Étude de cas zones humides et tourisme: Inde – Le Lac Tsomoriri

À 4595 mètres d'altitude, le lac Tsomoriri est l'un des lacs les plus hauts du monde. Il se situe dans le Sanctuaire de Chanthang ("Changthang Cold Desert Sanctuary"), au Ladakh, dans l'État indien du Jammu-et-Cachemire. Entouré de marais de carex et de roseaux, le lac couvre une superficie de près de 12 000 hectares (120 km2). Il procure des lieux de reproduction essentiels et des lieux de halte fondamentaux sur les voies de migration de plus de 40 espèces d'oiseaux d'eau. Il constitue notamment un lieu de reproduction important pour la grue à cou noir (Grus nigricollis) et l'oie à tête barrée (Anser indicus), deux espèces gravement menacées (Chandan et al. 2006).

Le lac Tsomoriri
Credit: ©Pankaj Chandan / WWF-Inde

La région abrite également le grand bharal (Pseudois nayaur), le mouflon du Tibet (Ovis ammon hodgsoni), le kiang (Equus kiang), le loup de Mongolie (Canis lupus chanko), le lynx (Lynx isabellina) et le léopard des neiges (Uncia uncia).

Une tribu de nomades vivant sous tente, les Changpas, habitent et font paître leur bétail dans des pâturages autour du lac. Les Changpas tirent leurs moyens de subsistance de l'élevage et produisent le pashmina, la laine mondialement connue utilisée comme matière première dans la confection des étoles en pashmina (cashemire) (Gujja et al. 2003).

Le tourisme au Ladakh n'a cessé de croître au cours des vingt dernières années (Dawa 2008). En 1989, la région ne recevait que très peu de visiteurs ; elle connut ensuite des flux irréguliers de touristes du fait d'une période d'instabilité politique. En 2006 cependant, suite à une stabilisation de la situation politique, le nombre de touristes augmenta de manière spectaculaire avec près de 50 000 visiteurs par an. Cette hausse s'explique notamment par le développement des infrastructures de transport dans la région, par une refonte des politiques nationales de l'Inde en matière de tourisme et par des investissements dans le marketing et la promotion. Pendant l'été 2011, le Ladakh connut une très forte progression du tourisme, la région ayant accueilli plus de 170 000 visiteurs, un chiffre record.

Atelier de formation, le lac Tsomoriri
Credit: ©Pankaj Chandan / WWF-Inde


Le tourisme joue désormais un rôle extrêmement important dans l'économie du Ladakh, et le Ladakh Autonomous Hill Council (LAHDC) a fixé des objectifs pour accroître la contribution du tourisme au bien-être social et économique des populations de la région tout en s'appuyant sur le développement durable pour protéger ses écosystèmes fragiles et son patrimoine culturel. Les activités touristiques liées au lac sont du ressort de tour-opérateurs locaux basés à Leh et la promotion touristique est assurée par le département du Tourisme du Jammu-et-Cachemire et par la All Ladakh Tour Operators Association (ALTOA) depuis Leh.

Tsomoriri, un attrait touristique majeur, a connu un rapide essor touristique dès son ouverture sur l'extérieur, en 1994. Aujourd'hui, près de 20 000 touristes provenant essentiellement d'Europe et d'autres régions de l'Inde visitent chaque année, entre juin en septembre, le lac Tsomoriri. La construction d'une route asphaltée reliant la capitale, Leh, au village de Korzok, près du lac Tsomoriri, permet aux touristes de rejoindre beaucoup plus facilement le site. En fait, la renommée du lac est un élément important qui incite les touristes à venir découvrir le Ladakh, même si, en comparaison, seul un petit pourcentage des touristes visitant la région se rend jusqu'au lac en soi.

Une étude sur les touristes visitant Tsomoriri a montré qu'ils sont attirés par l'éloignement et la beauté des paysages et par la découverte de la culture locale – notamment un monastère vieux de 300 ans à Korzok, le village local et les bergers nomades. Le site attire également des touristes souhaitant découvrir les oiseaux et les espèces sauvages qui peuplent les alentours du lac ainsi que des touristes plus aventuriers participant à des trekkings ou à des safaris en jeep. L'étude a également fait apparaître que la plupart des touristes sont d'avis que le tourisme doit bénéficier aux communautés locales.

Malheureusement, le développement du tourisme autour du lac Tsomoriri ne s'est pas accompagné d'une planification et de contrôles systématiques. Ainsi, des campements de tourisme ont été implantés dans des lieux où la faune risque fortement d'être perturbée et les équipements relatifs à l'évacuation des eaux usées et l'enlèvement des déchets sont inadaptés. Des installations touristiques ont été construites en bordure du lac sans étude d'impact appropriée et ce développement non planifié a eu des incidences négatives à long terme sur la diversité biologique et des habitats au rôle clé ainsi que sur la valeur paysagère du lac.

Le plus fort de la saison touristique coïncide également avec la plus forte période de nidification de l'avifaune du lac. En outre, bien que l'économie de la région du Ladakh ait bénéficié des retombées touristiques, le plus gros des recettes est revenu aux tour-opérateurs de Leh et à d'autres, en dehors de la région. Les Changpas et les habitants de Korzok n'ont jusqu'ici tiré que très peu de bénéfices du tourisme alors qu'ils subissent directement tous les problèmes découlant de l'afflux incontrôlé de touristes, notamment les dégâts causés aux pâturages, l'accumulation de déchets dans la nature et les tensions sociales.

