Convention
sur les zones humides 
Zones humides des régions arides
Zones humides des régions arides
Contribution de la Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971) à la première session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification
préparé par R.T. Kingsford, Service des parcs nationaux et de la faune de Nouvelle-Galles du Sud, Hurstville, Australie, avec la collaboration du Bureau de la Convention de Ramsar
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À propos de la Convention de Ramsar La Convention sur les zones humides (Ramsar, Iran, 1971) sert de cadre à la coopération internationale pour la conservation et l'utilisation rationnelle des ressources des zones humides et de la diversité biologique. Au sens de la Convention, les zones humides sont «des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d'eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l'eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d'eau marine dont la profondeur à marée basse n'excède pas six mètres». La Convention s'applique également aux zones humides artificielles telles que les rizières et les réservoirs. Les zones humides sont très importantes pour les fonctions écologiques qu'elles remplissent ainsi que pour leur flore et leur faune riches et diverses. Elles ont aussi, pour l'homme, une grande valeur économique, culturelle, scientifique et récréative. Les zones humides et les êtres humains sont interdépendants. Adoptée en 1971, à Ramsar, Iran, la Convention a célébré son 25e anniversaire en 1996, et comptait alors plus de 100 pays membres. Le programme de la Convention porte sur la conservation de près de 900 zones humides inscrites sur la Liste de Ramsar et sur les plans nationaux visant à maintenir les valeurs et fonctions des zones humides comme moyen de promouvoir l'utilisation rationnelle des ressources des zones humides, y compris de l'eau. Le Secrétariat, ou Bureau, de la Convention se trouve à Gland, Suisse, et partage les locaux du Siège de l'UICN-Union mondiale pour la nature. |
Introduction
1. Sur tous les continents, il y a des régions arides: ensemble, elles recouvrent 33% de la superficie émergée de la terre. En outre, elles occupent des portions importantes de certains continents (Afrique - 57%, Australie - 69%) et 84% de la région du Moyen-Orient. Elles se caractérisent par des précipitations annuelles faibles - entre 0 et 600 mm - des températures généralement élevées (jusqu'à 47oC) et une évaporation considérable allant jusqu'à 4000 mm par an.
2. Mais qui dit «région aride» ne dit pas nécessairement «absence de zones humides ou de cours d'eau (ces derniers étant, en fait, compris dans la définition Ramsar d'une «zone humide»). Bien des zones humides les plus spectaculaires du monde se trouvent dans des régions arides et sont alimentées par de grands fleuves (Amou-Daria et Syr-Daria, Colorado, Cooper Creek, Darling, Indus, Molopo, Okavango, Nil, Volga, pour n'en citer que quelques-uns). Certains de ces fleuves se jettent dans la mer en formant des deltas, d'autres se perdent dans des zones humides intérieures. Cooper Creek aboutit dans le plus grand salé d'Australie, le lac Eyre. L'Amou-Daria et le Syr-Daria se jettent dans la mer d'Aral. L'Okavango forme le delta intérieur de l'Okavango.
3. Notre connaissance des zones humides des régions arides est relativement médiocre. Il existe plusieurs milliers, peut-être même des centaines de milliers de zones humides dans les régions arides de la planète. La Mongolie possède 3500 lacs de plus de 0,1 hectare et il y a beaucoup de grands lacs dans les régions arides de l'Australie, de l'Inde, de l'Amérique du Sud et de l'Afrique du Sud. Dans ces régions, des résurgences de l'eau souterraine forment parfois des sources et des lacs salés qu'alimentent des pluies occasionnelles et le ruissellement associé.
4. Bien des zones humides des régions arides se trouvent dans les pays en développement qui sont loin d'avoir les connaissances scientifiques des régions plus riches d'Europe et d'Amérique du Nord qui, elles, ont peu de zones humides de région aride (2,4% et 16,3%, respectivement). Il n'est donc guère surprenant que les connaissances limnologiques reflètent cette inégalité.
5. Les zones humides des régions arides constituent probablement une proportion importante des zones humides de la planète. La proportion d'eau retenue dans les lacs salés (0,008%), représentatifs des régions arides, est étonnamment semblable à celle des lacs d'eau douce (0,009%), représentatifs des autres régions.
