Étude de cas zones humides et tourisme: Kenya - Le Lac Nakuru

Le lac Nakuru est l'un « Premium Parcs » du Kenya – c'est à dire qu'il recèle des sites emblématiques qui attirent des touristes du monde entier, et contribue à l’image touristique du pays. Ce lac a été déclaré site Ramsar en 1990, zone importante pour les oiseaux en 2009 et fait partie du « Réseau des lacs du Kenya dans la vallée du Grand Rift » qui a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2011. Le lac Nakuru est réputé pour les grands troupeaux de flamants roses qui viennent s’y nourrir mais dont les migrations sont devenues intermittentes et les congrégations moins nombreuses en raison des changements hydrologiques intervenus récemment dans le lac. Les clichés montrant des colonies de milliers de flamants roses en train de se nourrir dans les eaux du lac ou de le survoler ont fait le tour du monde.

Kenya, Le Lac Nakuru, Flamants sur le lac
©Amos Rono, KWS


Malgré sa notoriété mondiale et son importance pour le tourisme national, le Parc national du lac Nakuru a de grandes difficultés à faire face aux pressions de plus en plus fortes qui s’exercent dans les zones environnantes, à assurer la gestion du tourisme en son sein, et à tirer le meilleur parti possible du tourisme.

Situé dans un bassin peu profond dans la vallée du Grand Rift est-africain, le lac Nakuru est atypique en ce sens qu'il est dépourvu d’écoulement et que ses pertes d’eau se font uniquement par évapotranspiration de surface. Il est alimenté par des cours d’eau saisonniers (Njoro, Nderit, Makalia, Naishi et Larmudiak) et par les sources permanentes de Baharini. Étant dépourvu de sortie, tout ce que les cours d’eau y amènent s’y accumule ce qui, au fil des siècles, s’est traduit par une alcalinisation des eaux du lac. Ces conditions alcalines extrêmes limitent la gamme d’espèces que le site peut entretenir mais favorisent la présence d’organismes comme la micro-algue Arthrospira fusiformis (spiruline) qui constitue la principale source d’alimentation du flamant rose.

Les eaux usées partiellement traitées et les effluents industriels de la ville voisine de Nakuru –important centre commercial et industriel et quatrième ville du Kenya – se déversent dans le lac. Une étude menée entre 1994-95 a attribué le taux élevé de mortalité des flamants roses à la pollution, notamment par les métaux lourds, et l’accumulation d'éléments nutritifs qui favorise la prolifération de cyanobactéries toxiques. L'expansion de l'agriculture a également entraîné une déforestation des versants du lac, une érosion accrue et le déversement d’engrais et autres produits agrochimiques ce qui a conduit à l’envasement progressif du lac.

Ces menaces posent au Parc un véritable défi à long terme lié à la démonstration de la valeur du site pour la région et pour le Kenya, et à une meilleure perception et compréhension du Parc et de ses espèces sauvages par les communautés locales et les habitants de la ville de Nakuru. 

Kenya, Le Lac Nakuru
©Amos Rono, KWS

Le Parc national du lac Nakuru accueille près de 245 000 visiteurs par an, dont 149 512 étrangers et 95 518 ressortissants kényans. Étant donné qu’il s’agit d’un parc « haut de gamme » (en anglais « Premium Park ») les visiteurs étrangers doivent s’acquitter d’un droit d'entrée d’environ 80 dollars, et les visiteurs nationaux de 1000 shillings kenyans (environ 11 dollars). En 2010, ces droits d'entrée et les redevances de concession des « lodges » ont généré près de 800 millions de shillings kényans (plus de 9,5 millions de dollars), qui ont permis de couvrir une partie des frais de gestion du Parc, sachant que les dépenses de conservation représentent près de 4 millions de shillings kenyans par mois.

Il existe dans le Parc deux « lodges » privés qui représentent 240 lits et sont détenteurs de concessions délivrées par l’organe de gestion du Parc, le Kenya Wildlife Service (KWS) ; ces « lodges » rapportent chaque année près de 17 millions de shillings kenyans au parc.

Le potentiel touristique du Parc national du lac Nakuru et de son bassin versant est considérable. Parmi ses principaux attraits figurent, comme nous l’avons vu plus haut, ses immenses concentrations de flamants roses venant se nourrir dans le lac (parfois jusqu’à un million d’oiseaux), et un paysage pittoresque composé de forêts et de prairies. Les visiteurs viennent aussi admirer des lieux spectaculaires comme la falaise aux babouins (Baboon Cliff), des collines telles que Honeymoon, Lion et Hyrax, les chutes de Makalia, le cratère de Menengai, différents sites et grottes préhistoriques, sans oublier les autres espèces sauvages du Parc.



Kenya, Le Lac Nakuru, Flamants sur le lac
©Amos Rono, KWS

Grâce à son réseau très dense de pistes et de routes praticables par tous les temps, le Parc offre aux visiteurs des activités touristiques comme le safari-photo et l'observation des oiseaux, et leur permet de découvrir plus de 56 espèces de mammifères et 450 espèces d'oiseaux, dont 70 oiseaux d'eau.