Les faits montrent que les déchets, la pollution et les dommages environnementaux ne cessent d'augmenter le long des parcours de trekking et des lieux de camping, ce qui nuit aussi bien aux populations qu'à la faune et la flore sauvages (Geneletti & Dawa 2009). Le pâturage, sans le consentement des communautés locales, des chevaux de bât qui accompagnent les groupes de touristes réduit les zones de pâturage disponibles pour le bétail des populations locales. Parallèlement, la conduite hors piste des jeeps et leur passage sur les pâturages provoque un compactage du sol et endommage la végétation, d'où une diminution de la productivité et une exposition de ces sols fragiles à l'érosion. On rapporte également des cas de jeeps utilisées pour poursuivre des kiangs et d'autres espèces. Il s'ensuit que globalement, le tourisme non régulé constitue l'une des plus grandes menaces qui pèsent sur Tsomoriri.

Grue à cou noir, Grus nigricollis 
Credit: ©Pankaj Chandan / WWF-Inde

Le lac Tsomoriri est placé sous le contrôle administratif du ministère de la Protection de la faune et de la flore sauvages du Gouvernement du Jammu-et-Cachemire. En 2000, le WWF-Inde a lancé un projet de conservation dans la zone destiné à impliquer l'ensemble des grandes parties prenantes, notamment la communauté locale, dans les activités de conservation. Un plan de gestion pour le site a été élaboré en 2007 dans l'objectif de faire en sorte que les activités touristiques soient conçues et exploitées d'une manière durable qui contribue aux moyens de subsistance des populations locales et protège l'environnement et les espèces sauvages du lac (Chandan et al. 2008). Ce plan de gestion établit des principes directeurs applicables au tourisme à l'intérieur et à proximité de la région du lac. Il s'agit notamment de protéger les intérêts communautaires de sorte que les populations locales reçoivent une part équitable des profits générés par le tourisme et que leurs droits concernant l'utilisation de ce qui représente leurs principales sources de subsistance, notamment les zones de pâturage, soient respectés ; de conserver le patrimoine naturel des zones humides, en particulier le rôle qu'ont toujours joué les populations locales en termes de gestion ; et de gérer les activités touristiques de façon à préserver les zones humides en tant que lieux importants pour le tourisme et les loisirs, au moyen d'une planification adaptée, d'un tourisme communautaire (par exemple par le biais de séjours chez l'habitant ou en faisant appel à des guides locaux) et de la protection des principaux habitats contre les effets néfastes des activités touristiques.

Ce plan de gestion a été conçu en consultation avec les communautés locales, lesquelles participent régulièrement, désormais, aux décisions touchant à la gestion du site. Un fonds d'affectation spéciale pour la conservation – le Tsomoriri Conservation Trust – a également été créé au niveau de la communauté locale avec l'appui technique du WWF-Inde ; il œuvre activement à la promotion des intérêts communautaires, notamment au développement du tourisme communautaire. Le WWF collabore également avec les tour-opérateurs de la région pour les impliquer dans la conservation du lac. Plusieurs d'entre eux participent régulièrement, par exemple, à des opérations de ramassage des déchets sur le site. En outre, des séances d'information et de sensibilisation sont régulièrement organisées à l'intention des forces armées présentes dans la zone. Tous ces efforts réunis visent directement à assurer la conservation du lac et à garantir un avenir meilleur aux communautés locales d'une part, en préservant leurs moyens de subsistance, et aux espèces sauvages d'autre part, en protégeant des habitats cruciaux.


>> Lien vers une étude de cas en format PDF: Inde - Le Lac Tsomoriri
>> Lien vers la Liste annotée de Ramsar: Inde
>> Lien vers des sites de l’UNESCO qui sont également des sites Ramsar


Source:
Informations fournies par M. Pankaj Chandan et Mme Archana Chatterjee, WWF-Inde

Références:
Chandan, P., Gautam, P. & Chatterjee, A. 2006. Nesting sites and breeding success of Black-necked Crane Grus nigricollis in Ladakh, India. Waterbirds around the world. Eds. G. C. Boere, C, A. Galbraith & D. A. Stroud. The Stationery Office, Edinburgh, UK. Pp. 311-314.

Chandan, P., Chatterjee, A. & Gautam, P. 2008. Management planning of Himalayan high altitude wetlands. A case study of Tsomoriri and Tsokar Wetlands in Ladakh, India. Proceedings of Taal 2007: The 12th World Lake Conference: 1446-1452.

Dawa, D. 2008. Environmental impact assessment of tourism development in Ladakh, Indian Himalaya, PhD thesis, University of Trento.

Geneletti, D. & Dawa, D. 2009. Environmental impact assessment of mountain tourism in developing regions: a study in Ladakh, Indian Himalaya. Journal of Environmental Impact Assessment Review.

Gujja, B., Chatterjee, A., Gautam, P. & Chandan, P. 2003. Wetlands & lakes at the top of the world. Mountain Research and Development, vol. 23, no. 3, pp 219-221.

Le Secrétariat Ramsar a sélectionné 14 études de cas pour une publication sur les zones humides et le tourisme durable qui sera lancée à la 11ème Conférence des Parties contractantes en juillet 2012.

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