6. Outre que l'effort scientifique est inégal, les milieux arides sont souvent inhospitaliers pour l'homme, de sorte qu'il est coûteux et difficile d'y mener des études scientifiques. L'Australie est un bon exemple de l'inégalité que l'on peut constater dans les connaissances scientifiques. L'Australie est un pays relativement riche, avec une longue histoire de recherche écologique sur les oiseaux d'eau qui s'appuie sur les effets de la chasse au canard sur les oiseaux d'eau. Il ne fait aucun doute que les oiseaux d'eau sont le plus connu de tous les groupes - animaux ou végétaux - associés aux zones humides. La répartition des études scientifiques à l'intérieur de ce groupe révèle une très nette disparité. Sur 246 études menées sur les oiseaux d'eau entre 1876 et 1990 en Australie, 85% ont été faites en dehors des régions arides, sur les 30% du continent où vit la majeure partie de la population. Sur les 15% d'études qui concernent les régions arides, très peu sont approfondies. Il s'agit de listes d'espèces ou de relevés de baguages. Il est probable qu'il y a plus de zones humides dans la région aride d'Australie que n'importe où ailleurs sur le continent. Or, la distribution des sites inscrits par l'Australie sur la Liste de Ramsar des zones humides d'importance internationale se caractérise par la même disparité. Huit des 45 sites inscrits (18%) sont des zones humides de région aride alors que la majeure partie du continent se trouve en zone aride.
7. Le présent article examine les caractéristiques des zones humides dans les régions arides, leur importance pour la conservation et les menaces pesant sur leur avenir. On y trouvera également une comparaison des dispositions de la Convention de Ramsar sur les zones humides (1971) et de la Convention sur la lutte contre la désertification (1994) en fonction de leurs différences et de leurs ressemblances.
Caractéristiques hydrologiques
8. Il y a peut-être des milliers, voire des centaines de milliers de zones humides dans les régions arides de la planète, qu'il s'agisse de petites cuvettes argileuses ou de grands lacs. Elles peuvent être pérennes ou temporaires, d'eau douce ou salée et, dans ce dernier cas, accueillir une faune et une flore très particulières. La structure temporelle de l'alimentation en eau et de la salinité détermine les valeurs d'une zone humide. Si celle-ci est alimentée par un grand fleuve, elle sera plus souvent remplie que si elle dépend des précipitations locales. Dans les régions arides, on trouve aussi des lacs et des sources salés qui proviennent des résurgences de la nappe phréatique. Ils peuvent être vitaux pour l'écologie de ces régions en période de sécheresse prolongée.
9. Les régions arides de la planète se caractérisent par des précipitations extrêmement variables. La pluie est imprévisible, aussi bien dans l'espace que dans le temps et tombe parfois en grande quantité. Les rivières des régions arides sont les plus variables du monde.
10. Les plantes et les animaux qui dépendent des zones humides temporaires se sont adaptés à la vie dans ces milieux inhospitaliers. Les oiseaux d'eau ont appris à utiliser la constellation de zones humides qui se remplissent de manière imprévisible. Les grenouilles présentent des adaptations spécifiques: par exemple, elles s'enferment, comme dans un cocon, dans des poches remplies d'eau. Les invertébrés peuvent résister à de longues périodes de sécheresse. Leurs ufs peuvent être résistants à la dessiccation ou leurs embryons enkystés. Les poissons se multiplient considérablement lorsque coulent les rivières des régions arides.
11. Le Système Ramsar de classification des types de zones humides comprend 35 types de zones humides présents dans le monde entier. Cinq se trouvent fréquemment dans les régions arides intérieures et sont mentionnés comme «habitat type principal» pour un certain nombre de sites de la Liste de Ramsar:
Au total, 336 des 888 sites inscrits sur la Liste Ramsar des zones humides d'importance internationale présentent un des types de zones humides mentionnés ci-dessus.
Importance pour la conservation
12. La paucité des connaissances sur les zones humides des régions arides de la planète ne reflète en rien leur rôle vis-à-vis de la conservation de la nature. C'est en effet dans les régions arides que se trouvent certaines des zones humides les plus importantes du monde. Le delta de l'Okavango au Botswana, les plaines de la Kafue en Zambie, les zones humides de l'Hadejia-Jama'are au Nigéria sont de grands marais d'eau douce qui comptent parmi les zones humides les plus importantes du continent africain. L'Okavango et les plaines de la Kafue sont inscrits sur la Liste de Ramsar. L'importance des zones humides est souvent exprimée par rapport au nombre d'oiseaux d'eau que l'on y trouve car ces derniers ont fait l'objet de nombreuses études et sont de bons indicateurs de la diversité biologique. Dans le delta de l'Okavango, par exemple, vivent de grandes populations d'espèces de la faune et de nombreuses espèces d'oiseaux. Les zones humides africaines entretiennent de grandes populations de poissons qui sont une source alimentaire pour la population locale. Le tourisme apporte également une contribution non négligeable aux économies locales. Certains grands lacs africains d'eau douce tels que le lac Turkana et le lac Tchad ont une grande valeur écologique. En Afrique du Sud, les zones humides des régions arides font vivre d'importantes populations d'oiseaux d'eau.
