Ramsar COP8 DOC. 37:


«Les zones humides : l’eau, la vie et la culture »
8e Session de la Conférence des Parties contractantes à la
Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971)
Valence, Espagne, 18 au 26 novembre 2002

 

Ramsar COP8 DOC. 37

La Convention de Ramsar:
Mesurer son efficacité à conserver les zones humides d'importance internationale

Rapport indépendant rédigé par:

Gonzalo Castro, Kenneth Chomitz, et Timothy S. Thomas
La Banque mondiale et le Fonds mondial pour la nature

Introduction

1. La Convention de Ramsar (dont l'appellation officielle est Convention relative aux zones humides d'importance internationale, particulièrement comme habitats des oiseaux d'eau) doit son nom à la ville de Ramsar, située sur la rive sud de la mer Caspienne, en Iran, où elle fut négociée en 1971. La Convention est généralement connue comme le premier traité mondial et intergouvernemental moderne sur la conservation et l'utilisation durable de ressources naturelles.

2. La Convention est entrée en vigueur en 1975 et, en septembre 2002, avait 133 Parties Contractantes. Ramsar sert de cadre à l'action menée au niveau national et à la coopération internationale en faveur de la conservation et de l'utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources. Sa mission est la suivante: «la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides par des actions nationales et par la coopération internationale, comme moyen de parvenir au développement durable dans le monde entier » (COP6 de Ramsar, 1996).

3. Lorsqu'elles adhèrent à la Convention, les Parties contractantes s'engagent à remplir quatre obligations: i) inscrire au moins un site sur la Liste des zones humides d'importance internationale (la «Liste de Ramsar») et encourager sa conservation, et le cas échéant, son utilisation rationnelle, ii) formuler et mettre en œuvre des plans d'aménagement afin de promouvoir, autant que possible, «l'utilisation rationnelle des zones humides de leur territoire», iii) établir des réserves naturelles dans les zones humides, inscrites ou non sur la Liste de Ramsar, et encourager la formation dans les domaines de la recherche sur les zones humides, de la gestion et de la surveillance des zones humides, et iv) se consulter à propos de la mise en œuvre de la Convention, notamment pour ce qui est des zones humides transfrontières et des systèmes hydrologiques et des espèces qu'elles ont en commun.

4. Pour être inscrite sur la Liste de Ramsar, chaque zone humide doit remplir des critères très précis qui la définissent comme une «zone humide d'importance internationale». Ces critères s'appuient sur le caractère unique de la zone humide, les espèces et les communautés écologiques, les oiseaux d'eau et les poissons.

Objet de la présente étude et méthodologie

5. La Convention de Ramsar est aujourd'hui majeure. Son efficacité est démontrée par le nombre croissant de Parties contractantes (actuellement 133), le nombre de sites inscrits (1180), la superficie cumulée de ces sites (103 million ha), et la conscience grandissante de l'importance des zones humides pour l'environnement et les sociétés du monde entier.

6. Aucune tentative n'a cependant été faite, jusqu'à présent, pour mesurer et suivre les incidences d'une inscription Ramsar sur les perspectives de conservation d'une zone humide. Il est présumé qu'une inscription Ramsar renforce la conservation des sites mais l'hypothèse n'a jamais été officiellement vérifiée.

7. La présente étude a pour objet d'élaborer une méthodologie pour mesurer les changements dans les perspectives de conservation des sites Ramsar et d'appliquer cette méthodologie à la Banque de données Ramsar afin de déterminer la mesure dans laquelle la conservation d'une zone humide est renforcée par son inscription sur la Liste de Ramsar. Nous espérons, en outre, que cette méthodologie, si elle est adoptée et affinée, pourra servir à vérifier, sur la durée, les perspectives de conservation des sites Ramsar.

8. Une base de données a été établie à partir de la Banque de données Ramsar pour 1993, 1995, et 1999 . Comme les données pour 1995 complétaient les données pour 1993, les données correspondant à ces deux années sont combinées dans toutes les analyses. Pour chaque période, les rubriques suivantes ont été incluses pour chaque site: Pays, Code du site, Nom du site, Date d'inscription, Coordonnées géographiques, et Superficie. Pour les besoins de l'analyse, d'autres variables ont été ajoutées qui proviennent des bases de données de la Banque mondiale, notamment des indicateurs économiques et sociaux nationaux.

