, des pinèdes sur sol rocheux, de vastes écosystèmes de mangroves et d’herbiers marins qui entretiennent des pêcheries d’importance mondiale. La forêt de mangroves relativement intacte qui s’étend entre la baie de Floride jusqu’à Flamingo et Everglades City est une des dernières plus longues de l’hémisphère occidental. Le parc comprend des sites d’importance culturelle (Calusa Shell mounds sur le littoral du Golfe), de grande beauté naturelle et diversité (Anhinga Trail) et d’importance historique (Nike Missile Base).

Le parc abrite aussi plus de 20 espèces rares, menacées et en danger, inscrites au niveau fédéral et plus de 70 inscrites au niveau de l’État, notamment des tortues vertes, olivâtres, imbriquées et luth, le milan des marais (Rostrhamus sociabilis plumbeus), le tantale d’Amérique (Mycteria americana), le lamantin d’Amérique du Nord (Trichechus manatus), le couguar de Floride (Felis concolor coryi), le pic à face blanche (Picoides borealis), le crocodile d’Amérique (Crocodylus acutus) et le pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) et il offre un habitat important pour plus de 400 espèces d’oiseaux tout en étant un corridor majeur pour les populations d’oiseaux migrateurs. Le Plan de reconstitution multiespèces, mis au point par l’U.S. Fish and Wildlife Service et intégré dans le CERP, comprend une stratégie exhaustive permettant de traiter les besoins en habitat des 68 espèces en danger de la région.

Le parc est situé à l’extrémité sud de ce vaste système et a subi des impacts négatifs parce qu’il se trouve en aval de plusieurs vastes zones métropolitaines et agricoles. Moins de 50% des Everglades d’avant les tentatives de drainage sont encore intactes aujourd’hui. Entre les années 1940 et 2000, les populations d’échassiers ont diminué de 90% par rapport à leurs effectifs d’origine mais elles sont aujourd’hui en augmentation. Outre les menaces dues à la qualité de l’eau et à la pollution engendrée par l’empiètement urbain, le parc est aussi menacé par des espèces envahissantes non indigènes qui ont des impacts négatifs sur des habitats clés et sur les espèces indigènes des Everglades. Ces menaces restent graves mais seront considérablement réduites grâce aux projets qui font partie du CERP.

États-Unis, Le Parc National des Everglades - le crocodile d’Amérique
National Park Service Photo © Rodney Cammauf

Près d’un million de visiteurs viennent chaque année dans le parc profiter d’activités touristiques et notamment de l’observation des animaux sauvages, en particulier des oiseaux, faire de la randonnée, du kayak et des excursions d’observation en bateau et en tram. Il y a un peu de pêche récréative réglementée. Parmi les installations touristiques, on note 251 km de voies de communication (y compris pour les canoës), cinq sentiers de bois surélevés, 400 places de camping réparties en deux terrains et 48 autres campings reculés qui ne sont accessibles que par bateau, cinq centres d’accueil des visiteurs et deux camps d’éducation à l’environnement.

L’administration du parc gère les centres d’accueil des visiteurs et les campings mais cède les excursions en bateau, les locations d’équipement et les boutiques à des agents de tourisme. Toutes les installations du parc sont soumises à des règlements sévères afin de maintenir le caractère sauvage et l’équilibre entre l’utilisation par les visiteurs et la conservation des ressources culturelles et écologiques.

États-Unis, Le Parc National des Everglades - le couguar de Floride
National Park Service Photo

La taille moyenne des groupes de visiteurs est de 2,4 à 3,1 personnes (moyenne de 2,7 personnes) et la longueur moyenne des séjours dans la région est de 3,5 nuits pour ceux qui restent plus d’une journée. Sur la base des groupes de visiteurs, les dépenses moyennes en 2008 étaient USD 84 par visiteur de la région, USD 107 par visiteur non local venu pour une journée et USD 117 par visiteur campant à l’intérieur du parc, USD 654 par visiteur campant en dehors du parc et USD 1108 par visiteur résidant dans les hôtels ou les pavillons en dehors du parc. On estime qu’en 2002, 14% de tous les visiteurs du parc étaient internationaux mais ce chiffre avait été estimé jusqu’à 38% les années précédentes.
Les principales activités touristiques qui ont lieu dans le parc sont gérées par trois entreprises concessionnaires qui proposent toute une gamme de logements, y compris des bateaux (houseboats); une marina, des locations de bateaux et de canoës; des locations de bicyclettes et des excursions guidées par des naturalistes, par bateau et par tram. Le parc reçoit un revenu de ces concessions et perçoit les droits d’entrée dans le parc. Un permis de sept jours coûte USD 10 pour un véhicule privé ou USD 5 pour les piétons et les cyclistes et des permis annuels sont également disponibles pour USD 25.

Le Centre d’accueil des visiteurs de Homestead Coe est le plus grand centre de visiteurs ouvert au public et la principale entrée du parc, au point de départ de la route principale du parc de 61 km avec de nombreux sentiers et excursions disponibles. Flamingo se trouve à l’extrémité sud de la route principale du parc et offre un certain nombre d’activités décrites précédemment, ainsi qu’un autre petit centre d’accueil des visiteurs. L’entrée de Shark Valley est prisée par les visiteurs de la côte ouest et de la côte est car elle se trouve entre Miami et Naples, le long de la route US41 (le « Sentier Tamiami »). Les installations du littoral du Golfe constituent le principal lieu de rencontre pour les visiteurs, sur la côte ouest de la Floride. Les excursions en bateau, organisées par un concessionnaire à travers la baie de Chokoloskee jusqu’à Ten Thousand Islands et vers les rivières et ruisseaux voisins sont la principale activité pour les visiteurs. Avec les pagayeurs qui explorent le vaste arrière-pays du parc, ces excursions en bateau attirent la majeure partie des 110 000 visites annuelles sur le littoral du Golfe. C’est aussi là que se situent les postes de garde du district, les activités d’entretien et d’interprétation.