13. Les cuvettes des prairies d'Amérique du Nord sont connues pour leur importance pour les oiseaux d'eau. En Californie, le lac Mono accueille des millions d'oiseaux, notamment des échassiers migrateurs et des populations nicheuses de Laridés. De nombreux lacs d'Australie sont l'habitat de grandes communautés d'oiseaux d'eau. Les plantes des zones humides sont une source alimentaire importante pour les communautés aborigènes d'Australie. Dans certaines zones humides, on exploite les eucalyptus de la plaine d'inondation (par exemple les «river red gums»). Dans d'autres, la population locale utilise les plantes comme source alimentaire et pour construire des maisons, des bateaux et des pièges à poissons.
Utilisation rationnelle des zones humides par l'homme
14. Nombreux sont ceux qui tirent leur subsistance des zones humides des régions arides du monde. En Australie, les Aborigènes utilisaient beaucoup les zones humides de région aride où ils pêchaient, prélevaient des ufs d'oiseaux et chassaient d'autres animaux d'eau douce. Certains groupes aborigènes perpétuent, aujourd'hui ces pratiques. Les zones humides de région aride contribuent, en Australie, à la subsistance des éleveurs: les crues font pousser les herbes et les plantes aquatiques qui servent de fourrage au bétail. Certains agriculteurs pratiquent une agriculture de récession, plantant des céréales sur les plaines d'inondation à mesure que les eaux se retirent.
15. Dans d'autres pays, le rôle des zones humides vis-à-vis de la subsistance de la population est cruciale. Les marais et les lacs du continent africain ont une importance critique pour la survie des populations humaines. Les zones humides de l'Hadejia-Jama'are sont à la base d'une pêcherie de plaine d'inondation non négligeable: 4000 à 5000 tonnes par an. Le delta intérieur du Niger, au sud de Tombouctou est essentiel à la pêche, au pâturage et à l'agriculture de récession. La pêche (par exemple dans le Parana et le Rio de La Plata)occupe une place importante dans l'économie de l'Amérique latine. Dans le nord-ouest de la Chine, une importante industrie du papier repose sur l'utilisation des roseaux des lacs d'eau douce de Bo Hu. En Inde, les populations locales participent directement et intégralement à la gestion et à l'utilisation rationnelle de presque toutes les zones humides.
Menaces pesant sur la conservation des zones humides des régions arides
16. Les zones humides de région aride subissent un certain nombre d'impacts graves, parmi lesquels on peut citer la pollution (qui comprend le ruissellement des régions agricoles), la surpêche, le surpâturage, l'érosion et les changements climatiques qui peuvent affecter la structure des crues. Les plus graves sont ceux qui touchent l'alimentation en eau. Les zones humides intérieures qui se trouvent au débouché de rivières et de fleuves sont particulièrement vulnérables aux effets du détournement de l'eau ou de la construction de barrages dans leurs bassins versants. De même, les prélèvements d'eau dans la nappe phréatique menacent, dans bien des régions, l'existence des lacs et des sources salés. L'homme a gravement affecté les écosystèmes de zone humide des régions arides de la planète. Le sort de la mer d'Aral nous rappelle on ne peut plus brutalement les principes cruciaux de la conservation des zones humides dans les régions arides. La mer d'Aral est l'une des catastrophes écologiques les plus célèbres de notre époque. Alimenté par l'Amou-Daria et le Syr-Daria, le lac a vu son niveau baisser de près de 13 mètres en 27 ans et sa superficie diminuer de 40 %. La salinité a augmenté et le climat local a été modifié. Vingt des 24 espèces de poissons endémiques ont disparu tandis que la pêche commerciale est passée de 48,000 tonnes à zéro. La valeur écologique des régions environnantes s'est détériorée. Cette catastrophe écologique a de graves conséquences sur la santé et la survie de l'homme, dans toute la région.