9. Trois rubriques relatives aux perspectives de conservation ont aussi été ajoutées: utilisation anthropique et participation locale, mesures de conservation et facteurs défavorables, d'après la fiche de notation «efficacité de la gestion» de Hockings et al (2000). Ces renseignements ont été tirés des données descriptives concernant chaque site Ramsar et à chaque rubrique, une notation de 1 à 4 (Tableau 1) a été appliquée.

10. Pour chaque rubrique, un score faible indique une faible perspective de conservation. Par exemple, un score faible pour la rubrique «utilisation anthropique et participation locale» traduit une faible perspective de conservation due à l'engagement limité des populations locales et au peu d'avantages qu'elles tirent d'une inscription sur la Liste de Ramsar et, en conséquence, une durabilité réduite. Un score faible pour les « mesures de conservation » est aussi censé traduire de faibles perspectives de conservation vu le peu d'engagement local en faveur de la conservation. Enfin, un score faible pour «absence de menaces» représente un niveau de menace élevé et, en conséquence, de faibles perspectives de conservation. Lorsqu'on additionne ces scores, on obtient un score composite pour le total des perspectives de conservation. Ainsi, un score total de « 3 » suppose de très faibles perspectives de conservation tandis qu'un score parfait de « 12 » traduit d'excellentes perspectives de conservation.

Tableau 1

Mesure des perspectives de conservation appliquée aux sites Ramsar

(Adapté de Hockings et al (2000) - UICN,

selon les rubriques de la banque de données Ramsar

Score

 

 

1. Utilisation anthropique et participation locale

a. Aucun engagement local dans la gestion du site

1

b. Sensibilisation et participation limitées des communautés

2

c. Programmes d’éducation et engagement local, y compris utilisations traditionnelles

3

d. Les communautés locales participent intégralement aux utilisations du site et/ou aux activités compatibles avec les objectifs de conservation et en bénéficient

4

2. Mesures de conservation

a. Aucune législation pertinente, non protégé

1

b. Protection légale, quelques travaux de recherche et d’entretien, application des règlements limités (ou sans protection mais gestion en vertu de régimes particuliers)

2

c. Suivi, surveillance de routine, application des règlements limitée

3

d. Programmes de suivi, plan de gestion en vigueur

4

3. Facteurs défavorables (absence de menaces)

a. Très grave dégradation

1

b. Graves menaces

2

c. Quelques menaces essentiellement sous contrôle

3

d. Pas de menace grave

4

x = Inconnu ou non applicable

Résultats et discussion

11. Le Tableau 2 présente les scores (totaux et pour chaque rubrique) agrégés par région pour 1993/1995 et 1999. En 1993, les différences régionales dans les perspectives de conservation (mesurées par le score total) sont clairement évidentes entre les régions et l'on peut distinguer deux groupements: trois régions où les perspectives de conservation sont généralement faibles (Afrique, Asie et Région néotropicale) et trois régions où les perspectives de conservation sont plus élevées (Europe de l'Est, Amérique du Nord, et Europe), l'Océanie étant située entre les deux. En 1999, toutes les régions sauf l'Europe de l'Est avaient amélioré leurs scores agrégés. Du fait des améliorations relativement plus importantes dans les régions à la traîne on constate une convergence globale des scores entre continents. Toutefois, ces tendances doivent être traitées avec circonspection car le nombre de sites inscrits et pour lesquels un rapport a été communiqué a augmenté entre les deux périodes; en outre, les données sur l'utilisation anthropique ne sont disponibles que pour moins de la moitié des sites.

