Étude de cas zones humides et tourisme: Argentine: Iberá

Décrit comme la plus grande attraction secrète de l’Argentine, Esteros del Iberá est une zone humide époustouflante couvrant 13 000 kilomètres carrés – environ 14,6% de la province de Corrientes dans le nord‑est de l’Argentine. Les marais ont une importance vitale pour les ressources en eau de la région et son hydrologie, et entretiennent des populations importantes d’espèces rares ou en danger, notamment le caïman à museau élargi (Caiman latirostris), le caïman C. yacare, l’anaconda jaune (Eunectes notaeus), le canard casqué (Sarkidiornis melanotos), la loutre d’Amérique du Sud (Lontra longicaudis) et le cerf des marais (Blastocerus dichotomus). Les marais voisins d’Esteros del Iberá abritent un nombre important d’espèces et de sous‑espèces de poissons indigènes à des étapes clés de leur cycle biologique, en particulier Salminus maxillosus.

Argentine, Marais de l’Iberá  credit: ©Beccaceci

Conscient de la valeur de l’écosystème de l’Iberá et de sa fragilité, en 1983, le gouvernement provincial de Corrientes a fait des marais – où l’on trouve un mélange de terres du domaine public et de ranchs privés – une aire de conservation. En 2002, une petite partie des marais, centrée sur la Laguna Iberá, a également été inscrite sur la Liste de Ramsar des zones humides d’importance internationale, sous le nom de « Lagunas y Esteros del Iberá ». Ce Site Ramsar qui couvre 24 500 hectares et présente les caractéristiques les plus typiques des zones humides de l’Iberá, est composé d’une zone centrale où l’accès n’est autorisé que pour la gestion et la recherche et d’une vaste zone ouverte au public où les activités touristiques et récréatives sont autorisées à condition qu’elles n’aient pas d’effets négatifs sur la conservation du site.

Dans la province de Corrientes, le tourisme est un secteur clé pour le développement de l’économie. Bien que la Réserve ait été créée en 1983, l’action coordonnée de développement du tourisme dans la région n’a commencé que depuis quelques années mais elle joue déjà un rôle en renforçant l’économie et l’infrastructure de base de certaines villes du voisinage. Le gouvernement provincial a créé un Département des parcs et réserves (DPR) au sein du Ministère de la production, du travail et du tourisme, pour soutenir le développement du tourisme dans la province de Corrientes, en harmonie avec la conservation, en particulier à l’intérieur et autour des zones humides de l’Iberá.

Le DPR assure la promotion de la Réserve de l’Iberá en tant que destination touristique et organise la publicité destinée à construire l’image de différentes régions de la Réserve pour attirer les touristes et les inciter à visiter les marais et à promouvoir une bonne attitude vis-à-vis de la conservation et organise l’accompagnement des touristes sur les sentiers et aux points d’observation, en assurant également la promotion lors de salons du tourisme régionaux, nationaux et internationaux.


Argentine - Marais de l’Iberá credit: ©Beccaceci

Sur le terrain, le DPR est en train de créer des centres d’accueil des visiteurs et des postes de garde, d’assurer la formation de guides touristiques et de collaborer avec les dix municipalités qui entourent la Réserve pour les aider à coordonner le développement et le marketing du tourisme de conservation dans le site. Cela suppose de mettre en œuvre un plan de gestion et des règlements relatifs au tourisme ainsi qu’un Programme municipal pour la réserve naturelle conçu pour aider les municipalités à créer et gérer des aires protégées en vue de développer l’écotourisme au niveau municipal.

L’éducation à l’environnement et la sensibilisation du public, à la fois des résidents et des visiteurs, sont aussi des priorités pour le DPR qui a établi le Centre d’interprétation Iberá avec un personnel de gardes spécialement formés. D’autres centres devraient être installés tout autour de la Réserve.

À ce jour, le tourisme est surtout développé autour de Laguna Iberá elle-même et dans la ville voisine de Colonia Carlos Pellegrini, qui est devenue le principal centre du tourisme de l’Iberá. En 2010, la lagune a reçu un total de 17 105 visiteurs – beaucoup de la province de Corrientes mais un nombre croissant de visiteurs venant d’ailleurs en Argentine et de l’étranger. Les activités comprennent l’observation des animaux sauvages, la randonnée sur le chemin nature dans la forêt-galerie, l’équitation, des excursions en bateau sur le lac et les canaux où l’on passe entre des îles flottantes en s’aidant d’une perche, le canoë et le kayak. Un petit musée consacré aux zones humides a également été installé à Colonia Carlos Pellegrini.

Beaucoup de petites et moyennes entreprises touristiques ont maintenant ouvert dans la région, créant des emplois locaux pour enrayer la migration en dehors de la région. À Colonia Carlos Pellegrini, environ 90% des moyens d’existence locaux sont basés sur le tourisme et l’on note aussi des améliorations associées, dans les services de base de la ville tels que l’électricité, l’approvisionnement en eau et la voirie.

Avec un financement du FEM et du PNUE, un plan de gestion a été élaboré pour la Réserve et publié en 2005. Préparé par une équipe de quelque 55 spécialistes, il couvre toute une gamme de domaines de la conservation et de la gestion représentant des organisations participant à la conservation des marais de l’Iberá : Fundación Naturaleza para el Futuro, Fundación Iberá, Fundación Ecos, Universidades Nacionales del Nordeste y de La Plata, et départements compétents de l’administration provinciale de la province de Corrientes ainsi que le PNUD. Le plan établit deux zones principales – une zone centrale dotée d’une gestion de conservation intégrale et désignée comme Parc provincial de l’Iberá qui se compose essentiellement de terres du domaine public et d’une zone d’utilisation publique dénommée Réserve naturelle provinciale de l’Iberá. La zone d’utilisation publique comprend des ranchs privés qui s’adonnent à une production de céréales et à l’élevage de bétail ainsi que des zones consacrées à la chasse et à la pêche réglementées et aux activités touristiques.