17. De même, le niveau d'eau du lac Mono, en Californie, a baissé de 13,7 m ce qui a fait diminuer le volume du lac de moitié et a doublé sa salinité. Les îles sont désormais reliées au continent ce qui rend les populations reproductrices de Laridés vulnérables à la prédation.
18. La baisse du niveau de l'eau dans le lac Tchad, en Afrique, a probablement affecté les populations de poissons et les autres espèces de la faune sauvage. La diminution des crues dans la plaine d'inondation de l'Hadejia-Jama'are, en réduisant considérablement la production halieutique, a entraîné une perte de revenu d'environ USD2 millions par an. Les coûts sociaux sont considérables étant donné que tous ceux qui dépendaient de la pêche pour vivre ont dû quitter la région.
19. Au Mexique, 2500 km de rivières ont été asséchés et 15 espèces de poissons ont disparu. Plus de la moitié des espèces de poissons sont menacées. En Australie, les marais de la Macquarie, qui recouvraient probablement autrefois 200 000 à 1 000 000 ha, ont vu leur superficie diminuer de 40 à 50%. Le nombre d'oiseaux d'eau et la diversité ont fortement baissé en 14 ans.
20. Et derrière chacun de ces cas se profile la même cause: le captage de l'eau en amont. La catastrophe de la mer d'Aral est due au détournement de l'eau pour l'irrigation. L'eau qui alimentait le lac Mono a été détournée pour approvisionner la ville de Los Angeles. L'eau du lac Tchad a surtout baissé à cause de la diminution des précipitations, mais l'irrigation et le détournement de l'eau ont certainement joué un rôle important. La construction du barrage de Tiga est responsable de la diminution de l'intensité des crues dans la plaine d'inondation de l'Hadejia-Jama'are.
21. Au moins 92 sources et 2500 km de rivières ont tari au Mexique parce que les ressources en eau ont été exploitées par l'homme. Le captage de la moitié de l'eau de la rivière Macquarie (Australie) pour l'irrigation a entraîné la réduction de moitié de la superficie des marais de la Macquarie. Chaque fois que l'on construit de nouveaux barrages et que l'on détourne l'eau, les impacts sur les zones humides se trouvant en aval sont prévisibles: celles-ci se dégradent; les populations de poissons diminuent; les autres animaux et les plantes aquatiques sont également touchés. Ceux qui dépendent de ces ressources pour s'alimenter en subissent le contrecoup et ceux qui dépendent des crues pour faire paître leur bétail voient leurs moyens économiques érodés (comme dans le cas des marais de la Macquarie).
22. On se rend compte, de plus en plus, que les zones humides ont une valeur économique. Le nombre de personnes qui dépendent des zones humides pour la pêche en est la preuve et les éleveurs, eux-mêmes, peuvent calculer l'avantage économique des zones humides des plaines d'inondation.
23. Le tourisme joue aussi un rôle important. On peut, par exemple, constater que le nombre de personnes visitant l'un des systèmes de zone humide des régions arides les plus spectaculaires d'Australie, le Currawinya, augmente rapidement. La prospérité vient aux communautés locales à mesure que des villes éloignées étendent leurs services pour satisfaire les touristes. On commence également à discerner le coût à long terme de la mise en valeur des ressources d'eau du point de vue de la perte de diversité biologique, de la dégradation de la qualité de l'eau, de la salinisation accrue des rivières et de l'augmentation de la salinité de la nappe phréatique.
24. Le Bureau de la Convention de Ramsar a récemment publié Évaluation économique des zones humides: Guide à l'usage des décideurs et des planificateurs ainsi qu'une brochure pour les décideurs contenant des concepts clés sur ce sujet.
La conservation à l'avenir
25. Le problème clé, pour la plupart des zones humides des régions arides, est celui de l'alimentation en eau. À moins que celle-ci ne soit protégée, avec son caractère variable, les fonctions des zones humides disparaîtront. Les difficultés sont considérables pour les organisations de conservation et les gouvernements chargés de gérer les écosystèmes de façon durable. Si l'on ne limite pas le détournement de l'eau des rivières, en amont des zones humides, il est impossible de garantir que la conservation des zones humides ait un devenir.