Tableau 2
Résultats agrégés par région
(Nombre d'observations entre parenthèses)

1993/1995

1999

Utilisation

anthropique

Mesures de

conservation

Absence de menaces

Score

total

Utilisation

anthropique

Mesures de

conservation

Absence de menaces

Score

total

Afrique

2.46 (36)

2.26 (62)

2.14 (51)

6.87

3.08 (50)

3.13 (71)

2.64 (72)

8.85

Asie

2.26 (26)

2.17(50)

2.45 (42)

6.89

2.95 (60)

2.99 (92)

2.76 (90)

8.69

Europe de l’Est

3.38(19)

2.95(60)

2.85(61)

9.17

3.07(75)

3.17(108)

2.85(101)

9.08

Amérique

du Nord

3.05(23)

3.21(52)

3.24(52)

9.51

3.28(36)

3.33(42)

3.14(42)

9.75

Océanie

2.55(22)

2.82(48)

2.80(48)

8.17

3.21(39)

3.35(54)

3.13(54)

9.69

Rég. néotrop.

2.30(21)

2.52(48)

2.75(47)

7.57

3.06(33)

3.02(66)

2.78(65)

8.86

Europe

3.17(92)

3.15(396

3.11(376)

9.43

3.41(271)

3.49(438)

2.97(410)

9.87

12. Un examen plus détaillé met en évidence les changements d'état des sites observés pour les deux périodes considérées. On constate des tendances divergentes dans les menaces selon que les sites ont un score initial élevé ou faible (Tableau 3). Les sites qui présentaient les niveaux de menaces les plus élevés (scores les plus faibles) en 1993/95 ont enregistré une baisse des menaces; environ la moitié des sites ayant un score égal ou inférieur à 2 ont enregistré une amélioration, et 1% seulement un déclin. D'autre part, 71% des sites qui étaient les moins menacés en 1993/95 ont enregistré une augmentation des menaces en 1999. Bien que cette tendance puisse refléter partiellement une baisse par rapport à la moyenne (due à des indicateurs imparfaitement mesurés), les changements sont suffisamment importants pour qu'on s'y arrête.

13. On constate en revanche une nette tendance à l'amélioration ou au maintien des mesures de conservation (Tableau 4). Seuls 8% des sites ont enregistré un déclin de ces mesures. Les améliorations les plus importantes concernent les sites dont le score initial était de 3: gains dans 42% et déclin dans 5% seulement.

Tableau 3

Absence de menaces (1993/95)

Absence de menaces (1999)

 

1

2

3

4

Total

1

2

10

6

1

19

2

2

51

57

2

112

3

1

59

276

34

370

4

 

2

73

30

105

Total

5

122

412

67

606

Tableau 4

Mesures de conservation (1993/95)

Mesures de conservation (1999)

 

1

2

3

4

Total

1

7

19

15

5

46

2

3

29

73

30

135

3

2

13

148

122

285

4

2

25

169

196

Total

12

63

261

326

662

14. Nous avons utilisé une analyse à variables multiples pour confirmer la signification statistique des changements dans la protection et pour évaluer les performances différenciées dues aux caractéristiques du site (voir note sur la méthodologie). Nous avons constaté que les scores initiaux élevés étaient associés de manière significative à des scores finaux élevés mais que les gains enregistrés d'une observation à l'autre n'étaient pas affectés par l'observation initiale postérieure (1995) par rapport à antérieure (1993). La superficie du site n'avait aucune incidence majeure sur les gains et le PIB par habitant un léger effet positif sans signification statistique pour un niveau de 5%. Les sites des tropiques présentent une réduction limitée et marginalement significative des gains.

15. Pris en bloc, ces résultats amènent aux conclusions suivantes:

a. Les efforts de protection des sites Ramsar se sont beaucoup renforcés.
b. Le renforcement de la protection a été particulièrement marqué dans les pays en développement ; dans les pays développés, les sites ayant obtenu, de façon disproportionnée, les scores les plus élevés pour la protection lors de l'observation initiale, n'ont donc pas pu enregistrer de gains.
c. Les sites Ramsar les plus menacés ont enregistré une baisse des menaces mais les menaces ont augmenté dans les sites où elles étaient les plus faibles au départ.

16. Bien que l'on ne sache pas exactement à quels mécanismes ces résultats sont imputables, il pourrait s'agir notamment de:

a. Une importance plus grande accordée à l'effort de conservation, grâce à un financement accru (national ou étranger), davantage de menaces résultant d'un renforcement de l'effort de conservation dans les sites fortement menacés. Une sensibilisation accrue à l'importance de la conservation de ces sites et une plus grande participation des acteurs locaux à la conservation. Ce mécanisme est étayé par l'augmentation statistiquement significative de l'effort de conservation.
b. La réduction de menaces particulières dans des sites peu menacés au départ pourrait s'expliquer par des tendances à long terme de ces menaces, difficiles à traiter à court terme, par exemple, une pollution diffuse entraînant une eutrophisation.