États-Unis, Le Parc National des Everglades - l'alligator americain
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L’éducation à la conservation est un élément important des travaux du parc. Une brochure sur le parc en plusieurs langues est mise gratuitement à la disposition des visiteurs et contient le message suivant : « L’eau douce qui coule dans le parc n’est pas de source naturelle. Grâce à des pompes, des écluses et des bassins de rétention tout au long des limites du parc, les Everglades sont actuellement aux « soins intensifs », vivantes mais diminuées. » Le Centre d’accueil des visiteurs de Coe s’occupe des ressources, des activités des visiteurs et des questions de gestion à l’échelle du parc. Les mêmes thèmes sont aussi traités, plus localement, dans les centres d’accueil des visiteurs de Flamingo, Royal Palm, Shark Valley et du littoral du Golfe ainsi qu’au départ des sentiers et aux points d’observation qui émaillent tout le parc.

Chaque année, le parc organise, en coopération avec les écoles publiques locales, des activités et des visites fondées sur le programme d’enseignement, qui s’adressent à environ 12 000 écoliers (10 à 12 ans). Les visites durent un à trois jours et supposent une interaction directe entre les gardes et les enseignants. Le parc a deux camps d’éducation à l’environnement pour soutenir ce programme.

En 2009, le tourisme fondé sur le Parc national des Everglades a généré environ USD 450 millions pour l’activité économique régionale des comtés de Miami‑Dade, Monroe et Collier : les dépenses dans le parc lui-même constituent 7% de ce montant dont 93% ont été dépensés en dehors du parc en logement, repas, transport et souvenirs, par des touristes venus visiter le parc. La plus grande partie des dépenses est consacrée au logement (42%), aux restaurants et aux bars (19%). Les dépenses des visiteurs qui passent la nuit dans des motels ou des pavillons en dehors du parc s’élèvent à 85% du total, les autres sont issues de visites d’une journée par des personnes venant directement de chez elles. Cette information est tirée d’une analyse des dépenses des visiteurs dans l’économie locale que le Service du Parc national est légalement obligé de mener, tous les cinq ans.

Une autre étude a estimé les effets de l’emploi dans le parc sur l’économie locale. En 2009, le parc employait 327 personnes avec une masse salariale, y compris les avantages sociaux, s’élevant à USD 22,1 millions. Le budget du parc était de plus de USD 32,6 millions pour 2010 dont un peu plus de la moitié venant du Service du Parc national et le reste de différentes sources, y compris le CERP, des donations et autres subventions.

Bien que le Service du Parc national n’ait pas de financement ou de mandat pour des programmes de marketing, il organise de nombreux programmes pédagogiques et d’information destinés à la communauté pour sensibiliser à cette ressource importante. En outre, les concessionnaires du parc et les comtés locaux associés au Parc national ont des programmes de marketing actifs qui font la promotion du tourisme et des loisirs dans le parc.

Par loi fédérale, le Plan de gestion général du parc doit être mis à jour tous les quinze ans. Actuellement, le plan est en train d’être réécrit et une consultation publique sur le nouveau projet est prévue pour 2013. La révision tiendra compte des budgets fédéraux restreints et comprendra la mise à niveau des installations destinées aux visiteurs dans le parc à Flamingo et Everglades City. Cette mise à niveau comprendra des concessions pour le secteur privé en vue de générer un revenu et de donner l’occasion à des entreprises de fournir des emplois additionnels dans le parc qui aideront à faire profiter la population locale des avantages économiques du parc. L’amélioration de Flamingo a déjà fait l’objet de deux efforts de planification : le Plan pour les services commerciaux de 2008 et le Plan magistral de 2010 pour Flamingo. Une analyse approfondie, en appui aux nouvelles concessions, est en cours et tient compte de l’intérêt du public exprimé durant les efforts de planification précédents ainsi que des décisions prises concernant le Plan pour les services commerciaux de Flamingo en 2008.

>> Lien vers une étude de cas en format PDF: États-Unis – Everglades
>> Lien vers la Liste annotée de Ramsar - États-Unis

Sources

Information fournie par Linda Friar et Leslie Velarde, Parc national des Everglades
http://evergladesplan.org/
Everglades National Park General Management Plan
http://www.nature.nps.gov/stats/index.cfm
Outdoor Recreation in Florida (2008) Florida’s Statewide Comprehensive Outdoor Recreation Plan
Florida’s SCORP
www.nps.gov/ever
2008 Commercial Services Plan
2010 Flamingo Master Plan.
Comprehensive Everglades Restoration Plan (CERP)
http://en.wikipedia.org/wiki/Everglades_National_Park
Everglades National Park/Dry Tortugas National Park: Superintendent’s Annual Report (2010)
Cook, P.S. 2011. Impacts of visitor spending on the local economy: Everglades National Park, 2008. Natural Resource Report NPS
Everglades News Release. 2012. Everglades National Park = visitors, money and jobs for local economy. March 16, 2012. Everglades National Park

Stynes, D. J. 2011. Economic Benefits to Local Communities From National Park Visitation and Payroll, 2009. Natural Resource Report NPS/NRPC/SSD/NRR—2011/281. National Park Service, Fort Collins, Colorado.

http://www.nps.gov/ever/photosmultimedia/index.htm



Le Secrétariat Ramsar a sélectionné 14 études de cas pour une publication sur les zones humides et le tourisme durable qui sera lancée à la 11ème Conférence des Parties contractantes en juillet 2012. www.ramsar.org/tourisme

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