26. La croissance démographique et l'importance de l'eau pour le développement sont autant d'ennemis de la conservation efficace des zones humides dans les régions arides. Assurer la durabilité écologique amène à prendre des décisions difficiles. 27. Le cas des marais de la Macquarie est, à ce titre, exemplaire. Les autorités australiennes compétentes ont pris une décision dictée par l'importance de la zone humide inscrite sur la Liste de Ramsar. Il était capital de limiter tout nouveau détournement de l'eau de la rivière qui alimente cette zone humide intérieure. Un instrument politique, le plan de gestion de l'eau des marais de la Macquarie a été mis en uvre qui porte sur la gestion de l'ensemble du système fluvial s'étendant sur 500 km et qui limite le détournement de l'eau pour l'irrigation, principale raison des détournements d'eau de la rivière (89%).
28. Comme on peut le constater, les conventions internationales jouent un rôle important. L'importance internationale des marais de la Macquarie a certainement contribué à l'élan politique qui a permis de prendre une décision reconnaissant l'impact du détournement de l'eau. De plus en plus, les gouvernements doivent adopter des concepts tels que la durabilité réelle et les intégrer dans leur application de conventions internationales et de politiques nationales sur la gestion des fleuves et des rivières.
29. Deux Conventions s'appliquent tout particulièrement bien aux zones humides des régions arides: la Convention de Ramsar et la Convention sur la lutte contre la désertification. L'importance de cette dernière vient de ce qu'elle s'applique directement aux régions arides. En outre, la Convention sur la diversité biologique accorde actuellement une attention particulière aux écosystèmes aquatiques intérieurs qui, naturellement, comprennent les zones humides intérieures d'eau douce, saumâtre et saline.
Comparaison en la Convention de Ramsar et la Convention sur la lutte contre la désertification
30. La Convention de Ramsar a été signée en 1971 et la Convention sur la lutte contre la désertification en 1994. Leur complexité relative est le reflet de leur âge. La Convention sur la lutte contre la désertification contient 40 articles et quatre annexes ayant chacune entre 7 et 19 articles, alors que la Convention de Ramsar ne compte que 12 articles. Toutefois, dans les 25 ans écoulés depuis l'adoption du Traité, les Parties contractantes à la Convention de Ramsar ont adopté de nombreux mécanismes d'interprétation et d'amélioration de l'application de la Convention: notamment la définition, les lignes directrices et les orientations complémentaires sur «l'utilisation rationnelle»; les Critères d'identification des zones humides d'importance internationale; le Système mondial de classification des types de zones humides; les Lignes directrices sur les plans de gestion pour les zones humides et le Plan stratégique 1997-2002.
31. Les deux conventions portent sur les questions clés de la durabilité et de la conservation dans le contexte de la subsistance de l'homme (Tableau 1). La Convention de Ramsar est applicable à tout pays tandis que la Convention sur la lutte contre la désertification se limite aux régions arides, semi-arides et subhumides sèches (Tableau 1).
32. Un des concepts principaux de la Convention de Ramsar est l'utilisation rationnelle des zones humides (définie comme «leur utilisation durable au bénéfice de l'humanité de façon à maintenir les propriétés naturelles de l'écosystème» et considérée comme synonyme d'utilisation durable). La Convention sur la lutte contre la désertification s'intéresse au développement durable. Les deux conventions mettent tout particulièrement l'accent sur la formation et la recherche (Tableau 1).
33. Faute de comprendre les valeurs (biologique, culturelle, économique) des zones humides et leurs processus, les possibilités de réaliser une conservation effective, centrée sur les communautés locales, resteront toujours limitées. À cela il faut ajouter la connaissance des causes des impacts anthropiques. Sans cette connaissance, il est impossible de faire grand chose pour traiter efficacement les problèmes de conservation.
34. Pour la Convention de Ramsar, il importe de parvenir à la conservation et à l'utilisation durable des zones humides en raison de leur «importante valeur économique, culturelle, scientifique et récréative». Toutes les questions clés de durabilité sont traitées de façon beaucoup plus approfondie dans le texte de la Convention sur la lutte contre la désertification. La principale question à analyser est le traitement des zones humides et de l'eau. La Convention sur la lutte contre la désertification traite en détail des processus écologiques ou des processus qui sont menaçants. L'importance de garantir l'alimentation en eau pour la conservation des zones humides des régions arides en particulier et de toutes les zones humides en général, signifie qu'il convient de se pencher sur la question de façon plus approfondie. Ramsar intensifie ses contacts avec la communauté de gestion des ressources aquatiques, notamment le Conseil mondial de l'eau et le Partenariat Global pour l'Eau.