Les propriétés privées qui composent près des deux tiers des marais de l’Iberá sont extrêmement importantes pour le développement et la conservation de la Réserve. Bien que les lacs, les sites archéologiques et les caractéristiques hydrologiques clés des marais se trouvent sur des terres du domaine public, beaucoup d’habitats importants de la Réserve sont sur des propriétés privées. Le plan de gestion encourage donc la conservation sur les terres privées, notamment par le biais de l’agriculture de conservation et par des incitations et un appui technique à la conservation.

Le plan de gestion établit également un système de permis et de droits de concession pour les entreprises touristiques actives dans la Réserve et fixe des limites concernant le type d’activités de développement autorisées. Il faut une autorisation pour tous les travaux importants dans la Réserve comme la construction de routes et de canaux, les plans de drainage, le développement de l’infrastructure et des bâtiments, y compris ceux qui sont consacrés au tourisme, l’utilisation des forêts naturelles et la transformation des terres pour l’agriculture et la sylviculture. Ces propositions et d’autres semblables font aussi l’objet d’évaluations d’impact sur l’environnement (EIE). Les activités mises au point dans le Parc provincial Iberá sont réglementées et contrôlées par la Direction des parcs et réserves tandis que les activités se trouvant dans les zones d’utilisation publique (Réserve naturelle) sont réglementées par la Direction du tourisme municipal et la Chambre de tourisme de Colonia Carlos Pellegrini.

Les frais de gestion généraux pour la Réserve s’élèvent à 1,5 million de pesos argentins (environ USD 339 000 en mai 2012) par an et sont fournis par a) un budget provincial, b) un droit versé par les utilisateurs de l’eau de la province pour tenir compte des services écosystémiques que les marais de l’Iberá apportent sous forme d’approvisionnement en eau et c) le barrage hydroélectrique de Yacyretá en compensation des impacts du barrage sur les marais. Le parc reçoit aussi un financement des Ministères fédéraux de l’environnement et de l’éducation ainsi que de fonds internationaux d’aide au développement.

Les différents ministères ont mis en place une coordination pour la planification, le budget et la gestion de la Réserve. Par exemple, le Secrétariat au tourisme aide à la production de brochures et à la promotion de la Réserve, le Département des routes a mis au point des cartes routières touristiques et entretient les routes d’accès à la Réserve, l’Instituto Corrientes del Agua y el Ambiente aide à l’évaluation des EIE et le Département des ressources naturelles soutient les gardes du parc tandis que les Ministères de l’éducation et des travaux publics apportent aussi un appui. L’Administration nationale des parcs apporte une assistance technique et des cours de formation aux guides du parc.

Plusieurs ONG soutiennent également la conservation des marais de l’Iberá. L’une d’elles a acquis deux ranchs et les transforme en un espace mixte de conservation et d’éco-agriculture. Les ONG ont aussi soutenu la mise en œuvre de l’infrastructure touristique dans la Réserve, notamment en installant la signalisation et en aidant à construire les postes de garde et les installations pour les visiteurs.

Compte tenu de la taille et de la géographie de la Réserve, il n’est guère possible de prélever des droits d’entrée partout. Toutefois, à Laguna del Iberá, il est possible de prélever un droit d’entrée, ce qui a été proposé par la communauté locale et le Département des parcs et réserves pour une période expérimentale. Le montant serait de 15 pesos argentins (pour les visiteurs internationaux), 12 (pour les visiteurs d’Amérique latine) et 8 (pour les citoyens argentins).

>> Lien vers une étude de cas en format PDF: Argentine - Marais de l’Iberá
>> Lien vers la Liste annotée de Ramsar: Argentine


Sources:
Information provided by Beccaceci Marcelo, Dirección de Parques y Reservas Naturales – Corrientes

Arbo, M.M. y Tressens, S.G., (Ed.) 2002. Flora del Iberá. EUDENE, Corrientes, 613 pp.

Almirón, A.E., Casciotta, J.R., Bechara, J., Roux, P., Sanchez, S. y Toccalino, P. 2003. La ictiofauna de los esteros del Iberá y su importancia en la designación de la reserva como Sitio Ramsar: 75-85. En. Fauna del Iberá B. Alvarez, (Ed.). EUDENE, Corrientes, 375pp.

Alvarez, B. B. (Ed.). 2003. Fauna del Iberá. EUDENE, Corrientes, 375pp.

Ambrosetti A. et al. 2003. Desarrollo local: Estudio de un caso “Colonia Carlos Pellegrini”. Comunicaciones Científicas y Tecnológicas. Resumen S – 044 Facultad de Cs. Veterinarias - UNNE. PDF: www.unne.edu.ar/Web/cyt/cyt/2003/comunicaciones/01-Sociales/S-044.pdf

La República – Corrientes. http://www.corrientes.gov.ar/portal/search/node/ibera+turismo?page=1

http://www.moon.com/destinations/argentina/mesopotamia/corrientes-province/esteros-del-ibera

Plan de Manejo de la Reserve Natural del Ibera. Fundación Ecos (Ed.) Proyecto “Manejo y Conservación de la Biodiversidad de los Humedales de los Esteros Ibera”. Proyecto GEF/UNDP ARG 02/G35. Versión Compacta. 2005. 106 pp.



Le Secrétariat Ramsar a sélectionné 14 études de cas pour une publication sur les zones humides et le tourisme durable qui sera lancée à la 11ème Conférence des Parties contractantes en juillet 2012.

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