La gamme impressionnante d’espèces que recèle le Parc est le fruit de 50 années de gestion avisée qui a débuté en 1968, année où Nakuru a été classé Parc national. En 1974, des girafes de Rothschild ont été introduites dans le Parc ; en outre, les efforts déployés pour accroître la population de rhinocéros, notamment en introduisant des rhinocéros noirs et des rhinocéros blancs venus d’autres régions du Kenya et d’Afrique du Sud, ont valu au Parc d’être déclaré Sanctuaire pour la protection du rhinocéros en 1987. Des lions et léopards y ont également été introduits.

Les grands axes de la stratégie de gestion des visiteurs du Parc sont les suivants : information sur le site et sur l'importance de la conservation ; programme étendu de signalisation et d’interprétation ; présence de guides dûment formés ; surveillance par les gardes du parc ; et zonage pour protéger la faune et les habitats fragiles. Le Parc est divisé en quatre zones : les touristes ne sont pas autorisés à pénétrer dans les zones les plus sensibles, et l’accès aux autres zones est contrôlé afin de réduire au minimum les impacts négatifs du tourisme, notamment la perturbation des animaux sauvages, les dommages physiques ou l’abandon de détritus. Le réseau de routes et de sentiers du Parc et son infrastructure pour les visiteurs ont été élaborés conformément au système de zonage. Le choix avisé des emplacements contribue également à limiter les effets négatifs du tourisme.

Compte tenu de rôle prédominant que ce site joue au Kenya, il est particulièrement important d’optimiser les potentialités du tourisme dans le parc et la région. En 2005, le Kenya Wildlife Service (KWS) a réalisé une étude sur la stimulation du tourisme par les visites du Parc national du lac Nakuru, financée par le Fonds Ramsar de petites subventions et l’entreprise australienne Banrock Station Wines. Il en est ressorti que la plupart des visiteurs passaient au maximum deux jours dans une zone limitée, parfois surpeuplée en raison du manque d'installations, avec peu de diversification et une promotion médiocre de la diversité touristique de la région. Malgré les revenus substantiels que procure le tourisme au Parc national du lac Nakuru, la part qui revient aux communautés locales est nettement trop limitée pour constituer une incitation à préserver les ressources.

Kenya, Le Lac Nakuru ©Amos Rono, KWS

L'étude a souligné la nécessité d'établir un cadre pour le tourisme durable dans la région du lac Nakuru et alentours, intégrant le partage des avantages avec les communautés locales et les mesures prises pour éviter une incidence négative du tourisme. L’étude a également mis en évidence les moyens de développer et de promouvoir le Parc parallèlement à d’autres attractions de la région comme les lacs voisins de Nakuru et le cratère de Menengai, ainsi que de créer des sentiers de randonnée, des points de vue et des centres d'accueil des visiteurs. Ces infrastructures contribueront à diversifier l’offre touristique et inciteront les visiteurs à prolonger leur séjour sur place, pour le plus grand bénéfice de l'économie locale.

Le Parc a également mis sur pied un vaste programme de sensibilisation à la conservation à l’intention des écoles et des habitants de la région. Ce programme comporte deux centres d'éducation axés sur les visites scolaires et la formation personnalisée, qui sont gérés par le Kenya Wildlife Service et les groupes « Wildlife Clubs of Kenya », et accueillent chaque année plus de 100 000 jeunes. Le Parc exploite aussi un bus qui permet aux habitants de la région de découvrir la faune exceptionnelle du site grâce à des visites guidées à bas prix.


>> Lien vers une étude de cas en format PDF: Kenya - Le lac Nakuru
>> Lien vers la Liste annotée de Ramsar: Kenya
>> Lien vers des sites de l’UNESCO qui sont également des sites Ramsar



Sources:
Informations fournies par Mme Judith Nyunja, Kenya Wildlife Service, P.O Box 40241-00100, Nairobi, Kenya (Email jnyunja@kws.go.ke; director@kws.go.ke, Web: www.kws.go.ke)

Draft National Tourism Policy

Internal Kenya Wildlife Service Database on Tourist numbers

Lake Nakuru Integrated Ecosystem Management Plan 2000-2012

KWS 2006 Conservation Education Strategy 2006-2011

KWS, SOWCE, JICA - Proceedings of Exposure and Exchange Workshop on Conservation of Lake Nakuru Catchment Area Held at Kwanza Hotel, Nakuru, Kenya. 30th October – 2nd November 2006

KWS, MCON, NAWASSCO WQTL, JICA State of Environment Report Toward Better Water Quality Management, Nakuru, July 2009

Le Secrétariat Ramsar a sélectionné 14 études de cas pour une publication sur les zones humides et le tourisme durable qui sera lancée à la 11ème Conférence des Parties contractantes en juillet 2012.

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