35. Dans les principaux articles de la Convention sur la lutte contre la désertification, il y a quatre références à l'eau (Tableau 1). Trois concernent la durabilité des ressources en eau et leur gestion, la quatrième concerne l'amélioration de l'approvisionnement en eau. Ce dernier point affecterait la conservation des zones humides si l'alimentation des zones humides se trouvant en aval diminuait. Ces points sont plus clairement énoncés dans les annexes. L'Annexe concernant l'Afrique (Article 13) précise «mise en valeur des ressources en eau», l'Annexe sur l'Asie (Article 4.1.g) parle de «l'accroissement et l'usage rationnel des ressources en eau» tandis que l'Annexe sur l'Amérique latine et les Caraïbes (Article 4f) propose «l'exploitation et l'utilisation efficaces des ressources en eau»
36. Comme mentionné ci-dessus, tout cela affecte les zones humides et dégrade leur valeur. S'il s'agit de sites Ramsar, cela affectera leurs caractéristiques écologiques. Reconnaissant ce problème, l'Annexe sur la Méditerranée septentrionale (Article 2) met clairement le doigt sur le problème: «l'exploitation non durable des ressources en eau aboutissant à de graves atteintes à l'environnement, y compris à la pollution chimique, la salinisation et l'épuisement des nappes aquifères; et . . . l'agriculture irriguée».
Conclusion
37. De plus en plus, on reconnaît l'importance des zones humides de région aride pour la conservation. Il s'agit de milieux particulièrement productifs à la diversité biologique élevée. Malheureusement, leur importance est généralement mal documentée ou comprise, essentiellement en raison des difficultés que l'on rencontre lorsqu'on souhaite travailler dans ces régions et de la concentration des régions arides dans certains des pays les plus pauvres du monde.
38. La productivité des zones humides des régions arides a permis à de nombreuses communautés humaines qui dépendent de la pêche ou utilisent les plaines d'inondation pour faire paître leurs troupeaux de subsister. De plus en plus, des pressions de développement détournent l'eau des rivières ou des zones humides des régions arides afin de nourrir et de vêtir la population du globe qui ne cesse de croître.
39. Il y a là un véritable dilemme pour les communautés et les gouvernements. La plupart des projets de mise en valeur des ressources en eau sont aujourd'hui décrits en termes de durabilité écologique mais ils impliquent habituellement le détournement de l'eau en amont des zones humides. Il en résulte des impacts nocifs sur les plantes et les animaux qui vivent dans les zones humides et les populations qui dépendent des zones humides et des cours d'eau pour leur subsistance.
40. Ce sont, en général, des raisons économiques qui sont mises en avant pour défendre la mise en valeur des ressources en eau mais, de plus en plus, on reconnaît que les zones humides peuvent avoir des valeurs économiques importantes. De nombreux projets de mise en valeur des ressources aquatiques ont un coût considérable du point de vue du maintien des infrastructures, de la remise en état des zones humides et de l'augmentation de la salinité dans les cours d'eau et les zones humides.
41. Une utilisation plus efficace de l'eau pour l'agriculture, l'identification des habitats prioritaires et une meilleure analyse économique tenant compte des projections à long terme permettront de garantir que certaines zones humides des régions arides restent viables. Les gouvernements, y compris ceux des pays les plus riches qui n'ont pas de zones humides de régions arides doivent reconnaître l'importance des zones humides des régions arides et contribuer à la recherche et à la formation qui aboutissent à la conservation effective de ces écosystèmes uniques.
References
Tableau 1. Principaux points communs et différents couverts par la Convention de Ramsar et la Convention sur la lutte contre la désertification. Les chiffres entre parenthèses renvoient aux articles de chaque convention.
| Point principaux |
Convention de Ramsar |
Convention sur la lutte contre la désertification |
| Concerne |
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|
| Responsabilités internationales et coopération |
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|
| Conservation, utilisation rationnelle et gestion durable par l'homme |
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|
| Impacts délétères imputables à l'homme |
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| Recherche et formation |
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| Gestion des ressources en eau |
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Pour
tout renseignement, contactez: Bureau de la Convention de Ramsar,
Rue Mauverney 28, CH-1196 Gland, Suisse (Tél. +41 22 999 0170, fax +41 22 999
0169, e-mail ramsar@ramsar.org
). Traduit de l'anglais par Danièle Devitre. Publié le 24 septembre
1997, Dwight Peck, Ramsar.