17. Toutefois, la corrélation n'étant pas une preuve de causalité, il est impossible de conclure catégoriquement que la désignation Ramsar, en tant que telle, augmente les perspectives de conservation. Toutefois, étant donné que la désignation Ramsar vise précisément à améliorer la conservation et l'utilisation rationnelle des sites inscrits, cette hypothèse est parfaitement compatible avec les données dont nous disposons. Autre hypothèse : la conservation des zones humides en général s'est améliorée ces dix dernières années, et on aurait peut-être pu observer le même résultat sans désignation Ramsar. On ne peut réfuter cette deuxième hypothèse qu'en procédant à une contre-vérification, consistant à analyser les zones humides qui ne sont pas des sites Ramsar en appliquant une méthodologie similaire. Nous ne disposons malheureusement pas des informations nécessaires à cet effet.

Lacunes des analyses

18. Les résultats présentés plus haut sont statistiquement significatifs et étayés par les analyses. Ils sont néanmoins tributaires de diverses hypothèses et de données limitées, telles que:

a. La conservation de la diversité biologique (y compris gènes, espèces, écosystèmes, processus, et potentiel d'évolution) ne peut être mesurée avec précision que par un suivi biologique. Ainsi, les « perspectives de conservation » constituent une mesure par approximation censée être synonyme de conservation biologique.

b. Les analyses se fondent sur des données fournies par les Parties contractantes elles-mêmes et pourraient donc être influencées par leur désir légitime de faire valoir les résultats positifs après une désignation Ramsar. On pourrait élaborer un système plus uniforme et transparent pour mesurer les perspectives de conservation afin d'éviter cette source potentielle d'erreurs.

Conclusions

19. L'étude conclut que l'inscription de sites sur la Liste de Ramsar pourrait améliorer les perspectives de conservation en raison de divers facteurs tels que : sensibilisation accrue à l'importance desdits sites, financement accru de la conservation (national et international), participation accrue des acteurs locaux à la conservation et réduction des menaces. Il est recommandé de continuer à affiner cette méthodologie et de l'appliquer périodiquement pour suivre les progrès de la conservation dans les sites Ramsar au fil du temps.

Notes sur la méthodologie utilisée

20. L'analyse par la méthode des probits est utilisée pour modéliser des variables dépendantes par catégories. Le modèle part de l'hypothèse qu'il existe une variable latente (non observée) y* mesurant (par exemple) l'effort de conservation en 1999. Le modèle utilise y* comme fonction linéaire des variables explicatives, incluant ici des variables nominales correspondant au score initial en 1993 ou 1995. Le modèle utilise également trois points d'intersection pour la variable latente. Si y* est situé au-dessous du premier point d'intersection, le score de conservation est 1; si y* se situe entre le premier et le second point d'intersection, le score est 2, et ainsi de suite.

Remerciements

21. Nous tenons à remercier le programme des Subventions pour la formation professionnelle (PDG) de la Banque mondiale, qui a financé la collecte de données pour ces analyses. Nous remercions aussi Kristalina Georgieva, Lars Vidaeus et Rohit Khana du Département de l'environnement, pour avoir contribué à l'élaboration de ce rapport ; Tim Geer et Marge Gaudard, du Fonds mondial pour la nature, pour avoir accueilli G. Castro au siège du WWF à Gland durant la collecte de données ; Nick Davidson et Delmar Blasco, du Secrétariat de la Convention de Ramsar, pour leurs commentaires utiles à divers stades de la préparation ; et le Fonds d'affectation spéciale de la Norvège pour le Rapport sur le développement dans le monde 2003, pour avoir financé plusieurs analyses de données.

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La Convention aujourd'hui

Nombre de » Parties contractantes : 168 Sites sur la » Liste des zones humides d'importance internationale : 2186 Surface totale des sites désignés (hectares) : 208.674.342

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